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Full text of "Annales du Museum National d'Histoire Naturelle /par les professeurs de cet etablissement."

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ANNALES 
DU MUSEUM 
D'HISTOIRE NATURELLE. 


D'HISTOIRE NATURELLE, 


, LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT. 


OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES. 


j 


TOME HUITIÈME .. 


nd 
wW 


A PARIS, 


orz TOURNEISEN ris, LIBRAIRE, RUE DE SEINE, 


FAUBOURG SAINT-GERMAIN, N.° 12. 


1806. E 


= 


NOMS DES PROFESSEURS. 


Messieurs , 

"Hav . | + + Minéralogie, 

Re . Géologie, ou Histoire naturelle du globe. . 
FouncRov. . . . . Chimie générale. 

VAUQUELIN . . . . Chimie des Arts. à 
DESFONTAINES . . . Botanique au Muséum. 

À. L. Jussieu . . . Botanique à la campagne. 

A. THOUIN . . . . Culture et naturalisation des végétaux. 
GEOFFROY.-ST.-HiLAIRE. Mammifères et oiseaux . . . . . 
Lac£PEDE. . . . : Rolan pou. - + L1. 
LAMARCK. . . ... Insectes, coquilles , madrépores, etc. - 
PORTAL . . . . . Anatomie de l'homme. 
CUVIER . . . . . Anatomie des animaux. 

^ . . WANSPAENDONCK . . Iconographie, ou l'art de dessiner et de peindre Ise 
P productions de la nature. 


Zoologie. 


DERS We D 


SUR LES ELÉPHANS 


VIVANS ET FOSSILE S. 


PAR G CUVIER 


T 
iri " -5 
E PA 

yai. 

i 


[Les ossemens fossiles d'éléphans sont ceux qui ont éveillé, les ` 
premiers, et le plus généralement soutenu l'attention des ob- 
servateurs, et méme du vulgaire. Leur énorme masse les a fait 
remarquer et recueillir partout ; leur abondance extrême dans 
tous les climats , méme dans ceux où l'espéce ne pourroit sub- 
sister aujourd'hui , a frappé d'étonnement , et a fait imaginer 
une infinité d'hypothéses pour lexpliquer : mais il s'en faut 
bien qu'on ait mis autant d'activité à déterminer les conditions 
et la nature du problème, qu'on a fait d'efforts pour le ré- 
soudre; et peut-étre cette négligence dans la fixation des bases 
et des termes méme de la question a-t-elle été une des causes - 
qui ovt rendu si malheureuses la plupart de ses solutions. 

Je veux dire qu'on ne s'est occupé que fort tard de beau- 
coup de questions partielles , auxquelles il auroit fallu pouvoir 
répondre avant d'essayer ses forces sur ce grand probléme. 

- Nos éléphans actuels sont-ils tous de la méme espèce? En 
supposant quil y en ait plusieurs , les éléphans fossiles des dif- 
rens pays sont-ils indisunctement de l'une et de l'autre? on 
bien sont-ils aussi répartis en divers pays selon leurs Ta 
ou ne seroient-ils p d'espéces différentes et perdues, ete.? 

Il est évident qu'on ne pouvoit rien dire de démontrable 
sur le problème, ayant d'avoir. résolu toutes c ces s questions pré- 

8. E 


2 ANNALES DU MTSÉUM 
liminaires; et cependant à peine a-t-on encore les élémens né- 
cessaires à la solution de quelques-unes. 

Les ostéologies d éléphant publiées jusqu'à présent sont si 
peu détaillées, qu'on ne pourroit encore aujourd'hui dire de 
plusieurs si elles viennent de l'un ou de l'autre de nos élé- 
phans vivans; et sur cette innombrable quantité d'ossemens 
fossiles dont tant d'auteurs ont parlé , à peine a-t-on obtenu 
des figures passables de deux ou trois. Daubenton qui avoit 
un squelette d'Afrique sons les yeux, ne sapereut point des 
énormes diflérences de ses molairés avec les molaires fossiles , 
et il confondit un fémur fossile de l'animal de l'Ohio avec 
celui de l'éléphant. Les comparaisons faites par T'entzelius , 
par Pallas et par tant d'autres, des os fossiles aux os frais, ne 
furent jamäis exprimées qu'en termes généraux , et ne furent 
áccompagnées ni de ces figures exactes, ni de ces mesures ri- 
goureuses, ni de ces détails abondans que des recherches aussi 
. hnportantes exigent nécessairement. 

- Je n'ai méme pu me dispenser de donner ici une nouvelle 
planche du squelette entier de l'éléphant des Indes. Em effet , 
la figure publiée par Allen Moulin (1) , copiée dans l Eléphan- 
togrephie d ffartenfels, dans l4mphitheatrum zootemicum 
de Valentin et ailleurs, est si mauvaise, qu'on ne peut y rien 
distinguer de précis , pas méme l'espece dont elle provient. 

- Céllede Patrice Blair (2) appartient, il est vrai, à l'espèce 
des Indes ; mais, outre qu'elle est faite d'apres uù jeune individu 
dont les épipliyses n'étoient pas soudées, elle est trés-mal des- 


" 


. (3) Anatomieal Account of the elephant accidentally burnt in Dublin, etc. Lond, 
1682 , 72 pag. 4.* cum 2 tab. J pe | 
(3) Zrahsact. phil. tome 25 , 1* 5236 , juini7io, pl. W 


E - 


D’ #f LS TO LR EY NATURELL £. 3 
sinée, Qu y a placé les moplates à rebours; on a donné six 
doigts au pied gauche. de devant, et quatre seulement à ceux 
de derriére, etc. 

Celles de Perrault (1) et de Daubenton (2) , faites l'une et 
l'autre sur un squelette que nous conservons encore , appar- 
tiennent à l'espèce d'Afrique. La première est assez bonne , 
mais la téte y est représentée trop petite. La seconde est au 
plus médiocre. 

- Celle de Camper (3) est bien , comme celle de Blair ,de l'es- 
péce des Indes; maïs, quoique mieux dessinée que les autres, 
elle est faite d’après un trós-jeune mdividu qui n'avoit pas ac- 
quis toutes ses formes, et auquel on n'avoit point enleyé ses: 
" ligamens, 

Ainsi l'en verra , desde avec plaisir la dinis d'un 
grand dessin que j'ai fait faire sous mes yeux avec beaucoup de 
soin, par M. Huet, et qui entrera un ded dans l'anatomie dé- 
taillée de Téléphant, que je prépare. 

On ne recevra pas non plus sans intérêt ce que je yais €x- 
traire de mes observations touchant la croissance des dents et 
leur structure. Ce que je dois en dire, tout nécessaire qu'il est 
pour l'histoire des fossiles, est encore d'une ‘importance plus 
générale sous un autre rapport, pouvant éclaircir l'histoire des 
dents dans l'homme.et dans les animaux, attendu que le volume 
des dents de l'éléphant rend fort visibles des choses assez difti- 
ciles à distinguer dans les autres espèces. 

— HM itm Smivant mon usage , un exposé des 


a 


(1) Mém. pour servir à lHist, des An. TH^ partie, pl. 25. Elle a paru en 1734. 
(2) Hist. nat. in-4.. , tome XI, pL IV. 
^ (5)Descrip. anat. d'unéléphant. d ; 
is a” 
de 


me 


4 ANNALES DU MUSÉUM 


lieux où l'on a trouvé les ossemens fossiles de l'espèce qui fait 
le sujet principal de mes recherches actuelles. 


AR TicCLÉE PREMIER 


Exposé géographique des principaux lieux où l'on a trouvé 
des ossemens de l'éléphant fossile. 


Vouloir rapporter ici tous les lieux où il s'est trouvé des 


 essemens fossiles d'éléphant seroit une entreprise infinie: il 


nous suffira de montrer que tous les pays et toutes les époques - 
en ont offert. | : zn 
On en trouve des traces dès le temps des anciens. Théo- 
phraste en parloit dans un ouvrage que nous n'avons plus; mais 
Pline nous a conservé son. témoignage: « "Theophrastus au~ 
» tor est , et ebur fossile candido et nigro colore inveniri , et 
» ossa éterrá nasci, invenirique lapides osseos lib. XXXVI, 
» cap. X VUE» ` ER Uu 
H est probable qu'on a pris souvent les os d’éléphans pour 
des os humains, et que ce sont eux qui ont occasionné toutes 
ces prétendues découvertes de tombeaux de géans dont parle 
si souvent l'antiquité. Hose es iem  óECHMTUR 
-De ee nombre étoient sans doute les ossemens découverts 
à Tégée, en creusant un puits, et qui formoient un-corps de 
sept coudées de longueur qu'on prit pour celui d' Oreste (1) ; 
et ceux qu'on voyoit à Caprée , au rapport de Suétone , et 


. qu'on regardoit comme des os de géans ou de héros (2). 


- (1) Herod. lib. I, $. LX VH. 
(2) Suet. Aug. $ 72 


3s 


D'HISTOIRE NATURELLE. 5. 


Quant aux relations de corps encore plus grands, comme 
celle du squelette de 46 coudées , mis au jour en Créte par un 
tremblement de terre, qu'on regarda comme celui d Entelle 
ou d'Otus (1) ; celle d'un autre de 6o coudées, déterré près 
Lingis en Mauritanie (2) lorsque Sertorius y commandoit, et 
qu'on prit pour celui d’ Antée, elles sont sans doute fort exagé- 
rées , ou bien elles avoient pour origine des ossemens de cétacés. 
Strabon qui pappor} la dernière , sur l'autorité de Gabznius , 
n'hésite pas à la regarder comme fabuleuse. 

Ces idées erronées, qui tenoient à une ignorance absolue de 
l'anatomie, durent se perpétuer pendant le moyen âge : aussr 


y est-il fait mention de plusieurs géans, et les descriptions de 
leurs os sont quelquefois tellement exagérées, qu'ils auroient 


été huit ou dix fois plus grands que ceux des plus grands 


eléphans , sil'on s'en FAM 10 aux notices vagues , et souvent: 


pleines de contradictions qu'on en donne. 


-. Méme apres que des idées plus saines eurent dissipé ces 


chimères, on put croire que les éléphans dont on découvroit 
des os, avoient été enfouis. Par € des hommes. Ainsi, tant que 
ces déchets se bornerent à l'Italie et aux pays très-fré- 
quentés par les Macédoniens, les Carthaginois et les Ro- 
mains, on put croire en trouver d'assez bonnes explications 
dans la quantité prodigieuse d'éléphans que ces peuples ont 
possédée. i 

On sait que les premiers Européens qui ayent eu des 
éléphans furent Alexandre et ses Macédonieus , après la 


BEES Acte 


(1) Plin. lib. VII, cap. XVI. 
(2) Strab. Geogr. lib, XVI, ed. d'Amsterd. 3707 , p. 1185. 


see 


6 . ANNALES DU MUSÉ UM 

défaite de Porus (1), et qu'ils mirent des lors Aristoteen état 

d'en donner d'excellentes notions; après la mort Alexandre, 
ce fut Antigonus qui en eut le plus (2). Les Séleucides (3) en: 
entretinrent toujours, surtout depuis que Seleucus Nicator em 

eùt reçu cinquante de Sandro-Coitus en échange d'un canton. 
entier des bords de l'Indus (4). Pyrrhus en amena le premier, 
en Italie, l'an.de Rome 472 (5); et comme il étoit débarqué 

à Tarente , les Romains donnèrent à ces animaux qui leur. 
étoient inconnus, le nom de bœufs de Lucanie. Us étoient.en. 
petit nombre , et Pyrrhus s'en.étoit emparé sur Démétrius (6). 

Curius Dentatus en prit quatre de ceux de Py rh yet les amena 
à Rome pour Ja cérémonie de son triomphe. Ce sont les pre- 
miers qu'on yait vus ; mais ils y devinrent bientôt en quelque 

sorte une chose commune. Metellus ayant vaincu les Carthagi- 

nois en Sicile, l'an 502 , fit. conduire leurs éléphans à Rome sur 

des radeaux , au nombre de cent vangt Suivant Sénéque ,et de 

cent quarante-deux, suivant Pline (7),qui furent tous massacrés 


dansle cirque. 4nnibalen amena aussi avec lnien Italie. Claudius 


Pulcher en ficombattre dans le cirque, en 655. Lucullus, vingt 


ansapreés , en montra combattant contre des taureaux. Pompée, 
en fit voir vingt selon Pine ; dix-huit, selon Dion Cassius (8); 
César, quarante, lors de son troisième consulat. Pampée en. 


vid 


miM 


(2) Id. ib 
(5) Plin. VHI, c. v. 3 

(4) Strab. lib, XV, p. 1054. 

"(5) Plin. VH , c. VI. 

(6) Pausan. loc. cit. 

(7) Plin. VIII, c. VI. | ; d 

(8) Dion. Cas, lib. XXXIX ,ed.Han,p.198.A. | 77 09 i 


- (1) Pausanias , "tic n lib. L, ed, Hanor., p. 21, 


D'HISTOIRE NATURELLE. 3 
attela à son char lors de son triomphe g Afrique (1t). Germa- 
nicus en montra qui dansoient grossièrement (2). Ge fut sous 
Méron (3), aux jeux qu'il donna en l'honneur de sa mère (4), 
qu'on en vit danser sur la corde, et faire mille tours d'adresse 
extraordinaires. Elien dit même expressément , à l'occasion de 
ceux de Germanicus , que c'étoient des éléphans nés à Rome, 
que l'on dressoit-ainsi; par conséquent ils y propageoient. 

« Cùm Tiberii Cesaris nepos Germanicus, gladiatorum 
» spectaculum edidit , plurés jam grandes utriusque , sexús 
» elephanti Rome erant , è quibus alu plerique generati ex- 
» titerunt: quorum artus interea dum committebantur et con- 
» firmabantur , et membra infirma conglutinabantur, peritus 
» vir ád pertractandos eorum. sensus anintosque mirabili 
» quodam discipline genere eos erudiebat. Ælan. de Anim. 
x lib. IE, cap. XI, trad. de Conrad Gesner. 

Columelle assure ce fait encore plus positivement : « Indig 
» perhibetur molibus ferarum mirabilis , pares tamen in hác 
» terrá [ Italia ) vastitate beluas progenerari quis neget, 
» cùm inter menia nostra natos animadyertamus elephantes? 
» Col. De Rerust.lib. HL, cap. VIH , ed. Lips. , 1735, 4^ 471.» 

Si nos naturalistes eussent fait attention à ces deux passages, 
ils n'auroient pas ajouté foi si long-temps à l'impossibilité de 
faire produire l'éléphant en domesticité , et l'on auroit peut- 
êtretenté plus tôt les essais qui viennent de réussir à M. Corse. 
Plusieurs des empereurs suivans eurent encore des éléphans; 
Gallien, entr'autres , en posséda dix, | i 


(1) Plin. lib. VIN, cap. IL. 
(2) Id. ib. 

(5) Id. ib. de uit bet. 
(4) Dion. Cassius , lib. LXT, edit. Hanov. , p- 697: D: ` 


Lu 


p3 


8 ANNALES DU MUSÉUM 
Ainsi , quoique l'Italie offre une grande quantité d'ossemens 
fossiles , on a pu long-temps en attribuer l'origine aux individus 
amenés par les hommes; peut-être méme y en a-t-il en effet 
quelques-uns qui viennent de cette cause. 

Voici une indication des principaux endroits d'Italie où l'on 
en a trouvé; mais nous sommes bien éloignés de la Sas der 
comme óbirplate 

La plus grande défense a été trouvée par MM. rav- 
foucauld et Desmarets auprès de Rome : elle avoit 10 pieds 
de long sur 8 pouces de diamètre , quoiqu'elle ne füt pas en- 
tiére (1). Nous en possédons quatre morceaux au Muséum : ils 
sont fort altérés. On en avoit trouvé à Rome méme dès 1664 ; 
eu creusant à l'entrée du Vatican pour faire des fondations (2). 
Thomas Bartholin parle méme de découvertes antérieures 
faites en cette ville (3) , et il est probable quele corps d'Evandre, 
trouvé en 104t ou 1054 (4), n'étoit pas autre chose. 

Fortis cite une auire défense trouvée par hasard au sommet 
d'on vignoble, et quelques- unes , découvertes par le Tibre aux 
environs de Rome etde Tod yx 

M. Charles-Louis Morozzo représente une mâchelière (6) 
trouvée en avril 1802 dans un: vignoble, hors la porte del 
Popolo , avec beaucoup d'autres os et de fragmens d'ivoire. 
"Bónanni parle de beaucoup de grands os , de dents et de 
mâchoires n À se son temps près d’un 


re 


(1) Buff. HABE de la Nat., notes m dd 
—(92) Monconys, Voy.en Hala Pr 446. — 
(5) De Unicornu ,ed. de 1678 » p: 569. 
(4) Dom Calmet, Dict. de la Bible, II, 160. 
(5) Fortis, Mém. pour l' Hist. nat. d'Ital., tome II, p. 302. 
(6) Mém. de la Société ital., tome X, p- 162, et Journ. de phys. LIVRÉS. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 9 
château nommé ba sur la voie M à 12 milles 
de Rome (1). : 

Jér.-Amb. rares parle d'un — PEE TEPA 
et de cinq vertèbres , trouvés près de Vitorchiano , au nord- 
"est de Fiterbe, au bord de la vallée du Tibre (2). ll y en a 
aussi une dissertation par Chuampini (3). 

- Jacques Blaneanus ‘donne plusieurs morceaux d'ivoire , 
trouvés au Monte-Blancano , près de Bologne (4). ` 

Le val d'Arno semble en fourmiller. Le grand duc Ferdinand 
de Médicis en fit déterrer un € entier , en 1663, dans la 
| plaine d'Arezzo (5). . 

Le docteur Z'argioni- Tozzetti en avoit déposé au NORRA 
de Florence un humérus trouvé dans des vases marines du val 
| d'Arno supérieur ,et sur lequel des huitres s'étoient fixées (6). 
(oH sid: me ses s voyages , , surtout au tome V." , de plusieurs 

ous ^nre pen la legen suspe; et Ton a de 


 hacbhare CLEA IE PRAN 
d'à àge- o différent „trouvés épars ds ld the de sable des col- 
lines du val d'Arnoït ur , péle-méle avec des coquilles (7). 


Selonles Novelle litterarie de Florencë , on en découvrit, en 
1754, plusieurs os et défenses sur des collines peu éloignées du 
‘château de Cerreto- Guidi , près de Gavena. Il y en avoit au 

moins de A" Rent: qui furent recueillis — le ch. Buon- 


; i 

; bor Mus. Kircher , p- 200. 

(2) Ephem. nat. cur. dec. Il, an. VII , obs. 254, p. 446. 

(5) Chiampini , de Ossib. eleph.i in dicecesi €— anno 1688 inventis. 

(4) Comment, Inst. bonon.,1V, p. 155. 

(5) Fortis, Bep. co L3 

(6) Id. ib. 

(7) Mélanges d'Hist. nat, “pe Aléon du mak tome It, p. 337 et J ourn. ue 5 
déc. 1755, PP 228. j "ME 

g | 


2 


L4 


10 ANNALES DU MUSEUM 
talenti (1). Forts parle d'une défense déterrée près du méme 
Cerreto- Guidi , au val de Nievole , par le doct. Venci (2). 

Selon T'areioni- T'ozzetti, ce docteur en avoit trouvé des 
morceaux d'au moinstrois individus; Z'argioniles avoit obtenus 
et les conservoit dans son cabinet; il en donne l'énumération (3). 

Déjà quelque temps auparavant on avoit découvert un sque- 
lette presque entier dans le même lién ; dans un terram “es 
tenant au comte Gaddi. 

On en déterra, en 1744, une défense “Fe de Lane Cap- 
piano, à 5 milles de Gallena (4). : 

D’autres os trouvés dans la colline de Lomporece — ont 
été décrits par le docteur: Kenturini (5). — — 

Il y aune dissertation particulière sur ces os du val d Arno 
par M. de Mesny. Cæsalpin indique déjà une tête de fémur de 
Castel-San- Giovani entre Arezzo et Florence (6). 

„Scali , au rapport de Fortis, avoit détaché une défense d'une 
coté pierreuse, pétrie de corps marins (7), au shes à de 
Saint-Jacques pres. de Livourne. 

Coltellini cite quatre lieux différens du territoire de Cor- 
tone où il s'est trouvé des os et des: défenses (8)... 

J'ai moi-même à décrire un — € - jee du val 
d' Arno, appartenant à M. Miot. , 

Dolomieu dit que les os d'éléphant " "^ d A sont ii 
la base des collines d'argile, qui REED les intérvalles des 


() Alléon Dulac ,P- ion. CE ; oan. 

Cr Epis egit zo d Ee SE 

(5) Targ. Tozz., Viagg. v, P Mo 

(4) Id. ib. 

(5) Giorn. d'Ital., tome IIT, p. 58. 

(6) Cæsalp. de Metall. IL, p. Mes 

(7) Fortis, p. 502. 

(8) Journ. étrang., juillet meus et Buff. Époques à de Re. mote 9. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 11 


Y 54$ . 


chaines calcaires; ; que le: les couches quies i 
des bois, les uns SES les autres bituminisés , qu'il a jugés 
être de chéne ;et quisont eux-mêmes recouverts par des couches 
de mec marins mélés de plantes arrondinacées, et Te 
d'immuses bancs d'argile (1). 

On vient de faire dans ce genré une découverte considérable 
Mic: l'état de Perme;'jén ai entre les mains un Mémoire 
adressé à M. Moreau-de-Saint- Mery, alors adininistrateur gé- 
néral de ce pays, par M. le conseiller Joseph Cortesi. C'est 
sur le mont Pulgnasco, commune de Diolo, à 9 milles de 
Fiorenzuola jet à 4 de Castel Arcuato , presque dans la terre 
végétale , car les os en ‘étoient encore pénétrés dé racines ( 3). 

Un dépôt remarquable où les os d'éléphans étoient' 'entassés 
ayec ceux de plusieurs autres animaux , est celui du mont Ser- 
baro, commune de ipio tag. dna " -— 5x Op reri 
3 lieues de Vérone: - 0h. 

ES. ortis en a donné une dep ghi Mémoire ad bè a 
Ils se trónvolent dans ùn enfon ement dti haut dela montagne. 

Dans le nombre des os d'éléphans, étoit une défense de plus 
de 9 pouces de diamètre, et qui devoit avoir au moins 12 pieds 
de longueur. M. de Gazola vient d'envoyer de cet enc 
notre Muséum , üne demi-máchoire infériétire et un os. 
tacarpe, qui indiquent un individu d'au moins 15 pieds de haut. 
ke: Piémont i en a beaucoup fourni; j'ai recu dernièrement 
pour notre Muséum, de la part de M. Giorna , deux portions 
considérables de máchoires qu étaient: eu. cabinet d'histoire 


at supp ortent 


(1) Journ. p^ me XXXIX , p. 515. is 

(2) Mémoire m. de M. Cortesi , communiqué par M. Moreau dz Sairt-Méry. 
(5) Imprimé d'abord séparément en italien , et inséré en francais dens s ses Mé- 
 moires sur I Hist. nat. de l'Italie , tome IT, TE suiv.’ b 
- À 


3 3 


> * 


12 ANNALES DU MUSEUM 
naturelle. de Turin. M. Giorna m'écrit qu'il y.a encore dans 
ce cabinet un fémur d'éléphant, 

Nous avons dans lenôtre des fragmens d'ivoire de Butigliano 
dans la province Asti. 

L'extrémité opposée de l'Italie en a aussi. 

Jeróme Magius parle d'un cadavre de cinq coudées de 
long ,.déterré prés de Regisio en creusant une citerne (1). 

Le père Kircher cie un tombeau de géant.d'auprés de Co- 
zence en Calabre (2). 

Le journal de l'abbé Nazari. parle. d'un squelette d'au moins 
18 pieds de long (3) , déterré en 1665. à Tiriolo dansla haute 
Calabre. On dit, à la vérité, que..ses os ressembloient à ceux 
d'un. homme; mais on sait aujourd'hui à quoi sen tenir sur 
ces.sortes de. comparaisons, ; 

Thomas Bartholin cie de Son bin: ivoire fossile de Calabre 
et d'autre de Sicile (4). 

Fallope en annonce de la Pouille (5), et iiem dit qu' une 
inondation mit à découvert dans cette province , en 1698, une 
défense longue de douze palmes(6). . 

On peut bien encore placer ici les deux prétendus géans dont 
e est répétée dans toutes les gigantolog gies, savoir : celui 
qui fut lécouvert dansle XIV" siècle à Trapani en Sicile, dont 
a parlé Poçace(z}, et celui des environs de Palerme au XVI” 
1 


siècle | Fasell s(8); mais la du premier 
: 7 d EF de : I oO e 


(1) Hier. magius de Gigantibus. Em ut T 
(2). Mund. subterr. lib. vit, sect. H , c. IV, p.55. 

(3) Collection acad. part. étr. , tome IV, p. 178. 

(4) De Unicornu, p. 569. 

(5) De Metallic. » Cap. ultim. 

(6) Mus. Kircher*, p. 199. 

(7) De Geneal. Deor., ed. x m P. 114. 

(8) Fasellus, Decad, *. lib. L, c. IV. 


D'HISTOIRE, NATURELLE. 13 
est prodigieusement exagérée , car on lui donne 300 pieds; et 
Kircher qui a visité la caverne où l’on prétendoit l'avoir trouvé, 
dit positivement qu'elle n'avoit pas plus de 3o pieds de haut. 

Il est d'autant plus vraisemblable que ces prétendus géans 
ont dù leur origine à des os d'éléphans , qu'on trouve de ceux- 
ci, au rapport du marquis Charles de Vintimille, historien 
de Sicile, cité par Kircher(1), pres dela mer, entre Palerme 
et Trapani {in agro solonio.) 

Kircher rapporte encore des récits de trois autres géans 
de Sicile, dont , comme à l'ordinaire, presque tous les os 
. étoient consumés , excepté les dents (2). 

Quant à la Grèce , l'état d'oppression-où elle gémit n'a 
pas permis qu'on ait des relations anatomiques raisonnables 
des fossiles qu'elle recèle, mais ceux-ci ont donné lieu à des 
récits de géans dans les temps modernes comme dans l'anti- 
quité, Il est donc vraisemblable quil y a des os d'éléphant 
dans le nombre. 

Il fut irouvé, en 1691 , à 6 lieues de aniar. des 
ossemens dont l'un admettoit le bras d'un homme dans sa 
cavité; une mächelière inférieure étoit haute de 7 pouces et 
iar, et pesoit 15 livres. Trois autres dents pesoient de 2 à 
3 livres chacune. Le cubitus ou l'humérus avoit 2 pieds 8 
pouces de circonférence. Il y en a un procès-verbal signé de 
plusieurs témoins, dans une Dissertation d'un abbé Commiers , 
insérée dans le Mercure de 1692, et citée par l'abbé d' Arti- 
gny dans ses Mémoires d'Histoire, de Critique et de Littérature, 
tome Lp 136. Dom Calmet s'est Hipp en portant cet évé- 
* nement à oo (3). 


(0M Mund. subterr. A» c sect. u, sf. IV, pe e 
(2) Id. ib. — 
(5) Dict. de la Bible , ke dus 


14 ANNALES DU MUSÉUM 


Suidas parle déjà d'ossemens de géans trouvés en quantité 
sous l'église de Sainte-Mena à Constantinople , et que lem- 
pereur Anastase fit déposer dans son palais (1). 

Nos pannes annoncent tout récemment une trouvaille sem- 
blable faite à Demotica (2). 

Fortis cite une molaire de l'ile Cerzgo , déposée dans le ca- 
binet de /Morosini à Venise (3). 

La France où chacun sait qu'il y a eu dans les temps his- 
loriques beaucoup moins d'éléphans vivans qu'en Italie et en 
Grèce, wen a guère moins donné de fossiles. 

IL >e certain que le prétendu géant trouvé sous Charles VII, 
en 1456, dans la baronnie de Crussol près de Valence, étoit 
un éléphant, La description que Monstreuil donne d'une de 
ses dents n’en laisse pas douter. 

Elle étoit longue d'un pied, mais nine moins large , 
et avoit mk oae racines. Sa partie triturante étoit concave 
et large de quatre doigts ; eile pesoit 8 livres (4). 

Tl est probable que cela qui fut déterré sous Louis Xr , 
au bourg de Saint-Peyrat, encore pres de F alence, et dest 
parle Celius Rhodiginus , étoit de la même espèce. On lui 
donne 18 pieds de longueur. 

C'est aussi en Daisphisé que s'est trouvé celui de tous fes 
squelettes fossiles qui a donné lieu à plus de contestations, le 
fameux Z'eutobochus, sujet des longues disputes d Habzcot et 
de Riclan. Les nombreuses brochures quil occasionna sont 


(1) Suidas , voce pers. | 

(2) Journal de Paris, 9 juin 1806, 

. (5) Loc. cit., p. 50g. TEN 

(4) Cassanio de Monstreuil , de Gig., p. 57. 4p. Sloane, Mém. de l'Ac. des Sc. 
de reon 1727,in-12, p. 455. " 


pu RESTO PEUT LFOUNELCE EL 1 


Ct 


remplies d'injures, mais ne contiennent presque rien qui puisse 
éclaircir la question. 

La rivalité entre les médecins et les chirurgiens excitoit les 
combattans beaucoup plus que l'intérét de la vérité. Riolan 
montra cependant assez habilement, pour un homme qui n'ascit 
jamais vu de squelette d'éléphant, que ces os devoieat provenir 
de cet animal (1). — | 

Voici à peu prés ce qu ub y avoit de vrai dans tout cela, 
autant qu'il est possible d'eu juger aujourd’ hi I! paroit qu'on 
trouva, en 1613, le 11 janvier, dans une He , près du 
château de CHER ou de Langon, entre les villes dé Mon- 
tricaut, Serre et Saint-Antoine , ds ossemens dont tme partic 
fut pie par les ouvriers. 

Un chirurgien de Beaurepaire, nommé Mazurier, montra 
à Paris et en divers autres lieux , pour de Fargent, ceux qui 
étoient restés entiers ; etafin de mieux exciter la curiosité, il 
distribuoit une petite Teta où il assuroit qu'on les avoit 
trouvés dans un sépulcre long de 3o pieds , sur la tombe du- 
quel étoit écrit :Z'eutobochus rex. On sait que c'étoit le nom 
du roi des Cimbres qui combattit contre Marius. Mais on 


(1) Voyez les brochures suivantes que je cite dans l'ordre selon — TS se 
succédèrent, : 
. Histoire | véritable.du géant Great E , etcs +: pages, par Mazurier. 
Gigantostéologie, par N. Habicot , 1615. 
Gigantomachie, par un écolier en médecine (J. Riolan), 1613. 
L'imposture découverte des os humains supposés d'un géant , 1614. 
Monomachie, ou. réponse d'un compagnon chirurgien aux calomnieuses inven- 
tions de la Gigantomachie de Zo/az , 1614 (auteur peer 
Discours apologétique de la grandeur des géans , par Guillemeau, 1615. - 
Réponse au traité apologétique touchant la vérité des géans , par N. Habicot. 
Jugement des ombres d Héraclite et de pere sur la` réponse d'Habicor 
au discours attribué à Guillemeau. 


Gigantologie, ou Histoire de la grandeur des ss par Riolan, 1618. 


16 VAN NALES DU MUSEUM 
accusa ce chirurgien d'avoir fait faire sa brochure par un jésuite 
de T'ournon , qui avoit forgé l'histoire du sépulcre et delinserip- 
tion. Il ne paroît pas qu'il se soit justifié de cette imposture: 

Quant aux os qu'il montroit, ils consistoient dans les piéces 
suivantes : 

x^ Deux morceaux de la máchoire edis dont un pesant 

six livres, contenant deux molaires et la place de deux autres; 
et un plus grand pesant douze livres , avec une dent entière 
et trois cassées. Chaque dent avoit quatre racines, étoit grande 
. comme le pied d'un petit taureau , comme moe et de cou- 
leur semblable à la pierre à "s Stan 

2? Deux vertébres, dont une de trois doigts d'épaisdens où 
l'on pouvoit passer le poing dans le canal-médullaire ; les apr 
physes transverses avoient des trous à leur base. 

L'autre étoit beaucoup plus grande, mais avoit perdu son 
HU ug xx 

|. 8? Un morceau du milieu d'une cóte, long de 6 pures, 
large de 4, épais de 2. 

4.° Un fragment d'omoplate dont la Se pbm avoit 
12 pouces de long et 8 de large. 

5. Une téte d'humérus, pika comme une moyenne tête 
d'homme, et —— la scissure ears — un cotes calmar 
i d'écritoire. as 
M. uiu. fémur long de 5 Si " trois Ses de tour en 
haut, de 2 près des condyles, d'un et demi au milieu; les 
— 7 manquoient. Le cou n'avoit ni une d ni 
xs uen Lp get de celles de l'homme [C Le 


PE 7 l'ai is d: 7 7 z | ZT 3 ST E 
: Touche nici ib par Habicot , 1 618, 
Correction fraternelle sur la vie d'Habicot , par Riolan, 1618. 
(1) Gigantomachie , p. 3o. 


DHISTOFRE NATURELLE. 17 
7 Un tibia long, de près de 4 pieds, et en ayant plus de 
.9 de tour en bas. ; 
. 8» Un astragale , différent de celui des animaux {on enten- 
doit domestiques ) , mais qui n'avoit point l'apophyse scaphoi- 
dienne aussi saillante que celui de l'homme (1). 
9° Enfin un calcanéum qui avoit en bas des facettes pour 
le scaphoide et le cuboide, mais dont l'apophyse postérieure 
ou tubérosité, n'étoit point aussi forte que celle de l'homme. 
Cetteextrémité postérieure étoit bien sûrement d'un éléphant; 
il n'y a point d'autre grand animal dont l'astragale ressemble 
assez à celui de l'homme , pour que qui que ce soit ait pu sy 
méprendre ; mais les dents n'en pouvoient pas étre : il n'en a 
pas tant , et elles n'ont point de telles racines. Y avoit-il dans ce 
lieu, comme dans beaucoup d’autres, des osd'éléphans etde rhino- 
cérosenfouis péle-méle? c'est ce qui me paroit le plus probable. 
Riolan dit dans une de ses brochures que le Dauphiné est 
rempli de ces os. Cela s'est confirmé. Un quatrième prétendu 
géant sy est trouvé, en 1667 , dansune prairie prés du cháteau 
de Molard, diocese de Vienne. Ses dents pesoient dix livres (2). 
M. de Jussieu m'a dit avoir vu autrefois des os d'éléphant sus- 
pendus dansune des églises de Valence, et qu'on y disoit de géant, 
Mais à mesure qu'on se rapproche de notre temps, les des- 
criptions deviennent plus raisonnables. Une véritable máche- 
lière d'éléphant a été publiée par M. de la Tourette dans le 
IX. tome des Savans étrangers de l'Académie des Sciences, 
p. 747 et suiv. Elle fut trouvée, en 1760, près de Saint- Valier, 
à demi-quart de lieue du Rhône, et à 8o pieds d'élévation au- 


(1) Ib. P. 26. " 
(2) Dom Calmet, Dict. de la Bible, II, p. 161. 
8 | ; 


18 ANNALES DU MUSEUM 
dessus de cefleuve, dans uneterre graveleuse mêlée de cailloux. 

Il y a aussi de ces os en Provence. M. Arnaud, avocat - 
demeurant à Pimoisson , département des Basses-Alpes, près 
Riez, possède une mâchoire inférieure d’éléphant , trouvée 
dans ses environs. Je tiens ce fait de lui-même. 

La rive droite du Rhône n’en est pas dépourvue, M. Sou- 
lavie parle d'un squelette presque entier , découvert dans les 
environs de Lavoúte, département de l 4rdéche, dans des at- 
terrissemens voisins du Rhône (1). | 

M. Faujas décrit une défense trouvée par M. Lavalette 
dans la commune d' Arbres , prés Villeneuve-de-Berg, méme. 
département , au pied des Monts Coiron$ , et à 5 pieds de 
profondeur dans un tuffa volcanique (2). 

M. Cordier, ingénieur des mines , a bien voulu me donner 
une note sur celte position qu'il a aussi examinée avec soin. La 
défense étoit incrustée dans l'intérieur d'une bréche volcanique 
solide, qui ne forme. pas seulement le sommet de la colline 
d' Arbres , mais étend en couches horizontales sous toute la 
masse des Coirons dont elle est la première assise. Assez bien 
conservée ailleurs , elle est presque entièrement décomposée 
à Arbres, et s'y réduit en une. argile jaunâtre où les pyroxènes 
sont seuls restés entiers; tout ce sol volcanique repose sur une 
haute plaine de calcaire coquillier compact, diversement in- 
cliné. Il faudroit maintenant savoir si ces défenses étoient en- 
veloppées dans le corps méme de la couche volcanique ou seule- 
ment dans quelques-uns de ses anciens déblais. Au reste M. 
Cordier connoit plusieurs autres lieux où des ossemens sont 
enveloppés dans des matiéres volcaniques. 


(1) Hist. nat. dela France mérid. , tome III , p. 98. 
(2) Annales du Muséum d'Hist, nat., tome 11, p. 24. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 19 
On peut consulter la carte des Coirons , publiée dans P Hist. 
nat. de la France méridionale, tome VI. 

On trouve beaucoup d'autres débris d'éléphans en se rappro- 
chant des Pyrénées. La montagne Noire en recèle une quan- 
tité dans ses pentes. 

M. Dodun , ancien ingénieur du département du Tarn , a dé- 
couvert dans les environs de Castelnaudary, plusieurs máche- 
lières d'éléphant bien caractérisées dont il m'afait voir les des- 
sins. Il en a parlé dans le Journal de physique ,Aome LXL p. 254. 

A Gaillac en Albigeois , on trouva, en 1749, à 11 pieds de 
profondeur, dans du gravier sec mêlé a sable, un fémur 
mutilé et des lames de mâchelières (1). diría 

Nous possédons nous-mêmes une mâchelière des environs 
de Toulouse , que nous devons à M. Tournon, médecin et 
habile naturaliste de cette ville. 

M. de Puymaurin, membre de l'Académie de Toulouse , 
avoit envoyé au cabinet plusieurs fragmens de défenses, qu'il 
avoit trouvés sur la croupe d'un coteau, à un quart de lieue du 
château d Alan, résidence desévéques du Comminges (2). 

En remontant vers le nord, on ne remarque point que les 
os fossiles d'éléphant deviennent moins communs. 

Il y a au Muséum une portion d'omoplate déterrée à trois 
lieues au-delà de Chélons-sur-Saône, du côté de T'ournus(3). 

Les ouvriers qui travaillent au canal du centre en ont ré- 
cemment découvert un amas dans la méme province. J'en ai 
reçu, par les soins de M. Gérardin , employé de ce Mu- 
séum, une mâchelière d'éléphant très-reconnoissable, quoique 


(1) Hist. de T Ac. de Toulouse „tome l, p. 62. 
(2) Daub., Cab. duroi , Hist. nat. XI, n." DCDXCIX. 
(3) Id. ib.n. MXXXII , et Mairan , Hist. de l'Ac. des Sc. "m o 


i * 


20 ANNALES DU MUSÉUM 
brisée. Il y avoit auprès une mácheliére de rhinocéros. Le 
lieu de sa découverte se nomme Chagny. 

M. Tonnelier, garde du cabinet du conseil des mines, con- 
serve une lame de mácheliére qu'il a trouvée dans un atterris- 
sement,à l'endroit dit le Pont-de- Pierre ‚à une lieue d Auxerre. 

Mon collègue, M. Tenon, membre de l'Institut, en a vu 
une autre dent, des environs ve cette dernière dis 

À Fouvent, "iini près de Gray , département dela Saône, 
on a trouvé, il y a six ans, dans un creux d'un rocher qu'on 
faisoir sauter pour élargir un jardin , un grand nombre dos, 
des mâchelières et des portions de défense d'éléphant, avec 
des os d'une espèce particulière d'hyéne, que je décris ailleurs. 

On en avoit eu également un grand nombre auprès de Po- 
rentruy, département du Haut-Rhin, en 1779, en. faisant un 
chemin. J'en possède une molaire. 

"Les environs de Paris en offrent comme les autres pro- | 
vinces. Je possède une mácheliere et un fragment de défense 
trouvés dans les atterrissemens de la Seine près d Argenteuil. 

M. de Cubiéres l'ainé conserve une mácheliére prise prés de 
Meudon, à une assez grande profondeur dans le sable. 

En creusant le canal qui doit amener les eaux de l'Ourcg - 
dans cette capitale, on a déterré deux défenses et deux må- 
chelières des plus grandes que j'aye encore vues, en trois en- 
droits différens de la forêt de Bondy. M. Girard, célèbre in- 
génieur et directeur en chef de ce canal, a bien voulu me les 
remettre pite les déposer en ce Muséum. | 

Comme j'ai examiné soigneusement le local avec M. Gala 

etle savant minéralogiste M.A4lexandre Brongniard, je ne crois 
pas hors de propos d'en donner ici une courte description. - 

Le canal est creusé dansla plaine de Pantin et de Bondy 
dont le sol s'éléve de 70 à 8o pieds au-dessus du niveau de la 


= 
D'HISTOIRE NATURELLE. 21 
Seine, et qui embrasse le pied des collines gypseuses de Mont- 
. martre et de Belleville. Cette plaine est formée jusqu'à 4o pieds 
de: profondeur où elle a été sondée, de diverses couches de 
sable , de marne et d'argile; on n'y a rencontré nu!le part de 
pierre calcaire , quoiqu'il y en ait au niveau de la rivière à Saint- 
Ouen: Le canal traverse en quelques endroits des couches 
de gypse qui se continuent avec: la base de la colline de Belle- 
ville. Nous verrons ailleurs qu'il paroit que l'argile.et.le sable 
ont rempli après coup l'intervalle des collines gypseuses. La 
partie la plus élevée de la plaine, celle:qui partage les eaux 
qui tombent dans la Seine et celles qui tombent dans la Marne, 
est pres de Sévrans dans les bois dits de Saint-Denis. ll. n'a 
pas fallu néanmoins y creuser à plus de 3o à 4o pieds; ce qui 
prouve combien cette créte est peu considérable par rapport 
au reste de la plaine. Le sol y est en grande partie d'une marne 
jaunátre, alternant avec des lits d'argile verte, et contenant 
par-ci-par là des rognons de marne durcie, et dans d'autres 
endroits des ménilites en mate RE de coquilles c nous 
ont paru fluviatiles. | 

En certaines places, les sodalis de marne et d'argile ven- 
fóhcent comme si elles eussent formé des bassins ou des espé- 
ces d’étangs , que des matières étrangères seroient venues rem- 
plir. Il y'a en effet à ces placesslà des amas de terre noirátre 
qui suivent la courbure des enfoncemens de l'argile, et qui sont 

surmontés à leur tour par du sable jaunátre. 
C'est: dans la terre noire, a 18 pieds de P qu'en 
a trouvé les denis et les défenses d'éléphans. Il y avoit aussi 
un crâne plus ou moins complet qui a été brisé par les ou- 
vriers, et dont jai les: pcm ainsi que beaucoup d'os du 
genre du bœuf, d'autres ruminaïis moins grands, et surtout - 
un crâne txisctomarqualil d'une grande. espéce inconnue d'an- 


22 ANNALES DU MUSÉE Ü M 

ülope que je décrirai ailleurs. Le sable jaune supérieur con- 
tient beaucoup de coquilles communes d'eau douce , soit. 
limnées soit planorbes ; mais la terre noire n'en a point non 
plus que l'argile verte et la marne jaunâtre dans lesquelles elle 
est enchássee. L'ivoire est fort décomposé; les mâchelières le 
sont moins, et les autres os presque pas. La plupart ne pa- 
roissent pas méme avoir été roulés. 

Deux portions de máchelieres de Gzerard en Brié, à une 
lieue de Crécy , sont mentionnées par Daubenton., Elles étoient 
à 10 pieds de profondeur dans une sablonnière (1). 

Le baron de Serviere représente une mâchelière supérieure 
bien caractérisée (2), trouvée sous le lit de la Moselle , près 
de Pont-à-mousson. 

Un germe de neuf plaques des environs de Metz avoit été 
envoyé au Muséum par M. de Champel (3). 

On connoit depuis long-temps les éléphans fossiles de la 
“Belgique. Goropius Becanus (4) a combattu dans le XV E 
siècle les préjugés qui faisoient attribuer à des géans des os et 
des dents de cette espèce trouvés anciennement aux environs 
- d'Anvers ; et il parle à cette occasion des os de deux éléphans 
déterrés près de 7'ilvorde., dans un canal que les babitanssde 
Bruxelles firent creuser de cette ville à Rupelmonde, pour 
éviter je ne sais quelles vexations que. leur faisoient éprouver 
ceux de Malines. 

Jean Lauerentzen , dans son édition du Museum regis 
Daniæ de Jacobœus, part. I, sect. 1, n^ 73, rapporte l'his- 
toire d'un squelette qu' Otho Sperling vit déterrer à Bic en 


(1; Hist. nat. XI , n.» MXXVIIL, et Ac. des Sc. 1762, 
(2) Journ. de Phys., tome XIV , p. . 525 , pl. 11, fig, 5. 
(3) Hist. nat. XI, n." MXXXI. 

(4) Origin. anverp. lib. IL, p. 107, Gigantomachia. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 23 
1643 , et dont un fémur étoit conservé dans ce cabinet. C'étoit 
un fémur d'éléphant long de 4 pieds et pesant 24 livres. 

M. de Burtin, dans le chap. I, $. 2, p. 25 ,desa Dissertation sur 
les Révolutions de la surface dù globe, couronnée à Harlem en 
1787, dit posséder une dent d'éléphant découverte en Brabant. 

Il ajoute (p. 180,note) qu'une très-grande tête fossile de cette 
espèce a été retirée d'une es à deux lieues de Louvain, 
par des pécheurs. | 

M. Delimbourg parle aussi en général de ces os dans un 
Mémoire inséré parmi ceux de l'Académie de Bruxelles (1). 

Bæcler, in Cynos. mat. med. Herrmanni , vol. L, pl. HI, p. 
134 , et Sloane, Ac. des Sc. 1727, avoient déjà parlé d'une 
défense trouvée dans le Rhin, près de JVonnenweyer. 

Un fragment du méme endroit, long de 3 2", se trouve en-- 
core aujourd'hui chez M. Spielmann, vmm de Strasboug, 
et une molaire de Wittenweyer qui wen est pas éloigné , chez 
M. Petersen, habitant de la méme ville (2). 

Jean Herrmann , dans un programme particulier da 15 
décembre 1785, montre que la prétendue corne de bœuf, de- 
puis long-temps suspendue à l'un des piliers de la cathédrale 
de Strasbourg, n'est aussi qu'une défense fossile qu'on aura 
sans doute tirée. autrefois du méme fleuve. 

En général, toute la vallée du Rhin fourmille pour. ainsi 
dire de ces ossemens. 

M. Adrien Camper en a vu beaucoup en 1788, dans les 
cabinets de Béle, et entre autres chez M. Bernoulli (3). 


(1) Tome I, p. 410. 
(2) Tiré des lettres de M. Hammer. 
(2) Desc. anat, d'un. éléph, , p. 28, note, 5. ` 


24 : ANNALES DU MUSEUM 

Knorr représentoit déjà une mácheliere et un os du méta- 

carpe du cabinet de M. Dannone , professeur à Bäle (1). 
‘La chronique de Colmar parle, sous l'an 1267, d’os de géens 
trouvés prés de Béle , au village de Hertin (2). 

Il y en a aussi diverses molaires dans la bibliothèque pu- 
blique de Béle , dont deux ont été gravées in-fol. comme dents 
de géans(3).Davila avoit un morceau d'ivoire du même lieu (4). 

On en a trouvé à Mutterz , à une lieue de Bále, et à 
Rheinfelden (5). 

Un squelette presque entier fut déterré, en nivose de l'an 7, 
à F'endenheim , à un myriamétre au nord de Strasbourg , sur 
lune des collines les plus avancées des Vosges , à 40 pieds de 
AE: en creusant un puits. 

On n’en a conservé qu'une défense longue de i pieds 10 
pouces sur 5 pouces et demi de diamètre, et quelques portions 
osseuses peu considérables. Je tire ces détails de ce que MM. 
` Herrmann et Hamrneront bien voulu nren écrire. Il en est parlé 
"dans Y Annuaire du département du Bas-Rhin pour l'an VHL, et 
Yon y cité une découverte semblable faite quelques années au- 
paravant sur une autre colline avancée des Vosges , à Epfig, 
à 8lieues de Strasbourg , en creusant les fondemens de l'église. 

M. Hammer possède aussi un fragment de défense trouvé 
dans.une ile du. Rhin près de Selz, et un autre des environs 
d' Haguenau. | 

Le cabinet du landgrave de Hesse-Darmstadt contient une 
máchoire inférieure d'un grand volume, trouvée- auprés de 


— (1) Knorr , Monum., tome IL, sect. IL, tab. H. et H. III. - 
(2) Dom Calme: , Dict. de la Bible, II, 160. 
(5) M. Hammer possède ces gravures. 

(4) Davila , Cab. LIL , 229. 
(5) Tiré des lettres de M. Hammer. Voyez aussi Brucker meërckwurdigkciten der 
landschaft basel, n.» XV , pl. 15 , fig, 1,2,et Davila, P. 227: 
» 


= 
D'HISTOIRE N ATUR ELL £. 25 
7Porms. Merk en parle, II^ lettre sur les fósiles, i 8 et 
suiv., et la représente, pl. II. 

ke cabinet de Künast avoit un fémur du rca te 

Il y a une dissertation particulière de Charles: Gotlob Sté- 
ding sur l'ivoire fossile des environs de Spire (1). Il représente 
une mácheliére de treize lames écartées , où il en manque deux 
en avant et une ou deux en arrière. Elle fut trouvée à 4 pieds 
de profondeur, et pesoit 3 livres et demie. Il y avoit auprès 
un fragment de défense de 4 livres. 

Nous possédons en ce Muséum deux nt ii inférieures, 
d'âge différent, trouvées l'une et l'autre aux environs de Co- 
logne. 

Le cóté Eleg en a donné encore Kisina 

Le Museum Künastianum cite de l'ivoire fossile du pays 
de Bade, trouvé en 1609, à 10 toises de profondeur au bord 
du Rhin ia 

ll y aau cabinet de M. Hammer une lire etun fragment 
d'omoplate d'auprés de Brisach. 

Merk (3) indique un crâne trouvé prés de Manheim, et dont- 
il existe une gravure que je n'ai pu encore me procurer. Il 
portoit deux mächelières , pesoit 200 livres, et avoit * de 
long, mais sans doute en suivant les "ideis. 

M. Hammer posséde une molaire déterrée dans une ile du 
Rhin , vis-à-vis Manheim , et un fragment péché dans le Rhin 
méme, prés de cette ville, Il y avoit chez M. Gmelin; apo- 


(1) Nov. Ac. nat. cur., tome no 567 , obs, LX XL . 
(2) II.* lettre, p. 14. 
(5) Mus. Künast.Strasb. 1668 , ed:8. P 60; sliši p. 15, n.* 385, Je dois 
cette citation à M. Hammer. Yos 


8. 4 


* 


26 ANNALES DU M.USÉUM 

thicaire à Tubingen , une mâchoire inférieure trouvée dans Ie 
Rhin , également prés de Manheim (1) , et dans le cabinet de 
Künast un grand os aujourd'hui déposé dans celui. de l'école 
de médecine de Strasbourg. 

Merck décrit au même ouvrage une omoplate , un humérus , 
deux fémurs , une défense , un ischion et un cubitus déterrés 
sur le bord du Rhin, dans un bane de gravier, pres d'Erfel- 
den , dans le pays de Darmstadt. Il y avoit auprès un crâne 
de no 

Le bassin d'éléphant déposé au méme cabinet a probable- 
ment été déterré dans les mêmes environs, à ce que m écrit 
M. Fischer. Il y a encore dans ce cabinet , selon le méme na- 
turaliste , des dents trouvées à Erbach en Rheingau. 

Francois Beuth possédoit cinq mâchelières et une défense 
tirées du Rhin , près de Dusseldorf (2). 

M. Leindenfrost , professeur à Duy sbourg , avoit une må- 
choire: inférieure, un humérus, un fragment de fémur et 
deux mâchelières des bords de la Lippe, prés de Schornbeck, 
dans le duché de Cléves;à peu de distance du Rhin (3), tou- 
jours avec des fragmens de rhinocéros. 

Dès 1946, il est parlé: d'un grand. nombre. dos. déterrés. à 
precio près de: FF esel (4). 

Le cours du Rhin en étant si riche, e! iere de son ém- 
bouchire n'en Uses pes aussi la Hollande en est- 
elle pleine. © 


E UAM 


(1) Commerc. noricum: 1545, pl IL, fig. x0. p. 297: . 
(2) Juliæ et montium Subterranea. Dusseld. 1776 , 8° p.77. 
(5) Merck , HE: lettre , p. 13. - s 

(à) Comerc: litter. Nunningii et Cohauseni.. 


— 


A- CT 


D HISTOTIRE NATURELLE. 27 
Plempius (1 (a ) parle d un fémur tiré de l’Zssel pros de Does- 
bourg. 

Lulof. fait mention d’une dent et: de plusieurs os détérrés 
dans la vallée de l’Zssel, près de Zutphen (2). | 

Palier décrit un fémur de 41 pouces de long, mis à décou-: 
vert avec une vertébre , par une irruption de la Meuse du 1: 
février 1757, prés de Hedel ; dans le Bommeler-waerdt. « 

Verster donne d'excellentes figures, faites par Camper, 
d'une portion considérable de cráne, et d'une portion de bassin 
déterrés non loin de là, près de Boïs-le- Duc (3). © => 

M. Brugmans , professeur de — m'a — — 
d'un fémur trouvé dans ses environs. ~ ` 

Les parties plus élevées de la république D — n'en sont 
pas dépourvues. 

Picaardt cite des ossemens monstrueux du pays de Deal. 
et une défense longue de 12 MI en juillet i656, 
prés de Covorden (4). 

- L'Allemagne est sans contredit le pays de l'Europe où l'on 
a le plus trouvé d'os d'éléphans fossiles, non pas peut-être 
qu'elle en recèle plus que les autres contrées , mais parce qu’il 
n'ya dans cet Empire, pour ainsi dire, aucun canton sans 
quelque bomme instruit ,et capable de rici et de faire con- 
noitre ce qui $y découvre d'intéressant. — 


- 


PRE tante de Cove, pts ah foir; Soc. de Harlem , 
tome XII , p. 575 et suiv,  . 

(2) Beschouwing des lens $15. ap Palin loc. eit. 

(3): Mém. de la Soc. de Harlem, orit pasci 

(4) Ann, Drenth, ap. Kerster. L eo => 


- it 


28. ANNALES DU MUSEUM 

Merck comptoit déjà en 1784 (1) quatre-vingts endroits 
où l'on avoit déterré de ces os, et plus de cent échantillons d'os 
dont l'origine étoit inconnue. M. de Zach fait aller le nombre 
des lieux à plus. de cent NOJ ; et M. Blumenbach le porte au 
double(3). . +: 

Tout le monde connoit l'histoire de l'éléphant —Ó à 
T'onna , dans le pays de Gotha, en 1696, et dont T'entzelius 
et Hoyer ont donné des: relations (4). 

On. vient d'en déterrer un second, en 1799, à 5o pieds de 
distance du point où l’on avoit trouvé l'autre; et le célèbre as-- 
tronome, M. lé baron de Zach ,. nous a donné à cette occasion. 
une description de terrain plus circonstanciée (5) dont nous. 
allons profiter pour faire connoître les détails de la découverte, 
Il yen avoit déjàune auparavant dans le journal de M. Foigt(6). 

D ya deux Tonna( Greffen- Tonna et Burgtonna )situés 
tous. deux dans des enfoncemens de la vallée de I Unstrut; au- 
dessous de Langensalza; et à droite tant de la Sa/za que de. 
X Unstrut. Toutes chess sd ceite vallée , comme de la plu- 


: aie detre, P yi ; Je mii SE Gas amy p 
NO Monatliche Corresp. janvier 1800: P age. puis E 
-(9) Archæologia telluris , p. 12: 

(4) T'entzelii epistola ad Maglisbeochitma s de sceleto —— Tonnz nuper: 
effosso. Phil. trans. vol. 19, n.? 254, p. 757-776. J. G. Hoyer, de Ebore fossili, seu 
de sceleto AREE colle eer reperto. Ephem.nat. cur. dec. 5, an. 7-8, p 
j94,obs-€l - sites Aer. erud. Lips. , jan. 1697; el P alentini Amph. 
PAT € 

(i Notice d'unsquélette d'éléphunt trouvé à Burgtonna, dans la. correspon- 
dance relative aux progrès de la géographie et de l'astronomie, udo alle- 
mand de M. Zach, jänvieri 1800, art: IL, p. 21 et suiv, 

(6) Magasin pour les noïiveautés de ľ hist. nat. etde ee j par MM Lich. 
tenberg — en allem, tome Il, 4.* E 


^ 


-* 


D ATS FOIRE NKÁTURELLE S 29 
part des vallées basses de la 'huringe, sont it occupées par 
des couches horizontales d'un tuf calcaire tendre, qui contient 
des os, des bois de cerf, des impressions de diereed feuilles 
que l'on a jugé provenir de plantes et d'arbres aquatiques du 
pays , et des coquilles qar ont paru appartenir à lhelis sta- 
gnalis et à d'autres espèces d'eau douce. Ce tuf. sé ‘résout 
en certains endroits en ün sable mrârneux. que l'on emploie 
depuis beaucoup plus d'un sièclé à améliorer’ les terres’ On 
l'obtientien partie par des fouilles souterraines et irrégulières; 
celles de la commune de — Ka à 40% 50 et ob rs 
de profondeur au-dessous ‘dir sohl te senes Sop Brp «5 

Les ouvriers y trouvent de ve en temps dts os et th 
dents d'éléphans et de: rhinocéros, - nimaux cdu agam hr 
cerf et de celui de la tortue: - | 

Ces dépôts de tuf alternent avec — en dad 
formés de glaises et: — € on trouve aussi - ces os, 


quoique plus rarement. .: j gae 
: Les deux ee EA 1696 € et de 1799 dien 1 ‘So pieds 
de profondeur. | 


On recueillit du: premier un Fr pestrit-33: H la 
"i de l'autre fémur ; grande’ conime celle: Partia 
pesant 9 livres:ÿ un. Huméraš long de 4 pieds, large’ ders 
empans et demi ; des vertèbres , des côtes la: tête: avee 
quatre molaires pesant chacune“ is livres; et^ Bear ‘déferises 
longues de 8: Cos apical — M" de ces'piéces fit 
brisée. ^: 9b sc 43804 € $ 07» 105500 

Nous ne nous- tr ons pts à mé compte teles: 
occasionnées par cette découverte. Les médecins du pays ,. 
"consultés par lé duc de Gotha, SFR bien unanime- 
ment que ces objets étoient:d. t 


X ^" by ? PER » 


£d. rie dis Fo s: 


30 | ANNALES .DU M US É U.M 


leur opinion, par, plusieurs brochures ; mais Tentzel, biblio- 
thécaire de ce prince ,opérant plus sensément , compara chaque 
os pris à part avec son analogue dans l'éléphant , tel qu'il les 
connoissoit par la description d Z/len-Moulin , et par quelques 
remarques d Aristote , de Plineet de Ray , et en démontre la 
ressemblance. 

-Il alla plus loin, et prouva par la régularité des lits-eu-des- 
sous desquels on avoit trouvé ce squelette , qu'on ne pouvoit 
attribuer sa présence en ce lieu à quelque inhumation faite de 
main d'homme ; mais qu'il ne pouvoit'y avoir été amené que 
par mas cause pensio selle que l'on se représente le 
déluge. 

Le inbi idan celui dà 1799, étbit dans une po- 
sition comprimée et courbée: il occupoit une longueur d'en- 
viron 20 pieds; les pieds de derrière étoient prés des défenses. 
Celles-ci.ont.10.pieds de long; elles étoient sorties des alvéoles 
et se croisoient. Elles sont tendres, mais entières : le bras 
entre aisément dans leur’ cavité. On ne put conserver de la 
tête quie partie de la máchoire inférieure et les: deux. plus 

TOTUM. uon plupart des autres oset les côtes se br 
gros vos HTC Pa PIRE - M 
aussi plus ou, 1 Joins. en. les détachant du tof; mais on a trouvé 
au. fnoins des. parties de tous! Les eellulosités. des: os étoient 
en partie remplies de cristaux despath. | . 

. La couronne: d'une molaire 29 pouces de longsur 3 de large, 
" sa hauteur est.de Gà 8 pouces. an: tibia entier ,.3. pieds 4 
pouces, et 6 à : S paró de diamètre; une tête de is 6 


pr non bsr Aeng Eo 


s vm Ade aa y gp FA PASA Tt oa : — + M a TT NE Pi CPE Ed 
HELLE T TN $4 Aw x RSR LE * 

"eee PU c tS DIETS pM Sm £015 
T-— i : E. yp M WEM i 


> 


D'HISTOIRE NATURELLE. 31 

A peu de distance, et dans des couches semblables, on a 
trouvé des bois du cerf ou élan fossile, et à Bates vil- 
lage voisin , des dents de rhinocéros. 

La vallée de l Unstrut a fourni encore des os fossiles d'e lé- 
phans en d'autres de ses parties ; notamment une défense pe- 
sant 115 livres et de ro pieds de long, pres de #éra (1). 

Un lieu non moins célèbre que celui de Tonna par les nom- 
breux sd'éléphant et d'autres animaux étrangers quil 
a fournis , est la pétite ville de Cantstadt dansle pays de 7Fir- 
temberg sur le Necker. La principale découverte s'en est faite 
en 1700 ;et David Spleiss, inédecin de Schaffouse, en.rendit. 
compte dans une dissertation particulière intitulée.: OEdipus 
osteolithologtcus , seu Diss. histor. phys. de. Cornibus et ossi 
bus fossilibus canstadiensibus. Schaff. 1501 , 4^ ;où il iuséra 
une relation assez bien faite, par Salomon Reisel, médecin du 
duc. Il en est traité aussi dans la Medulla mirabilium. de Sey- 
fried, et la Descriptio ossium fossilium canstadiensium de 
Reiselius , 1715 ; et Jean Samuel Carl en a donné une. ana- 
lyse chimique fort bonne pour le temps , dans son Lapis ly- 
dius philosophico pyrotechnicus , eic. , Francf., 1705... 

. J'en dois de plus un rapport circonstancié à l'amitié : de M. 
ldpanaicc: , professeur d'anatomie à Tubingen, et de M. Jæger, 
garde du cabinet d'histoire naturelle de Stuttgard. 

Ces deux savans ont encore les os eux-mêmes sous les yeux; 
ils connoissent le local où on les a trouvés , et ils ont pu com- 
pulser une partie des procès-verbaux d dressa sai le 

temps de la découverte. ADIIT 


NM 


: à 


Re Knoll Wunder ie en | a, (et Gothaische d Zaïung, Les 
E P 668, : c d FER La 


à 
+ l zx 


32 ANNALES DU MUSÉUM 

| L'endroit méme est à l'est du Vecker, à mille pas en dehors 
de la ville, du côté du village de Feldbach. Reisel dit qu'il 
y avoit des restes d'un ancien mur, épais de 8 pieds et de 8o 
de tour , qui paroit avoir été -— d'un fort ou d'un temple, 
et l'on en voit en effet encore les restes. Aussi Spleiss conclut- 
il que ces os étoient ceux des animaux qu'on sacrifioit ; mais 
ils étoient pour la plupart bien plus profondément: d'ailleurs 
on en trouve encore plus prés du Necker, dans un sol naturel, 
‘et tout semblable à eelui oix on les déterra. Tout ce qu'on pour- 
roit conelure de leur abondance dans l'enceinte de ce mur, 
c'est qu'ils avoient déjà été une fois divis à cet endroit , et 
rassemblés par quelques curieux. 

Le sol est une argile jaunâtre, mêlée de petits ghaids de quartz 
roulés ,et de petites coquilles. M. Autenrieth m'a envoyé les 
dessins de cinq qui m'ont paru du nombre de nos petites co- 
quier d'eau douce. 

- Cette argile remplit les divers SPPPNARIR des collines cal- 
caires, à banes réguliers, qui bordent la vallée du Necker , et 
apres avoir formé la masse du bas pays de Wirtemberg , vont 
se joindre à à des collines plus élevées d'une marne rougeátre, 
qui entourent les montagnes du haut pays; calcaires entre le 
Necker et le Danube (Z'alb de Souabe) , et formées de granit 
et de grès , entre le Necker et le Rhin ( la forét Noire). 

- Ces collines marneuses offrent souvent des plantes pétrifiées 
a des couches de charbon de terre , et leur sommet est re- 
couvert de: pétrifications marines autignnbss comme ammo- 
nites, bélemnites , etc. 

M. Autenrieth a trouvé dans le voisinage une forêt entière 
de troncs de palmiers couchés, 

Ce futun simple soldat qui remarqua le premier par hasard, 


D'HISTOIRE NATUÜRELLE. 33 
en avril 1700, quelques os qui se montroient hors de terre. 
Le ducalors régnant, E berhardt- Louis, fit continuer les fouilles 
pendant six mois. On garda ce qu'il y eut de plus entier. Le 
reste, en quantité prodigieuse; car il y avoit, selon Reisel, plus 
de soixante défenses , fut envoyé à la pharmacie pour être em- 
ployé comme ligni fossile. 

Les os eux-mêmes étoient sans aucun ordre, en grande 
parue brisés, quelques-uns roulés, sans aucune proportion 
entre eux. Il y avoit, par exemple, des dents de cheval par 
charretées , et pas des os pour la dixième partie de ces dents. 
Les os d'éléphans paroissent avoir été pros élevés que la plu- 
part des autres. 

. En généra!, on n’en trouva plus a aucun , passé 20 nds de 
profondeur. Une partie étoit engagée dans une espèce de roc, 
formée par de l'argile, du sable, des cailloux et de l'ocre 
agglutinés ensemble , et lon fut obligé employer la ide 
pour les avoir. 

Les os d'éléphans que l'on a encore à Stuttgardt dans le 
cabinet royal, consistent dans les morceaux suivans: une por- 
tion de mâchoire supérieure avec deux molaires parfaitement 
parallèles ; deux molaires supérieures antérieures, presque en- 
. tieres et des fragmens de deux autres: les lignes d'émail dans 
les parties usées sont, comme dans presque toutes les molaires 
fossiles, minces et dia. presque sans festons et anguleuses 
dans le milieu ; quatre molaires supérieures postérieures ; deux 
molaires inférieures ; des fragmens , et des germes: il y a des 
lignes d'émail bien festonnées ; une défense trés-courbée de 5 
pieds et demi, et une autre de 4 pieds et demi, mesurées par 
le coté convexe; des fragmens de beaucoup d'autres; des por- 
tions de vertèbres et de côtes; quatre omoplates, et vu Ed 

8 s 


am 


ES 


34 ANNALES DU MUSEUM 
mens de quelques-autres; un fragment d'humérus; trois cu- 
bitus; six os innominés du côté droit, et sept du gauche, la 
plupart incomplets; quatre têtes de fémurs; trois corps de 
fémurs sans tête; une rotule; deux tibias: il y a de plus chez 
un apothicaire de la méme ville une máchoire inférieure et 
une portion de tibia. i 

Ces os sont accompagnés dans le cabinet de beaucoup d'os 
de rhinocéros, d’hyène et d'animaux du genre du cheval , du 
cerf, du bœuf, du lièvre et de petits carnassiers. Detrès-grands 
épiphyses de vertèbres pourroient faire soupconner des cé- 
tacés. Il y a aussi quelques fragmens humains sur lesquels je re- 
viendrai. Malheureusement on n'a pas assez disungué les hau- 
teurs différentes où chaque os fut trouvé pendant six mois que 
les fouilles durérent , niles-os qui étoient dans le retranchement 
mentionné par Reisel, de ceux qu’on trouva hors de ses limites. 
On déterra par exemple aussi des fragmens de charbonet d'ob- 
jets fabriqués par l'homme, comme des vases, etc. qui sûrement 
D'avoient pas été déposés en méme temps que les grands os. 

Canstadt n’est pas le seul lieu de la vallée du Necker et des 
vallons qui y aboutissent où l'on ait fait de pareilles découvertes. 
: Près du village de Berg, au-dessus de Canstadt, au dé- 
bouché du petit vallon du Neisenbach où est Stuttsard, est 
une masse d'un tuf calcaire singulier, qui ne consiste qu'en 
incrustations de plantes aquatiques; je l'ai visité moi-même plu- 
sieurs fois, et apprends de M. Aut-nrielh qu'il y a trouvé un 
squelette fossile de cheval. On en avoit tiréen 1745 une défense 
du poids de, 5o livres; et M. Jæger y a trouvé, il y a quatre 
ans , une mâchoire inférieure. C'est cette place que Guettard a 
vue ,la prenant poux celle de Canstadt (1).On a trouvé des os 


(1) Voyez les Mém. de l'Ac. des Sc. de Par, pour 1965. = — 


a de 


^ 


D'HISTOIRE NATURELLE. 35 
dans ce même petit vallon un peu au-dessous et d’autres au-des- 
sus de Stuttgard. Tout prés des murs méme de la ville, on 
trouva, il y a dix-huit mois, sous la terre végétale, en creu- 
sant une cave, une partie considérable d'un grand squelette 
d'éléphant, deux grandes défenses et une petite dans de l'ar- 
gile rougeatre et bleuátre. Dans le vallon de la Rems qui dé- 
bouche au-dessous de Canstadt, on a eu une grande molaire. 
M. Storr en a découvert une autre sur le haut Necker, près 
de Tübingen. Le bas Necker en a donné à JF'einsperz , près 
d' Heilbron (1), et c'est près du confluent de cette rivière avec le 
Rhin , qu'on ena tiré une des máchoires inférieures déposées 
à Darsmstadt. Bausch (2) cite déjà de l'ivoire fossile des en- 
virons d Heidelberg , d'après Boétius de Boodt,et Geyer, des 
os et des dents d'auprés de Manheim (3). 

La vallée étroite du Kocher en a fourni des défenses pres 
de Halle en Souabe en 1494, et en 1605. Cette dernière, en- 
core aujourd’hui suspendue dans l'église de Halle, pèse 500 
livres (4), mais sans doute en y comprenant les ferremens qui 
la supportent. Une inscription dit qu'il y avoit auprès beau- 
coup de grands os. Un incendie ayant détruit le tiers de cette 
ville en 1728, on trouva, en creusant de nouvelles fondations, 
beaucoup d'ivoire fossile , dont une défense de 7 pieds et de- 
mi. Une molaire du méme lieu est représentée dans le Mu- 
seum closterianum , fig. VIII. 


(0) Baule "de Ébor. foss. 189. 
(2) De Ebore foss. 189. 
(5: Misc. nat. cur. , dec. Il; an6, p. ium. ob. LXXXY. 


(4) Dissertatio in — physica medica de Ebore fossili suevico halensi , 


36 . ,ANNALES DU MUSEUM 

Tous les bassins des grandes rivières de l'Allemagne ont 
donné des os eplant e comme les lieux dont nous venons 
de parler. 

Pour continuer le dénombrement de ceux qu'a donnés le 

bassin général du Rhin, nous citerons d'abord ceux de la 
vallée du Mein. 
— Bausch ( de Unicornu fossili, p. 190 et suiv.) cite une dé-" 
fense de 9 pieds, trouvée en 1571 près de Schweinfurt; une 
seconde du méme lieu, en 1648; une troisieme, de 13 à 14 
pieds de long , en 1649, l'une et l'autre dans les fortifications 
de la ville; une en 1595, à Carlsbach près d Hamelburg ; une 
en 1640 à Zeil, découverte par une inondation du Mein] on y 
en avoit déjà trouvé en 1631, et on y en retrouva en 1657; 
une auprès de /Zurtzbourg ; une des environs de Bamberg; i, 
une des environs de Geroldshofen ; une molaire du poids de 12 
livres près d_Arnstein en 1655. Si l'on jette un coup-d'ceil sur 
une carte de Franconie, on verra que tous ces endroits, depuis 
Bamberg jusqu'à JF'urtzbourg , 'occupent pas dans la vallée 
du Mein une longueur de plus de 25 hones en suiyant les 
courbures. . 

Quant au grand. bassin du Danube, nous avons g abord 
dans la vallée de Y Æltmühl le grand dépôt décrit par Col- 
lini (1) et par Esper (2), situé entre les villages de KaA/dorf 
et de Raiterbuch , à trois lieues d Aichsledt , et où les osd'élé- 
phant étoient accompagnés, comme à Canstadt et à Fouvent, 
d'ossemens darane M. Hammer possède une vertèbre et une 
portion de crâne trouvés en 1770 auprès d' Aichstedt. 


(1) Mém. de Ac. de Manh. , t. y. | 
e Soc. des Natur. de Berlin, neue schr. Ec " 


$ 
D HISTONE »N.A:T URÆSLIL E 37 

Plus bas, on a la dent mâchelière déterrée à Kremös en 
1644 par les Suédois ( 1), en creusant un fossé, et le prétendu 
géant trouvé au méme lieu l'année d’après, ainsi que le tibia 
etle fémur déterrésà Baden près de Vienne sur la Swecha(2). 

L'ivoire fossile de Moravie, dont parle PF ormius (3) , appar- 
tient également au grand bassin du Danube, 

Pour la partie de ce bassin qui s'étend en Hongrie, on peut 
voir dans Marsigli, Danub., II, p. 73 et pl. 28, 29 ;do, 3r, 
un atlas, un fragment Mhemeroe , une misi un fente 
de défense et une très-grande mâchoire Soest trouvés en 
différens lieux de Hongrie et de Transylvanie, la plupart dans 
des marais. 

Fichtel (4) dit qu'il a été détaché, prés de Jegenye, dis- 
trict de Ko/ocz , une défense longue de 6 pieds, d'un mon- 
ticule tout composé de nummulaires; ce qui seroit une cir- 
constance presque unique, si elle étoit bien constatée. 

Le Journal littéraire de Gottingen (5) parle d'os et de dents 
trouvés prés de Zarasztos , village vallaque voisin de Claus- 
bourg dont les eaux tombent dans la Teisse. 

M. Hammer possède un fragment de molaire de Buggau 
prés Schemnitz en Hongrie, dont les eaux tombent dans la ri- 
vière de Gran, et avec elle dans le Danube, vis-à-vis la ville 
de ce nom , autrement appelée Strigonie. 


(1) T'heatr. , europ. st. V, Seybold medulla mirabil., p. 439. 

(2) Lambecius , Bibl. Cas. lib. vol. VI, p. 35- uh 2 2 7 Relat. eur. IV, 
P. 47- te s en 

(9 Mus. , p. 54. 

(4) Traité des Pétrications da gr. duché de Tonos à) iced 
1780, in-4.^ , tome II, p. 119. EC 

(5)N. 6.de 1798. SA 


38 ANNALES DU MUSÉUM 

Pour revenir à l'Allemagne , nous trouvons dans le bassin du 
eser le squelette déterréà Tide, dans le vallon del Oc£er, 
entre #Folfenbuttel et Stetterburg(1) , en 1722 ; Leibnitz avoit 
déjà fait représenter une mâchelière de cet endroit (2). 

Nous y trouvons encore le squelette entier découvert en 
1742 par le docteur Kænig à Osterode , au pied du Hartz , 
‘et au méme endroit d’où l'on a eu une öil et un radius 
de rhinocéros en 1773 (3). 

Les os de Bettenhausen près Cassel sur la Fulda (4), ainsi 
que ceux de la Hesse en général (5) et ceux d' Hildesheim 
sur l Innerste appartiennent encore à ce bassin (6). 

Dans celui de l Elbe, outre les squelettes entiers de la vallée 
de l Unstrulh , mentionnés ci-dessus, nous trouvons les nom- 
breux ossemens d'Zspersteedt, dans le comté de Mansfeld, 
entre Halle en Saxeet Querfurt, et dans la vallée dela Sala (3). 
Ce qui est bien remarquable, c'est qu'une partie fut trouvée 
dans une carrière de pierre dure : apparemment que c'étoit 
dans quelque fente. 

Scheuchzer en avoit une molaire dans son cabinet. Il en avoit 
aussi une de Querfurt même, à la source de la Salza qui se jette 


dans la Sala (8). 


G) Brückmann , Epist. itin. 5o, et Hamburg g-berichte , vol. de 1744» 

(2) Protogæa, pl. derniere, 

(5) Brückmann , Epist. it. cent. IT, Ep. 29, js 500. 

(4) Walch. in Knorr. , Monum. , t. H , sect. IL, p. 162, 

(5) Bausch. de Eb. foss., p. 189. 
|. 6) Id. ib. 

(7) Hoffmann et Beychlag, de Ebore fossili suevico halensi, p. 9. Schultz, 

Comerc. litt. norimb. , 1752, p. ie 
(8) Museum diluv., p. 101, n.? a5. 
(9) Jó., n° 15. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 29 

On en a trouvé plusrécemment à Dessau sur l Elbe méme (1 ), 
et à Potzdam „au confluent de la Havel et de la Spree (2). 

 Sontlenalasitn sur la /'ipra , quise jette dans l Unstrutt 
appartient encore au bassin de l'Elbe. Falch (3) dit qu'on y 
a trouvé des os d'éléphant très-calcinés. Altenburg sur la Pleiss 
est du méme bassin. On y trouva de ivoire fossile en 1740 (4). 
On doit encore rapporter ici ivoire fossile trouvé pres de 
Rabschitz , sur le chemin de Meissen à Freyberg, dont parle 
Fabricius dans ses Annales de la ville de Meissen, an 1566 (5); 
la défense retirée d'un rocher auprès de corii , Sur la- 
quelle ce méme auteur rapporte de mauvais vers latins (5), 
et les os trouvés sous la terre végétale à Ærxleben, près 
d E rfort (7). 

Pour le bassin de l Oder, il faut és rec la Silesia sulteit 
ranea de Folkmann. ll y iatis d'un kumérus (8) pendu dans 
l'église de Trebnitz, d’un fémur dans la cathédrale de Breslau (9), 
et d'un prétendu géant déterré à Liegnitz , en fondant } église, 
dont les os furent distribués pour étre placés dans les princi- 


- 


(1) Meineke , Soc. des Nat. de Berliu, III, p. 479- 

- (2 Fuchs., ib., p. 474. - 

(5) Knorr. Monum., tome II, sect. II, p. 163. 

(4) ScAnetter, Lettre à J.-J. Raab. , jena., 1740, 8. 

(5) Ap. Bausch , de Eb. foss. , 189. 

(6) Ap. URS Meissnischeberg-chronik, tit. XXII, p. 172. 

(7) Falch. Monum. dé Knorr., I, sect. I] p. 162,qui cite Baumer, Act. ac 
el, mog. Erfurti, tome 11; mais je n'ai rien trouvé à ce sujet dans les Observ, 
ad geogr. subterr. pertin. , dans le vol. d Erf. de 1776, seule dissertation de Bau- 
mer que cette désignation puisse indiquer. 

(8) Pl. XXV , £ 1. e 

(9) Ib., f. 2. ES 


Lo ANNALES DU MUSÉUM 
pales églises du pays. Un fémur fut tiré de l'Oder même en 
1652, près de Kleinschemnitz (1). 

A l'est du bassin de l'Oder, on trouve en Pologne et en 
Prusse celui dela J'istule. 

Quoique beaucoup moins examiné que ceux des fleuves d'Al- 
lemagne , il a pourtant aussi fourni des os d'éléphans, et a donné 
lieu, comme tant d'autres , à des récits de géans , sur lesquels 
on peut consulter l Histoire naturelle de la Prusse par Bock, 
en Allemand, tome II, p. 394. Gessner avoit déjà recu une 
défense fossile de ce pays-là (2). 

ARaczinsky mentionne une molaire daiveris au bord 
méme du fleuve, à 6 milles de Varsovie (3), et Klein, une 
autre déterrée, en 1736, à 6 pieds de profondeur dans le sable, 
à demi mille de Dantzig , pres le couvent de Saint- Adelbert (4). 

Le bassin du Dniester ou Tyras n'en est point exempt. Le 
méme Klein parle de molaires et de plusieurs autres os mis à 
découvert par ce fleuve en 1729(5) , auprès de Xaminiek. 

Les fles britanniques qui, par leur position, n'ont pas dù 
recevoir beaucoup d'éléphans vivans en offrent un grand 
nombre de fossiles. 

Sloane avoit une défense déterrée à rindik même, Grays 
inn lane , dans du gravier , à 12 pieds sous terre (6). - 

Ilen possédoit une autre di comté de /Vorthampton ,trouvée 


+ 


W Eph. ac.nat. cur. , an. 1665, 

(a) De fig. lap. N PP 

(5) Hist. nat. pol. I, 1. 

(4) Hist. pisc. nat. promos, miss. , IL, p. 52, 
(5) Tb., p. 29. 

(6) Ac. des Sc. 1727, in-12, I, 450 et suiv, 


D'HISTOIRE NATURELLE. FT! 
dans de l'argile bleuâtre, sous 14 pouces de terre végétale, 
18 d'argile et 3o de cailloux mélés de terre (1). 

Une molaire du méme canton et de quatorze lames étoit 
plus profondément sous 16 pieds deterre végétale, 5 pieds de 
terre sablonneuse mélée de cailloux, un pied de sable noir 
mélangé de petites pierres, un pied de gravier menu et 2 
de gros gravier où étoit la dent , et sous lequel seulement 
venoit l'argile bleue(2). 

Dès 1630, on avoit trouvé à Glocester une portion de crâne 
avec quelques dents (3). 

Une máchoire inférieure avoit été déterrée à Trentham, 
dans le comté de Stafford (4). - 

En 1700, divers. grands os, dont un humérus , furent dé- 
terrés à #Vrebness, près Harwich, sur la rivière die Stowr, 
à 15 ou 16 pieds de profondeur , red du gravier (5), 

M. de Burtin possède une molaire des environs de Har- 
wich (6). 

A Norwich, dans le comté de JVorfolk , il se trouva en 
1745 une molaire du poids de 11 livres anglaises, et plusieurs 
grands os. (7): 

J'ai moi-même en ce moment sous les yeux, par la com- 
munication qu'a bien voulu nen faire M. G.-. Deluc, l'os | 
du. métacarpe. du petit doigt du pied de devant droit, trouvé à 


- 45. Id. p. 454, et Morton , Nat. Hist. of Northamptonshire , p. 252. 
(2) Id. ib, p. 445, et Morton , ib, ettab. XI, fig. 4. 

- (5) Id. ib. 
(4) Id., p. 467 set Rob. Plor. , Hist. nat. du comté de Stafford. 
(5) John. Luffkin , Trans. phil , tome 22, n.° 274, p. 924. 
(6) Burtin , Mémoire couronné'à Harlem , p. 25. 
(D Henry Baker, Trans, phil. vol. 45 , p. 351, art. XXI. 

8. | 6 


P 


42 ANNALES DU MUSÉUM 
Kew, à 18 pieds de profondeur, dont un pied et demi de 
terreau, 5 pieds d'argile sableuse , rougeátre , bonne à faire des 
"briques; 8 de gravier siliceux , et 3 pieds de sable rougeâtre , 
lequel' repose sur de l'argile. Ce sable contenoit beaucoup 
d'autres. ossemens , entr'autres le noyau d'une corne du genre 
du bœuf; et, dans une autre fouille du méme champ, on trouva 
sur l'argile une défense longue de & 7" qui se brisa quand on 
voulut l'enlever. L'argile elle-même contient des coquilles , et 
‘entr'autres des nautiles (1): ~ 

La petite ile de Sheppey , à 'embouchure de la Midwey et 
de la Tamise; a fourni une vertèbre, un fémur, une dé- 
fense, etc., dans un endroit de la côte lavé par le flot (2). 

M. Peale cite encore tout récemment des os trouvés dans 
la plaine de Salisbury , auprès de Bristol et dans les Fles des 
Chiens (3). Dom Calmet avoit déjà parlé d'un géant des en- 
virons de Salisbury; près du fameux Stone-Henge (4). 

- Pennant (5) avoit reçu deux molaires et une défense du 
Flint-Shire , au nord du pays de Galles. Elles avoient été 
tirées par đes mineurs de dessous une mine de plomb, à 119 
de profondeur, dans unlit de gravier; et parmi les lits supé- | 
rieurs en étoit un de pierre calcaire épais de 11 à 12 ; un bois 
de cerf étoit avec ces dents. Je soupconne bien cette positio: 
de n'avoir pas été décrite exactement : elle seroit peut-être la 
seule de son genre. 


(1) Ces détails sont extraits d'une lettre dont m'a honoré M. G. 4. De/uc , en 
date de Genève le6 décembre 1805. . * 

(a) Jacob , Trans. phil. , tome 48, p. 626-627 

(3, Historical Disquis : on the Mammoth , p. 7, note .. | 

t4) Dict, dela Bible;p. 160.: re : 

(5 Pennants works, t. XV ,quadr. I, p. 158. | 4 


DHISTÓARE NATUHRELLE. 43 

L Irlande a fourni desios d'élephant méme dans. ses parties 
septentrionales. ll y en eut. quatre. belles. máchelieres. de dé- 
terrées, en 1715,à Maghery , à 8 milles de Belturbet, en creu- 
sant n fondemens d'un moulin (1). 

La Scandinavie , ce pays si peu propre à nourrir des élé- 
phans vivans, en dorées cependant de fossiles. 

M. Quensel, intendant du cabinet d'histoire naturelle de 
l'Académie des Sciences de Stockholm , a eula bonté de m'en- 
voyer le dessin d'une grande mácheliére inférieure, trés-usée 
du cabinet qu'il dirige: Elle a été trouvée dans une colline 
de sable, près du fleuve de Jic en. Ostrobothnie. 

J.-J. Dæbeln a déjà décrit et représenté des os gigan- 
tesques (2), déterrés en 1733 à Falkenberg, dans la province 
de Halland. A en juger par les figures, ce sont une première 
côte, un os du métacarpe et un. os indéterminable du carpe 
d'un ‘éléphant 

Les os de géans déterrés en NorWége, dont parle Pontop- 
polos; ne peuvent guère non plus se rapporter à autre chose(3). 

Il n'est pas jusqu'à FIslande qui n'en ait. 

Thomas Bartolin fait mention d'une màcheliere d'éléphant, 
qui fut envoyée de cette ile à Resenius., et donnée par 
celui-ci au cabinet public de l'Université de Capua Elle 
étoit pétrifiée en silex (4). 

Sloane en avoit une dans son cabinet, changée dans la 
même matière 6); mais il n’en fait point connoitre l’origine. ` 


(n Francis Weville, Trans. phil. tome 29 , n° 549, P. 387. 
(2) Metzac-nat;cur., vol. V, tab; V, 

(5) Pontopp. Hist. nat. de Norw., trad. de 1755, IL, p. 262. 
Ub Act. med. Hafn., Y, p. 85, n» XLVI. 

(5) Mém, de l'Ac. des Sc. de Par,, apnd P-447- 


k4 ANNALES DU MUSÉUM 

PPontoppidam cite aussi , d'apres T'orfœus , un crâne et une 
dént trouvésen Islande , et d'une prodigieuse grandeur (1). 

De tous les pays die salóodé, celui qui a le plus fourni et qui 
recéleencore le plus d'ossemens fossiles d'éléphans, c'est le vaste 
empire de Russie, et surtout celles de ses provinces où lon 
devroit le moins attendre à en trouver , les som ae les plus 
glacées de la Sibérie. 

“Déjà, dans la Russie d'Europe, on en a découvert en beau- 
coup endroits; ilen fut trouvé de monstrueux , en 1775, à 
Swijatowski ,à 17 werstes de Péter$bourg (2). 

_ Ily a au cabinet de cette ville une ‘défense des environs 

Archangel (3), dans la vallée de la Dwina. Corneille Le- 
brun cite des défenses trouvées près de la surface , à J'orones 
sur le Tanais (4). Il yena un énorme amas , ainsi que d'os 
de beaucoup d'autres animaux, sur la rive du TFanaïs, prés 
de la ville de Kostynsk (5). 

JM: Pallas , dans són Nouveau Voyage des provinces mé- 
ridionales de la Russie , en rapporte des exemples, de plusieurs 
lieux entre le Tanaïs et le Folga, comme des environs de 
Pensa (6), et de deux autres endroits plus prèsdu Folga(7). 

Mais'poùr i toute la Russie: asiatique Lese a ei -— le 


pat. Norw. , trad. angl. IL, p. 242. 
(2) Journ. de Pol. et de Littér. ,5 janv. 1776 , ap. Buff. Ep. de la Nat. » notes 
just. 0. — 
(5) Pall. iov: a SX 4T. 
(4) Sloane, loc. cit. ,-p..445. 
(5) Pall., Nov. Com. — ,XVII,578. Guel oy en Sb allemand. I, 34 
et 78. 
(6) Frad. fr. - mel, p. 4n 
(7) Ib., p. 95 etigé.setip. 101-6t.302, 


D'HISTOIRE NATURELLE. 45 
témoignage universel des voyageurs et des naturalistes s'accorde 
à nous la représenter comme fourmillant deces monstrueuses 
dé pouilles (1). 

Ce phénomène y est si général, que les habitans ont forgé 
une fable-pour l'expliquer , et qu'ils ont supposé que ces os et 
ces-défenses proviennent d'un animal souterrain vivant à la 
manière des taupes, mais ne pouvant impunément voir la 
lumière du jour. Ils ont nommé cet animal mammont ou 
mammouth , selon quelques-uns , du mot mamma qui si- 
gnifie terre dans quelque idiometartare (2) ;et , selon d'autres ; 
de l'arabe behemoth, employé dans le livre de Job, pour un 
grand animal inconnu , ou de mehemoth, épithète .que les 
Arabesontcoutume d'ajouter au nom de l'éléphant (ik!) quand 
il est très-grand (3). . ch 

C'est sous le nom de cornes de mammont , mammontova- 
kost, qu'ils désignent les défenses ; celles-ci sont si nombreuses 
et si bien-conservées , surtout dans les parties septentrionales, 
qu'on les emploie aux mêmes usages que livoire frais , et 
qu'elles font un article de commerce assez important pour 
queles czars ayent voulu autrefoiss'en réserver le monopole (4). 

C'est probablement le profit qu'elles procurent. qui a excité 
à leur recherche, et qui a fait découvrir tant de ces:ossemens 
dans ce vaste pays; ajoutez que les rivières immenses qui des- 
cendent à la mer glaciale, et qui s'enflent prodigieusement à 


“À 


(1) Voyez Ludolf , gram. rass. , Isbrand-Ides, sam. bernh. Müller Strahlen 
Derg, Gmelin,Pallas yete. — ` ' 

(2) Pall. loc. cit. i 

(5) Stralılenberg, trad. angl., p. ‘465. 

(4) Etat prés. dela Russie , en-angl. ap Sloane ;lceseit. 


46 ANNALES DU MUSÉUM 
l'époque du dégel, rongent et enlèvent d'énormes portions de 
leurs rives, et y. meitent chaque année à découvert des os que 
la terre contenoit; ce qui n'empéche point qu'on n'en trouve 
beaucoup d'autres quand on creuse des puits et des fondations. 
Ainsi on ne doit pas croire qu'ils ayent. simplement été 
amenés par les fleuves des montagnes voisines de l'Inde où les 
éléphans ‘peuvent se porter naturellement encore aujourd'hui 
comme l'a avancé récemment un auteur estimable ( 1). D'ail- 
leurs il n'y en a:pas moins le long du Volga, du. T'anais et 
du Jaik qui viennent du nord, etle long de la Léna, de l Jn- 
digirska , du Kolyma et méme de } Anadir (2) qui descendent 
des montagnes trés-froides de la Tartarie chinoise , que le long 
del Ob, du Jenissea et des rivières qui s'y jettent, dont I Zr- 
tisch est peut-être la seule qui s'approche assez des montagnes 
du. Tibet, pour qu'on puisse lui appliquer cette hypothese. 
C'est des bords de lIndigirska que vient le beau crâne rap- 
porté par Messerschmidt, et dont nous donnerons une 
copie. à Te 
— Il n'est, dit M. Pallas (3), dans toute la Russie asiatique, 
dépuisle Don où T'anais , jusqu'à l'extrémité du promontoire 
des. T'chutclüs , aucun fleuve, aucune rivière, surtout de ceux 
qui coulent dans les plaines, sur les rives ou dans le lit duquel 
on wait trouvé quelques os d'éléphans, et d'autres: animaux 
étrangers. àu climat. , 
Mais les contrées élevées, les chaines primitives et schis- 


- G)Parrin , Hist. Nat. des Minéraux, tome V, p. 591 et suiv. et nouveau Dict. desSc. 
nat. , #rt. Fossiles, 

(2) Pall. Nov. Com. Pétrop., XIII, p. 471. 

(5) Nov, Com. Petrop. , tom. XVII pour 1772 » p. 576 et suiv, 


D'HISTOIRE NATURELLE 47 
.. feuses en manquent ainsi que de pétrifications marines , tandis 
_ que les pentes’ inférieures et les grandes plaines limoneuses et 
sablonnetises en fournissent partout aux endroits où elles sont 
€ par les rivières et les ruisseaux , ce qui prouve qu on 
n'en trouveroit pas moins dans le reste & leur étendue, si Pon - 
avoit les mémes moyens d'y creuser. 

Il y ena même fort peu dans les lieux trop bas et marécageux ; 
ainsi l Ob qui parcourt tantôt des forêts basses et marécageuses , 
tantót des rives escarpées, n'en a que dans ces derniers en- 
droits :« Ubi adjacentes colles arenosi præruptam ripam effi- 
» ciunt ». Strahlenberg avoit dit la même chose plusieurs an- 
nées auparavant, sur la manière dont ces os sont mis à nu 
dans les inondations (1). 

On en trouve à toutes les latitudes; et c’est du nord que 
vient le meilleur ivoire, parce d il a été moins exposé à l'ac- 
tion des élémens. 

Ce qui , indépendamment de cette prodigieuse abondance 
excluroit toute idée d'expéditions conduites par les hommes, 
c'est qu'en quelques endroits ces os sont réunis à une quan- 
tité innombrable d'os d'autres animaux sauvages grands et petits. 

Les os sont p dispersés, et ce n'est que dans un 
petit nombre de lieux qu'on a trouvé des squelettes complets 
comme dans une sorte de sépulcre de sable. 

Ce qui est bien remarquable encore, c'est qu'on les trouve 
souvent, dans, ou sous des couches remplies de corps marins, 
comme — , glossopètres et autres. Telle est l'extrait du . 
récit de M. Pallas. - | : 


(1) Sira Aen , loc. cit. 


48 ANNALES DU MUSÉUM 

Une particularité qui n'est pas moins frappante que toutes 
celles que nous rapporte ce grand naturaliste, c'est que en 
quelques endroits l'on a découvert des os d'éléphans qui con- 
servoient encore des lambeaux de chair ou d'autres parties 
molles; l'opinion générale du peuple en Sibérie est que l'on a 
déterré des mammonts encore revêtus de leurs chairs fraiches 
et sanglantes: c'est une exagération ; mais elle est fondée sur 
ce qu'on trouve quelquefois ces chairs conservées par la gelée. 

Isbrand-1des parle d'une tête dont la chair étoit corrompue 
et d'un pied gelé, et gros comme un homme de moyenne 
taille; et Jean- Bernhard Müller, d'une défense dont la cavité 
étoit encore remplie d'une matière semblable à du sang 
caillé. 

On douteroit peut-être de ces faits s'ils n'étoient confirmés 
par un du méme genre , à l'authenticité duquel rien ne manque, 
celui du rhinocéros entier déterré avec ses chairs , sa peau , son 
poil, auprès du J/ilhoui , en 177 1, dont nous devons à M. Pallas 
une relation circonstanciée, et dont la téte et les pieds sont 
encore conservés à Pétersbourg. Ces faits prouvent tous en- 
semble que c'est une révolution subite qui a enterré ces éton- 
nans monumens; : 

À ces remarques iilis; nous allons joindre un apercu 
rapide des principaux cantons où l'on a découvert des os d'é- 


Nous en avons déjà cité du bassin du Volga; ajoutons-y 
ceux d'entre le Folga et le Swiaga, et ceux du long de la 
Kama où ils sont mélés de coquillages marins (1) ; ceux de la 


(x). Pallas , Nov. Com, Petrop., XVII, 581. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 49 
riviére d'Irguis (1 1), et ceux que M. Macquart a donnés au 
^* conseil des mines, et. qui étoient mélés d'os de rhinocéros., 

C'est aussi du. y olga que venoit sans doute le fémur ra- 
porté de Casan par lastronome Delille , et décrit par Dau- 
benton(2). . 

M. Pallas donne une longue liste d'os, de défenses et de 
molaires d'éléphans et de rhinocéros envoyés de ce gouver- 
nement à Pétersbourg , en 1776 et 1779 (3), et qui venoient 
aussi des bord du Swiaga. 

Nos journaüx parlent tout récemment: d'un squelette com- 
plet trouvé dans la terre de pr tds gouvernement de 
Casan (4). 

J.-Chr. Richter avoitune oltédés environs d Astracan( 5). 

- Le Jaik en détache sans-cesse de ses rives’ ; composées d'un 
limon jaunàt Ras de apio et le De Ws conserve par 
ques (6322.2 
: Pallas en a và à Kalmikova sur le Jäik, dans lequel 
il dit qu'on en pêche de temps en temps (7). s 

- Delille en avoit aussi rapporté des bords de ce Sis li 
sieurs fragmens au Muséum (8). icem 

Le bassin de I Ob en est plein. Les Samoyédes er en viennent 
sans cesse vendre les défenses à Bérésova:; iils les recueillent 


(1) ZZ. Voy. en div. prov. de Russ., trad. fr., 8.» I, p. 285. 
(2) Mém. de l'Acad. pour mars et Hist, nat. , tome XI, n.° ° MXXXIY. 
(3) Neue nordische beytrege, I, p. 175, etc. ` ; 
(4) Magasin encyclopéd, , mai 1806, p. 169. 
(5) Mus. Richter, p. 258. 
(6) Pallas , Nov. Com. Petrop. XVII, p. 581. 
(D Voy. IT, p. 271. 
(8) Hist. nat. XI , n» MXXXVII. 

8 


* 

5o ANNALES DU MUSÉUM 
dans les immenses plaines nues qui vont jusqu'à la Mer Gla- 
ciale, et qui sont remplies de coquilles (1). 

Il y en a un énorme amas à KutschewazKoi sur TOb (2). 

Pallas en a eu une molaire et un grand nombre d'os, en 
face d'Obdorsk, prés de l'embouchure du fleuve (5). 

Strahlenbera en cite un squelette énorme Hapvé près du lac 
T'zana, entre V Zrtisch et Y Ob (4). | 

L Ten: l'une des principales branches del Ob, gooi 
‘la rivière qui ena le plus donné (5) , ainsi que ses tributaires, 
la Tobol, la Toura , V Zsete (6). Ces deux dernières qui des- 
cendent de la pente orientale des monts Ourals montrent seu- 


vent cesos mélés de produits marins (7). M. Pallas lesa vus prés 


de I sete , avec des glossopétres, des pyrites (8), et sous dif- 
férentes couches d'argile, de sable, d'ocre, etc., et à Ferko- 
tourié , prés de la source de la Foura (9) où Steller en avoit 
déjà trouvé (10), encore avec des glossopetres et des bélemnites. 
Il ena aussi détaché le. dd de l'/rtis, dans un sable pur mélé 
de coquilles (11). 

Sir aMenberg parle d'au t téte entiére de 4 & pigs et demi de 


TEX J P 
f Efi se €* 


(1). Nov. Com: XVII, p. 584. ` F p BEDA s 
(a) Ib., p. 578. 2 
(3) Voy. V, p. 116. 

(4) Strahlenb., trad, angl., p. 404. 

(5; Voy. IV, p. 9; et 124. 

(6) Messérschmidt, ap. Breynius, Trans. gre vol. 40, p. 148. 

(7) Nov. Com. XVII, p. 581. 

(8) Ib. et Voy. III, p. 553. 

(o) Voy. HI, p. 524. 

(19) Nov. Com, XIII, p. 476. 

(11) Ib., id. 


e 


D'HISTOIRE N TUORE L ME 5i 


i. de Tumen sur la Toura (1). Le Tom, autre tributaire 
de P Ob, en a beaucoup donné(?), ainsi que la Keta (3). 

Un squelette entier a été vu sur les bords du premier, entre 
Tomsk et Kafnetsko , par. Messerschmidt (4). 

Enfin on en trouve jusque sur Alei, et méme au pied de 
ces montagnes si riches en mines, desquelles plusieurs des 
branches de l Ob prennent leur source. M. Pallas assure avoir 
une molaire tirée d'une mine méme de la fameuse montagne 
des Serpens, et trouvée avec des entroques, l'une des. anciennes 
productions de la mer (5). 

Le bassin du Jenissea en a fourni de tout iiio, auprès 
de Krasnojarsk où M. Pallas en eut une molaire (7), et jus- 
que par les 70 de lat. nord, au-dessous de Selakino, d esi-à- 
dire , trés-pres de la Mer Glaciale. Cenaturaliste nomme aussi 
l'Angara, autrement dit grande Re ASS ipeum les rivières 
qui en ont déterré(s). 

Messerschmidt ét Pallas citent encore le Claumjga; "iid 
qui sé jette dans la Mer Glaciale, entre le Jenissea et la Léna (9). 

Fsbrand-Ides tdean- Bernhard Miller (10) c citent Jakutsk 


(1) Strahlenb. , trad. angl. p. 404. 
(2) Pallas et Messersehmide , locis cit. 
AQ) Zsbrasr Ides, ap. Sloane, loc, cit. , p. 457. 
(4) Sirahlenb., trad. angl., P. 404. 
(5) Nov. Com. loc. cit. 
(6) Isbr.-Ides. loc. cit. Pall. Nov. Com. XIII , p. 471. Leur. Lange et Nüller, 
ap. Sloane, loc. cit. 
(7) Voy. VI, p. 170, et Nov. Corn. XVII, p 584. 
(8) Nov. Com. XIII , p. sar: 
(9) Locis cit. 
(10) Ap. Sloane , loc. cit, 


52 ANNALES DU MUSÉU M“ 

sur la Léna ; et l'Académie de Pétersbourg posséde un crâne — 
trouvé non loin de l'embouchure de ce fleuve (1) avec presque 
tout le squelette. | 

Le Filhoui, qui se jette dans la Léna, et sur les bords du- 
quel on a trouvé. ce rhinocéros entier, mest sùrement pas dé- - 
pourvu d'ossemens d'éléphans. 

. Nous avons déjà parlé du crâne des bonds ER t odigirska ; 
il. fut üré du flanc sablonneux: d'une colline, non loin du ruis- 
seau dit /'olockowoi-Ruczei 2), vis-à-vis de Stanoi-Jarsk (3). 

En ajoutant à tous ceslieux lesrives du. Kolyma et de V Ana- 
dir dont parle Pallas (4) |; on trouve qu'il n'y a aucun canton 
en Sibérie qui n'ait des os d'éléphans. Mais ce qui paroitra sans 
doute plus éxtraordinaire encore que tout ce que nous venons 
de rapporter , c'est que, de) tous les lieux du monde, ceux où 
il y. ale plus d'os fossiles d'éléphans, sont: certaines iles de la 
Mer Glaciale , au nord dela Sibérie, vis-à2visle rivage qui sé- 
pare l'embouchure de la Léna de celle de l Zndigirska. 

La plus voisine du continent a. trente-six lieues- de. long. 
«Toute l'ile ( dit le rédacteur du Voyage de Billings à Pex- 
» ception de trois ou quatre petites montagnes de rochers , 
» est un mélange de sable et de glace ; ; aussi lorsque le 
» dégel fait ébouler une partie du. rage, on, y. true en 
» abondance des dents et des òs de: mammont.5 » = 

» Toute l'ile, ajoute-t-il; süwant T expression. de Pi ingé- 
» nieur , est formée « des os de cet animal ij &tfaordinairg » 


tt | $ »f 4113 e. i S Få Sn 4 à 


(1) Pallas. Nov. Com. XHI, p.472... - 

(2) Messerschmidt , loc. cit. 

(5) Pall. Nov. Com. XIII , p. 471. C 
(4) Id.. TQUE apoo 


* 


D'HISTOIRE NATURELLE. 53 
» de cornes et de cránes de bufle ou d'un animal qui lui res- 
» semble, et de quelques cornes de rhinocéros ». Description 
trés-exagérée sans doute , mais qui prouve à quel point ces os 
y sont abondans. 

Une seconde ile, située aus lieues plus loin que la ee 
et longue de douze , offre aussi de ces os et de ces dents, mais 
unetzoisieme à vingt-cinq lieues au nord n'en a plus montré (1). 

- H s'en faut bien que le midi de l'Asie ait autant uen de 
ces ossemens que le nord. 

Les lieux les plus méridionaux de l'Asie, où l'on ait dit jus- 
qu'à présent avoir trouvé des os fossiles d'éléphant, sont la 
mer d Zral.etles bords du Jaxartes. Daubenton mentionne: 
un fragment pétrifié de molaire des bords de ce lac (2), et Pal- 
las assure que les Bouchares apportent quelquefois de l'ivoire 
des environs de ce fleuve (3). 

. En général, il est singulier qu'on ne déterre ne de ces os 
dans les climats où les éléphans que nous connoissons vivent. 
habituellement, tandis qu'ils sont:si communs à des latitudes 
qu'aucun de ces animaux ne. pourroit Supporter. 

. N'y en a-t-il point en d'enfouis? ou la chaleur les — JE 
composés ? ou , lorsqu'on en a découvert, a-t-on négligé de les. 
aRar parce qu on les attribuoit à des animaux du pays. 
et qu'on n'y voyoit rien d'extraordinaire? Les naturalistes qui 
visiteront la zone torride ont là un sujet bien important de re- 
cherches. 


(1) Voyage de Billings, traduit par Castera, tome I, p. St et suir. 
(2) Hist. nat. XI -n.° MXXX, … . 
' (8) Nor, Com. XVII, p. 579: 


» wi 


54 ANNALES DU MUSEUM 

Il paroit da moins qu'on en a vu en Barbarie où il n'existe 
aujourd'hui d'éléphans d'aucune espéce. 

Sans vouloir parler de la dent de géant vue par Saint-Au- 
gustin sur le rivage dUtique, et qui auroit pu faire cent 
de nos dents ordinaires, le squelette de géant déterré par 
quelques esclaves espagnols auprès de Tunis, en 1559, pa- 
roit d'autant plus appartenir à l'éléphant, qu'un second sque- 
lette déterré au même lieu, en 163o, y appartenoit certaine- 
ment, comme le célèbre Peyresc s'en est assuré (1). 

Hl ne manquoit, pour compléter les singularüés, que de 
trouver l'ééphant fossile en Amérique , continent où il ^y en 
a jamais eu de vivans depuis que les Européens le connoissent , 
et où ces animaux n'ont certainement pas pu étre détruits par 
les peuplades foibles et peu de à en qui Fhabitoient avant 
sa découverte. - 

Buffon avoit déjà avancé l'existence de ces ossemens dios 
l'Amérique - Septentrionale, et, à ce qu'il prétendoit , dans 
celle - là seulement. On sait méme qu'il imagma, comme 
cause de leur destruction dans ce continent, l'impossibilité 
où ils dürent étre de passer Fisthme de Panama, lorsque le 
refroidissement graduel de la terre les poussa vers le midi, 
comme si tout le Mexique n'ótoit pas encore assez chaud 
pour eux. 

Au reste, les faits sur lesquels Buffon appuyoit son hopes 
thèse n'étoient pas même entièrement exacts Les os qu'on 
avoit découverts de son temps n'étoient point de l'éléphant ; 


th Gassendi, Vie de Peyresc, lib. IV, in ejus pec , Le: Lugdun., 1658, fol, 
306 et 508. 


à 

D'HISTOIRE NATURELLE. 55 
ils appartenoient à un autre animal, celui que nous. désigne- 
rons par le nom de mastodonte, et que l'on connoit aussi 
sous celui d'animal de-l Ohio. j 

Mais on a aujourd'hui certainement des os d’'éléphäns pro- 
prement dits ; plusieurs auteurs récens en font foi : M. Rem- 
brandt Peale dit qu'on en a trouvé des mâchelières dans le 
Kentuckey , toutes semblables à celles de Sibérie, mais empetit 
nombre, dans un état de décomposition et non acçOmyaghées 
des autres os, si ce n'est peut-être des défenses (1) ; d’où il 
conclut que la destruction de l'éléphant, dans ce continent, 

est bien antérieure à celle du mastodonte ou animal de F Ole : 
ou que ses ae. y ont été apportées d’ailleurs par quèl- 
que catastrophe, 

J'ai reconnu une vraie mácheliére .d'éléphant ir Bo-bian. re- 
présentée dans une planche de l'ouvrage de J. Drayton sur la 
Caroline. . 

- Caiesby parle. db. de uritebles ripe d'éléphans fossiles en 
» ce pays-là.« En un lieu de Caroline (dit-il) nommé STONO , 
» furent déterrées trozs ou quatre denis dun grand ded 
» que tous les nègres, natifs d'Afrique , reconnurent pour 
» des molaires d éléphant,et je crois aussi qu'elles en étoiént , 
» en ayant vu quelques-unes de paneles rapportées EA- 
» frique (2).». : : 

M.. Barion qui m'a indiqué 5a passage , remárque ayec rai- 
son qu'il ne faut pas en inférer que ce fussent précisément des 
dents semblables à celles d'Afrique, mais seulement des dents 


(1) Historic. disquis., on the mammoth, $ 68. 
(2) Catesb., Carol, II, ap: p. VII, 


56 ANNALES DU M USÉUM 

‘éléphans en général (je veux dire des dents composées de 
lames). En effet, on ne peut supposer que Catesby et 
ses négres fussent en état de distinguer les espéces de ce 
genre, à une époque où aucun naturaliste ne les distinguoit 
encore. 

M. Barton ajoute qu'il a vu Tui-méme des dents de notre 
éléphant fossile, trouvées en 1795, à quelque distance au 
nord de Sonde dont parle Catesby, en un lieu nommé 
Diggin-Swamps , prés de la source de la branche occiden- 
tale de Cooper - River. Elles étoient à 8 pieds de profondeur, 
péle-méle avec des os du grand mastodonte. 

Le méme savant a vu une molaire de cette espèce, tirée 
d'une branche de la rivière de Susqueanna , avec une portion 
de défense longue de 6 pieds et de 31 pouces de tour, qui 
auroit eu au moins 10 pieds de long si elle eüt été entière; et 
ce qui est remarquable, c'est que les sauvages délawares 
nomment cette branche Chemung ou Rivière de la Corne (1). 

C'est d'apres ces faits que M. Barton écrivoit à M. de La- 
» cépéde : «On a trouvé, en différens endroits de l'Amérique- 
» Septentrionale, des squelettes ou des os d’un grand animal 
» plus ou moins voisin de l'éléphant ; j'en ai reconnu des mo- 
» laires d'une espèce qui, si elle n'étoit pas absolument la méme 
» que l'éléphant d'Asie, lui ressembloit du moins beaucoup 
»'plus par la forme d ses molaires, que ne fait le mam- 
» mom PORREN dead: le e mastodonte ) 


w Extrait d’une lettre de M. Smith Barton, à M. Cuvier, 
(2) Lettre de M. Barton à M. de Lacépède, imprimée dans le T a 
Magazine de Tilloch, n.» LXXXVI, juillet 1805, p. 98. 


D HISTOIRE NATURELLE. 53 


Enfin j'ai moi-même des morceaux à en démontrer, Je les 
dois à l'amitié dont m'honore l'illustre et génórens M. de Hum- 
boldt. Pendant tout son voyáge, ce savant n’a négligé, aucune 
occasion de recueillir les dépouilles fossiles de quadrupèdes, 
dans l'intention de favoriser mes recherches; et il a bien voulu 
me remettre, à son retour, parmi beaucoup d'autres pièces 
dont je ferai usage par la suite, deux morceaux du véritable 
éléphant , recueillis , l'un, dans l'Amérique-Septentrionale ; 
l'autre, dans la Méridionale. 

Le premier consiste en lames séparées de molaires, et ne 
donne par conséquent lieu à aucune équivoque. Elles sont 
tres-grandes, et du reste entièrement semblables à celles de 
Sibérie , par l'étroitesse et le peu de festonnement des lames 
d'émail, amsi que par la petite dilatation de leur milieu. On 
les a prises à Hue huetoca, près Mexico. 

L'autre morceau est une pointe de défense d'un ivoire cal- 
ciné , mais parfaitement reconnoissable de la willa de Ibarra, 
province de Quito au Pérou, à 1117 toises de hauteur. Ce 
tronçon étant moins comprimé que ne le sont d'ordinaire les 
défenses du mastodonte , j'ai tout lieu de croire quil vient d'un 
éléphant. 

Je déposerai soigneusement dans le Muséum ces deux pré- 
cieux morceaux qui prouvent que les vrais éléphans d'autre- 
fois à dents molaires composées de lames minces, ont aussi laissé 
de leurs dépouilles au nord et au midi de l’isthme de Panama. 

Pour ne négliger aucun renseignement, nous rappellerons ici 
les os de géans dont les relations espagnoles du Mexique , du 
Pérou et autres sont remplies. On peut en voir les extraits , 
pe m m de beaucoup de récits nouveaux et détaillés, dais 

5 8 


1 


58 ANNALES DU MUSÉUM 
la: Gigantologie espagnole qui fait partie de l'Apparato para 
la Historia natural espaniola du franciscain Torrubia (1). 
Ce qui nous empéche d'appliquer tous ces récits à l'éléphant, 
c'est qu'ils peuvent aussi devoir leur source à des os des deux 
mastodontes, qui sont beaucoup plus.communs en Amérique , 
que ne le sont ceux de l'éléphant ,et qu'aucun de ceux qui les 
ont transmis-n’a pris la. peine de donner des figures, ou de 
dire quelques mots propres à faire distinguer les espèces, Il 
est vrai que leurs prétendus géans se seroient trouvés anéantis 
par là méme. 

.. Cette énumération des lieux où l'on a trouvé des os fossiles 
d'éléphans, est le résultat d'un dépouillement que nos travaux 
anatomiques proprement dits nenous ont pas permis de rendre 
aussi complet que nous l'aurions désiré; il est probable qu'elle 
auroit été bien plus considérable encore, si nous avions eu le 
temps de parcourir ‘avec plus de soin les ouvrages des natura- 

listes, les voyages , les topographies, les collections acadé- 
miques et lesjournaux; mais elle est déjà suffisante pour donner 
une idée de la prodigieuse quantité de ces os que la terre re- 
cele, et de tous ceux que l'on pourroit découvrir encore si les 
fouilles étoient multipliées , etsi celles qui se font étoient plus 
souvent dirigées par des hommes instruits. -= —— 


0) Tome AD 54-70. = 


«© 


D'HISTOIRE NATURE.L LE. 5 


OBSERVATIONS 
CARPOLOGIQUES. 


PAR M. CORRÉA DE SERRA. 


Les observations que je vais présenter sont des fragmens 
d'un ouvrage entrepris, il y a neuf ans, sous les yeux et par les 
conseils de l'illustre président de la Société royale de Londres. 
Ce travail avoit en vue deux objets : celui de continuer la dissec- 
iion etla descripuon des fruits et des graines, si habilement com- 
mencée par Gartner , et celui de connoitrela structure intime 
et la physiologie des fruits. Des devoirs etdes circonstaffces per- 
sonnelles me firent interrompre ces recherches , et en atien- 
dant que je puisse donner la perfection que je iu au ré- 
suliat de mes observations sur le second objet , je me bornerai $ 
pour le présent, à exposer seulement ce qui a rap à la 


premiere partie de mon travail. Je souhaite que les débris en 


puissent étre utiles à ceux qui se livrent aux mémes recherches : 
mais avant d'entrer dans les détails, qu'il me soit permis de 
dire quelques mots sur le plan que j'ai suivi en disséquant et 
décrivant ces fruits et ces graines. 

Avant les dernières années du siecle qui vient de finir , les 
botanistes en général, ceux méme qui faisoient du fruit la base 
des grandes divisions de leurs méthodes, ne remarquoient 
dans les fruits et les graines que les différences les plus ap- 

gx 


e 
ob  - ANNALES DU MUSEUM 
parentes ,et par là même fort souvent les moins décisives. Les 
recherches faites en France pour l'établissement des familles 
naturelles , et les trayaux presque contemporains de Gærtner, 
fixent l'époque encore récente où la carpologie a prisle rang 
qui lui est dù entre les branches de l'étude des végétaux, On 
ne doit cependant rien en concluré dé défavorable pour les 
botanistes antérieurs; carla táche qu'ils avoient à remplir, in- 
dépendamment de cette considération , étoit immense, et ils 
sen sont aéquittés de manière à exiger notre reconnoissance. 
D'ailleurs la botanique proprement dite, ou cette partie de la 
science qui considere les végétaux comme êtres distincts, étant 
née bien avant l'autre partie de la science, qui les be 
commie étres vivans, et qui en recherche l'organisation in- 
terne, les botanistes étoient habitués à n'employer à la distinc- 
tion des plantes que les parties que la nature elle-même dé- 
ploie aux yeux de l'observateur. Les progrés de la science ne 
les forcoieut pas encore à franchir ces limites. 

Gærtner nous a fait connoitre la structure d'un grand nom- 
bre de fruits et de graines, mais un bien plus grand nombre 
reste ncore à examiner. J'aurois cru avoir assez fait, si sur 
ses traces j'avois continué à disséquer et décrire une partie. 
des objets inconnus, mais il arrivera toujours que plus on ob- 
serve la nature, et fis on y distingue des choses dignes de 
remarque, qui ont échappé au premier observateur. Jen'ai pas 
cru par conséquent courir le danger de paroitre novateur , en 
m'écertant avec sobriété et mesure des traces de Gærtner 
partout où les faits l'exigeoient. €e n'est pas, en pareil cas, la 
vanité individuelle ou l'esprit d'innovation, mais la nature 
elle-même qui suggère les changemens, 

il avoit OX six objets de dissection et io dans 


les fruits et les graines, à savoir : le péricarpe, le réceptacle , 
la forme de la graine, ses intégumens , l'albumen et l'em- 
bryon. Il m'a paru que la nature nous forcoit à en considé- 
rer pour le moins huit , et voici mes raisons. 

;Leeul ovaire doit être considéré comme péricarpe. Ce 
seroit confondre les choses et les idées que de faire partager 
ce nom à tout autre organe qu aux organes féminins destinés 
à contenir les semences. Il y a cependant dans beaucoup de 
plantes des parties de la fleur qui, au lieu de tomber aprés 
la: fécondation, restent adhérentes au fruit et font corps avec 
lui, sans pourtant en être une n cohésion montre 
que, dans l'organisation de la fleur , aut articulation externe 
ou interne ne les séparoit des organes féminins. Elles sont 
différentes dans les différentes familles : ce sont, par exemple, 
les bractées dans les conifères, le zamia, le cycas, etc. ; c'est 

le calice dans des familles presque entières; ce que l’on nomme 
 vulgairement nectaire dans les carex; le réceptacle dans le fi- 
guier, le dorstenia, le nelumbo, etc.;les filamens dons d’autres , 
et méme le pédoncule devenu charnu dans l'hovenia dulcis, 
et dans l'acajou. Quoiqu'elles ne soient pas le fruit, « pa 
partie de son apparence, et nous indiquent des rapports dor- 
ganisation intérieure , toujours précieux pour les vrais bota- 
nistes. J’ai donc cru nécessaire de leur assigner une place sé- 
parée, lorsqu'elles existent ; et tout en désignant la nature par- 
ticulière de chacune , de les désigner par le nom général ď In- 
duviæ., Ce mot m'a été fourni par Plaute; qui, dans le premier 
acte, scène troisième des Ménechmes, parle d'une fille que son 
amant habilloit des habits déjà portés par sa femme : U.xoris 
exuviæ, dit-il, zuduvice tuce. 
Un des phénomènes les plus remarquables de l'histoire des 
o 


DEISTOIRE. NATURELLE. Gi 


62 "ANNALES DU MUSÉUM | 

fruits, c'est la manière dont leur structure se démonte et se 
décompose, pour donner lieu à la dissémination de la graine. 
Cette opération est le résultat tout ensemble ,et du total de 
leur organisation, et de la nature des substances qui les com- 
posent. Ce phénomène s'opère différemment dans diverses fa- 
milles, et son influence est marquée sur l'histoire du fœtus et 
de la jeune plante. J'ai cru par conséquent juste d'assigner 
aussi une place séparée à cet objet, qui paroit tout à la fois 
| physiologiquement important, et capable de fournir des in- 
dices remarquables de l'affinité ou différence des végétaux. Le 
mot déjà connu , de dehiscentia , est celui que j'emploie pour 


désigner cet objet 
Le péricarpe est, de toutes les parties du fruit, celle où les bota- 
nistes ont remarqué de plus nombreuses et de plus frappantes 
diversités. Elle est aussi celle où Gærtner s'est plu à noter le 
plusgrand nombre de différences. Mais on se méprendroit sur la 
marche de la nature, si l'on Miser que les diversités qu'elle 
montre dans des ouvrages du méme genre sont effectivement 
dés diversités absolues. Ce sont toujours au contraire des modi- 
fications seulement d'un méme plan, suivi avec ténacité, mais 
varié Qe richesse. Il importe pour le moins autant à la science 
de connoitre ce qu'il y a de constant dans ce plan, que ce qui 
est varié dans son exécution. 
- Or,si l'on fait attention à tous les organes composés des 
végétaux, on trouvera que chacun est formé par un systéme 
irés-simple de vaisseaux , accompagnés d'une portion de tissu 
cellulaire plus ou moins composée, laquelle en dépend , et pre- 
nant, sous l'influence de ces vaisseaux, des formes variées, 
concourt par là avec eux à l'opération que l'organe accomplit. 
Tel est le système des feuilles, des bourgeons, des écailles, des 
o 


- 


d - 


D'HISTOIRE NATURE L LE. 03 
calices, des parties mâles de la fleur , et tel est. aussi en 
effet celui des fruits et. des graines qu'ils renferment, 

En observant les ftuits avec réflexion, Fou trouve un ou 
plusieurs paquets de vaisseaux, qui s'élèvent du fond du récep- 
tacle, suivent la direction centrale, ou s'écartent pour se réu- 
nir au sommet. Dans l'un et dans l'autre cas, ils vont de là se 
terminer en une substance glanduleuse , que les botanistes ont 
nommée stigmate. Les graines se montrent placées sur les 
branches-mères de ces paquets, comme les bourgeons le sont 
sur les branches de larbre. La substance cellulaire qui ac- 

compagne ces paquets de vaisseaux, déterminée et dirigée. par 
leurs ramilications secondaires , se leng en guise d'ailes, 
concourt à former les' valves et -les dissépimens , et recouvre 
les cavités remplies de graines. Ces ailes, en se rencontrant ,. 
se réunissent par abouchement, et donnent lieu à des sutures 
que a maturité fait éclater au moment que la méme cause 
détache la graine du petit cordon auquel elle est attachéc. Tel 
est le système général des fruits, et il n'y en a pas un seul qui. 
n'en ait les principaux et les plus indispensables traits, quel-- 
que singulière que soit la modification de ses. diérontes 
parues. 

. Ce paquet de vaisseaux ,ou ce cordon pistillaire qui maitrise: 
si souyeramement l'organisation du fruit , est l'organe auquel 
j'ai cru devoir donner une attention fastitulióre , partout où 
l'état où se trouvoit le fruit m'a permis de l'observer, Depuis 
le réceptacle jusqu'au stigmate , c'est lui. qui sert de: charpente: 
au fruit, qui détermine la place et la manière d'attache des 
graines, aussi bien que la déhiscence du fruit méme. C'est 
donc en le considérant, que les parties du fruit viennent à 
étre, non-seulement connues, mais. connues sous les vrais: 


€ 


61 ANNALES DU MUSÉUM 


rapports que la nature a mis entre elles. C'est aussi en con- 
sidérant cet enchainement des parties , que l'on peut apprécier 
au juste la vraie différence ou affinité des fruits. 

‘Si ce Mémoire étoit destiné à la physiologie végétale, je tâ- 
cherois d'exposer en détail ce que je me crois fondé à penser 
sur cet organe. Je tácherois de montrer comment, irés-simple 
dans l'appareil des vaisseaux qui le composent, il n'admet 
sous ce rapport qu'un petit nombre de diversités dans quel- 
ques familles. Comment la disposition et direction de ses 
branches, qui se trouve presque toujours déterminée d'avance . 
dans le réceptacle , est susceptible d'un plus grand nombre de 
combinaisons , selon les différentes familles, et se trouve quel- 
quefois diverse dans des familles, d'ailleurs trés-voisines. Je 
pourrois dire aussi que la nature , quelquefois double et triple 
du tissu cellulaire qtii l'accompagne , est la cause de diver- 
sités encore plus nombreuses dans l'apparence et la structure 
des fruits. Mais comme la carpologie, dont je m'occupe ici, 
fait partie de la botanique proprement dite, je ne me per- 
mettrai + remarquer à présent que ce qui tombe sous les 
yeuxyaidés d'une simple loupe, et qui peut être d'un usage 
immédi: E et facile pour l'association ou distinction des plantes. 
"Gsrtner a désigné par le nom de réceptacle la place et la 
Mutin de l'attache des graines dans les fruits. Ce mot est 
depuis long-temps consacré avec beaucoup de justesse à dési- 
signer ou le-pédoncule élargi et garni de feuilles floréales sur 
lequel sont placées les fleurs en tête , les aggrégées aussi bien 
que les composées , ou le fond de la fleur qui sert de base au 
pistil. D'ailleurs, le mot réceptacle ne présente aucune idée 
directe des fonctions que remplissent les parties du fruit qu'il 
a voulu amsi désigner ; et par cette raison méme n'offre pas 


D'HISTOIRE NATURELLE. 65 
le véritable point de vue, sous lequel les différences quon y 
irouve peuvent être considérées. On trouvera , j'ai lieu de le 
croire, que le mot de Placentatio que j'ai adopté, et que j'em- 
ploie pour désigner ces mêmes parties, offre une idée plus 
netié des fonctions qu’elles remplissent, et fait mieux ressou- 
venir l'observateur, des points de vue sous lesquels il doit en- 
visager les diversités qu'il remarquera dans leur structure. 

La forme de la graine et ses intégumens ont été assez nette- 
ment considérés par Gærtner, et je me suis fait un devoir de 
me conformer à sa manière de voir sur ces deux articles ; 
mais les faits ne m'ont pas permis de le suivre entièrement pour 
ce qui regarde l'albumen et l'embryon. 

La signification du mot albumen a été si exactement cir- 
conscrite par la chimie moderne, que son emploi en carpo- 
logie pour exprimer des NE Ms si visiblement différentes 
que celles qui entourent ou accompagnent l'embryon dans les 
graines, ne peut qu'induire en erreur. Il y avoit été introduit 
en conséquence d'un de ces rapprochemens que l'on s'est plu 
long-temps à faire entre la physelegie animale et la végétale, 
et qui ne pouvoient convenir qu'à l'enfance de cet 
Grew, qui, dans sou Anatomie des Plantes, l'empl | 
mier, comparoit la graine de celles-ci à l'œuf des animaux 
ovipares, et croyoit y trouver des substances et une organisa- 
lion parfaitement analogues. Pendant plus d'un siècle, ce rap- 
prochement ingénieux a séduit le plus grand ous des na- 
turalistes; et Linné lui-même , bien qu'il connát les observa- 
tions de Malpighi, l'a adopté et embelli dans son Sponsalia 
Plantarum. Quoique la ressemblance des œufs et des graines 
soit trés-grande, l'analogie des substances qui les composent 
est loin d’être prouvée. : 


9 


66 ANNALES DU MUSÉUM 

Le mot de perispermum , employé par M. de Jussieu, qui 
est tiré de la situation, et: ne préjuge rien Sur la nature de 
ces diverses shsägass : jusqu'à présent non soumises à lana- 
lyse, est bien plus convenable à la sévérité et à l'exactitude d'ex- 
pressions dont on doit user dans l'étude de la nature. J'ai cru 
devoir le préférer à celui. d’albumen dont. Gærtner a fait 
usage, parce quil étoit persuadé que la graine étoit un œuf 
véritable. 

C'est par une suite du méme préjugé , que, trouvant dans 
qéelques embryons un membre dont? explication devenoit em- 
 barrassante, il crut que så continuité avec la plumule lauto- 
risoit à le regarder comme le jaune ( vitel/us ) de l'œuf végétal. 
Or, le jaune dans les ceufs des animaux étant par sa nature 
la partie la plus indispensable, et le membre dont il est ques- 
üon ne serencontrant que dans un petit nombre de plantes, 
il est par là seul évident quil ne remplit point les mêmes 
fonctions et qu'il ne peut lui être comparé. Les germinations du 
nélumbo et du nénuphar m'ontappris que dans ces deux plantes. 
c'étoit une radicule d'un caractere particulier , qui ne produit 

echevelure, mais qui reste toujours sous la méme forme, 


inféricurément aux racines de la plante, celles-ci pro~ 
venant toutes de l'espace intermédiaire entre le corps de ce 
prétendu vitellus et les feuilles séminales. J'ai méme soupçonné, 
d’après la forme particulière des racines des orchidées, que 
les graines presque invisibles de ces plantes devoient étre 
pourvues. d'un pareil organe. M. de Candolle , auquel je 
fis part de ma maniere de voir, a bien voulu la consiguer 
sous mon nom dans son Zntroducttou à la Flore francaise , 
et les observations récentes de M. Salisbury sur la germina- 
tion des orchidées ont confirmé ce que javois soupconné 


D'HISTOIRE NATURELLE. "67 
quant à à cette famille de plantes. Je ne tiendrai donc. aucun 
compte de cet organe, dans sa qualité. supposée de: vitellus ; E 
mais je le décrirai partout où il se présenter; duhe ra- 
dicule particulière, dont je, rémar quera les-diversités äppa- 
rentes „laissant è à la germination .à rioüs Justnwre;sur $a na- 
ture et ses fonctions dans chacune-desplantes où où lare- 
trouve. Il est probable que ces fonctions -et cette matuté ne 
se trouveront point absolument les mêmes panton, puisqu'on 
observe une assez grande variété dans da:formie: et da-posi- 
Aion de ce membre. L'une et l'autre sont différentes dans les 
cryptogames et les graminées , les scitaminées; le: rüppia, le 
zostera, le ceratophyllum, Je -xbizophore:;;eto; ;:ce qui; paroit 
prouver encore une fois qu'il.n'est.pas exact de les-confondre 
avec le vitellus des œufs des animaux, si uniforme: en: 
méme et par la situation et par la forme. 

Voilà les seuls changemens que je me suis permis dans la 
méthode et la manière de voir du respectable Gartner. Ce 
n'est pas que l'état actuel dela science ne nous permette des 
soupcons sur la possibilité de mieux voir quelques-uns de ces 
objets. Il y a, par exemple, des raisons assez fortes pour dou 
sil existe de vrais cotylédons dans beaucoup de p 
passent pour monocotylédones. Il y en a aussi pour penser 
que les périspermes, qui sont de plus d'une espèce quant à 
la substance, le sont aussi quant à leur origine et leurs fonc- 
tions, et que la présence de quelques-uns est méme condi- 
tionnelle, Mais sil est temps déjà d'avoir de tels soupçons 
fondés , il ne l'est pas encore d'agir comme si ces points étoient 
clairement avérés, 

Je passe à la discPlpits détaillée des fruits et des graines 

yr 


68 ANNALES DU MUSÉUM 
D'aprés ce que je viens de dire, elle touchera huit points 
principaux. 
1. Les mduviæ. 
2.° Le péricarpe et son cordon pistillaire, lorsque l'état du 
fruit permettra de le reconnoître avec exactitude. 
3° La placentation des graines. 
A4? La déhiscence du fruit. 
5. La forme de la graine. 
.6.» Ses intégümens. + 
| 7? Le périsperme. 
8» L'embryon. 
Et je tácherai, partout où il sera ponia d'en tirer des con- 
séquences bitva pas mieux établir les affinités des plantés 
qui les produisent. 


DHISTOLRE NATURELLE. 69 


OBSERVATIONUM CARPOLOGICARUM 
FASCICULUS PRIOR. 


L DRIANDRA VERNICIA. 


Vernicia montana Loureiro Flora Coch.,t. 2, pag. 722, 
edit. Willdenow. 


Tab. I, fig. 1. (Ex Museo Domini J. Baxxs.) 


LÀ 


* Fraucrus. 

Induviæe. Nulla. e 

Pericarpium. Capsula ovata, acuminata , tricocca, lobis cari- 
natis , superficie varicosa , trilocularis; substan- 
tia dosis exterior, wberoso- Loi (in fructu 
recenti carnosa); interior ( cocculi ) lignosa. 
Chorda pistillaris. centralis composi ta, chor- 
dulæ partiales tot quot loculamenta. 

Placentatio. Semen in singulo loculamento unicum , chor- 
dulæ partiali superne affixum. 

Dehiscentia. Substantiæ externæ in sulcis , internæ ( cocculo- 
rum ) ad fructus axem. 


** SEMEN. 


Forma.Semen solitarium, grande , ovatum ; hinc convexum , 
inde obtuse angulatum, glabrum , fuscum, va- 


70 ANNALES DU MUSÉUM 
riegatum. Caruncula umbilicalis , lata , scutifor- 
mis semicalyptram semini adnatam simulans , 
chartaceo fungosam. 

 Jntegumentum. Duplex , exteriüs crustaceum , interiüs mem- 

branaceum , crassum. | 

Perispermum. Semini conforme crassum, carnosum, pal- 
lidum. 

Embryo. Dicotyledoneus, perispermo minor, inversus, al- 
bidus. Cotyledones ovate, foliaceæ, venosæ , 
tenues. Radicula teres, brevis, supera. 


Osserv. Tota hzc fructus seminisque structura Euphorbia- 
ceis propria. 


Expucario ricum. 1. Fructus integer. 2. Ejusdem sectio 
transversa, (a) Seminis latus exterius. (b) Ejusdem 
latus interius cum carunculá. (c) Idem decorticatum. 
(d) Ejusdem sectio verticalis cum Wirispermo et em- 


bryone. 


IL CARISSA CARANDAS L. 

Tab. 1, fig. 2. (Ex Museo Domini J. Ba wx s.) 

à * FaucTus. 

Ind. Calix persistens, perianthium sinferum , quinque parti- 
tum, acutum , minimum. 

Peric. Ponika: ovatum , cårnosum , biloculare areis loculo- 
rum compressis, evalve. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 7x: 
Plac. Suberosa, centralis, crassa , utrinquè septo continua, cui 
semina unum ad quatuor in unoquoque loculo affixa, 
funiculis naoa libus centralibus brevissimis. 
Dehisc. Nulla. 


4 P SERRA 


Forma. Semen compressum, planum , orbiculato angulatum 
margine incrassato cinctum , cujus impressio in placenta 
et parietibus locularum persistit. Hilum centrale, 

Integ. Simplex, membranaceum, subcarnosum, nucleo latius. 

Perisp. Carnosum semini conforme , eo angustius, margini in- 
crassato per filamentum superum adherens: 

Embr. Dycotyledoneus planus, rectus , perispermo dimidio 
brevior. Cotyledones ovato-acuminatæ , foliaceæ radicula 
longa, teres , recta, supera. 


Ossery. Planta certè Jasmineis quam Apocyneis affinior. 


Exec. ric. Fructus integer. 2. Ejusdem sectio transversa. 
3. Ejusdem sectio verticalis. 4. Septum centrale. (a) 
Semen auctum. Ejusdem sectio verticalis pe- 
rispermo et embryone. 


IIL AVERRHOA BILIMBI L 
Tabl. IL, fig. 2.( £x Museo Domini B an ss.) 


^ Faucrus. 


Ind. Calix persistens, perianthium, foliolis lanceolatis , acutis; 
parvis. cas 


72 ANNALES DU MUSÉU M 
Filamenta decem persistentia , setacea. 

Styli quinque , persistentes. 

Peric. Bacca pulposa, oblonga , ovata, quinqueloba , sulcis 
profondis , lobisteretibus , quinquelocularis, loculis com- 
pressis, membrana propria tenuissima vestitis. Chorda 
pistillaris centralis , composita, chordulæ partiales tot 
quot loculamenta. 

Placent. Semina duo ad quinque in singulo loculo, chor- 
dulis pistillaribus partialibus utrinque affixa, ut quseque 
chordula duobus loculis semina alternatim præbeat , fu- 
niculus umbilicalis, subsuperus , setaceus. 

Dehisc. Nulla. 


*X SEMEN. 


F orma. Semen lentiforme , Superne auctius, tuberculatum , 
hilo rostellato, gibbo , calloso. 

Integ. Duplex. Exterius membranaceum , tenue, leve; interius 
coriaceum , fuscum , extus tuberculatum. 

Perisp. Semini conforme carnosum. 

Embr. Dycotyledoneus , perispermo pauló minor, inversus , 

—compressus, albicans. Cotyledones foliaceæ, tenues, d 

lipticæ, radicula teretiuscula, brevis , supera. 


Onsserv. Genus hoc procul dubio Rhamnoideis affinè, nam si 
Staphylzeam fructu carnoso aut Evonymum carnosum 
loculis polyspermis animo concipere liceat, fructus 
eveniet Averrhoæ simillimus. 


Exec. ric. 1. Fructus integer. 2. Ejusdem sectio transversa. 
3. Idem verticaliter apertum. (a) Seminis facies. (b) 
Idem excorticatum. (c) Embryo. 


D'HISTOIRE NATURE L/LE. 53: 
“IV. AVERRHOA CARAMBOLA. L 


DRE à (Ex Muse Douai BANES, ) 


* Favcrvs. 


Jnd. Calix persistens, perianthium , pentaphyllum , parvum. 
Peric. Bacca pulposa , oblongo ovata, quinqueloba , intér an- 
gulos profunde sulcata , lobis acutis , fructum stellatum 
- . referentibus, quinquelocularis loculis compressis , mem- 
brana propria vestitis. Chorda pistillaris centralis , com- 
posita, chordulæ partiales tot quot loculamenta. 
Placent. Semina tria ad quatuor in singulo loculo , chordulis 
partialibus affixa , funiculus umbilicalis brevissimus, et 
ex eo arillus d bilabiatus semen involvens. 
Dehisc. Nulla. 


xs Sexes * 


Forma. Semen gigartoideum, apice. mucronatum, hinc gb 
bum, et lineà longitudinali natatum cui arill s adhzrel 

Znteg. Duplex , exterius coriaceum , fuscum ; needs Un. 

Perisp. Semini difforme oblongo ovatum , carnosum. 

Embr. Dycotyled sus , perispermo pauló minor, 
Stones foliaceæ, ieia ; elliptic, radicula teré- 
tiuscula, brevis. 


Ex»r. ric. 1. Fructus integer. 2. Ejusdem sectio transversa. 
3. Ejusdem segmentum verticale. (a) Semen arillo 
obvolutum. (b) Idem arillo explicato.'(c) Idem denu- 
datum. (d) Idem denudatum. (e) Embryo. 

7. 19 


74 ANNALES DU MUSÉUM 
V, BROUSSONETIA PAPYRIFERA 
ME UN, fig. 1. ( Morus papyrifera, L.) 
V'entenat , Tableau e Règne végétal, t. 3, p. 547. 
V F RUCTUS. 


Ind. Flos. fæmineus persistens Brorptecutom commune, ro- 
‘tündatam, fi tectum undique flosculis, 
quorum plariini effen. Calix monophyllus , trifidus , 
menibranaceus. Corolla nulla. 

Peric. Receptaculum proprium seminis elongatum , gelatinoso 
carnosum, calice longius. Apice bilabiatum videtur et 
semen laciniis amplectere, sed membrana pellucida , 
exilissima , laciniis continua, semen includit Chorda 
pistillaris, simplex, per alteram laciniaram transiens, 

' versus apicem bifida , crure altero in stylum simplicem 
protracta , altero semen inyersum. susunente. 

Placent. Ut suprà. 

paiio rio erni 


E - rs cared e T og c Erxyi 
- £5:* £53 73 HIP aw 


e à à à À 
Forti: Sema, solitariam goboso-renforme, Sobrafeacens, 
glabrum. 
w Duplex , exterius crustaceum fragile; interius mem- 
 bránaceum , tenue, albidüm. 
Perisp Se es conforme carnosum , albidum , embryonem 
pae s tyledoneus uncinato curvatus , inversus , lacteus , 


- 7 + 


D'HISTOIRE NATURELLE. 79 
cotyledones oblongæ ; anguste , plana; incumbentes, 
radicula teretiuscula , oblonga , crassà , adscendens. 

zn 


Osserv. Fico affinior planta quàm moro. 


Ex»r. ric. Fructus integer seu florum fæminæorum conge- 
ries globoso-capitata. 2. Ejusdem sectio verticalis. 
3. flosculus fertilis à capitulo avulsus. 4. Calix 
explicatus. (:) Seminis facies aucta.. (b) Ejusdem 


sectio verticalis cum perispermo et embryone. . 
$ 


Jnduyice. x Calix hexaphyllus, foliolis duplici ordine alterna- 
tim imbricatis, coriaceis , concayis, glabris , nitidis, 
t LU 4 l IDE 


j x E ur anis iiL. TRIO D. NM 
margine scariosis, interioribus majoribus. 


Peric. Drupa fibrosa, ovali-oblonga, apice terminata um- 
bone orbiculato , elevato , styli rudimentum ferente. Cu- 
ticula tenuis, glabra, nitida, rufescens. Caro exigua, 

10 * 


56 ANNALES DU MUSEUM 
fibrosa. Putamen à cortice non discretum , lignosum, 
durissimum , crassissimum. Loculamenta tria oblonga. 
Chorda patiaris pe nos ? centralis ? 

Placentals nr. . 7 

Dehiston …. 


* . >è . LI 


* SEMEN. 
RESO À | di. Le 
Forma , «i. 
Integ. “ra nu 
Perna o 
EuUMTA. ——.... 


J 


Osserv. Involucrum interius cupuliforme, cum post fæcun- 
dationem, incrementum pericarpii non sequatur , et 
calice minus evadat , corollam non deciduam esse sus- 
picarer. Cæterum hüjus plantæ flos adhuc ignotus, et 
ex paucissimis Aubletii de eà verbis nihil colligi po- 
test. Sed et palmarum -omnium fructificationes , ite- 
ratà kcu e RES carent lite 


Exrr. rr. 1. Fructus integer. 2. jn absque calicinis 


squamis. 3. Involucrum interius cupuliforme. 4. Pe~ 
pū sectio transversa. 


jw. 2 : (La suite dans la continuation de ces Annales. ) 


si 


D'HISTOIRE NATUREL E. 7 


EXPLICATION DES PLANCHES: 


Relatives aux coquilles fossiles des environs de Paris. 


Fue. t. 


cd 


Qt 
0 


+ 


HUITIÈME Lagon. : 


Cadran plissé. Solarium plicatum. 
Annales, vol. 4, p. 55 , n. 4. 

a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. . 
Cadran à gouttière. Solarium spiratum. 
Annales, vol. 4, p. 54, n. 5.. 

a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La même , vue du côté du dos, 
Cadran évasé. Solarium patulum. 
Annales , vol. 4, p. 55, n. 1. 

4. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
b. La même , vue du côté du dos. 
Cadran disjoint Solarium disjunctum. 
Annales, vol. 4, p. 55, n. 8. . 

a. Coquille, vue en dessous. 

b. La méme , vue en dessus. 

Cadran corne-d'ammon. Solarium ammonites. 
Annales, vol. 4 , p. 54, n. 6. 

a. Coquille, vue en dessous. 


.. &. La méme , vue en dessus. 


e 


-3 
; 


c. La méme , de grandeur naturelle. 

Cadran à deux faces. Solarium bifrons. 

Annales, vol. 4, p. 55, n.9. 

4. Coquille, vue en dessus. 

8. La méme, vue en dessous. 

Coquille non décrite ; il en sera fait mention get sca 


NEUVIÈME PLANCHE 


Fic. 1, Dauphinale en éperon. Delphinula ealcar. 


78 ANNALES DU MUSEUM 
Annales , vol. 4 , p. 110, n. 1. 
a. Coquille, vue en dessus. = =~~ 
&. La méme, vue en dessous et montrant l'ouverture. 
2. Dauphinule turbinoide. Delphinula turbinoides. 
Annales, vol. 4 , p. 111, n. 4. 
. a. Coquille , vue du côté de l'ouverture, 
b. La mème, vue du côté du dos. 
3. Sabot dentelé. Turbo denticulatus. 
Annales , vol. 4 , p. 107,n 
a. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
.b. La méme, vne du côté du dos. 
` Ce doit être une dauphinule. 
&. Dauphinule conique. De/phinula Dons, 
Annales, vol. 4, p, 110, n. 5. 
a. Coquille, vue du cóté de l'ouverture, 
b. La même, vue du côté du dos. 
5X. Dauphinule striée. Delphinula striata. 
Annales, vol, 4 , p. 111,n. 6. 
a. Coquille , vue du cóté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. 
6. Dauphinule à bourrelet: Delphinula marginata. . 
Annales, vol, 4, p. 111, n. 3. nu 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La même, vue du côté du dos. . 
7. Dauphinule canalifere. Delphinula oanalifera, 
Annales, vol. 4 . p. 112 , n. 8. 
a. Coquille , vue-du côté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos ou de la spire, 
8, Dauphinule sillonnée. Delphinula suleta, 
Annales, vol, 4, p. 111, D. 7. 
a.Coquille , vue du côté de l'ouverture, 
b. La nes vue en dessus. ` i 


SES PLA MCE 


Fic. Cyelostome en momie, Cyol s ME. 
Annales , vol. 4, p. 115; n. 5. 
a. Coquille, vue du côté de I ouverture, 


b. La même , vue du eóté du dos. 


ra 
DHISTOIRE NATURELLE 


$. Cyclostome turritellé. Cyclostoma turritellata. . 
Annales, vol. 4, p. 115 , n. 6. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
L. La méme , vue du côté du dos. 

3. Scalaire treillissée. Scalaria decussata. 
Annales, vol. 4, p. 2315, n. 2. 

#. Scalaire dépouillée. Scalaria denudata, 

' Annales, vol. 4, p. 214, n. 5. ; 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. — 
^. La méme, vue du côté du dos. 

5. Scalaire crépue. Scalaria crispa. 
Annales, vol. 4, p. 215, n. 1. 

| a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 

b. La même, vue du côté du dos. 

6. Turritelle à bandes. Turritella f'asciata, 
Annales, vol. 4, p. 217 , n. 4. 
a. Coquille, vue du côté du dos. - 
5. La méme, vue du côté de l'ouverture. 

7: Turritelle imbricataire. Turritella imbricataris, 
Annales, vol. 4, p.216,n.1. 

a. Coquille, vue du ‘côté de — 

"b. La méme, vue du côté du dos. 

- 8. Turritelle sillonnée. Turritella sulcata, 
Annales, vol. 4, p. 216, n. 2. 
a. Coquille, vue du cûté de l'ouverture, 
5, La méme, vue du côté du dos, 


TALA 


9 


8o ANNALES DU MUSEUM 


ESSAIS ANALYTIQUES 


.Des racines d'Ellébore d'hiver ( Elleborus hie- 
malis ) et de Brione. 


PAR M. VAUQUELIN. 


LA faculté qu'ont les principes élémentaires des végétaux de 
se combiner dans des proportions, pour ainsi dire infinies, 
doit donner naissance à une quantité infinie aussi de corps dif- 
férens qu'on a nommés principes immédiats des végétaux. 

- Quaiqifon ne connoisse encore d'une manière bien distincte 
qu'une vingtaine environ de cés principes, on concoit quil 
peut en exister be&ucoup d'autres; et si on ne lês a pas encore 
trouvés, c'est probablement faite d'avoir: examiné un assez 
grand dalot de plantes aux différentes: époques de leur vie. 

La preuve, c'est qu'il n’est guère de végétal qu'on analyse 
avec les moyens que fournit aujourd’hui la chimie , qui ne pré- 
sente quelque principe nouveau, ou du moins que les anciens 
chimistes avoient confondu avec d'autres dont il ne partage 
que quelques-unes des propriétés. 

L'examen chimique des principales familles des plantes pro- 
met cependant à celui qui sen occupera avec le zèle et le ta- 
lent nécessaires, une ample moisson de découvertes utiles aux 
arts, à la médecine et surtout à la physiologie végétale. 

Il n'est pas douteux qu'on ne trouvát beaucoup de substances 


D'HISTOLRE NATURELLE, 4 81. 
alimentaires qu'on pourroit mettre à profit dans maintes cir-. 
constances ; beaucoup desubstances propres aux opérations des 
arts ; des médicamens, peut-étre plus précieux que ceux qui 
os quelquefois de trés-loin; enfin des poisons dont on 
apprendroit à se garantir en les nb yet et en donnant des 
moyens de les détruire. 

Les succes que la chimie a déjà obtenus en ce genre de re- 
cherches doivent, par l'espérance qu'ils donnent , encourager 
à poursuites ce travail , pour tàcher d'en iine encore 
d’autres. . 

Excepté l'organisation: qu'il n’est pas permis à l'homme de 
donner à la matière, il est.tout prés d'imiter la nature dans: 
les productions végétales, comme il l'a fait dans ses composi- 
tions | minérales. Pour mettre cette proposition ven- évidence, | 
qu. i me soit permis de réppeler.« ce gas la: chimie a fait de~i 

lépendar imeni des ce Po pastas 
 connoire et séparer les principes immédiate des végétaux an- 
ciennement connus , et souvent conf dans le-méme véh 
cule, ou. déposés dans différens erganes des siste je lenhiniteo 
formé, pour ainsi dire, de toutes pièces et avec ses propres ins- 
trumens, un grand nombrede matièressemblables à celles de la 
nature; et si elle n'est pasencore parvenue à imiter en tout point 
ses opérations, cell ce a aussi donné n ce à plusieurs 


combinaisons utiles dont. la migdistion ne lui a point. offert 


etae deme ^ cs ene e dm no m 


Mn eR Sq c cie 


„Elle Ei CO PRBESEK. .les.acides. REL ad oxalique , acétique , 
benzoique ; gallique et prussique; elle produit des huiles , des 
résines ; du tain, .üne "espéce de tamiphre qui, Sil n 'est d 
entièrement semblables celui que ous trouvons dans le règue 


8. OUT 


28 ANNALES DU MUSÉUM 

végétal, au moins s'en rapproche beaucoup; elle forme aussi 
des substances amères, des combinaisons sucrées; et que ne 
produira-t-elle pas lorsqu'elle multipliera ses expériences et 
opérera avec le temps et les circonstances: les. plus conformes 
à celles qu'emploie Ia nature (1) ? 


S. E Sur le racine de l'ellébore d hiver (2). z 


En entreprenant le travail dont je vais rendre compte , jai 
eu principalement en vue d'examiner le principe amer: et 
âcre contenu dans cette racine; les résultats que j'en: at ob- 
uem avem fait naître le. désir. de soumettre aux mêmes 
épreus autres racines qui pareissent avoir des ana- 
logies en ce pona avec celles dont il est qiiis: iod par- 
lerai successivement. —- 

La racine de l'ellébore d'hiver est de la lasse dni racines: 

tubéreuses; sa couleur est blanche-jaunátre à l'extérieur; elle 

est enveloppée d'un épiderme noir très-fin, Elle ne: paroit pas 
d'abord avoir de saveur; mais elle produit, aw bout de quel- 
qu es une ácreté venant dur he banoie et le: gouts 


po ere: "e Eepérinen 


- Une: portion de cette r lavée et: écrasée dans un mor- 


ENVIES L'AVAIS V y 


em "pese 


(x) Mi Seguin a lu dernièrement à l'Institutun Mémoire dans lequel il examine 
le. principa amer, considéré dans les différentes familles naturelles. des: plantes. 
Il n'est pas douteux qu'avec le zèle et les moyens qu a M. Seguin „ce travail ne Jui. 
fournisse des résultats intéressans. 

(2) C'est sur la racine verte que j'ai opéré, 


RE 


D HISTOIRE NATURELLE. 83 
tier - marbre, fut mise en macération pendant deux jours 
avec de l'eau distillée ; au bout de ce temps, l'eau avoit acquis 
une poulet dadukie, un commencement de fermen- 
tation se manifestoit dans la matiére; ce qui étoit indiqué par 
un gaz qui se dégageoit abondamment : la liqueur avoit aussi 
contracté une légère acidité, dépendante de la fermentation, 
car la racine fralohó west nullement acide. 


[Ter F æpérience. 


La liqueur fut passée dans un linge fin avec forte expres- 
sion; le mare resté dans le linge fut pétri avec la main, 
au milieu de l'eau , pour en faire sortir tout ce qui avoit pu se 
dissoudre, ainsi que les parties assez divisées pour "et entre 
les mailles du tissu. 

- Cette tanasini filirée au papier pour en 

. séparer les parties solides , qui étoient la plupart de l'amidon. 
Soumise , ainsi filtrée, à T'évaporation, elle se couvrit de pel- 
licules brunes qui se précipitoient et se renouveloient succes- 
sivement. Lorsque cette liqueur , dont la couleur étoit singu- 
lièrement augmentée , fut réduite au quart environ, on la filtra 
pour avoir les pellicules à part. 
- Celles-ci se desséchèrent facilement, in friables et 
présentoient des surfaces brillantes : leur saveur étoit amère, 
ácre et piquante; propriété qu'elles devoient à une portion 
d'huile qui y étoit mélée, et dont nous parlerons plus bas. Elles 
ne fondoient point par la chaleur, mais brüloient en répan- 
dantune odeur bees dans laquelle on CE 
quelque chose de piquant. 


IER 


84 ANNALES DU MUSÉUM 

Cela est Linde plus vraisemblable , qu'avant l'évaporation 
la liqueur précipitoit le sulfate de fer en rouge-pourpre ; 
comme le fait l'huile elle-même, et l'infusion de noix de galle 
comme les matiéres animales. s 


Ia E ne ence. 


: Une autre portion de cette racine pi broÿée fut 
mise avec de l'alcool rectifié , auquel elle communiqua bientôt 
une couleur jaunátre qui passa au — au bout de deux 
jours. 

L'alcool décanté fut * cond par une autre priba qui 
se colora encore, mais très-légèrement. 

La première ned fut soumise à la distillation pour en 
retirer l'alcool et obtenir séparément ła substance qu'il avoit 
dissoute. On remarqua , lorsque la plus grande partie de l'al- 
cool fut passée, qu'une huile rouge-brune se séparoit ; qu'une 
partie pina légère et moins colorée restoit sur la liqueur , tan- 
dis qu'une autre de nee et atit eajonóa MA le end 
jo vin iud 
matière de ras cornue; on d mit. doce une e din porce- 
laine où l'on acheva Dauid de l'alcool; alors il y avoit. 
une grande quantité d'huile toujours divisée en deux parties, 
comme on vient de ledire. . 

Par. le refroidissement, l'huile de disks : se figea sur la li- 
queur aqueuse provenant de la racine, et qui avoit aussi une 
couleur jaune-brune; celle de dessous se figea aussi, mais prit - 
moins de consistance. Entre ces deux huiles; il y en avoit une 


D'HISTOIRE N Ar URE LUE 85 
autre sous la forme de petits grains blancs et cristallins; état 
qu 'elle devoit ÉL à une oot — '"q'hü2 
midité. ‘20: o" ener 8 nO 

- Cette huile a une âcreté mistika — action sur la bóuche 
ela gorge se continue pendant long-temps d'une manière trés- 
incommode. Elle paroît étre légèrement soluble das l'eau | 
mais c'est peut-être à la faveur de'la matière végéto-animale 
et du mucilage : ad moins l'eau dans laquelle la racine a mé 
céré aequiert la couleur de nets ainsi” des rig ipai est 

propré à cétte substance. > 

À l'état depureté, aneha: dissout dhia ae d'eau 


TIE ARE 


et d'alcool précipite la d: du-salfa te defer en rouge- 
pourpresuperbe, Cette couleur s'attache facilement anx étoffes, 


mais elle vergit par les alcalis. | L'eau où à iadérel Le racine 
ape produit le méme effen > sil -3b.olle» snp soto» 
Cette huile: élève: point en vapeurs "à la températare de 
bouilk nte ; comme les. huiles essentielles; mais elle est 
plus volatile que les huiles: grasses et: n'éprouve pas, par Fac- 
tion du feu , une altératioh aussi. marqtée’qué cés dernières. 
Il paroît úäřello: tient le milieu entre les huiles: grasses etles 
huiles essentielles par cette propriété. C'est; suivant moi tine 
espèce d'huile particulière qui n'avoit point encore été "esa: 
minée chimiquement , et qui cependant. existe daris un grand 
nombre de végétaux, et est , sans; doute , la causé del'ácreté et 
- la: is spe vénéneuse ic imr Posse d'entréax. 


sl ob 19 ,Slsmmitip-0152 5x 


gr * Expérience. ds taortideo» 


ssy et b esidnuio 20 £6 ^it PUNS t 9 SPiL qo ANS hi Là 


ms uosiaipi ctii oncle plicat lis 


86 ANNALES. DU M UUSEUSJG 
été enlevée fat broyée dans un mortier de marbre, et mise 
en macérauon pendant deux jours dans l’eau. 

On a passé la liqueur dans un linge fin avec ei res , elle 
en est sortie blanche comme du lait; elle a déposé, par le repos, 
une poudre blanche qui.a présenté tous les caractères de 
lamidon. 

Lemare de cette. racine, ainsi lavé et exprimé, a-éte mis 
avec de l'alcool chaud à différentes reprises. > 

L'alcool qui a servi à cette opération Didier faith 
ment par l'addition de l'eau, et déposoit , au bout de quelque 
temps, une poudre blanche , grenue et comme: cristalline ; 
c'étoit une huile concrète, mêlée d'un peu d'eau. Du reste, 
cet alcool a présenté les mêmes propriétés que celui dont on 
a parlé plus haut seulement l'huile qu'il a fournie étoit moins 
colorée que celle de la racine traitée directement par l'alcool; 
c6 qui prouve que .ce mensirue avoit en méme temps dissous 
une autre matiere colorée contenue dans l'épiderme, 

; Le marc, lavé successivement avec de l'eau et de l'alcool, 
waxoit plus de saveur âcre , d'où l'en. peut conclure.que la 
matière qui. donne cette propriété ‘à Ja racine d'ellébore: est 
soluble dans l'alcool, puisque ee menstrue seul lui enleve en- 

 Aiónement sa sayeur, et.qne d'une autre part, c'est huile 
jowt de:cette propriété, 
: L'eau dissout aussi une petite quantité de inio mais 4 
paroit qu'elle ne produit cet effet. qu'en vertu de la matière 
wigéto-apifhale; et de la siste Sucrée qui l'une et l'autre se 
combinent à lean. -s 
Le marc , épuisé de libusnóm iiid dans les deux réactifs 


qielon vient d'indiquer , soumis à la distillation, a donné unc 


D'HISTOIRE NXTURELftfY. ‘€ 
Tiqueur acide, mais d'où la potasse a dégagé beaucoup: Wan- 
moniaque, une huile brune, épaisse, qui, par l'odeur etla saveur, 
sembloiv tenir le milieu entre l'huile animale et l'huile végétale 
obtenues par ce moyen: le charbon brülé à laissé une ceudre 
comiposée de phosphate de chaux et de phosphate de fer, éh 
petite quantité. I entre donc dans Ia composition de la tie 
insoluble de la racine d'eflébore'tné certaiie quantité d'azote. | 

La racine d'ellébore est composée , après c ce qui a été dit 
dans le cours de cette analyse: 

3^ D'une huile extrêmement âcie-et eaustique:;. 

2° D'amidon trés pariet tis-doims iT o ono 

" D'une substance. végéto-ánimale; < LE 
_ 4° D'une matière ligneuse en petite umi 
| -5? De quelques: atomes d: SBCrejs^: {410 2 

6? Enfin, d'un. peu id accus edible: colorée: .. - 

Ne sont pas comptés- au hombre des élémens: dé cétte rá» 
ete sels terreux: et. ferrugineux qui y sont contenus ;: ils 
p AR n au sol donis lequel la vesper a -5 et nom à. la 
végétation. 11 11 

(He est: bli riii Pu trouver Fe + «viai et jus- 
que dans les mêmes parties de: ees végétaux des substances 
aussi différentes: par leurs propriétés; le poison le plus ácre 
avec l'aliment le plus donx; la matière purement végétale avec 
la: matière animale : il faut nécessairement que chacune "s ces 
substances ait été formée dans des genres d'or rganes particulier 
et qu'ensuite elles se soient réuriies dans le méme leu; baril 
est diflicile-de-concevoir comment de tels produits se seroient 
formés dans un senl-liquideet dans les mêmes: organes. —— 

das la nature et les propriétés « de! læ matière huileuse; 


85 ss ERNALES DU MUSEUM 

Ton conçoit, qu'il seroit impossible de l'enlever à la racine au 
moyen de l'ean, pour avoir l'amidon à l'état. de pureté, comme 
cela se pratique à l'égard de la brione , du imanihoe , etc. : ces 
dernières ne deyant pasleur ácreté à une substance huileuse, 
amais à une matière. amère soluble dans l'eau. Il faudroit donc 
.employer l'alcool pour débarrasser l'amidon de la racine d’el- 
lébore delhuile àcre qui y est mélée. | | 


Se TL De la racine > de brione. 


La racine de brione a: fait souvent Pobjet: des traváux dés 
pharmaciens dans l'intention d'en extraire pour l'usage de la 
médecine un amidon auquel ils ont donné le nom de fécule de 
brione. Ils y ont en méme temps trouvé une substance amère 
que les médecins ont regardée’ comme un purgatif puissant. 
Mais cette racine contient encore plusieurs autres principes 
dont'ils n’ont pas parlé, soit qu'ils ne les aient pas aperçus, 
soit que, les regardant comme inutiles pour l'art de guérir , ils 
n'ayent pas cru devoir en faire mention. Ils n'ont. pasnon plus - 
examiné chimiquement la substance amére purgative et ne lui 
ont pas conséquemment assigné de place parmi les produits 
des végétaux. Ce sont ces lacunes que je me: suis: ao. de 
eniin S présentant cet examen, Voici com 

>a. J'ai fait broyer la racine le plus fin desde je Tai mise 
avec une certaine quantité d'eau, et j'ai pressé le tout avec 
force. J'ai ensuite enfermé le marc dans un linge fin, et lai 
broyé entre mes mains, au milieà:de l'eau ; pour le débarrasser 
le plus complétement possible du principe amer; et en méme 
temps pour en faire sortir, sans mélange de libres. ligneuses ; 
la matière amylacée la plus divisée, :::45 rintani eq" 


D'HISTOIRE NATURELLE. 89 

Toutesles liqueurs filtrées et réunies avoient une say eur amère 
très-forte, mais sans mélange d'ácreté. 

Elles étoient précipitées abondamment par linfusion de 
noix de galle; ce qui y annonce la présence d'une matière 
végéto-animale. 

Soumises à l'évaporation, elles se troublent , déposent des 
flocons blancs-jaunátres , prennent peu à peu de la couleur; 
et Sépaississent enfin comme un syrop. Dans cet état de con7 
centration, leur saveur est très-amère, et elles rougissent for- 
tement le papier de tournesol. 

L'alcool tira de ces liqueurs concentrées en extrait une 
matière colorée et amère , une autre substance moins colorée, 
sans saveur marquée, et filante comme un mucilage, qui ne 
fut pas dissoute. 

La portion de matière enlevée par l'alcool se dissout en- 
tiérement dans l'eau; sa dissolution est acide; elle n'est pré- 
cipitée ni par l'acétate de plomb, ni par l'oxalate d'ammo- 
niaque; ce qui prouve que cette matiére ne contient point 
d'acide malique ni de chaux. 

Une portion de cette substance , soumise à l'action du feu, 
sest considérablement Boutin , a répandu une vapeur qui 
a d'abord une odeur de caramel, et ensuite de pu brülé; le 
charbon provenant de cette dücóntpótition n'a donné que 
des signes presque insensibles d'alcali; mais elle a fourni une 
quantité notable de muriate de potasse. 

La matière amère ayant été séparée de l'extrait de brione, 
jai redissous dans l'eau la substance non attaquée par l'alcool - 
ct jai mélé à sa dissolution de l'acétate de plomb qui. ya 
formé un précipité CUR. ý 


12 


00 ANNALES DU MUSEUM 

L'eau n'a pas dissous la totalité. de la matière laissée par 
l'alcool; il est resté une poudre blanche, insipide., insoluble 
dans l'eau, et soluble dans les acides sans effervescence. Ses 
dissolutions étoient précipitées par l'acétate de plomb et l'oxa- 
late d'ammoniaque; elle brüloit sans se gonfler en répandant 
urie -odeur piquante, et laissoit un résidu .grisàtre que les 
acides dissolvoient avec effervescence. Ces propriétés prouvent 
que.cette matière est formée de malate de chaux; j'y ai aussi 
trouvé une petite quantité de phosphate de chaux. 

Le précipité formé par l'acétate de plomb et la matière 
insoluble dans. l'alcool a été décomposé par une sufüsante quan- 
tité d'acide sulfurique; la liqueur surnageante a été évaporée 
à siccilé et traitée par l'alcool. Ce menstrue en a dissous une 
partie qui lui a donné une couleur rouge et une saveur acide ; 
il est resté une matière brune sans goût, qui cependant se 
dissolvoit dans l'eau, et qui paroissoit être de- nature animale. 
La matière. dissoute ne contenoit ni plomb, ni acide sulfu- 
rique; elle précipitoit abondamment lacétate de plomb en 
flocons blancs ; ce précipité n’étoit pas entierement redissous. 
par le ANS l'eau de chaux. y. occasionnoit un léger pré- 
cipité , tandis que les alcalis. ny en formoient point. Ces phé- 
nomenes annoncent que. la liqueur. dont il s'agit contient un ` 
mélange d'acide malique et d'acide phosphorique. = 

Après avoir séparé. par l'alcool la matière amère du suc 
de brione épaissi , et avoir précipité l'acide, malique et phos- 
phorique; au moyen de l'acétate. de plomb, de la matière in- 
soluble dans l'alcool, il est resté, une matière brune qui con- 
tenoit de l'acétate de, chaux. Cette. liqueur, évaporée en con- 
sistance d'extrait , avoit une saveur de mucilage cuit, un peu 
nauséabonde, mais nullement amère. M 


D'HISTOIRE NATURELLE, | £0 

Traitée par l'acide nitrique, elle a fourni une quantité no- 
table d'acide muqueux ou sachlactique, ainsi que de l'acide 
oxalique; dont la grande partie s'est unie à la chaux et au plomb 
qui se trouvoient dans la liqueur. 

-Elle contenoit aussi une assez grande divai das matière. 
végéto-animale trés-colorée : ce qui a été annoncé par læteinte 
jaune qu'elle a prise avec lacide: nitrique et l'odeur. mixte 
qu'elle répandoit-en brülant. La racine de brione- contient. 
donc, d'après cette analyse: 1^ une matière amère soluble 
dans l'alcool ; 

5.9 Une matière amylacée ; 

3? Du malate de chaux avec excés d'acide; 

4? Du phosphate de chaux; 

5.» Une substance gommeuse en grande quantité; 

6.» Une matière ligneuse; 

7^ Une petite quantité de sucre ; 

» Une matière végéto-animale. 


Résumé des propriétés de la matiére amére. 


Cette substance, séparée par l'alcool des autres principes 
de la brione, le sucre seul excepté , a une saveur amère très- 
forte’, mais sans âcreté ; elle est également soluble dans l'al- 
cool et dans l'eau : elle n'est pas précipitée par linfusion de 
noix de galle. 

Sa saveur et toutes ses propriétés la font ressembler à la 
substance amère de la coloquinte ; ressemblance qui doit pa- 
roitre assez naturelle , puisque la coloquinte et la brione ap- 
partiennent à des genres trés-voisins, et sont probablement 
organisées de la méme manière. d 


02 ANNALES DU MUSÉUM 

J'observerai ici que je me suis servi, avec beaucoup de 
succès , de l'acide nitrique foible pour séparer l'amidon de la 
parte ligneuse dont il est presque toujours mélé. Cet acide 
dissout tres-bien la premiére, et n'attaque pas la seconde; 
seulement il la jaunit à cause de la matière végéto-animale qui 
y reste. | 

J'ai également employé avec succès une dissolution légère 
de potasse pour dissoudre la substance végéto-animale , et avoir 
le ligneux pur. | 


? 


D'HISTOIRE, NATURELLE, 93 


SUITE DU MÉMOIRE | 
SUR LES ÉLÉPHANS S VIVANSE ET FOSSILES. 


PAR ‘M: CUVIER. 


» 9 


AnTicre. EL 


Sur les mâchelières des éléphans en général, sur leur 
structure, leur accroissement , leur succession et leurs 


différences d'après l'âge et la Bosit 


La maniére dont ces diis croissent et se succèdent est si 
extraordinaire, elles offrent dans leurs divers états des figures 
et des grandeurs si variables, qu'il n'est point étonnant qun on 
ait été quelquefois exposé à id méconnoitre. 

Nous avons fait les observations suivantes sur les deux élé- 
phans des Indes que nous avons eu occasion de disséquer ; 
mais nous devons dire que nous étions guidés par le beau 
travail de notre respectable collègue, M. Tenon, sur les dents 
du cheval. Ce que nous avons vu de pertice sur celles de 
l'éléphant ne tient qu'à leur grandeur et à leur caractere 
propre de configuration. 


8. 13 


94 ANNALES DU MUSEUM 

Nous devons aussi reconnoitre que d'excellentes observations 
avoient déjà été faites avant nous sur le sujet particulier des 
dents delé éléphant, par M. Pallas(1), Pierre Camper et son 
fils Adrien (^j, MM. Corse, Home (3) et Blake (4): ces 
trois derniers surtout ont presque épais la matière , chacun 
d'eux en T ant découvert de son côté quelque partie importante. 

Quant à la manière dont les dents‘en général naissent 
et croissent, nos observations nous paróissent confirmer la 
théorie de ees plutót que toutes les autres, dans ce qui 
concerne la partie dela dent qu'on nomme substance osseuse. 
Mais ce grand anatomiste ne nous paroit pas avoir élé aussi 
heureux à l'égard de l'émail; et il a entierement méconnu la 
nature de la troisième substance , propre à certains herbivores. 
Sous ces deux rapports, c'est M. Blake qui nous paroit étre 
approché davantage de la vérité; tandis que nous ne peusons 
pas, comme lui, qu'il y ait des vaisseaux dans la substance 
osseuse, 

En effet, chaque molaire d' éléphant , comme toute autre 
dent quelconque, est produite et pour ainsi dire concue dans 
lintérieur d'un sac membraneux que nous appellerons , avec 
plusieurs anatomistes, sa capsule. : : 

Ce sac, vu extérieurement, est , daus l'éléphant , d'une 
farme, e rhomboidale, moins haute en arrière qu'en avant; il. 


Emend 


(1) Acad. Pétrop. , Nov. Com. Xu, pP- v 

(2) Descrip. anat. d'un éléphant. 

(5) Zransac. phil. pour 1799. 

(4) Essay on the Structure and Formation of the Teeth in Man , and various 
Animals, by Robert Blake , m, d. Dublin, 1801, 


DHESTOIRE NAT VARELLE. j^ 
est. fermé de toute; part , $i l'on excepte les potio c ouvertures 
pour le passage; des nerfs el des vaisseaux. 

Il est logé dans une cavité. osseuse, de méme forno que 
lui, creusée dans los maxillaire, et qui doit former un jour 
l'alvéole de la dent. 

Il wy a que la lame externe de la capsule qui ait la sim- 
plicité de forme que nous avons. dite. Sa lame interne fait au 
contraire, comme dans les herbivores en général, beaucoup 
de replis; mais pour les faire concevoir, il faut décrire une 
autre partie. | 

J'entends parler du noyau pulpeux. de la dent ; il a dans 
chaque animal une figure propre : pour se représenter. celui 
de l'éléphant en particulier, qu'on se figure que du fond de 
la capsule , pris pour. base, partent des espéces de petits 
mürs, tous parallèles , tous, transverses etse rendant vers la 
partie du sac, prête à sortir del'alvéole. : 

Ces petits murs n'adhérent qu'au fond de la capsule; leur 
extrémité: opposée, ou, si l'on veut, leur sommet, est libre 
de toute adhérence. 

Ce sommet libre est beaucoup plus mince que la base; on pour- 
roit Fappeler leur tranchant; ilest de plus profondément fendu 
sur sa largeur en plusieurs pointes ou dentelures trés-aigués. 

Lasubstance de ces petits murs est molle , transparente , 
trés-vasculaire , et paroit tenir beaucoup de la nature dela gé- 
latine; elle devient dure, blanche et opaque dans l'esprit-de- 
vin. 

On peut maintenant aisément se figurer les replis de la 
membrane interne de la capsule; qu'on simagine qu'elle forme 
des ee qui. penetren dans tous les intervalles des 

FE i 


06 ANNALES DU MUSÉUM 

petits murs gélatineux que je viens de décrire. Ces productions 
adhèrent à la face de la capsule qui répond à la bouche et aux 
deux faces latérales, mais elles n'adherent point à son fond, 
duquel naissent les petits murs ou productions gélatineuses. 
Par conséquent, on peut concevoir un vide possible et con- 
tinu, quoique infiniment replié sur Ini-ménie etitre tons ces 
petits murs gélatineux ( descendans pour les dents d'en haut, 
ascendans pour ceiles d'en bas ) et ces petites cloisons mem- ` 
braneuses (. ascendantes dans les dents d'en haut, descendantes 
dans celles d'en bas ). 

C'est dans ce vide concevahle que se déposeront les ma- 
tières qui doivent former la dent , savoir :la substance vulgai- 
rement appelée osseuse, qui sera transsudée par les productions 
gélatineuses venant du fond de la capsule, et l'émail qui sera 
déposé par les cloisons membraneuses, eten général par toute 
la surface interne de la — et "Us ses productions, la seule 
base exceptée. 

Il faut cependant remarquer qu'entre la ptététidhe subs- 
tance osseuse et l'émail, il y a encore une membrane très- 
fine que je crois avoir découverte. Lorsqu'il n'y a encore au- 
cune partie dela première substance de transsudée, cette mem- 
brane enveloppe iumédiatement lg petig mur append, et 
le serre de tres-pres. 

À mesure que ce petit mur transsude cette substance, il 
se. rapelisse ; se retire en dedans ‘et $ éloigne de la membrane 
qui lui sert néanmoins. toujours de tunique, mais de tunique 
commune à lui et à la matière qu'il a transsudée sous elle. 

L'émail de son côté est déposé sur cette tunique par les 
M To de la lame interne de la capsule, et il la comprime 


D'HISTOIRE NATURELLE 07 


tellement contre la substance interne ou osseuse qu'elle sé- 
pare de lui, que bientót cette tunique devient imperceptible 
dans les portions durcies de la dent , ou du moins qu'elle n'y 
paroit que sur la coupe comme une ligne grisátre fort fine, 
qui sépare l'émail de la substance interne. Mais on voit tou- 
jours alors que c'est elle seule qui attache ces parties durcies 
au fond de la capsule; car sans elle il y auroit solution de con- 
tinuité. 

La substance appelée osseuse et l'émail sont donc produits 
par unesorte de juxta-position; la premierese forme par couches, 
du dehors au dedans; la couche intérieure est la dernière faite, 
et c'est aussi la plus étendue, absolument comme dans les 
coquilles ; et sa formation commençant par les points les plus 
saillans du noyau gélatineux de la dent, c'est à ces points que 
cette substance est la plus épaisse; elle va en samincissant à 
mesure qu'elle sen éloigne. : 

. Que l'on se reporte maintenant par la pensée à l'époque 
où cette transsudation commence, on concevra qu il se forme 
uue petite calotte sur chacune des dentelures i divisent les 
tranchans des petits murs gélatineux dont jai parlé tantôt. 
A mesure que de nouvelles couches s'ajoutent par dedans aux 
premières, les calottes se changent en cornets coniques; si 
les couches nouvelles et intérieures descendent jusqu'au fond 
des échancrures des tranchans de ces petits murs, tous les 
cornets se réunissent en une seule lame transversale; entin 
si elles descendent jusqu'à la base des petits murs eux-mémes, 
toutes les lames transversales se réuniront em une seule cou- 
ronne de dent, qui présenteroit les mémes éminences et les 
mémes découpures que l'on voyoit dans son noyau gélati- 
neux, si pendant le temps que ces couches transsudoient : 


98 ANNALES DU MUSÉE UM 
d'autres substances ne s’étoient pas déposées dessus, et n'en 
avoient pas en partie rempli les inter valles. 

D'abord l'émail est déposé, comme je l'ai dit, sur la sur- 
face de la substance dite osseuse , par la membrane interne 
de la capsule, sous forme de petites fibres ou plutôt de petits 
cristaux tous perpendiculaires à cette surface, et y formant, 
dans les premiers temps, une sorte de velours à brins fins. 
Quand on ouvre la capsule d'un germe de dent, on trouve les 
petites molécules du futur émail, encore trés-légérement ad- 
hérentes à la face interne de cette capsule , et s'en détachant ai- 
sément. Une partie nage méme dans une liqueur initerposée 
entre la capsule et le germe. Je n'ai pas vu les petites vésicules 
adhérentes à la capsule, d'où Hérissant prétend que sort la 
matière qui doit en se desséchant devenir l'émail. L'opinion 
de Hunter que l'émail n'est que le sédiment du liquide inter- 
posé entre la dent et sa capsule, est inexacte, en ce qu'il fait 
trop abstraction de la membrane capsulaire, d’où sortent réel- 
lement les molécules de l'émail; mais il est très-vrai que ces 
molécules sont d'abord entre cette membrane et la dent avant 
de se coller à celle-ci. Quant à l'autre opinion, qui fait sortir 
l'émail, comme par efflorescence, des pores de la substance 
osseuse, quoiqu'elle soit reçue de beaucoup d’anatomistes , elle 
n'a pas le moindre fondement dans l'intuition. 

Mais revenons à nos dents. 

Une couche épaisse d'émail enduisant um la couronne de 
toute part, remplit une partie des intervalles que les lames 
transversales et leurs dentelares avoient d'abord laissés entre 
elles. : 

Le reste de ces intervalles est tout-à-fait comblé par une 
troisième substance que M. Tenon a nommée cortical osseux, 


D'HISTOIRE NATURELLE. à. 09 
pere qu "elle enveloppe toutes les autres, et qu'elle ressemble 
à un os ordinaire par sa nature Per et sa dureté, plus 
encore que les deux autres parties de la dent. Aussi M. Æome 
la nomme-t-il os , tandis qu'il appelle worre la substance vul- 
gairement dite osseuse. M. Blake donne à ce cortical le nom 
de crusta petrosa. 

Sa production a quelque chose de très-remarquable. M. Te- 
non a pensé qu'elle venoit de l'ossification de la lame interne 
de la capsule , lorsqu'elle avoit produit l'émail. M. Blake croit 
que cette lame, aprés avoir donné l'émail par une de ses faces, 
donne le cortical par sa face opposée. M. Home ne s'est point 
clairement exprimé sur ce sujet. 

Pour moi, je me suis assuré que le cortical est produit par la 
même lame et par la même face qui a produitl'émail : la preuve, 
c'est que cette lame reste en dehors du cortical, conime elle 
étoit auparavant en dehors de l'émail, et qu'elle y reste molle 
et libre tant que ce cortical lui laisse de la place. Seulement 
elle change de tissu; tant qu'elle ne donnoit que de l'émail, 
elle étoit mince et transparente. Pour donner du cortical, ie 
devient épaisse, spongieuse, opaque «t rougeâtre. Le cortical 
naissant n'est point par filets serrés, mais comme epr petites 
gouttes qui auroient été jetées au LÉ. 

Les productions membraneuses de la capsule de la dent se 
retirent vers le haut et vers les côtés, à mesure que le cor- 
tical qu'elles déposent sur l'émail , remplit tout le vide qui étoit 
resté entre les différentes lames de la dent. Les sommités de 
ces lames sont couvertes de cortical commele reste, tant qu'elles 
ne sont pas usées. Une seule et méme production de la cap- 
sule dépose souvent déjà son cortical sur le haut de la lame, 
qu'elle ne dépose encore que de l'émail sur le bas. Il arrive 


100 "ANNALES DU MUSÉUM 

aussi que le haut de l'intervalle des lames est déjà comblé par 
le cortical lorsque le bas est encore séparé : alors le bas de la 
production capsulaire se trouve séparé du haut, et ne recoit 
plus sa nourriture que par ses adhérences latérales avec la 
capsule. 

La déposition de l'émail commence presque avec la trans- 

ndation de la substance osseuse, et celle du cortical suit de 
près, de manière que le sommet de chaque lame est terminé 
daus ses trois substances bien avant sa base, et que les lames 
voisines sont soudées ensemble par leurs sommets, avant 
d'étre encore durcies à leurs bases. 

Qu'on ajoute à présent à tout ce que nous venons de dire 
cette circonstance , que ces diverses opérations ne s'exécutent 
point en méme temps dans toutes les parties de la dent, mais 
qu'elles ont lien beaucoup plus tôt en avant qu'en arriere, On 
concevra que les lames antérieures seront déjà réunies entre 
elles par leurs sommets et méme par leurs bases, quand les 
James intermédiaires seront encore séparées les unes des autres 


‘au moins par leurs bases ; et quand les postérieures ne seront 
P ) P 


pas méme formées, et ne présenteront que les cornets pointus 
et distincts qui doivent former les sommets de leurs dentelures. 

Il résulte aussi de tout ce que nous venons de dire que les 
substances dont se coraposent les dents se forment toutes par 


excrétion et par couches, quela substance interne en particu- 


lier n'a de commun avec les os ordinaires que sa nature chi- 
mique , également formée de gélatine et de phosphate calcaire, 


` mais qu'elle ne leur ressemble ni par son tissu, ni par sa ma- 


nière de se former, ni par celle de croître. Son tissu n'offre 
ni cellulosité, ni fibres, mais seulement des lames emboitées 
les unes dans les autres : ceux qui le comparent au diploé du 


, 


D'HISTOIRE NATUREL LE. 101 
cráne , et y supposent des cellules , en donnent une idée trés- 
fausse. Elle ne se forme point dans un premier noyau carti- 
lagineux qui seroit successivement pénétré-par des molécules 
terreuses; elle ne croit point par un développement général 
et simultané de toutes ses parties , eten conservant une méme 
forme; enfin elle n'est pénétrée ni par des vaisseaux ni par 
des nerfs. Ceux qui ont pensé que les vaisseaux du noyau palpeux 
passent dans le corps de la dent ont été trompés; et bien plus 
encore ceux qui établissent un passage des vaisseaux du périoste ^ 
de l'alvéole daris la masse des racines. Il ne passe pas la moindre 
fibrille du noyau pulpeux à la substance dite osseuse ; et celle-ci 
n'est liée au reste du corps que par son seal enclavement mé- 
canique. Aussi aucune partie de la dent ne se régénère quand 
elle a été enlevée; et si des dents fendues se réconsolident , 
c'est seulement parce que de nouvelles couches se formant en 
du se ph ME és dd et collent celles-ci entre 


Nous verrons encore de nouvelles preuves à tout cela en 
traitant de l'ivoire, et noüs y réfuterons les óbjections tirées 
des maladies des dents; mais’, en attendant, nous pouvons dire 
que c'est (APE RR que la plupart des anatomistes 
ont donné à la sabstance interne des dents le nom de subs- 
eii osseuse , et qu'ils ont désigné par celui d'ossification 

l'opération qui les développe et les durcit : c'est confondre deux 
choses essentiellement différentes , et donner, par des noms 
mal BALE ar citi Ner qui peg moni poer sur 
la pratique. 

^ Mais revénions jai nos: inn petites d'éphemi: is 

"Lorsque toutes les parties: du dorps de la' dent sont faites et 

8. 14 


Ld 


102 ANNALES DU MUSÉEÉUM 


consolidées , et qu'elle vient à sortir de son alvéole, elle éprouve 
des changemens tout nouveaux. 

Comme l'éléphant est herbivore, ses denis susent par la 
mastication , ainsi que celles de tous les animaux soumis au 
méme régime. On sait méme qu'il est nécessaire que leurs 
denis Susent , pour que leur surface soiten état de broyer les 
substances végétales. Ce fait général, mis encorerécemment dans 
le plusbeau jour par les travaux de M. Tenon, prouveroit à lui 
seul, et indépendamment de tous ceux que nous venons de 
développer , que les dents ne sont pas organisées comme les 
os. Qui ne sait à quels accidens ces derniers sont exposés. 
lorsqu'ils sont entanaés ou seulement mi; à nud. 

: Les sommets des petites dentelures des lames s'useront les. 
premiers; une fois usés jusqu'à la substance intérieure, chacun 
de ces sommets présentera un disque circulaire ou ovale de 
cette substance, entóuré d'un cercle d'émail et d'un cercle de 
cortical ; et il yaura une rangée de ces petits cercles par chaque 
lame. 

Si la- détrition pénètre jusqu 'au fond des aanerer qui 
produisent les dentelures , tous ces-petits cercles se réuniront 
en un seul ruban de substance osseuse, entouré d'une double. 
ligne d'émail ,.et la substance corticale fera tout le tour de la 
table de la dent, et occupera tous les intervalles des rubans, 
Chaque ruban sera la coupe de l'une des lames transversales. 
qui composent la dent. 

. Et si la détrition pouvoit aller jusqu'à l'endroit où les lames 
se réunissent toutes en une seule couronne , la dent toute en- 
tiere n'offriroit plus qu'un très-grand disque. de substance 
osseuse, entouré de toute part d'un petit bord d'émail et d'un 
autre de cortical. 


D'HISTOIRE NATURET L E. 103 


Mais la détrition ne peut jamais aller complétement jusque- 
là, parce que la détrition ne se fait pas en méme temps sur 
toute la couronne, ainsi que la consolidation ne Sy étoit pas 
faite; et en voici la raison. 

La dent, par sa forme rhomboidale et par sa position très- 
oblique, présente beaucoup plus tót sa partie antérieure à la 
mastication, que sa partie postérieure. Le plan ou la table 
produite par la mastication, fait donc, avec la surface com- 
mune des sommets de toutes les lames, un angle ouvert en 
arriere; et il arrive de là que lorsque les lames de devant sont 
entamées profondément et forment des rubans entiers , les 
lames intermédiaires n'offrent encore que des rangées trans- 
versales de cercles ou d'ovales, et que celles de derriére sont 
tout-à-fait intactes, et présentent les sommets de leurs den- 
telures en forme de mamelons arrondis. 

Les lames antérieures sont méme tout-à-fait détruites avant 
que les postérieures soient entamées- fort avant; et il arrive 
de là un autre phénomène, aussi particulier à l'éléphant : c'est 
que ses dents diminuent de longueur, en méme temps qu'elles 
diminuent de hauteur. 

Pendant que la partie extérieure de la dent s'use et dimi- 
nue, la portion de racine qui lui correspond s'use d'une autre 
manière qui est plus difficile à concevoir. En examinant ce qui 
en reste, on voit qu'elle est comme rongée; elle présente à sa 
surface de petites fossettes irrégulières, comme si elle eût été 
dissoute par un acide qu'on y auroit jeté par gouttes, C'est 
une sorte de carie semblable à celle qu'éprouvent les dents 
de l'homme quand elles sont dépouillées de leur émail. Nous 
en rechercherons la cause plus bas. Toujours est-il que la dent 

14 * 


104 ANNALES DB MUSÉUM 


se tronye par là successivement privée dans les diverses por- 
tions de sa longueur de segmens ou detranches qui en oc- 
cupoient toute la hauteur. 

De là résulte encore un autre effet singulier : c'est. que la 
partie antérieure de la máchoire , devant toujours être remplie, 
la dent se meut d’arrière en avant dans le sens horizontal, en 
méme temps qu'elle se porte dans le sens vertical de haut en 
bas ou de bas en haut, selon qu'elle appartient à la máchoire 
supérieure ou inférieure. 

Voilà comment chaque dent, au moment où elle tombe, 
se trouve trés-petite, quelque Sirahde qu'elle ait pu étre au- 
paravant.* 

‘Ce mouvement de la dent active fait dela place pour celle 
qui se forme dans l'arrière mâchoire et qui doit lui succéder; 
cette seconde dent aide, par son développement, à pousser la 
première en avant ; et l'on pourroit dire que les dents de rem- 
placement de l'éléphant viennent derrière ses dents de lait, au 
leu de venir dessus ou dessous comme dans les autres ani- 
maux. 

Patrice Blair (1) quiavoit apercu des lames transversales sé- 
parées dans les arrière-mâchoirés de léléphant, et qui les 
avoit nommées avec beaucoup de justesse des rudimens de 
dents, me voulut point croire que ces lames vinssent à former 
par la suite une dent qui remplaceroit celle derrière laquelle 
il les trouvoit. Il fat donc réduit à leur chercher divers usages 
imaginaires. 


^na disputé sur le sadi. des dents des éléphans : la So- 


(1) Trans. phil. , tome 27, n.° 526 , p. 116. 


105 
ciété royale de Londres s'aperçut, en 1715, qu'il; varie: d'une 
à deux de chaque côté, et que la place de la division varie aussi; | 
c'est-à-dire que la première dent est plus ou moins longue à 
proportion de la seconde, suivant les individus (1 1). Pallas a 
enseigné le premier le mode de leur succession , qui explique 
toutes ces irrégularités, en montrant qu'ils ont d'abord une seule 
dent de chaque cóté ; que la seconde , en se développant, pousse 
la première, de Le que pendant un certain temps il y en 
a deux ; ensuite la chute de la première fait qu'il n yena n 
nouveau plus qu'une (2). 

J'ai annoncé que cette succession, et par conséquent ce 
changement alternatif de nombre se répétoit plus dune fois, 
parce que j'avois encore trouvé des germes séparés dans un 
éléphant qui avoit déjà deux denis en place (3). Ce dernier 
point avoit au reste déjà été constaté, mais pour la màchoire 


D'HISTOIRE NATUREL L f. 


cessité de cette succession d'arriere en ay E que Pallas à 
plus clairement développée. 

M. Corse (5) nous a appris que cette succession sé réphte 
jusqu'à huit fois dans l éléphant des Indes ; jqu ily a par consé- 
quent trente-deux dents qui occupent ess nt les diffé- 
rentes parties de ses tovt | 


Les premieres paroissent huit on dix jours apres la naissance, 


(1) Trans. phil. , tome 29, n° 549 , p. 570. 
(2) Nov. Com. Petrop. , XIII. 

_ (3) Mem. de l'Inst. , Sciences math. , tom. II. 
(4) Hist. nat., tome XI, in-4.*. 
(5) Trans, phil. pour 1799. 


106 ANNALES DU MUSÉUM 

sont bien formées à six semaines , et complétement sorties à 
trois mois. Les secondes sont bien sorties à deux ans. Les 
troisièmes paroissent à cette époque, et font tomber lessecondes 
à six ans ; elles sont à leur tour poussées en dehors par les 
n: à neuf ans. On ne connoit pas si bien les époques 
suivantes, 

Pour moi , Je n'ai jamais trouvé ni plus ni moins de trois 
dents à la fois daus les deux éléphans que j'ai disséqués, et 
dans cinq tétes seches que j^ examinées , savoir; une petite 
molaire plus ou moins prête à tomber , une grande en place 
et en pleine activité, et un germe plus ou moins grand, plus 
ou moins consolidé, occupant tout le fond de larrière-mà- 
choire. 

On juge aisément , à la profondeur de la détrition, si une 
dent que l’on trouve isolée étoit située en avant ou en arrière 
dans la mâchoire; celles qui étoient situées en avant n’ont jamais 
aucune de leurs ; James entières, 

- Le nombre des lames qui Eba pirit E dent va en 
augmentant , de manière que chacune d'elles en a plus que 
celle qui l'a immédiatement précédée, 

M. Corse , qui a fait le premier cette remarque, donne ces 
nombres d’après ses observations (1); les premières ont quatre 
lames seulement; les deuxièmes , huit ou neuf; les troisièmes, 
douze ou treize , et ainsi de suite jusqu'aux septièmes ou hhi- 
tièmes qui en ont vingt-deux ou vingt-trois. M. Corse n'a ja- 
mais vu de dents qui en eussent davantage. 

Nous avons lieu de croire que ces nonibres ne sont pas bien 


P — m . , 7 


(1) Trans. phil. loc. cit. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 107 
absolus , car nous avons une mâchoire inférieure dont la pre- 
mière 24 a quatorze lames , et la suivante quatorze germes. 
de lames, M. Camper en a une absolument pas eille ( Desc. 
anat.: d'un Élép., p.57, pl. XIX,:f. 2); mais à la máchoire 
supérieure qui correspondoit m nôtre, il y.a dansla dent ac- 
tive treize lames, et dans le germe de la suivante dix-huit. 

Indépendamment du nombre , il y a des différences par.rap- 
port à l'épaisseur des lames; elles sont plus minces-dans. les 
premières dents que dans les dernières: et comme. les: má-. 
choires sont plus courtes lorsqu'elles portent les premieres. 
dents , il arrive que le nombre;des lames en activité.est à peu. 
pres le méme en tout tenips., c'est-à-dire ; de dix ou, douze... 

. Lorsque éléphant est. t grandi, d'espace, occupé par, lesilames. 
en activité est, il est vrai, plus grand ; mais ces lames sont elles- 
mémes plus larges, et tremplin toujours Fees ARSi qu'il, 
soit.. , | inp eala: E49 /: e») 

. Comme il. faut à à bes, IR le. méme. temps. pour user le: 
même nombre de lames, les dernières dents, qui en.ont beau, 
coup. plus, durent bien plus long-temps que les premières: 
Les remplacemens. se font. donc, à des intervalles de. plus:en 
plus longs, à mesure. que l'éléphant avance en áge.... quse 

Les denis d’éléphans,, comme celles de tous les autres ani. 
maux , ne poussent leurs racines que quand le corps est par=. 
fait ; i. racines se forment par. couches , comme le reste de 
la Pee la chose ne. pouvoit étre autrement, Mais pourquoi. 
cette division: dans un. autre sens, lorsque, la réunion: des ca~, 
loties de toutes les. éminences. gëlatineuses gs di ue, plus 
devoir produire quon seul corps? . uo toni scd 

Pour répondre à cette question qui « est 2a intérêt prier 
pour toutes les dents, il faut ajouter une circonstance à la des: 


108 ANNALES DU MUSÉUM 
cription que j'ai donnée du genre : j'ai réservé ce point pour 
ce moment-ci , afin de ne pas trop embrouiller les idées. 

La base de ce corps gélatineux, dont les productions que 
jai appelées murs servent de noyaux aux lames de la dent, 
n'adhére pas par tous ses points au fond de la capsule. Il y 
a d'espace en espace des solutions de continuité , et par con- 
séquent les parties adhérentes de cette base peuvent être con- 
sidérées comme des pédicules très-courts. Lorsque la lame 
de substance osseuse recouvre toutes les productions ou murs, 
et tout le corps du noyau de la dent, elle se continue tou- 
jour sur et entre les pédicules les parties de cette lame qui se 
portent entre les pédieules, forment le dessous du corps de la 
dent ; les parties qui enveloppent les pédicules, et qui! sont par 
cabien plus où moins ne de les pu 
commencemens des racines." 

Ces racines et les pédicules qui za servent de noyau s'al- 
löhgént'ensüite par deux raisons: d'abord les progrès des lames 
dé substance osseuse qui, s'allongeant toujours, forcent la dent à 
s'élever et à sortir de l'alvéole;; ensuite lé épaississement du. osa 
de la dent par la formation dis couches successives qui, 
remplissant le vide intérieur, n'y laisse presque plus de ici 
pour le noyau passen etle de RER e des tubes 
des racines, 

° Inese produit point d'émail- ni née sur les racines, 
parce: que la Mine: eui pasia Leger qui a senle le pouvoir 


E 1: 12 
gecreter COJ deux Li LD s'étend pas jusque id. 


- Ja ense que c'est en partie à cette absence d'émail qu'est: 
due la corrosion qui commence'sur les racines; 'sitót ique la' 
pem Metodi leur n est usée jusqu'à 
elles: - 


D'HISTOIRE NATURELLE. 109 

À cette époque , laracine a pris tout le développement qu'elle 
pouvoit prendre; le noyau pulpeux est entierement répoussé 
par les couches dont il a rempli lui-méme la cavité qu'il oc- 
cupoit. Cette force d'accroissement de la racine cesse donc 
de contrebalancer l'accroissement des parois osseuses de l'al- 
véole, et celles-ci poussent continuellementla racine en dehors. 
Elle commence à se carier aussitôt que, se montrant hors de 
la gencive, elle est exposée à l'action septique de l'air, de la 
chaleur et de l'humidité de la bouche. 

Ce qui donne à mes yeux quelque probabilité à cette idée, 
c'est que la corrosion commence plutôt à la jonction de la 
racine et de la couronne, qu'à la pointe de la racine. J'en ai 
plusieurs preuves dans mes échantillons. On pent en juger aussi 
par la petite dent que représente M. Corse, Trans. phil., 1799, 
tab. VI, fig. 3. Peut-être aussi la compression mécanique que la 
racine éprouve de la part de l'alvéole contribue-t-elle à sa des- 
truction , comme on attribue la destruction des racines des dents 
de lait à la géne qu'elles éprouvent par le rétrécissement de 
leur alvéole , occasionné par le développement des dents qui 
doivent leur suceddei- 

Au reste, il faut toujours qu'une partie de ses molécules soit 
absorbée organiquement ; mais ce ne seroit pas le seul phéno- 
méne dans lequel un corps devenu étranger seroit pompé 
par les vaisseaux lymphatiques et disparoitroit. La chose est 
connue de reste pour les liquides. Pour les solides, je crois 
qu on en a desexemples dans quelques séquestres. On peut voir 
à cet égard la Dissertation d'Alexandre Macdonal 

Les dents des deux máchoires de l'éléphant se distinguent 
aisément par leur forme. Celles de la mâchoire supérieure 
ont leurs lames disposées de manière que leurs sommités sont 


15 


110 ANNALES DU MUSEUM 

toutes dans une surface convexe. La table produite par leur 
détrition est aussi convexe. C’est le contraire pour les deux 
choses dans celles de la mâchoire inférieure. 

Un caractère encore plus frappant peut se prendre de la 
direction des lames par rapport à la couronne ou à la me tie 
triturante. 

Celles d'en bas sont inclinées en arrière; c'est-à-dire que 
l'angle aigu qu'elles forment avec le plan de trituration est di- 
rigé en avant, du moins dans leur partie radicale : car le 
sommet des antérieures se recourbe un peu en arrière. 

Celles d'en haut, au contraire, sont inclinées en avant , ou 
l'angle aigu qu 'elles font avec le pu de trituration est. dirigé 
en arriére, 

Il est toujours aisé de distinguer l'arrière de la dent de 
l'avant : la trituration entamant bien plus en avant qu'en ar- 
rière, cest le bout le plus profondément usé de la couronne 
qui est toujours l'antérieur. - 

IL faut remarquer cependant que Finclinaison des lames 
sur la couronne diminue aux deux mächoires, à mesure que 
la détrition augmente. Les lames postérieures qui s'usent plus 
tard, susent un peu plus vite, parce que leur développement 
vers la racine continuant quand celui des lames antérienres 
a cessé, elles sont poussées en dehors avec plus de force : d’où 
il arrive que la table de détrition devient de plus en plus per- 

endiculaire à la direction des lames. 

On rs encore les dents appartenant à chaque côté, 
parce qo 'elles sont convexes à leur face interne, et un peu con- 
caves à l'externe. 

ai cherché eoe ia dela dentition dans — - mes 
next et IV. 


D'HISTOIRE NATURELLE, IIt 
PL IV. fig. 5 est un crâne D seat des Indes, scié verticalement. 

a. L'entrée des narines. ^. - 

Č, b. L'énorme épaisseur des sinus qui séparent les deux parois du crâne, 

c. La cavité du cervéau. 

d. Le trou occipital et le condyle droit de ce nom. 

e. L'alvéole de la défense. 

f. La cavité de la défense ouverte, pour montrer l'espace qu'occupoit són noyau 
pulpeux. 

Dans l'espace depuis f jusqu'à g, on a enlevé une portion de l'os maxillaire et 
tout l'os palatin, pour montrer les dents et leurs germes en situation dans toute 
leur étendue, ; 

h. Est la dent antérieure réduite presqu'à rien par la détrition et par la com- 
pression tant de la dent suivante que de son propre alvéole. 

i. La dent en pleine activité , dont les racines commencent à se former en 4, 
et dont la partie triturante Z est déjà usée en table. Les lames postérieures 72 sont 
encore intactes. 

n. Le germe de l'arrière-dent encore enclavé dans sa capsule membraneuse , et 
celle-ci logée dans une cavité de l'arriére-máchoire. 

o. Le nerf de la cinquième paire, qui donne des filets aux TS des dents et 

à leurs noyaux pulpeux. — 

Ces deux mêmes dents sont représentées plus en grand, pl. IIT, fig. t et 2. 

Fig. 1 est la dent en activité ; æ, &, la portion de ses lames déjà usée en table ; 
b, c, la portion encore intacte; d, e, f, ses racines qui s'enfoncent entre les pro- 
ductions de l’alvéole g, 2, z. 

On a enlevé toute la face antérieure des racines et de la base du fust de la dent, 
pour montrer le noyau pulpeux, k, Z, m. 

Comme le corps de la dent est presque entièrement fermé et rempli, dei petits 
murs tränsverses 7, 0, p, J, T, 5, Sont présque entièrement raccourcis et com- 
primés; mais en revanche les pédicules z, u , v, x, qui servent à la formation des 
racines sont déjà fort allongés, 

Fig. 2 est le germe de l’arrière-dent, retirée avec sa nc de la cavité de 
larriere-máchoire. , t 

a, b. Reste du périoste de l'alvéole. ` 

c , d. Partie antérieure dela membrane externe de la capsule. 

e, f. Portion de cette membrane externe, détachée et rejetée en bas, pour 
montrer la membrane interne g , A; i. 

E, k; k, k, etc. Productions Materiali: de cette membrane interne , lesquelles 
séparent les lames de la dent et les murs gélatineux sur lesquels ces la Eins forment. 

15 


112 ANNALES DU MUSÉUM 


On a enlevé les portions de la membrane qui réunissoient ces productions , afia 
de faire voir les lames de la dent qu'elles couvroient. 

7,7, 2. Le corps du noyau pulpeux de la dent. 

m, m, m ,m,etc. Ses productions ou les petits murs transverses qu'il envoie 
entre les productions de la capsule et sur lesquelles se forment les lames de la 
dent. 

2,2 ,H,n,elc. Lames dites osseuses transsudées par ces petits murs qui les 
enveloppent, et dont l'ensemble doit former la dent. Les postérieures sont. beau- 
coup plus courtes et n'enveloppent pas aussi complétement leurs petits murs, 
parce que la transsudation commence plus tard en arrière. 

0,0,0,0, etc. L'émail déposé sur ces lames par la face interne de la ses À 
Il y en a beaucoup moins sur les lames postérieures, par la méme raison. 

Dans la partie d, g, A, le cortical a déjà couvert Fépail et soudé les lames 
ensemble, 

PP; p. Lessolutions de continuité qui séparent les commencemens des pédi- 
cules des racines. 

Fig. 5 est la partie moyenne de ce méme germe, vue par sa face postérieure, 

a, a. Sa base, vue en raccourci, 

ó. L'un des derniers petits murs transverses. 

c. Lame dite osseuse qui n'enveloppe encore que ses dentelures. 

d. Une dentelure dont l'enveloppe n'est pas encore jointe aux autres. 

e, €, e, e. L'émail qui commence à se déposer sur cette lame. 

f- Reste de la capsule. 

g, g- Extrémités des lames transverses de la capsule. 

A, h. Bases des petits murs transverses du noyau pulpeux. 

7 ,i, i. Lames de la dent qui les enveloppent. 

k, k. Email qui commence à se déposer sur ces lames. 

Fig. 4 représente les derniers petits murs du noyau pulpeux, détachés du reste 
et écartés les uns des autres. 

a. Les lames en cornet qui avoient commencé à se fórmer sur les dentelures 
du plus antérieur. — — 

NS Celles qui ne faisoient que de naitre sur les dentelures de l'avant-dernier. 

c. Le dernier de tous qui n'avoit encore aucune enveloppe dure. 

Fig. 5. Une lame de germe de dent d'é éléphant des Indes, vue par sa face large. 

a, a. Sa partie qui devoit bientôt poindre hors de la capsule et de la gencive, 
et où l'on voit déjà le cortical à comme par gouttes, 

à, b. Sa partie moyenne où il n'y a encore , sur la substance dite osseuse, que 

‘émail comme des file:s de velours. 


D'HISTOIRE. NATURELLE. 113. 


CAE: Sa partie de la base, où la substance dite osseuse est encore à nu, sans 
émail ni cortical. 

Fig. 6. Une lame farbiilà de l'éléphant d'Afrique. 

4. L'aréte s denn à la coupe des lames de cette espèce la figure d'un ol 


ARTICLE AFE 


Sur les défenses des éléphans, la structure , l'accroissement , 
les caracteres distinctifs de l'ivoire et sur ses maladies. — 
Fin des remarques générales sur les dents. 


Nous ne nous arréterons pasà réfuter l'opinion de quelques 
modernes (1) , que les défenses de l'éléphant sont des cornes. 
C'est une vieille idée sontenue par Pausanias (>), déjà com- 
ponat réfutée par Philostrate, et que personne M 
pius. 

Au contraire, Ja plupart des anatómiites qui pensent que 
les dents croissent comme les os ordinaires, par une sorte 
d'intussusception, prennent leurs preuves de l'ivoire, de ses 
maladies et de ses accidens. 

Cependant l'ivoire se forme, comme les autres dents, des 
couches successives t hsdudddi par le noyau pulpeux. e 

J'ai ouvert moi-même Palvéole et la base d'une défense sur 
un éléphant frais, et c'est là que j'ai vu évidemment un noyau | 
pulpeux d'une grande? énorme ét entièrement dépourva de 
toute union organique avec la défense qu'il avoit cependant 
sécrétée. Quoique l'individu füt parfaitement frais, on ne voyoit 
pas la moindre adhérence entre la défense et le noyau; pas la 
moindre fibre, pas le moindre vaisseau; aucune cellulosité ne 


() Ludolph. æthiop. F T , © 10, >, Perrault, deni s sa Doedetion de l'éléphant de 
Versailles, etc. 


(2) Vita Apollonii , lib. II, c. 13. 


14 ANNALES DU MUSÉUM 
les lioit. Le noyau étoit dans la cavité de la défense, comme 
une épée dans son fourreau, et. gecherolt lui-méme id au 
fond de son alvéole. 

La défense est donc dans son alvéole comme un clou en- 
foncé dans une planche. Rien ne l'y retient que l'élasticité des 
parties qui la serrent; aussi on peut en changer la direction 
par des pressions douces. C'est une expérience qui a réussi 
avec notre second éléphant : ses défenses se rapprochoient de 
manière à gêner les mouvemens de sa trompe; on les écarta 
par degrés au moyen d'une barre de fer dont le milieu étoit 
en vis, et qui sallongeoit à volonté. Chacun sait que les den- 
tistes font la méme chose en petit avec des fils pour les dents 
qui n'ont qu’ une racine, 

Les couches successives , dont l'ivoire se compose, ne laissent > 
que peu de traces sur la coupe d'une défense fraiche; mais 
ici les fossiles nous aideut à mieux connoitre la structure des 
parties. Les défenses décomposées et altérées par leur séjour 
dans la terre se délitent en lames coniques et minces, toutes 
enveloppées les unes dans les autres, et montrent par là quelle 
a été leur origine. ' 

Aucun os proprement dit ne se défie | jamais de cette ma- 
nière. Sloane est, je crois, le premier qui ait fait cette re- 
marque. . 

Les gravures , les entailles quelconques faites à la surface 
d'une défense ne se remplissent jamais; elles ne disparoissent 
quà mesure que. la défense suse par le frottement. 

Il est vrai qu'on trouve quelquefois des balles dans l'inté- 
rieur de l'ivoire , sans s qu’ on voye le trou par lequel elles sont 
entrées. 


D'HISTOIRE NATURELLE 145 

Notre Muséum en possède un exemple; on en voit d'autres 
allégués dans divers ouvrages (1). 

Quelques-uns en ont conclu que le chemin traversé 4 
les balles avoit dà étre rempli par les sucs même de la dé- 
fense et par sa force organique (2) ; ou, comme s'exprime 
Haller, par une espèce de stalactite (3) : mais il est aisé de 
voir, au contraire, que ce trou ne s'est pas rempli apres coup. 
Toute la portion d'ivoire en dehors de la balle est semblable 
au reste; il n'y a que ce qui l'entoure immédiatement qui soit 
irrégulier : c'est que la balle avoit traversé l'alvéole et la base 
encore mince de la défense d'un jeune éléphant, et s'étoit 
logée dans le noyau pulpeux, encore dans tout son dévelop- 
pement: elle a été saisie ensuite par les couches que ce noyau 
a transsudées , et y est restée prise, — 

Camper l'a déjà expliqué ainsi (Desc. an. d'un éléph. , p. 54). 

On ne peut donc déduire de ce fait aucune conséquence 
propre à justifier la nutrition de l'ivoire par intussusception. 

Par la méme raison, il ne prouvoit rien contre lopinion 
de Duhamel sur la formation des os par l'endurcissement des 
couches successives du périoste , quoique Haller en ait tiré l'un 
de ses principaux argumens. | 

Quant aux maladies de l'ivoire, celles qui tiennent à l'alté- 
ration de son tissu viennent tout simplement d'une maladie 
dans le noyau pulpeux, à l'époque où il sécrétoit la portion 


(1) Blumenbach , jia d'Anat. comp., p. 45 ; Gallandat, Mém. de YAc. de 
Harlem , IX, 552; Bonn , Thes. Hovian. , p. 146; Camper, An. d'un ÉL, pl. AK, 
fig. XI et XIl ; Haller, Op. min. IL, p. 554. à 

(2) Haller , Phys., VH, P. 539- 

(5) Ib., p. 55o. 


116 * ANNALES DU MUSÉUM 


altérée; et ce qu'on a appelé des exostoses est toujours en 
dedans et jamais en dehors. C'est l'effet d'une sécrétion mo- 
mentanément trop abondante en un certain point. 

Au surplus, on a donné souvent pour ivoire malade des 
portions de dents canines de morse ( trichecus rosmarus ) 
dont la texture est naturellement grenue. Il y en a de décrit 
sous ce titre dans Daubenton lui-même. 

Les maladies des dents sont à tpe prés dans len méme cas que 
ceiles de l'ivoire. 

Ce qu'on a nommé carie , suite presque nécessaire de Feü- 
lëvement. de l'émail, est la décomposition que la substance 
interne subiroit, quand méme elle ne seroit plus adhérente au 
corps, si elle restoit exposée à la chaleur de la bouche et à 
l'action dela salive et des divers eed mais elle n'a pee 
de rapport avec la carie des os. . 

La disposition de certaines personnes à voir leurs deni se 
carier , vient de ce que lasubstance de celles-ci n'est pas d'une 
bonne composition , et tient au mauvais état du noyau pulpeux 
lorsqu'il les transsudoit. 

il en est de méme des taches, des couches plus tendres qu'on 
observe dans l'épaisseur de certaines dents. Ce sont des ^e 
d'indispositions momentanées du noyau pulpeux. 

Les douleurs , les inflammations, sont dans le noyau pul- 
peux, et non dans la partie dure de la dent. C'est le noyau 
pulpeux qui est sensible aux chocs et à la température des- 
corps au travers de l'enveloppe que la partie dure lui forme. 

- On, s'étonnera peut-être qu'une enveloppe aussi épaisse et 
aussi dure n'émousse pas toute sensalion; mais la b du 
noyau des dents est, aprés la rétine et la pulpe du labyrinthe 
de l'oreille , la pare la plus sensible du corps animal. 


LU 


D'HISTOIRE NATURELLE. 117 
Les poissons qui ont leur labyrinthe enfermé dans le crâne, 
sans caisse, sans tympan, sans osselets ;€n un mot, Sans au- 
cune communication ouverte à l'extérieur, entendent par les 
ébranlemens communiqués au crâne. C'est quelque chose de 
beaucoup plus fort en sensibilité que ce queles dents éprouvent. 

Les exostoses des dents, les fongosités ne viennent point à 
la surface de l'émail d'une dent saine, mais dans le fond des 
creux des caries. Ce sont des productions du noyau pulpeux 
qui ont percé à matière dure dans le fond aminci de ces 
creux. 

L'allongement continuel des dents qui n'en ont point à leur ` 
opposite pour les retenir , S accorde avec tous ces faits; la por- 
tion, une fois sortie de la défense de l'éléphant , s'allonge tou- 
jours , mais ne grossit et ne durcit point : c'est qu'elle est tou- 
jours poussée en arriere par des couches nouvelles, tandis 
qu'elle-méme ne peut plus éprouver aucun changement. On 
sait jusqu'oà cet allongement se porte dans les lapins qui ont 
perdu une dent, et dont la dent opposée ne s'use plus par la 
mastication. Continuant d'allonger en arriére, *elle finit par 
empêcher l'animal de manger. C'est dans ce sens qu'Aristote 
a dit que les dents croissent toute la vie , tandis que les autres 
os ont des limites déterminées. | E 

Il faut ajouter cependant que les dents ordinaires en ont 
aussi une : c'est quand l'entrée de leur cavité est oblitérée, et 
que leur noyau pulpeux ne recoit plus de nourriture; mais la 
nature a eu soin de laisser les voies toujours ouvertes dans les 
animaux qui, usant beaucoup leurs dents, avoient besoin qu'elles 
se réparasssent toujours en arrière : tels sont les Zapins pour 
leurs incisives et les éléphans , pour leurs défenses : la racine ne 
s'y rétrécissant point, son canal ne peut être bouché. 

: 8. 16 


118 ANNALES DU MUSÉUM 
"AnTr:rcrur IV. 


Application des observations sur la dentition de l'éléphant à 
la connoissance des fossiles. 


Faute d’avoir connu tous les détails de la formation et de 
la manière de croître des dents en général , les descripteurs 
de fossiles ont commis une foule d’erreurs; mais comme les 
circonstances relatives aux molaires de l'éléphant sont encore 
plus compliquées et plus difficiles que celles qui concernent 
. les autres animaux, elles ont été un sujet plus fécond de mé- 
prises. RSS 

D'abord un grand nombre d'auteurs ont possédé des mo- 
laires entières et bien formées d'éléphans fossiles, sans le savoir. 

ÆAldrovande , Leibnitz, Kundmann , Beuth ont été dans ce cas. 
. L'inverse a eu lieu souvent aussi ; et l'on a donné pour dents 
d'éléphans des dents trés-différentes. 

Aldrovande, de Metall., donne , sous ce nom, trois dents 
d'hippopotares. 

M. de la Métherie, Théor. de la Terre, V. 200, dit que la 
dent trouvée prés de Vienne en Dauphiné , et gravée, Journ. 
de Phys., févr. 1773 , p. 135, paroit avoir appartenu à l'élé- 
phant d'Afrique. Nous avons montré qu'elle a dà provenir 
d'une espèce de grand tapir. Le méme auteur , p. 201 , assure : 
« Qu'il est prouvé aujourd'hui que les dents de l'Ohio et 
celles rapportées du Pérou par Dombey sont celles d'un 
éléphant qui est de la méme espèce que celui d'Afrique. » 
Cependant les dents de Vienne, celles de l'Ohio et celles 
du Pérou, nesse ressemblent point entr'elles , et ni les unes ni 
les autres ne ressemblent à celles de l'éléphant d'Afrique. 


Yv 


x 


k 


D'HISTOIRE NATURELLE. 110 

D'autres auteurs ont cru pouvoir établir des différences 
spécifiques sur le nombre des dents existantes à la fois dans la 
mâchoire. Ainsi Merck, 77." Lettre sur les os fossiles de rhino- 
céros , Darmst. , 1784 , p. 12 et suivantes, croit pouvoir établir 
la diffs entre les éléphans vivans et i fossiles , sur ce que 
les máchoires qu'il avoit observées ne yobis que deux 
dents, tandis que celle de l'éléphant décrit par Daubenton 
en avoit quatre. Il remplit huit pages de raisonnemens à ce 
sujet, et finit cependant par proposer aussi une explieation de 
cette variété dans le nombre des dents , semblable à celle de 
Pallas , en la rapportant à la difina ages. M. Morozzo, 
Mém. e la Société ital., tome X, p. 162, nous dit encore 
que l'éléphant n'a qu'une dent de chaque côté. ! 

Quelques-uns n'ayant pas su comment ces dents rid 
dans tous les sens avant de tomber , ni la grande différence 
entre les dents des jeunes individus et celles des vieux, ont 
imaginé que les petites molaires que l'on trouve isolées , pro- 
venoient de quelque éléphant d'une espéce plus petite. 

Mais les erreurs incomparablement les plus fortes et les 
plus bizarres sont celles qu'ont occasionnées les lames par- 
tielles de germes de molaires d'éléphans, que l'on a trouvées 
" détachées et non, usées. S EI | 
Les anciens naturalistes qui considéroient généralement les 
fossiles comme des pierres figurées , trouvèrent à ces lames 
quelque ressemblance avec un pied óu une main, et leur 
donnèrent le nom de chirites. 

Kirker » représente sous ce noni dans son Mundus subter- 
rancus, Il, 64. Il yen a aussi de pareilles dans son Muséum 
et dans le Museum metallicum vaticanum de Mercati. 

16% 


120 ANNALES DU MUSÉUM 

Aldrovande en représente sousle méme nom, de Metallic., 
lib. IV, 481. | | 

Mais rien n'approche en ce genre de ce qu'on trouve dans 
les Rariora Naturæ et Artis de Kundmann, pl. UE, fig. 2. Cet 
auteur décrit l'objet représenté par sa figure comme la pate 
pétrifiée de quelque grand babouin; il assure que la peau , la 
chair, les ongles, les veines s'y voyoient entièrement pétrifiés; 
que M. Fischer, professeur de Kænisberg, qui avoit vu la 
plupart des cabinets de l'Europe, regardoit cette pétrification 
comme l'une des plus rares du monde, et qu’enfin le roi de 
Pologne, électeur de Saxe, lui en avoit fait offrir une somme 
considérable pour lacquérir pour le cabinet de Dresde. 
FF alch, dans son Commentaire sur l'ouvrage de Knorr, tome 
lI, sect. II, p. 150, cite ce morceau parmi les ostéolithes de 
singe, etc. Cependant un simple coup d'cil jeté sur la figure 
fait voir que ce n'est qu'une lame de molaire d'éléphant, non 
encore usée à son exirémité, ni soudée au reste de la dent. 


AnTricrLE V. 
| y, 


Comparaison des mácheliéres de l'éléphant des Indes et 
de l'éléphant d Afrique , et premier caractère distinctif 
de ces deux espèces. Examen des diverses mácheliéres 


fossiles d éléphant. 


-On a long-temps possédé et décrit indistinctement des dents 
molaires de l'éléphant des Indes et de l'éléphant d'Afrique , 
sans les comparer et sans s'apercevoir qu’elles ne se ressemblent 
_ pas en tout. Ainsi la Société royale de Londres fit représenter, 


D'HISTOIRE NATURE L LE. i31 
en 1715, des molaires d'Afrique , pour servir d'objet de com- 
paraison à des molaires fossiles «qui ressemblent comme on 
sait beaucoup. à celles des /ndes , et personne n'insista sur une 
différence qui sautoit aux yeux. 

L/exact et judicieux Daubenton ue la remárqua pas davan- 
tage , et Buffon m Linneus ne soupconnerent jamais qu'il püt 
y avoir plus d'une espèce d'éléphant. On n'apercoit pas même 
encore de traces de cette possibilité dans l'édition du Systema 
Nature , par Gmelin; et en effet tout ce que l'on trouvoit là- 
dessus cos les anciens et dans les voyageurs étoit vague, et 
pouvoit ne se rapporter qu'à de simples variétés. 

Tel est par exemple ce que: les anciens ont dit sur ‘des di- 
vers degrés d'aptitude à la guerre.: 

Diodore de Sicile, lib. If , avance que« les éléphans de PIxvx 
» surpassent de beaucoup en Es et en force ceux de 
» Lyme» 

Appl lé bat” de Bellis Pilie. i Amsterd., , A671 
8^, tom. I; p. 173. Selon lui, « Domitius qui commandoit les 
» Romains contre Antiochus, jugeant que les éléphans qu'il 
» avoit. d Afrique ne lui seroient d'aucune utilité, parce que 
D EN LEUR QUALITÉ D'AFRICAINS ( ofa ua» ) ils étoientplus petits, 
» et que les petits redoutent les grands, il les rangea der- 
» rière les autres (c'est-à-dire, der ceux des Indes ).» 

Pline et Solin disent en général*que les Africains sont plus 
petits que ceux des Indes et les redoutent. Il est bien pro- 
bable cependant que les éléphans d Annibal et. ceux de Ju- 
gurtha n'étoient que de la première espèce, 

Il y avoit quelque chose de plus précis et ange vrai dans 
ce que dit un scoZiaste de Pindare , Cité par Gessner, Quadr.. 


122 ANNALES'DU :MWSÉ UM 

p. 378, qu'il ny a de défenses qu'aux mâles dans l'espèce des 
Indes, mais que les deux sexes en portent dans celle de Lybie 
etd Æshidpié: Quant à la distinction établie par Philostrate (1 ) 
entre les éléphans de montagnes, de plaines et de marais , et 
aux différences de leur naturel et de leur i ivoire, il est éncore 
probable que si elles sont réelles , elles ne constituent que de 
simples variétés. 

La première véritable distinction spécifique des éléphans 
par la structure intime de leurs dents, est donc entièrement 
due à P. Camper; quoiqu'il wen ait rien écrit, les planches 
où il les avoit mt et les — des son pe et de 
M. Faujas la lui assurent. ; 

M. Blumenbach en avoit aussi fait de son côté tolerado 
il avoit caractérisé les denx espèces d’après cette seule diffe- 
rence , dans son Manuel, sixième édition , p. 121, et avoit fait 
pr les agé sortes de dents dans ses — € 
pl. 19. ; 

Cette différence consiste es la forme des ee et dans 
leur nombre; on l'observe dès le germe. | 

Les germes de l'éléphant des Indes sont des lames dont cha- 
cune est e": de deux surfaces à peu prés paralléles, et 

imp illonnées sur leur longueur. (Voyez pl. III, fig. 5.) 
Dans l'éléphant d Afrique, l'une des surfaces ( et souvent toutes 
les deux) produit dans son milieu et sur à peu près toute sa 
longueur une saillie anguleuse ; ses sillons sont aussi beau- 
coup moins nombreux (Voyez pL HI, fig. 6.) — 

Il résulte de cette structure des germes xe la coupe des 


t) os dodi Tyan., lib. Il , c. 15, edit. olear. Lip. 1759, p. 60. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 123 
lames, quand la dent a été usée, présente dans l'éféphant 
des Inges des rubans transverses étroits, d’une égale largeur, 
et dont les bords, formés par l'émail , sont très-festonnés ; ct 
dans l'éléphant d rique des laaitie; ou des rubans sfd 
larges an milieu qu'aux deux bouts, et dont les bords sont 
rarement découpés en. festons bien sensibles. 

A cette différence de forme, s'en joint une dans lé nombre : 
les lames de l'éléphant d'Afrique étant plus larges , il en faut 
moins pour former une méme longueur de dent ; neuf ou dix 
de ces lames font une dent aussi mes que A ou qia- 
torze de l'espèce des Indes. = > o 

Il paroit que ces deux espèces meam PT propor- 
tion dans les dents de même âge, que dans celles dé même 
longueur. Ainsi, en comparant nos cränes d'Asie avec ceux 
d' Afrique , à peu près de méme âge , nous trouvons aux dents 
postérieures des premiers quatorze où — lames ; P e à 
celles des autres neuf ou dix seulement. - 

Aussi n'avons-nous jamais E — d'Afrique qui eùt d. E 
de dix lames , tandis que celles des Indes en ont , selon M. Coxe, 
jusqu'à vingt-trois; at que nous en voyons de DAR à ange 
quatre et vingt-cinq. 

Ces caractères, pris des molaires, étant une fois ‘constatés 
pour les éléphans vivans,, il étoit TEI, d'examiner sous cé 
rapport les éléphans fossiles, d'autant qu'après les défenses, les- 
dents molaires sont la — IAE a le ong souvent t trouvée et 
recueillie: erroris 2 

Les questions qui se présentoi iiia idu dion 

Auquel des dena éléphans vivans les molaires fossiles 
ressemblent- elles davantage ? 

Ressemblent-elles. entièrement à Tun des deux?" — 


124 ANNALES DU MUSEUM 

doutes les molaires fossiles sont-elles semblables entre 
elles ? 

il wy a point de doute sur la premiére questi ts plus 
grand nombre des dents fossiles ressemble , à la premiere 
vue , à celles des /ndes, et se * x comme elles de rubans 
à peu pres d'égale het. et festonnés. 

On peut s'en assurer en consultant notre planche VI, oà 
nous avons fait représenter des dents fossiles tant supérieures 
qu'inférieures de différens âges, à moitié de e grandeur na- 
turelle. | 

Fig. 1 est | une inférieure d’un vieux éléphant, toute usée , 
irouvée, l’année dernière, dans la forêt de Bondy, avec sa 
pareille. 

Fig. 2 en est une d’un très-jeune éléphant ; une vraie mo- 
laire de lait: de Fouvent. 

Fig. 3 estune molaire supérieure d'un éléphant d'áge moyen 

de Sibérie : c’est le n° MXXII de Daubenton. 

Fig. 4 est une des secondes molaires d'un be éléphant. 
Elle vient des environs de Toulouse. 

Fig. 5, une molaire inférieure 3c vieux éléphant , usée 
et: à demi. 

` C'est cette ressemblance générale qui a fait dire à Pallas et 
à presque tous ceux qui sont venus-depuis lui, que P éléphant 
fossile est le même eiue celui d Asie. 

Mais cette ce est-elle complète : ? Je l'ai nié autre- 
fois (1); depuis lors j j'ai hésité un peu à soutenir une assertion 
qui pouvait paroître hasardée, et sur laquelles les observations 


* 


(2 Mém. delInst;, Classe de Math. et Pbys., t. II, p. 15. 


-- 


D'HISTOLRE NATUBELILE. 129 
de mon savant ami, M. Ædrien Camper , m'avoient “inspiré 
quelques doutes (1). Examinons de nouveau la chose avec 
impartialité. 

Il est certain d'abord que le nombre des lames, considéré 
seul, ne peut, comme jel'avois cru , donner de bons caracteres, 
puisqu'il est sujet à varier selon l'âge de l'individu , et le rang 
de sa dent, depuis quatre jusqu'à vingt-trois ou vingt-quatre, 

Mais le nombre, pris dans des dents de longueur égale , n'en 
donneroit-il point? c'est ce que jai examiné sur un grand 
nombre de dents des /ndes et fossiles, et, j'ai presque tou- 
jours trouvé les lames de ces derniéres plus minces, et par 
conséquent plus nombreuses dans un même espace. 

J'en ai dressé une table que je joins ici. On peut y voir: 

? Que les lames varient d'épaiseun, dans les. divers, indi- 
sis de de ux. j 
Le entre cette épaisseur et = nombre des ons c Cent 
dire que plus il ya de lames dans une dent, loi chaque, 
lame prise a part est épaisse; 

3. que cependant en comparant ensemble des dents de 
méme nombre de lames, ces lames occupent toujours un es- 
pace sensiblement moindre dans les molaires fossiles ; et que 
cette différence va tres-loin dans certains échantillons , et d'au- 
tant plus loin que le nombre des lames est plus fort. 


is s SIX $4.9. LATEST JT ao Et 


u) Deserip. an. d'un élépb. im fol, p.19. 


126 | ANNALES DU MUSEUM 


MOLAIRES FOSSILES. 


SUPÉRIEURES. 


De Sibérie, brune , lames séparées, 
mais peu altérées, Daub. , n.° 1025. 
D'origine inconnue, jaunátre , Ld 
alié érée . . . . LÀ . LJ * . LJ 
De Sibérie , brun, noi 
sieurs. lames enlevées en ayant el 
en arriere, - *. . * LI LI LI LJ € ,æ 
De Sibérie , trés-altérée dans son el 
ment ; quelques lames enlevées : 
Daub. , 1022. ^ . LJ LA . Ld . 


D'origine pros altérée, Had | 


che , au moins une lame enlevée] 
re (uc. ss d. b 


D'origine ineo pm très -altérée , 
blanche, toute usée. . . . . . 


De a bvahérée blanche 
te usée 


x y ea altérée , rane toute 


SET... ve 


De Fouvent, jaune , très-usée . . 
HERÉBLEURES 


Du ds l'Ourque . .. en 
D'origine inconnue, blanche, ter- 
reuse, cassée en deux en. ndroits. . 
Pesibiem s de Sibérie , brune, 
is nullement altérée : plus usde . 


De Foswrnt jene terres, quite | 


Pise "HEUS. 
de Sibérie; "es aké-b 

pes teinté: eu noir sure 

De la mâch. inf. des environs de Co 
cgne. a í-c-- i 4 s "I 

D'une petite mách. dn me Be. 
D'une mách. foss. de Sibérie , du ca- 

binet de M. Camper: . , 


Id. . . LA LA La * LE - * * * * . 


des lames. 


T— 


à 

“BRE. |; ONGUEUR nam E | 

les lames des lames! LARGEUR. | 
usces totale. usées. 

11 0,260 | 063135 | 0,085 
16 0,200 | 0,165 | 0,081 
L3 i à 

IA P | 9119. | 0,080 

REX z ei) : - 
A T Jsl : : di E. 
153 | 03185 | 9,165 | 6,089 
à 1 3 
t 0,165 | 0,075 

15 | 9,165 ..]. 0,165. | 0,084 

15 0,005 ` | 0,095 | 0,050 

12 0,085 | 0,035 | 0,057 

7 0,055 | 9,055 | 0,055 

=% | 2 - y Á = 
22,4 1,0348 . | 0/2476. 0090. 
:2 | 9,265 | 0,142" | 0,085 
TI „250 | 0,160 | 0,070 

2 1 4 à 
15 0,250 | 0,190 | 0,080 

18 0,178 | 0,178 | 0,088 
13 ,230 | 0,180 | 0,075 
II 125 ,088 | 9,05o | 

0,160 
0,140 | 


D'HISTOIRE. NATURE L-L.E, 


NOMERE 


LONGUEUR 


, 


LARGEUR. 


N NOMBRE Re. 
MOLAIRES DES INDES | vir lelue . - ja lem 
: des lames.| usées. totale, usées. 
SUPÈRIEURES. : 
Dela téte d'él. dent. de Ceylan . . XVI 11 0,200 | 0,162 
Du grand squelette mookna . . .| XIV 7 0,177 | 0,102 
Du squelette de dentelah . , . .| XIV 8 
Dent séparée du cabinet . . . - . | XIV 7 0,145 | 0,090 
Tête séparée de mookna ou de fe- 0,155 | 0,085 
ie i 1... i E XE 5 
Autre dent séparée du cabinet . .| XIV 4 0,120 | 0,045 
ABEL. Hos E . XII 8 0,150 | 0,092 
Id. cé tira wd pA ao 050 | 0,125 
Antérieure du b en de dentelah ; | 1X | g |0080 | 0,680 | 
Antér. de la tête séparée demookna.| VII (3 0,078 | 0,078 
— du squel. de mookna . < ...| VM |. 7 | 0075 | 0,075 
Dent d'un très-jeune él Daub., 1019| i 
E «ope ooo E VIA 7 0,055 |.0,055 
INFÉRIEU ion 
D'une mâch. de Ceylan, du cabinet} 
de M. Camper. : .. . . XXII 0,270 
Dent séparée du cabinet anat., en | Tem 
partie sciée CUL ECCE P sn dE | 9515 
: D'une mách. de Ceylan, du cab. de | 
M. Camper . . e « + + XVII 
Téte du squelette mookra COR CREE 10 
Tov Mie: PO XV 8 
Dentséparée di éabinetde M M. Faujas XIV id 
saine de das. ex. XH 12 
: Dent séparée du cab. d'ana “Rire -.| xnr [4 35 
.. Dent d'une tête séparée de ee Le 
CO 1. ..i A ^xH 10 


128 ANNALES DU MUSEUM 

Ainsi, lorsque M. Camper m'oppose une dent d'éléphant 
vivant, à lames minces, et une autre à lames épaisses, c'est 
que la première qu'il a représentée, pl. XIX , fig. 2 de son 
ouvragé, n'a que douze lames, et vient d'un jeune phan; 
et que l'autre , 75., f. 6 , ainsi i quifilelle pl. XIII, fig. 4 et 5, en 
à vingt-trois, et vient un vieux. Il ne faut comparer ble 
que des dents de méme nombre de lames. 

Il résulte de ce premier caractère ( l'étroitesse des lames ) 
que le nombre de ces lames qui servent à la fois à la tritu- 
ration à pu étre plus considérable dans More fossile que 
dans l'éléphant des Indes. 

‘Corse dit expressément que ce dania n'en a guère que 
dix ou douze en activité:à la fois; et l'on trouve très-souvent 
des dents fossiles qui ont leurs vingt-quatre laines usées : telle 
est celle de la forêt de Bondy, représentée pl. VI, fig. 1. 

Un second caractère, qui ne me paroit pas moins sensible, 

-c'est que les lignes d'émail qui interceptent les coupes des 
lames sont plus minces et moins festonnées dans les dents 
fossiles que dans les autres. Jele remarque sur tous les échan- 
tillons de ce Muséum, excepté un seul dont je parlerai plus 
bas. hb 

Un troisième caractère est pris de la largeur tant absolue 

que proportionnelle des dents, beaucoup plus considérable 
dans l'éléphant fossile que ris celui des Indes. On peut s'en 
assurer par la cinquième colonne de ma table. On y voit que 

les fossiles ont presque toutes de 0,08 à 0,09 de largeur, et les 

dents du vivant. de 0,06 à 0,07. 

Si ces différences étoient seules, elles ne seroient o ia 
pas suffisantes pour établir une CM d'espèces ; mais 
comme elles sont d'accord avec les différences des máchoires 


j 


D BISTOIRE NATURE L LE. 129 
et avec celles des crânes, ainsi que nous lé verrons bientôt, 
elles prennent de l'importance. 

Mais n'y a-t-il dans l'état fossile que de ces molaires à làmes 
étroites ? 3 

J'ai annoncé ci-dessus un échantillon à lames larges; il a 
été déterré auprès de Porentrui , département du Haut-Rhin. 
Sans être fort altéré, il l'est assez pour être regardé comme 
vraiment fossile. Neuf lames y sont restées entières, et il en a 
été enlevé en arriére un nombre qu'on ne peut déterminer. 
Ces neuf lames sont grosses, très-ondulées et occupent un 
espace de 0,180 en longueur. Leur largeur est encore plus 
considérable que dans les autres dents fossiles ; elle va à 0,090: 
celte dent devoit appartenir à un très-vieux PET * 

M. Adrien Camper parle de trois fragmens de molaires fos- 
siles qu'il a dans son cabinet (1) , et dont les lames sont aussi 
larges que celles des molaires vivantes ; mais il faudroit savoir 
siles dents dont ces fragmens proviennent avoient beaucoup 
ou peu de lames , ear ce n'est qu'alors qu'on pourroit instituer 
une comparaison. 

M. Authenrieth m'annonce avoir vu à Philadelphie des débits 
qui lui ont paru tenir de plus prés à decem d'Afrique qu'à 
celui d'Asie; mais M. Barton vient de m'assurer positivement 
que ce sont des dents fraiches apportées d'Afrique. Celle qui 
a été gravée pour l'ouvrage de M. Drayton sur la Caroline , 
ressemble aux molaires fossiles ordinaires; et celles dont M. 
Humboldtua rapporté des fragmens du Mexique y resseniblent 
également , ainsi qe celles dont jai puse ci-dessus. d'apres 
M. Barton. : | 


(D Desc. an. d'un élép. , p. 19. 


, 
L4 


130 ANNALES DU M USÉUM 

M. de Humboldt dit, à la vérité, dans une lettre insérée däns 
les Annales du Muséum , tome II, p. 337 , avoir trouvé, prés 
de Santa-Fé, une immensité d'os fossiles d'éléphaus, tant de 
l'espèce d dire que de celle de l'Ohio ; mais-un examen 


plus approfondi a montré depuis , comme nous le verrons 


ailleurs, que tous ces os étoient d'une espece particulière de 


mastodonte. 

Il paroit donc que la plus grande quantité sans comparai- 
son des inolaires d'éléphant fossiles, sont à lames étroites, et 
que le petit nombre d'exceptions que l'on a recueillies j jusqu'à 
présent n'est ni trés-important ni bien constaté, 


ARTICLE VI 
+ 
Variétés dans la grandeur et la courbure des défenses Ws 


éléphans. Comparaison des defenses fossiles à celles des 
éléphans vivans. 


Défenses des espèces vivantes. 
Examinons maintenant les variétés des défenses, et les diffé- 


rences AQU à cet égard parmi les éléphans. 
Leur tissu n’en offre point de fort importantes, Ii présente 


toujours sur sa coupe transverse ces stries qui vont en arc 
de cercle du. come à la circonférence , et forment en se 


ies Ly". a d E ESES n 


croisan losanges cu squien occupent tout le disque, 
et qui sont xi ou moins ET , et plus ou moins sensibles 
à l'œil. Ge caractère , commun à tous les ivoires d'éléphant 
et dépendant immédiatement des pores de leur noyau pul- 
peux , ne se trouve dans les défenses d'aucun autre animal, 
On l'observe dans toutes les défenses fossiles, et il réfute 


D'HISTOIRE NATURELLE - 131 
l'opinion de Leibnitz (1) , adoptée par quelques autres écri- 
vains et méme par Linnœus (2) , que les cornes de mammouth 
pourroient provenir du morse (trichecus rosmarus ).Les dé- 
fenses du morse paroissent toutes composées de petits grains 
ronds accumulés. 

La grandeur des défenses varie selon les espéces, selon les 
sexes et selon les variétés ; et comme elles croissent pendant 
toute la vie, l’âge influe plus que tout le reste sur leurs di- 
mensions. 

L'éléphant d'Afrique a, autant que nous pouvons savoir , 
de grandes défenses dans. les deux sexes. La femelle africaine 
de 17 aus, dont nous possédons le squelette, en porte de 
plus dede que tous les éléphans des Indes mâles et femelles 
de inéme taille dont nous avons eu connoissance. 

-C'est d'Afrique qu'il vient le plus d'ivoire , les défenses les 
plus'volumineuses ,.et celles dont l'ivoire est le plus dur et 
conserve le mieux sa blancheur. 

Mais nos connoissances un pi exactes se réduisent anx élé- 
phans de la côte occidentale et à ceux du midi de l'Afrique; 
nous ignorons si ceux de la. cóte orientale leur ressemblent 
en tout, et s'il n'y a point d'autres variétés dans l'intérieur. 

Nous savons cependant par Pennant que la côte de Mosam- 
bique fournit des défenses de dix ales les plus grandes que l'on 
connoisse. : :. 

Dans us des Indes, il y a beaucoup de variétés que 


(1) Protogaa , $. XXXIV, p. 26 
(3) Syst. Nat. , ed. XIF, p. 49- Fokus. 


152 ANNALES- DU M U S ÉUM 


M. Corse a développées avec plus de soin qu'aucun autre (1). 
D'abord aucune femelle n'y porte de longues défenses : elles 
les ont toutes petites et dirigées en ligne droite vers le bas , 
(ce qu'a trés-bien exprimé Aristote (2) dans un passage mal 
à propos contredit depuis) , et une partie les ont tellement 
Courtes, qu'on ne peut les apercevoir qu'en soulevant les lèvres. 
De plus, il s'en faut bien que tous les måles en aient 
de grandes. Tavernier dit qu'il wy a dans l'ile de Ceylan 
que le premier né de chaque femelle qui en porte (3). On 
distingue sur le continent de l'Inde les dauntelah ou éléphans 
à longues défenses, des mookna qui les ont très = courtes. 
Ceux-ci les ont toujours droites. #olfs, qui a voyagé long- 
temps à Ceylan, dit aussi qu'il y a dans cette ile beaucoup 
de males sans défenses, et qu'on les y nomme majanis (4). 
Parmi les dauntelah , on distingue encore, suivant Corse, 
les pullung dauntelah dont les défenses se dirigent presque 
horizontalement et les puttel dauntelah où elles se portent 
droit vers le bas. Entre ces deux extrémes, il y a plusieurs 
intermédiaires, et l'on a aussi donné des noms aux individus 
dont une défense diffère de l'autre ou qui n'en ont qu'une en 
tout. Mais toutes ces variétés n'ont rien de constant et se 
mélent indistinctement les unes avec les autres, On les trouve 
ensemble dans les mémes hardes. 
. Au Bengale, les défenses ne pèsent guère plus de 72 livres 


(1) Trans. phil., 1799 , p. 205 et suiy. 

(2) Hist. anim., lib. I1, c. V. 

(5) Tavernier, tome II, p. 175. 

(1) Voyage à Ceylan, en allem. , p. 106, cité par Camper, An. d'un. éléph. 
P 17 


D'HISTOIRE NÂTUREVLE. 333 
en pords, et elles ne passent pas 5o dans la province de Ti- 
perah qui produit les meilleurs éléphans. Cependant on a à 
Londres des ‘défenses, probablement originaires du Pégu , 
qui pèsent 150 livres. C'esten effet du Pégu et de la Cochin- 
chine que viennent les plus grands éléphans et les plus p 
défenses de l'espéce des Indes. La côte de Malabar wen 
donne pas, selon Pennánt, qui ayent plus de guate pieds de 
long. | 

Voici une table que j'ai dressée des longueurs des diamétres 
et des poids des plus grandes défenses dont les auteurs ont 
donné les dimensions ou que j'ai pu observer moi-méme. 

Les défenses d’ Mie n'ont pu y étre. distinguées de celles 
des Indes, et il n'y a pas toute la certitude qu'on m dé- 
sirer sur les espéces des mesures employées. "ud 


ONE E AN cam b mI 


134 


ANNALES DU 


Aa 


MUÉSUM 


AUTEURS | 


LEURS GARANS LONGUEUR | DIAMÈTRE | 
qui ont cité| et les détails sur l'origine .| ensuivant au POIDS. 
les faits. des défenses. |lacourbure| gros bout. 
Défense de Sumatra, selon Louis| 
Vartoman, cité par Jonston : . » ". 168 L 
Défense mentionnée par J. C. Sca- 
liger, de Reb. ind. .. . . . » » 162 
Défense du cabinet de Septal, citée 
par Herzog, .. .. 5 » 169 
Défense mentionnée par Viclhauer. 
dans son Traité des drogues 
étrangères . + + , » » , 200 
— Par Louis Barth , Rer. indic. , $ » 325 
Hartenfels , [Défense apportée des Indes à Bâle > ; 
Elephanto-] citée par Münster ,dans sa Cos- 
graphia , p Mmographies Se | g » rooenviron 
47 et 48. FUR tr at - » » 114 
utre défense liti cinis pr J.-C. 
SO, a a> . + | plusde 5’ » » 
d. par AL. Cadamosto . , . . P » » 
Les plus grands défensesselon nGyl | 
lius. 10' » » 
Une dns à que voit un mar- 
chand de Venise. . . . .. 14! » >p 
Les défenses prises sur Firmus, 
par Aurélien , selon Flavius Vo- 
piscus. Ro. coo... ]-19 30m. » » 
'Les défenses ordinaires de Guinée! si »- iesus 
Une défense appartenant à M. Wol- 
fers, négociant d'Amsterdam . |8/ du Rhin,| 9 208 
Camper, Des- | Défense appartenant à M. Ryfsny- |7' 4^ de Fr. 
erip.an.d'un( der , négociant à Rotterdam , se- 
élép. , p. e Bore ...... » E 250 
[Défense vendue à ditulerdan , Se- 
lon le méme... . . J » 550 
Défense du he de ee z 6" - 105 


D'HISTOIRE NATURELLE 


AUTEURS LEURS GARANS LONGUEUR | DIAMÈTRE 
qui ont cité| et les détails sur l'origine | ensuivant au POIDS. 
o 
les faits. des défenses. lacourbure,| gros bont. í 
Faujas, Géo-| La plus grande défense du Muséum| 
logie , p. 245. | d'hist. nat. de Paris. . . . . ,| 6! 6” 5" 4" 72" 8.9 
Fortis, Mém. ; 
2 a aL Pru Défense du cabinet de Florence. . $ 1" 6" » 
pe grandes défenses de Mosam- 
Pennant. bi 
ique QU WAT WARE A A: è; . . 4 ou $$ : » 
: 9' 2" de Fr. | 
Plusieurs défenses mesurées par x 
: Eden... 15 ut 6 6 OP EE » de 9o à 125 
Buffon, Hist. Lopes. wilde» WO Ep cw. | » : 59 200 
nat. tome XI, Drack. POP IN MS D Mm Ee» à » » 200 
ance, nses de Lowango, selon le 
Voyage dela Comp. des Indes . 5 5 126 
Défenses du Cap, selon Kolbe . . » » de 60 à 120 


Comme les défenses croissent toute la vie, et le reste du 
corps non, la grandeur d'un éléphant ne peut se conclure de 
celle de ses défenses, méme en établissant la proportion entre 
individus d'une méme variété et d'un méme sexe, comme 
d'un autre cóté les défenses s'émoussent ouse cassentà leur 
pointe, selon le plus ou moins d'usage que l'animal en fait, et 
qu'elles s'aiguisent plus ou moins brusquement en pointe , on 

_ne peut conclure sûrement leur longueur de leur diamètre à. 


la base. 


Enfin leur poids ne peut se conclure de leurs dimensions , 
18 * 


Li 
156 


Messerchmidt , dans les "Transactions philosophiques; celle 


parce que la cavité de leur base peut étre plus ou moins 
remplie. 


ANNALES DU MUSEUM 


Le degré de courbure des défenses des éléphans varie 
presque autant que leur grandeur. Nous avons vu ci-dessus 
les différences les plus communes à cet égard parmi les élé- 
phans des Indes. Il ne manque pas dans les cabinets de dé- 
lenses à courbures plus ou moins bizarres , et surtout en Spi- 
rale. Camper en a vu plusieurs dans le ns britannique(1 
et “Grew en représente une (2) qui fait plusieurs tours , et je 
sais, par une lettre de M. Fabbroni, quil y en a aussi une 
dans le cabinet de Florence On en bbs assez communément - 
en forie d^5 italique, etc. 


$ 


TE Rer bonis: 


Nous ne-pouvons savoir s'il y avoit parmi les éléphans fos- 
siles les mémes differences que parmi ceux des Indes, par 
rapport aux défenses des différens sexes et des diffüdentes va- 
riétés, puisque les défenses fossiles se trouvent d'ordinaire 
isolées , et que l'on n'a pas trouvé assez de crânes entiers pour 
pouvoir dire s'il y en avoit d'adultes sans longues défenses. - 
Nous ne pouvons non plus connoitre les limites des défenses 
fossiles en petitesse. Les petites ont été beaucoup moins re- 
cueillies parce qu elles excitoient moins l'attention des ouvriers. 
Mais nous connoissons assez leurs limites en grandeur : les 
grandes n'ont point été négligées, et ceux qui les ont décrites 
n'ont = été tentés d'en diminuer le volume. 


(D Desc. an. d'un élép. 
(2) Mus. Soc. Reg., pl. IV. 


#3; 


D’ m—mU8rsTOIRE: NL U'R EL LE 


J'ai dressé une table des plus grosses défenses fossiles dont 
les dimensions ayent été données. On peut y voir qu’elles ne 
surpassent pas infiniment celles des éléphans vivans , du moins 
de l'espece d'Afrique. ` | 
` Hfaut remarquer d'ailleurs que si on laissoit les éléphans 
vivreleur áge naturel dans les foréts , sans leur faire la chasse, 
leurs défenses croissant toute la vie acquerroient un volume 
encore plus considérable que celui qu'elles ont ordinairement. 


138 98 


ANNALES DU MUSEUM 
; LONGUEUR DIAMÈTRE 
AUTEURS DETAILS en suivant 2: POIDS. 
consultés, SUR LES DÉFENSES. la grande 
courbure, | $ros bout. 
à Long. du|Ó" et à Yau- 
X. 9 DCDXCVI de Sibérie, tron- tronçon. tre bout 5"] 
quée en avant . . . gigi dl 89 1.4.2 
Ÿ.o DCDXCY deSibérie rois 4" 8 et à 
Daubenton , aux deux bouts .  . . . . 5 l'autre bout] 4 15.0 
tome XI. N.o DCDXCIV de Sibérie, tron- 
E n aux deux bouts. . . . .| 3 4" 2!" 10" aux 
» DCDVCH, ET aux deux " s bouts. 15 5.° 
es By kc le . 5' Lk a" gt et 1" edis 
10//à lau-] 9 12.? 
tre bout. 
Défense des environs de Rome, 
trouvée par MM. Larochefou-| 
raga Géol. cauld et Desmarets; fort tron- 
293. : ; 
quée aux deux bouts et cassée en 
UIS 2. cur EODEM NE 5r g" T 
Défense trouvée au Serbaro prés de 
Vérone, par Fortis et le comte 
Fortis, H, Pj de Gazola, tronquée aux deux 
bouts , renflée par infiltrations . 7'6" de vér. 9” iod" ix » 
Défense fossile de Toscane , . . 8' 6" de» » 
gent deSibérie du cabinet de 
Camper. E COR AE uy. s 5' et plus. » 5 
Zach. Premier éléph. de bapan 8' » » 
Deuxième ERE ..... r SE w& » » 
Pallas, Wov. (La plus grande défense de Sibérie ^ 
Com. Petr.,} du cabinet de Pétersbourg, tron-| 6" 6" et à 
XHI,p.475.] quéeau deux bouts , . . . .] 8 Vautre bout) — » 
G” E£ 


D'HISTOIRE NATURELLE. 139 


LONGUEUR d D1A? LT 
AUTEURS DETAILS en suivant pans 
au i 
consultés. DES DÉFENSES. la grande 
| courbure. gros bout. 


——— 


La plus grande défense de Cans- 


Prog. pecul. 


Autenrieth et RA Orci d — (8 6" 5" et àlau- 
»- 74. $5 re bout 5" P 
pe Reisel et Spleiss int qi il y en 
avo de. .... 19 » 

Messersch- s 
mag Eer Une défense très-courbée de Si- lis; Eos. 
nius, ine qul bérie € ow AS EL aa St à 13 6” y"! ! 6" ee s : 
phil, 4o, p. rom. " . d'apoth. 
134. 

| La défense suspendue dans la ca- i 
Hermann ; thédrale de Strasbourg , très- | 


cowhie s er sr 07" “MS # 


P2 Lita p. Wendenheim, 4s 6 V n e" E 


Quant au tissu, nous avons vu Tm haut qu'il est absolu- 
ment le méme dans toutes les espèces, et les défenses du mas- 
todonte ne se distinguent pas non plus à cet égard de celles 
des éléphans. 

ll ne reste donc à comparer que la courbure. 

Beaucoup de défenses fossiles n’ont qu'une courbure très- 
ire: telles sont celles de notre Muséum. 


ais il en est un assez grand nombre dont la courbure est 
beaucoup plus forte qu'on ne la voit dans les défenses des 
éléphans vivans. Elle approche d'un demi-cercle ou de la 
moitié d'une ellipse partagée par son petit axe. 

Il y en a quatre de cette sorte de décrites : celle de 


11 OOANNALES, DU. GUSE UM 
Messerchmidt, dans les Transaction philosophiques ; celle 
de la cathédrale de Strasbourg, selon Hermann ; celle de 
l'église de Halle en Souabe, selon Hoffmann et Beyschag , 
et celle du cabinet de Stuttgardt, selon Autenrieth et Jæger. 
Cette ressemblance frappante des quatre défenses fossiles les 
plus entières que l'on connoisse, en un point. qui les distingue 
des défenses vivantes, est digne de remarque. 

Quelques personnes en ont cru pouvoir faire un caractére 
distinctif; mais on peut penser que cette grande courbure ne 
tient quà la longueur des défenses où on l'a remarquée. 

La partie de défense une fois faite ne changeant plus, si 
cette défense n'est pas tout à fait droite chaque Kid 
tion en longueur sera aussi une augmentation du nombre des. 
degrés de l'arc qu'elle décrit. 

C'est ainsi que les incisives des. lapins , dont l'opposée est 
rompue, se recoquillent tout à fait en spirale. 

fl est bon cependant d'observer qu'une défense d'Afrique 
de notre Muséum, quoique longue. de six pieds, n'est pas à 
beaucoup prés aussi courbée que les quatre que nous venons 
de citer. 

Il y a aussi des défenses fossiles contournées en din SU , 
comme on en voit quelquefois de vivantes. Pallas en cite une 
du cabinet de Pétersbourg (1). Il y en a aussi une, mais 
moins tordue dans le cabinet de Stockholm. M. Quensel a bien 
soulu m'en envoyer un dessin. | ! 

Ainsiles défenses ne peuvent établir de caractère e i 
ni entre les espèces vivantes, ni entre celle-ci et l'espèce 
fossile. 


(a) uy une». AHL 


D'HISTOIRE NATURELLE. 144 


homo EU ETE A VLY 
Comparaison des cránes de l'éléphantdes Indes et de celui 
d Afrique .— Caractère extérieur pris des oreilles —Parties 
du cráne susceptibles de varier dans une seule et méme 
espèce. 


J'ai eu l'avantage de faire remarquer le premier, en 1795, 
les caractères distinctifs qu'offrent les cránes des deux élé- 
phans, et qui sont d'autant plus intéressans , qu'on peut les 
employer sur des individus vivans ou inii sans étre obligé 
d'examiner leurs mácheliéres ( 1). Je neles avois reconnus d'a- 
bord que par la comparaison d'un cráne de chaque espèce; au- 
jourd'hui je les ai vérifiés sur sept cránes en nature, dont cinq 
indiens et deux africains,*et sur plusieurs figures. 

Lorsque ces crânes sont séparés de leurs máchoires infé- 
rieures et posés sur les molaires et sur les bords des alvéoles 
des défenses, les arcades zygomatiques sont à peu près hori- 
zontales due l'une et l'autre espèce. 

Si on les considère alors latéralement, ce qui frappe le plus 
c'est le sommet de la tête presque arrondi dans l'éléphant 
_ d'Afrique , et s'élevant dans Mr des Indes en une espèce 
de double pyramide. 


P 


a) Voyez les Mémoires dà l'Institut , classe des Sc. math. MM. tome Il. 
La planche nouvelle que je donne ici, pl. I1, est gravée depuis long-temps 
d’après mes dessins. J'en avois confié, il ya plusieurs années, une épreuve à 
M. Wiedemann , professeur à Brunswick qui l'a fait copier dans ses Archives de 
zootomie, tome II, cab. I , pl. L 


T. €——À 19 


* 

142. ANNALES DU MUSEUM 

Ce sommet répond à l'arcade occipitale de l'homme et des 
autres animaux , et west si élevé dans l'éléphant qu'afin de 
donner à la face occipitale du crâne une étendue suffisante 
pour un ligament cervical et des muscles occipitaux , propor- 
tionnés aux poids de l'énorme masse qu'ils ont à soutenir (1). 

Cette différence de la forme des sommets vient de la diffé- 
rence inclinaison dela ligne frontale, qui fuit beaucoup plus 
en arrière dans l'éléphant d'Afrique, où elle fait avec la ligue 
o ceste un angle de: 115°, que dans l'éléphant des Andes, cù 
elle n'en fait qu'un de 9go*. 

E oe naissent les iniaj différences du profil, comme , 

< la proportion de la hauteur verticale de la tête à la dis- 

tance du bout des os du nez aux condyles occipitaux, qui 
sont à peu près égales dans l'éléphant d’ Afrique ( comme 33 

à 32 ), et dont la première est de près d'un quart plus grande 
dans l'éléphant des Indes (comme 24 à 19). 

2° La proportion de la distance des bords des alvéoles des 
défenses au sommet, à une ligne qui lui est perpendiculaire , et 
va du bout des os du nez au bord antérieur du trou occipital. 
La premiere de ces lignes est presque double de l'autre dans 
éléphant des Indes ( comme 56 à 14). Elle est d'un peu 
moins d'un qüart pres grande seulement dans l'éléphant 
d Afrique (comme 21à 16 ). ` 

Outre ces différences dans les —À , ll y en a dans 
les contours: 1." le front de l'éléphant des Indes est creusé en 
courbe rentrante et concave; celui del Hidpkeatd Afrique est 
au contraire. un mm convexe: 


—— 7 j * à - T. - 


() Voyez Pinel, Journ. de Phys., XLIII , p. 47-60. 


D'HISTOIRE NATURÉLLE, 143 
= 2? Le trou sous-orbitaire est plus large dans l'éléphant des 
Zndes. Dans celui d'Afrique , il ressemble plutôt à un canal 
qu'à un simple trou. 

3? La fosse temporale est plus ronde dans l'éféphant 
d Afrique, et 'apophyse qui la distingue de orbite , plus grosse 
que dans celui des Indes, où cette fosse a un contour ovale. 

Considérés par leur Hen antérieure, ces cránes offrent des 
différences tont aussi marquées. 

1° La plus grande longueur de cette face, prise du sommet 
au bord de l'alvéole, est à sa plus grande largeur , prise entre 
les apophyses post-orbitaires du frontal, comme 5 à 3 dans 
Véléphant des Indes, comme 3 à 2 dans l'éléphant d Afrique. 

2° L'ouverture du nez est à peu prés au milieu de la face 
dans l'éléphant des Indes; ele est plus éloignée d'un cin- 
quième du bord de l'alvéole que du sommet de la tête dans 
éléphant d'Afrique. 

: Vus d'en haut, ces crânes diffèrent surtout par leurs ar- 
cades zygomatiques, plus saillantes dans ipud d Afrique 
que dans celui des /ndes. 
— Par derrière on est frappé de nouveaux caractères : 

1? La hauteur des ailes du sphénoide fait , dans l'éléphant 

des Indes, plus de trois quarts des celle de la face occipitale ; 3 
tandis que , dans l'éléphant d'Afrique, elle n'en fait pas à beau- 
"— pres la moitié. 
. 2? Dans l'éléphant d Afrique Y extrémité postérieure desar- 
eades zygomatiques est presque de niveau avec les condyles 
eccipitaux ; dans celui des /ndes , elle est beaucoup plus 
basse. | 

3 L'occiput est terminé supérieurement dans l'éféphant 

549 x 


Ej 


TA ANNALES DU MUSÉUM 

d'Afrique par une courbe demi-elliptique" et sa base est formée 
par deux lignes en angle trés-ouvert. Dans celui des Indes, 
les côtés sont en arcs convexes, et le haut en arc légèrement 
concave. 

Les molaires sont placées, dans Poss et l'autre espèce , sur 
deux lignes qui convergent en avant; elles ne different que 
par leurs lames, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. 

La plupart des caractères que nous venons d'énoncer, con- 
tribuant à la configuration générale de la tête , sont sensibles au 
dehors; il en. est un autre plus extérieur encore, et qui peut 
faire. distinguer les espèces aw premier coup-d'eil. Je crois 
aussi l'avoir remarqué le premier : il consiste dans la gran- 
deur des oreilles. 

E/éléphant des Indes les a diidini elles sont énormes, 
et couvrent toute l'épaule dans l'éléphant d' Afrique. 

Je me suis assuré du premier point, 1° sur trois éléphans 
que jai vus vivans, et dont j'ai dissipé: deux ; deux étoient 
de Ceylan et le troisième du Bengale; 2.° sur te autres in- 
dividus que j'ai vus empaillés ; 3.° sur toutes les figures bien 
connues pour appartenir à l'espèce des Andes, notamment 
celles de. Buffon, de Blair ev de Camper; 4^ sur la figure 
d'un embryon d' — de Ceylan , qun par E. 4. JF. Zim- 
mermann (1). 

Quant au second ain. en ai pour preuve, 1 ^ Féléphant 
de. Congo, disséqué par. Duserney. On peut voir sa figure , 
Mémoire pour servir: à È Hist, des Anim., part. HI, et je 
suis sür que l'oreille n'y est point exagérée, parce qu'on 


0) Erlang, v185 , in-4*. 


D'HISTOIRE NATURELLE, 145. 
la conservoit encore, il y a quelque Ms ned au Muséum, et 
que je l'y ai vue et examinée. 

^ Une oreille conservée au cabinet du roi de Dens 
Bem et prise d'un éléphant tué au cap de Bonne-Espérance , 
par le capitaine Magnus Jacobi , en 1675. Elle a 3 pieds et 
demi de dong, et 2 pieds et demi de large (1)- 

3." Un jeune éléphant d'Afrique de notre Muséum; ses 
oreilles , quoique raccornies par le desséchement , sont encore 
aussi grandes que sa téte. 

4^ Un embryon l'éléphant. d'Afrique de notre Muséum. 

5. 'Foutes les figures bien connues ce étre déléphant 7 
d que 

D'après ces caractères, on peut s'assurer sur quelle espèce 
ont été faites les figures dont l'origine n'est pas connue, ou 
celles que nous offrent les monumens. 

Ainsi celle de Gessner (2), copiée par Ældrovande (3), esi 
de l'éléphant d'Afrique. Celle de Valentin (4), copiée par 
Labat (5) , et altérée par Kolbe (6) , en est calcu: 

Au contraire, celles de Jonston (7), qui sont fort bonnes, 
et qui ont servi demodeleà la plupart de celle d'Hartenfels (8). 
dont Lodge: (9) a a ensuite emprunté les d celle de 


(1) Oliger Jacobæus , Mus. reg. Dan., 1697 ,fol. p. 5. 

(2) Quadr. , p. 577. 

(3) Quad., lib. I, p. 465. WEE AN 
(4) Amphithéätr. zoot., tab. E, f. 5. / 

(5) Afr. Occ. , HI, p.271. uS E T 2 
(6 Relation du cap. , trad. fr., in-12, tome Bi. pn 

(7) Quadr., tab. VIT, VIII et IX. à 

(8) Elephantograph. curios. passim. 

(9) AEthiop. , lib. I, cap. 9. 


146 ANNALES DU MESEUM 

INeuhof (1), dont les défenses sont seulement trop relevées ; 
celle d Edwards (2) dont la tête est trop ronde, parce qu'elle 
est prise d'un jeune sujet auquel il a fallu ajouter des dé- 
fenses, sont de l'éléphant des Indes. i 

-Les deux figures de Buffon (3) , copiées par Schreber (4) 
et par Alessandri (5), sont les deux sexes de l'espèce des 
Indes. 

Mayer donne une assez bonne figure d'un måle dauntela 
' ( vorstell. allerh. thiere., V, pl. LXIX ); mais le squelette 
(ib. LXX) est copié de Blair sans aucune correction. 

Le fétus d'éléphant , conservé à l'hôtel de la Compagnie des 
Indes occidentales à Amsterdam , et représenté par Seba, 
tome I, pl. CXI, est aussi de l'espèce des Indes. 

La limite entre les deux espèces des /ndes et d Afrique étoit 
donc déjà bien tracée par rapport aux diverses parties de la 
ite,et sans avoir besoin de recourir aux autres caractères 
que nous développerons plus bas, et que fournissent le nombre 
des ongles et les formes des divers os des membres; mais avant 
de pouvoir appliquer avec certitude les caractères ostéologiques 
du crâne à l'éléphant fossile , il falloit déterminer quelles sont 
les parties variables d'un individu à l'autre dans une méme 
espèce. J'ai donc soumis mes crànes des Z/ndes à une compa- 
raison entre eux , et jen ai fait autant pour mes crânes 


d'Afrique, 


mes 


(3) Ambass. orient., Descr. gen. de la Chine , p. 94. 

(2) Av. 221 , f. 1. 

(3) Hist. nat., XI , pl. I et Suppl. 

(4) Quadr., HA, tab. 78. ^ 
5) Quadr. ,1. pl. B. 


: + 
D'HISTOIRE NATURELLE. 147 

Ces derniers ne n'ont presque point offert de diferendo 
appréciable. 

Quant aux premiers, jen ai trouvé des rapport à l'oceiput 
et aux alvéoles des défenses. 

L'occiput est plus renflé en tout sens dans lesuns que dans 
les autres, sans rapport avec la longueur des défenses. 

Les alvéoles des déf de dauntelah sont un un peu plus 
obliques en avant ; NA mookna se portent un peu plus. 
directement vers le bas. 

Ces derniers sont un peu plus petits , mais pas à beaucoup 
près dans la proportion des défenses elles-mêmes. Ce qui 
manque à la grosseur des défenses est compensé par une plus 
grande épaisseur de la substance osseuse de l'alvéole. La raison 
en est que l'alvéole, servant de base et d'attache aux muscles 
de la trompe, n'auroit pu se rapetisser autant que la défense , 
sans que la D de eût — la grosseur et la force qui hor 
sont nécessaires. 

Enfin il y a un peu de variété dans la longueur des alvéoles, 

et, ce qui est bien remarquable, encore sans aucun rapport 
avec celle des défenses. Notre grand. squelette mookna les a 
plus longs que nos deux dauntelah, quoique ses défenses 
soient les plus pet de toutes. Au reste, ce surcroit de lon- 
gueur ne va.pas à plus d'un pouce. 

Il n'auroit pa étre considérable sans que l'organisation de la 
trompe changeàt essentiellement, parce que les muscles de sa 
partie inférieure sont insérés sous le bord inférieur des alvéoles 
des défenses, et que ceux de la partie supérieure le sont au 
front, au-dessus des os du nez. La base de latrompe.a donc 
nécessairement de diamètre vertical la distance entre ces deux 


& 


148 ANNALES DU Mg SÉ 
points; et si les alvéoles se prolongeoient nidi d'une certaine 
mesure , la trompe prendroit une grosseur monstrueuse. 

Cet article est trés-importantà remarquer, parce qu'il four- 
nit le caractère le plus distinctif de l'éléphant fossile. 

Si l'on veut comparer ensemble le: petit nombre de figures 
de cránes d'éléphans ques trouve dans les ouvrages des natu- 
ralistes, je ne crois pas qu on y découvre des différences plus 
fortes que celles que je viens d'exposer. 

La table annexée à l'article suivant les exprime par des 
nombres. 

-A la vérité, un auteur rcdlibro a supposé entre les cranes 
des máles et des femelles une différence dont nous n'avons 
point fait mention, maisil a été trompé par de simples ap- 
parences extérieures, 

Notre mále mookna de Ceylan avoit à la racine dela trompe 
une proéminence irés-sensible qui manquoit à sa femelle. 
M. F'aujas imaginant que cette proéminence tenoit aux parties 
osseuses, a fait représenter ces deux têtes à la pl. XII de ses 
Essais de Géologie, « Afin, dit-il, p. 238 , d'éviter une er- 
» reur dans le cas où l'on trouveroit, par l effet d'un hasard 
» heureux , des tétes fossiles d'éléphans máles et femelles , 
» párce qu étant prévenu du fait l'on ne seroit "n tenté d'en 
» faire deux espèces différentes.» 

Mais la dissection a montré que cette proéminence n'étoit 
produite que par deux cartilages propres aux éléphans, qui 
recouvrent l'entrée des canaux dela trompe dans les narines 

Ces cartilages étoient un peu plus bombés dans cet indi- 
vidu que dans les autres. ! 


* 


^ 


DHISTOIRE sir Eoi 149 
Ce n'est pas méme E4 caractère commun à tous les måles. 
Le dauntelah du Bengale, que nous avons possédé ensuite , 
ne lavoit point. | 
Le même savant géologiste a fait donner à ses figures des 
défenses beaucoup plus grandes que ces deux individus ne 
les avoient, « afin, dit-il, p. 269, de faire comprendre à 
» ceux qui nont jamais vu.d'éléphans , la manière dont ces 
» animaux portent le défenses ». Mais alors il n'auroit pas 
dû en faire donner de grandes à la femelle qui n'en porte 
jamais de pareilles dans l'espece des Indes. 


ÂABTiICTtÉ VALLE. 


kad 


Examen du crâne de l éléphant fossile. 


Mae crâne de l'éléphant étoit. trop .celluleux; les lames os- 
seuses qui le composent étoient trop minces pour qu'il pùt se 
conserver aisément dans l'état fossile: aussi en trouve-t-on des 
fragmens innombrables ; mais il n'est fait mention que de trois 
assez bien conservés , dont le plus entier manque encore d'une 
partie de l'occiput. | | , 

Ils appartiennent tous les trois à l'Académie de Péters- 
bourg (1) ; le meilleur a été trouvé sur les bords du fleuve 
Indigirska, dans la Sibérie la plus orientale et la plus glacée, 
par le savant et courageux dantzickois Messerchmidi (2), 
qui en donna un dessin à son compatriote Breynius. Ce der- 
nier le fit graver à la suite d’un Mémoire quil inséra dans 


(1) Pall. Nov. Comment. ac, Petrop. XIII. 
(2) 4d. ib. 
8. 20 


150 ann es pv MUSEUM 

les Transactions philosophiques (1); et c'est jusqu'à présent le 
seul document public quelon ait sur cette partie du Irons 
de l'éléphant fossile. 

J'ai fait copier la figure de Braynèes dans ma planche I, 
fig. 1, à côté de celles des crânes des /ndes et uL disque; et 
je les ai fait réduire tous les trois à peu prés à laméme grandeur, 
pour faciliter la comparaison des formes. Le premier coup d'œil 
montre que l elephant fossile ressemble par le crâne, minsi que 
par les dents, à espèce des /ndes beaucoup plus qu'à l'autre. 

Poe a le dessin n’est pas assez correci pour une 


comparaison exacte, et il n'est pas fait sur une projection bien 
déterminée. Lia partie des alvéoles, celle da condyle pour la 
máchoire inférieure , et le bord rare de la fosse tempo- 
rale et de l'orbite, sont vus un peu obliquement en arrière, 
tandis que l'occiput et les molaires sont en profil rigoureux. 

Cependant on y voit nettement une différence frappante de 
proportion, celle de l'extréme longueur des alvéoles des dé- 
fenses. Elle est triple de ce qu'elle seroit dans un cräne de 
l'Inde ou d'Afrique de mémes dimensions que celui-ci ; et la 
face triturante des molaires prolongée, au lieu de rencontrer 
lé bord alvéolaire, couperoit le tube de l'alvéole au tiers de 
sa longueur. 

Cette différence est d'autànt plus i importante qu 'elle s'accorde 


avec la forme de la máchoire inférieure, comme nous le ver- 


rons plus bas ; et, comme nous l'avons dit ci-dessus, elle né- 

cessitoit une Watt conformation dans la trompe de l'éléphant 
fossile ; car ou les attaches des muscles de la trompe étoient 
les mémes, c'est-à-dire, le dessus du nez et le bord inférieur 


(1) Vol. 4o , n. 446, pl. I et II, 


" d 
DHISTOZLRME EU oz 15r 
des alvéoles des défenses, et alors la base de cet organe étoit 
trois fois plus grosse, à proportion, que dans nos éléphans 
vivans ; ou bien les attaches des muscles étoient différentes, et 
alors sa structure totale étoit à plus forte raison différente. 

Si l'on pouvoit Sengjapportes entièrement aux dessins, on 
irouveroit encore, 1.° que l'arcade zygomatique est autrement 
^ x 
°” Que l'apophyse ES du frontal est plus longue, 
im pointue et plus crochue; 

32 Que le tubercule de l'os lacrymal est beaucoup plus gros 
et plus saillant. 

Quant à la grandeur absolue du crâne fossile, comparée à 
celle de nos crânes vivans, on peut en prendre une idée dans 
ma planche IV, fig. 9, 10, et 11, où j'ai fait représenter les trois 
cránes de face, et sur la même échelle (d'uneligne pour pouce). 

On peut en prendre une plus juste encore dans la table sui- 
vante, où j'ai mis les dimensions de tous les crânes dme d jai 
pu disposer. 


Depuis le sommet jus- 
qu'au bord des al- 
Ai ie . à 

— jusqu'au bout des os 
dunen, s ts : 


— jusqu'aux condyles 
occipitauX . + + + 


Des condyles aux bords 
 alvéolaires . . . . 


Distance des condyles . 


Plus grande largeur du 


cràne,. 4. Ee 4 


Distanee des deux apo-] 


physes derrière l'or- 
bite s * LI LI * b 


ORANE 
de 
l’Académie 
de 
Pétersbourg 
, 


0,93 


CRANE 
de 
Messerschmidt , 


vol. 4o. pLI. 


0,868 


Trans. phil. 


CRANE. 
des Indes 
du grand 
squelette 
à dents 
courtes. 


Mi us CRANE |Autre crâne 
| séparé, séparé , | CRANE 
FU pas des Indes | des Indes , | d'Afrique | "viis am 
i m erel variété variété du - iron 
à d Sail longues | àdents | squelette. séparé. 
Ju dents, courtes. 
0,806 0,713 0,64 0,731 0,59 
0,433 0,344 0,374 0,296 0,255 
0,49 0,442 0,366 0,438 0,395 
0,755 0,705 0,676 0,822 0,626 
0,614 0,52 0,512 0,551 0,551 
0,654 0,515 0,403 |. 0,532. 0,465 
0,499 9,413 0,26 0,480 0,405 


| ao 
* D'HISTOZRE NATURELLE 153 

Mais pour conclure de ce cráne les dimensions de l'individu 
qui le portoit, il ne faut pas avoir égard à sa première di- 
mension dans laquelle entre la longa excédente des al- 
véoles as défenses; il ne faut faire entrer en considération 
que. celles qui sont réellement homologues. 

Or, en les comparant avec celles du cr ne de notre sque- 
lette des Zndes mookn Komarea , on trouve que  Tindividu 
fossile devoit avoir à M s 
avecle squelette des Indes dauntelah et merghée donneroit un 
peu plus au fossile. 

Dès que je connus ce dessin de Messerschmidt, et que je 
joignis aux différences qu'il m'offroit celles que j'avois obser- 
vées moi-même sur les máchoires inférieures et sur les mo- 
laires isolées , je ne doutai plus que les éléphans fossiles 
n'eussent été d'une espèce différente des é/éphans. des Indes. 

. Cette idée que j'annoncai à Institut, le premier pluviose 
an IV ( Mémoires de l'Institut , 1. classe ,tome IL, p. 20 et 21) 
m'ouvrit des vues toutes nouvelles sur la théorie de la terre; 
un coup d'œil rapide j jeté sur d'autres os fossiles me fit présumer | 
tout ce que jai découvert depuis , et me détermina à me con- 
sacrer aux longues recherches et aux travaux assidus qui 
m'ont occupé depuis dix. ans, : ia 

-Je dois donc reconnoitre ici que c’est à ce e dessin, resté pour 
ainsi dire oublié dans les Transactions philosophiques de- 


puis soixante-dix ans, que je devrai celui de tous mes ouvrages , 
* 


auxquels jattache le jius de prix. 
Mais je ne me dissimulai point que les caractères qu'il 
m'offroit avoient besoin d’être confirmés par quelque autre 
morceau, pour ne point étre considérés comme individuels, 
et malgré leur accord avec ceux de la mâchoire inférieure, 


ès 12 pieds de haut. La comparaison . 


+ 


s > ; ES. 
154 ANNALES DU MUSEUM " 
jétois bien aise de voir encore un dessin d'un autre cráne. 

Je m'adressai à l'Académie impériale des Sciences de Saint- 
Pétersbourg , et ce corpsillustre auquel j'ai aujourd'hui l'hon- 
neur d'appartenir, répondit à mon vœu avec une générosité 
digne d'une compagnie à laquelle les sciences doivent tant de 
progres. ° Xa 

L'Académie me fit faire un superbe dessin colorié et de 
- grandeur naturelle, en profil à peu prés rigoureux , d'un autre 
crâne fossile de Sibérie, de sa collection. Elle le fit accompa- 
gner d'un dessin de máchoire inférieure, et de ceux d'un crâne 
de rhinocéros fossile dans deux positions. 

Ce dessin, après de longs délais occasionnés par les diffé- 
rens polipqués des deux Empires, vient de me parvenir au 
moment où je mettois la derniere main à mon travail, et 
jai été transporté d'une joie que j'aurois peine à exprimer en 
y trouvant la confirmation de tout ce que celui de Messer- 
schmidt m’avoit appris. 


Le crâne qui a servi de modèle est un peu moins complet. 
Les mächelières , une partie de leurs alvéoles, sont enlevées, 
ainsi que la partie moyenne de l'arcade zygomatique. 

Mais rien de caractéristique n'y manque : méme longüeur et 
méme direction des alvéoles ; méme grosseur du tubercule la- 
crymal , méme forme générale: tout en un mot nous montre 
que les cránes fossiles, autant qu'on les connoit, Lande ee de 
les mêmes caracteres. 

J'ai fait graver avec soin ce beau dessin dans/ma Lp VII, 
fig. 2 ; au sixième de sa grandeur. 

Une différence du crâne qui a pu être couté , indépen- 
damment du dessin de Messerschmidt et de celui de Ficadánis 


D'HISTOIRE NATURELLE 155 
de Pétersbourg, et qui saccorde aussi avec celles de la mà- 
choire inférieure, c'est le parallélisme des molaires. E 

M. Jæger me l'assure positivement par rapport à une por- | 
tion de crâne du cabinet de Stuttigard , dont il nva adressé 
une figure qu'on voit pl. IV, fig. 4; une autre portion, des- 
sinée par Pierre Camper, montre à peu prés le méme ca- 
ractère (1). J'ai fait copier sa figure, pl. IV, fig. 3, et j'ai fait 

lacer à côté. fig. 1 et 2 , celles des cránes des Índeset d'Afrique, . 
Ts en PE pour -- la convergence beaucoup las 3 
marquée de leurs molaires en avant. à 

Nous possédons en ce Muséum une porüon de l'occiput et 
du temporal d'un éléphant fossile, rapportée de Sibérie par 
l'astronome Delisle ; (Daubenton) , Histoire naturelle, XI, n° 
DCDLXXXVIII, qui m'a donné occasion de comparer ces 
parties plus exactement que les autres, sur lesquelles je n'avois 
que des dessins; mais je n'y ai trouvé que de petites différences 
peu importantes ; cependant je lai fait représenter par sa 
face postérieure, pl. IV, fig. 7 , et par la latérale, fig. 8. Ce 
niorceau provient d'un éléphant d'environ 10 pieds de haut. 


— (1) Mém. de Haarlem. , tome XXIII, pl. D. 


r 


156 ANNI s DU MUSÉUM 


SUITE DES MÉMOIRES 
Sur. les fossiles des environs de Paris. 


PAR M LAMARCK 


rre ani 
P 3 Fr 


GENRE LXXIV. 


Huirre, Ostrea, 
CHARACT, GEN. å = 


Testa bivalvis , inaequiealvis , rudis, adhærens ; cardine 
edentulo. Fossula cardinalis majoris valve eate cres- 
cens. Ligamentum semi-internum. Impressio muscularis 
unica. | | = 
OBSERVATIONS, 


Le genre de l'Auítre , tel qu'il est maintenant reformé, est 
un genre trés-naturel, l'un des plus remarquables parmi les 
mollusques à coquilles bivalves et à la fois celui dont les carac- 
teres sont le mieux déterminés. E 

Linné ne considérant dans les huîtres que le caractére de 
m'avoir aucune dent à la charnière de la coquille , y avoit as- 
| socié le beau genre des peignes qui comprend des coquilles 
bien différentes , puisqu'elles sont libres ou non adhérentes, 
régulières , & qu'elles ont toutes la fossette du ligament com- 


DEHLSTOIRE NATUNELLE 157 
plétemeni intérieure. Bonx, dans son Muséum , n'approuva 
point cette association de Linné; mais il nosa entreprendre 
aucune réforme à cet égard. ER d’ailleurs rapportoit à son 
genre mytilusde véritables huîtres, savoir : mytilus crista galli, 
mytilus hyotis, mytilus frons , et il plaçoit parmi les huîtres le 
genre entier des pernes dont la charnière est si particulière 
par la ligne cardinale dentée qui la caractérise. 

On doit; à Bruguiére d'avoir établi le caractère de l'huitre - 
dans ses pr inci ipales limites, et d'en avoir séparé les coquillages, 
qui s'en distinguent d'une manière évidénte. 

Aux réformes trés-convenables de Bruguière, j'ai ajouté la 
séparation des vulselles et des e phées ce qui me paroit 
compléter le travail qu'il y avoit à faire p.s ane au TEs 
de lhuitre ses véritables limites. 

La coquille de l'huite est irrégulière, RE rüde; rabo- 
teuse, souvent écailleuse , quelquefois singulièrement Bis 
en p bords, et en général xc ama d'acquérir une iens 
épaisseur. - 

Elle est composée ^ deux valyes inégiles, dont l'une supé- - 
rieure et plus petite est plane; tandis que ume inférieure 

et adhérente aux corps marins, est plus grande-et plus con- 
cave. La substance de ces values est formée de "side ous 
mal unies entr'elles. am 

M g y a pas de denis à la Fur 220 mais un n Saco. élas: 
tique, placé dans une fossette oblongue sous des crochets qui 
s'écartent en dehors, entr’ouvre les valves lorsque le uso: - 
Jes. tient fermées se relàche. ` 

Une particularité fort remarquable qui appartient à un gratid 
nombre d'espèces de ce genre pet qui pároit me leur étre cóm- 
mune qu'avec les spondyles., c'est- qu'à mesure que l'animal 

pe. 2I 


150 cx des M USE UM 
grandit ei vieillit, il est forcé Ps se déplacer dans sa coquille 
es’éloigner graduel! t de la base de sa valve inférieure: 
or, ense déplaçant : il déplace en méme temps la valve su- 
périeure de sa coquille, ainsi que le ligament des valves, ce 
dont aucune autre coquille bivalve n'offre d'exemple, si l'on 
eu excepte les spondyles. Wen résulte qu'avec l'igele crochet 
de la valve inférieure forme ün talon ou une espèce de bec 
saillant «qui est quelquefois d'une longueur considérable. On 
- voit en outre que da fossette dans laquelle le ligament des valves 
fut successivement placé, sallonge à mesure que la coquille 
s'agrandit , et se transforme en une Bohn striée transver- 
salement. :: 
Les huitres sont de tous les coquillages ceux dont les fa- 
cultés paroissent les plus bornées: immobiles sur le roc ou 
sur les corps marins sur lesquels elles sont fixées, elles n'ont 
d'autre nourriture que celle que les flots leur apportent, 
et ne.donnent guère d'autre signe de vie que par leur faculté 
d'entrouvrir et de refermer leurs valves. : 

- Cependant il paroit que dans certaines circonstances il ne 
leur est pas impossible de se déplacer , et la couleur verdátre 
qu'elles acquièrent dans les inarais salés des bords de la mer où 
on les jette et où elles se multiplient, porte à croire qu’elles 
trent des végétaux qui y croissent une partie des élémens 

les se nourrissent. 

gré les réductions quil a fallu faire subir au genre de 
Yhuitre, tel que Linné l'avoit établi, ce genre comprend en- 
core un assez grand nombre d'espéces que l'on peut partager 
en denx sections, en distinguant, 
€ š les dont les bords des valves sont simples et n 
elles qui ont les bords plissés, 


D'HISTOIRE "WII 159 
L'irrégularité de ces coquilles rend la détermination des es- 
* pèces souvent très-di fficile : voici celles que l'on trouve dans 
l'état fossile. aux environs de Paris. 
ESPÈCES FOSSILES 
y. Haire beauvoisine. Vélin, n. 57, f. 1.a, b, c. ; 
Ostrea (bellovacina) orbiculato-cuneata; valvå majore basiradiatim plcadá: 
alterá plant , lamellis creberrimis ; it ral areuatá.n, ^ m 
' L. n. Les environs de Beauvais. Cette huitre paroît très-voisine de l'oszrea edulis, ` 
et l'on pourroit croire au premier aspect qu'elle n'en est qu'une variété. Ce- 
pendant, outre qu'elle est plus grande que les plus grands individus de l'es- 
* pète commune, sa valve inférieure est plissée en dehors, près de son crochet, 
en cannelures rayonnantes ; cë qu’on ne voit pas dans l'huitre ordinaire : les 
lames de cette valve sont té bidultée Celles de la valve plane où supé- 
rieure sont tris-nómbreuses et serrées ; enfin la fossette cardinale qui recevoit 
le ligament , est arquée, oblique, et s'avance d'un côté en manière de bec fort 
court. D'ailleurs le bord interne et Mer de ta grande valve est un peu 
 denté; ce qui, avec les autres css d ung t cette espèce 
. Mon cabinet et eeh M. i 
2. aep ife cent F. élin, n. T.» ut & 
Ostrea ( Zippopuis ) oata : — majore crassissimi, i Pts Asc. missione ex- 
cavatá basi retusá; 
L. n. Roquencourt. Cette espt Mal Balcon ds grande, parom sur- 
plus épaisse que l'oszrea edulis ; elle est même plus grande que Ia pré- 
lente, et paroit se rapprocher par ses rapports de l'oszrea ‘denticulata de 
nitz , Conch. vol. 8, p. 52,t. 75, £ 672, 675. 
-Say inférieure est fort épaisse , composée d'une mislitode de lames mal 
d bites ou méme écartées entr' "elles: en certaines places. La cavité de cette 
valve est irrégulière , s'avance jusque sons la charnière, et a son bord infé- 
rieur irüt-abtis ou coupé carrément, Les vers marins et les fistulanes percent 
te valve dans son épaisseur, à cause de l’écartement de ses 


Low 


presqi i l'inférieute; mais moins apii 
e presque plane, à offre en dehors une multitude dë ames en recouyremerit , 
pi "impression du ligament est aussi 
grande et aussi lage dans cettè valve-que: dame Dents am me porte à 
. 21 * 


160 PF DU MUSEUM 


croire que dans cette espéce, ainsi que dans l'huire commune et d'a res 
analogues , la coquille n'acquiert jamais de talon. ; 

On trouve cette. huitre vivante dans la Manche, vis-à-vis Me et on 
l'apporte à Paris, dans le caréme , où elle se vend à la livre, après l'avoir sé- 
parée de la coquille et lui avoir arraché les branchies. On la trouve fossile 
en différens endroits de la France. ; ec 

Mon cabinet et celni de M. Defrance. c; 

5. Huitre deltoide. Vélin, n. 50, f.6. 
Oserea( deltoidea )eomplanata subtriangularis ; n pee olligod ; margiue 
cardinali hinc. suleato. n. 

L. n. Meudon. C'est une espece singulière et fort d'entre par son aspect de 
toutes celles qui sont connues. Elle est aplatie presque comme une placune , 
triangulaire ou deltoide, et n'a de. bord arrondi que | le supérieur. La fossette: 
du ligament est fort oblique, peu profonde, et constitue sur chaque valve 
une gouttière conique , légèrement arquée, striée transversalement, Le bord 
inférieur de chaque valve, du côté de la fossette , est sillonné transversale- 
ment ei avee irrégularité.. L'impression musculaire est d’une grandeur mé- 
.diocre, Cette huitre n'est pas besnconp ps epode que l'huitre commune.. 

Cabinet de M. Defrance. 

4. Huitre. biauriculée.. 

Ostrea ( &iauriculata ) ovata , basi truncata; biauriculata : valva inferiore 
ventricosá : fossula cardinali trigonaä: n. 

à L. n. Très-commune près du Mázs. Cetie huitre , quoiqu "irrégulière, ressemble 

- en quelque sorte à un peigne , et particulièrement à l'espèce qu'o on nomme 
. pecten zig zag. Elle est ovale, comme tronquée à sa base, son bord cardi- 
nal formant une ligne droite, Sa valve inférieure est trés-ventrue , concave, 

- fort épaisse dans son disque , à bords. relevés, amincis et tranchans; elle 
forme dans la ligne de sa base une oreillette de chaque côté, La: valve supé- 
_ rieure est plane, inoins grande que l'inférieuit et pareillement. biaiculée : à 
: sa. base. La fossette du ligament est trigone, de grandeur médiocre, et placée 
que tin milieu. n bord. tronqué ou en ligne droite. Cette. huitre fossile 
A oko sionem Ps. RM Ménard. 
5. ibo i aie pps F. din, n. . 58, x 10. 
Osrrea. (vesicularis) semi-globosa y. pue retusa, levis, hinc cubariculute ; 
ET saleá. inferiore ventricosá. n. 
L. m pcnc agis est tres-distincte de la précitées quaiqialle paroisse 
meuler: rapports. Elle est. pareillement très-obtuse et 


D'UISTOIRE NATURELLE, en 
eomme tronquée à sa base , mais plus obliquement , ct n'a point la fossette 
. eardinale au. milieu de ce: bord tronqué. Sa valve inférieure est très-ventrue ; 
ce qui rend la coquille semi-globeuse; elle est en outre très-concave, n'a que 
peu d'épaisseur , et. s'étend comme une oreillette dans un des côtés de sa 
base. La valve supérieure est plus petite, plane, même un pea concave en 
dessus, et n'est presque point écailleuse. La fossette cardinale est fort pie 
ovale-oblique,. et en très-grande partie extérieure. La largeur de cette: co 
quille est de 54 millimètres (environ 2 pouces. }. La surface de ses Fee 
est lisse, très-peu lamelleuse , et semblable à celle de RE éspèces de: 
gryphées. - ; 
Mon cabinet et celui de M. Desc 


6. Huitre fausse-came. Jelin , n. 58 , f. 1. 


"EP 


Ostrea ( pseudo-chama) irregulariter orbiculata , edentula ; fossulá ligamenti 

angustà perobliqua. n. 

E Longjumeau. Au premier aspect, on peut prendre cette. coquille pour une 
came; mais c'est une véritable Luitre. Elle na qu' une seule impression: 
musculaire „et n'offre point ‘cette dent épaisse et oblique qui caractérise 
les cames. | 

La coquille est irrégulièrement orbiculaire, à valve inférieure plus épaisse que 
a supérieure, ayant à sa base une fossette cardinale étroite et fort oblique 
Son diamètre est à peu près s de 5 centimètres ( environ 21 lignes). Lacayiié 

op 


^. EN 


^de Ta valve c inférieure se propage un d. sous l fossetie du ligament. 


Le cabinet de M. Defrance ‘et le mien. 


. Huire linguatule. 
es ( linguatula ) eliptico-spathulata, complañsta; nate in rferiore yore 
tratà. n. E 


.. È. n. Montmartre. ‘Cette huitré' Scale n'offrir d'abord rien de bien malc 


t 


mets 2e CRE 


quable; cependant elle est très-disuincte de toutes celles gue. lou connoit. 
Elle est aplatie, ovale , spatulée , linguiforme , et beauci y s petite ‘que 
= Fhuitre commune. Les plus grands individus n’ont que 45 "millitüétresi de 
longueur. La cavité de la valve inférieure est médiocre , et ne’s'étend point 


: au-dessous de la fossette du ligament. Cette espèce est une de celles qu'en 


nomme Auitre à talon. Dans les individus les plus âgés, le crochet de la 
valve . inférieure. est pekingi en un bec presque droit qui porte en dessus 
la: fossetti ée du ligament. La surface extérieure des vályes 
Glire des lames imbriquées d'une : manière altei K 


162 ANNALES DU MUSEUM 


8. Huitre en cuiller. . 

Ostrea C cochlearia} cuneato-spathulata , soarele, basi rostrata; valse 

“inferiore cochleariforme. n° 

L. n. Roquencourt. Cette espèce paroit, ainsi que la précédente, être toujours 
plus pue que l'huitre commune , car les plus grands individus du groupe 
que j'aisous les yeux n'ont pas 45 millimètres de longueur. 

' Elle est cunéiforme, spatulée et pointue à sa base où elle forme un bec par le 
prolongement de sa valve inférieure. Cette valve est creusée en forme de 
cuiller, et sa concavité s'avance plus ou moins sous le crochet ou le fossette 
cardinale. La valve supérieure est plane et lamelleuse. 

Cabinet de M. Defrance. 

9. Huitre à long bec. 7 Pe n^ 38, f. 4. 

Ostrea (longirostris) rudis ; valvà inferiore Gr : rostro PATES pr- 
tuoso. n. 

L. n. Sceaux. Je ne connois de cette calé qu’ une ie de sa valve infé- 
rieure. Elle est lamelleuse, fort épaisse, et offre un talon ou un bec. très- 
allongé sur lequel la fossette de ligament forme une gouttière longue, un 
peu tortueuse, médiocrement concave, ayant de chaque côté un bourrelet 
aplati qui l'accompagne dans toute sa longueur. La gouttière et les, deux 

^  bourrelets sont striés transversalement. 

Cette huitre paroît différente de l'espèce figurée dans la Conchyliologie de 
Chemnitz, vol. 8 , p. 4o, tab. 74, f. 678, ét quil rapporte à l'oszrea virgi» 

| niana. : 

_ Cabinet de M. Defrance. 
10. Huitre à canal. dece 

Qstrea (canalis) oblonga. , crassissima, lamellosa; valvæ inferioris rostro 

. canaliculato promiejite tio : 

£. Eadem. superne latiore. D 

L. n. Montmartre. Cette huitre est remarquable par Fee 5r ASE de ses 
valves et surtout de l'inférieure lorsqu'elle a vieilli de par la fossette cardinale 

. . de sa valve inférieure, qui est concave , prolongée en canal , avec un rebord en 

NS E Da de rampe: ou de trottoir de chaque côté. Le canal dont il est question 

est strié transversalement etun peu courbé de droite à gauche à son extrémité, 

Dans les ictu individus , il a eam 5 — L près de a4 mese i 
de lo: 

On trouve à b Montimsire des valves séparées de cette espèce; J'en: cm aussi 
un individu complet et fossile trouvé à Sain;-Paul-Trois-Chateaux. Cette 
huitre ne me paroit pas très-différente de l'oszrea. virginiana de Gmelin, qui 


+ 


'LV'HISTOARE NATURELLE. 163 
est mieux représentée dans l'ouvrage de Lister que dans celui de Chemnitz. 
Elle vit actuellement sur les côtes de la Virginie, de la Pensylvanie et principa- 
lement à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent. Sou impression musculaire 
est colorée en violet. La variété allongée et étroite se trouve fossile dans les en- 
virons de Bordeaux : c'ést plus particulièrement l'huitrg de Virginie. 

Mon cabinet. 

11. Huitre crénelée. 

Ostrea: (crenulata) PNR ri, PAPER vix lamellosa ; marginibus 
utrinque crenulatis. n. 

L. n. Houdan. Cette huître à à peine 4 centimètres [ environ 15 Lignes ] de lon- 
gueur: Elle est ovale-oblongue , aplatie , trés-peu lamelleuse, et semble faire 
le passage entre les espèces à bords unis et celles à bords plissés. Elle a en effet 
. ses bords crénelés en dedans, et en dehors dans le contour ; et leurs crénelures 


= résultent d'un plissement léger qui se fait principal en dehors. 
La fossette du ligament est courte , plus large que longue , et en n général peu 
considérable. Cette espèce me paroi très-distincte de toutes celles que l'on 
connoit. : 

Cabinet de M. Defrance. 

12. Huitre cyathule. Z'élin, n° 55,f 7. - 

"Ostrea( cyathula ) subrobiculata ; lamellis imbricata , inequivaleis ; valvà 
inferiore concavà, ps are crenulaià : superiore planiusculà. n. 

En Longjumeau. Cette huitre a environ 5 centimètres [15 lignes dans son plus 
grand diamètre, Elle est presque orbiculaire, et a sa valve inférieure plus 
grande et biah ns A: bord de cette valve est comme crénelé par les suites 
des plis l basse ena extérieure. La fossette du li- 


Ce ^ 


susct est petite , conique, quek narriere. La valve supérieure 


, 


est tantót un peu eT issii légèrement convexe et imbriquée de lames 


Eee de M. Dii 

15. Huitre spatulée. Pls D 3D,L ^ 

Ostrea (spatulata) oblongo-ovata , curvata , apice dilatata ; fossulà cardinali 
oblongà , incurvà. n. 

L. n. Sceaux. Cette coquille est longue de 65 ES, environ 2 pouces 4 
lignes J, ovale-spatulée, un peu dilatée à son sommet, et remarquable par une 
double courbure qui peut servir à la faire reconnoitre. En effet, sa base se — 

. courbe en dessous ou en descendant , et son sommet se recourbe Sa deis Ton 
des cótés de la coquille est plus épais que l'autre. La fossette cardinale est un 


104 ANNALES DU MUSEUM : 
pes graude, oblongue, striée transversalement , et se courbe en descendant 
comme la base de cette coquille. 

Je possède une huitre dans l'étatfrais ou marin,qui est un peu allongée que 
celle-ci, mais qui me paroit n’en être qu'une variété. Elle a les mèmes-e ourbures 
et l'un des côtés beaueoup plus épais que l'autre. 

Cabinet de M. Defrance. 

14. Huitre difforme. Vélin, n° 37, f. 4. 

Ostrea ( deformis ) ovato-oblonga ,deformata., uno latere subdepressa; valvà 
inferiore concavà: altera plana minore. n. 

8. Eadem elongata , angustior. Vélin, n. 55, £ 9. 

L n. Grignon. Il est difficile de décrire cette espèce , tant eke et irrégulière e n 
forme. Cette huitre est en général fort petite eta r: 
de longueur. Elleest ovale ou Aes " isis udquivabue: fort dier m r 
eta constamment sa valve inférieure plus gravde et concave. Le crochet ou la 
base de cette valve porte en dessus une fossette conique, arquée de droite à 
gauche. La valve supérieure est plus étroite, oblongue et aplatie. La variété 5 
est allongée, et en général plus étroite et moins gu pics 

Cabinet de M. Defrance. À 

a5. Huitre en crochet. Vélin, n^ o 52, f. 5 et 15. ri 

Ourea uncinata ) semi-orbiculata , uncatim curea , depressa; uno latere sinu 
 lamelloso. n. 

" d n. Grignon. Aucune espèce n'est plus remarquable ni plus distincte que celle 
dont il s'agit ici ; c'est une petite coquille aplatie , en par tie orbiculaire, ayant 
d'un côté, près de sa base , une échancrure. profonde qui donne à la coquille 
l'apparence d’être courbée comme un crochet ou un hameçon. La valve, infé- 
dérieure [£.3 ] est plus grande, et présente au bord qui forme le sinus une 
plus grande épaisseur et un tissu plus lamelleux. La valve supérieure « estiantôt 
plane et tantôt un peu convexe, eta pareillement la forme d'un. crochet La 
fossette cardinale est petites peu enfoncée. Les plus grands individus de 
cette espece sont à peu près de la grandeur de 1 ‘ongle du pouce, 

. Cabinet de M. Defrance. —— 

"6 Huitre flabellüle. Vélin , n° si x ; | : 
Ostrea (fabellula) ohonga cuneata , subarcuata ; plicis long gitudinalibus 
: TUEOSIS ; ; zate alterà productà. n. 
“Chama plicata. altera. Brand. foss. Hauton. n. 85. 


L. n. Sign. Lhuître dont il s'agit paroit constituer MERELE. T a 
piles que l'on counoit : pile est oblongue, cunéiforme et souvent ar- 


D'HISTOIRE NATURELLE, 165 
quée presqu'en croissant. Les plus grands individus n'ont que 4 centimètres 
de longueur[environ un pouce et demi ]. La valve inférieure est la plus grande, 
un peu concave , et s'élargit dans sa partie supérieure comme un. petit évantail 
ouvert. Elle est plissée et comme ridée longitudinalement en dessous, et ses plis 
paroissent composés de lames imbriquées convexes et fort courtes; ils rendent 
le bord entier de la valve plissé dans.son contour, Le crochet ou la base de 

"cette valve se prolonge en bec pointu, long de 5 à 7 millimètres „et offre 
en dessus une fossette.oblongue et conique. Les différentes valves supérienres 

. que je possede étant toutes isolées, j'ignore si elles appartiennent réellement à 
cette espèce. Je crois néanmoins que sa valve supérieure est plane, nullement 
plissée. 

Mon cabinet et celui de M. Did + 

17. Huitre bateau-plat. Velin, no. 58. f. 3. 

‘Ostrea ( cymbula ) subovata , longitudinaliter plicata; valv superiore planà 
lœvi. n. 

An chama plicata ? Brand. foss. Hant. n. 84. 

L. n. Griguon. Cette huitre se ix tellement de la précédente par ses rap- 
ports , qu'elle n'en est pouce qu'une variété. Cependant elle est un peu plus 
grande, plutôt ovale q , et les plis de sa valve inférieure sont plus 
grossiers , plus dr diiqué La Böse dé cette ‘valve offre un bec court, incliné, - 

` oblique, chargé d'une petite fossette conique. La valve supérieure est plane, 
lisse , plus petite que l'autre. : 

Cabinet de M. Defrance. 


18. Huitre pectinée. Vélin, n.o 56 , f 1. 4 : 

Ostrea (pectinata ) oblonga. arcuata , pectinatim plicata ; valvis convexis x 
margine serratis , sulco mediano exaratis, n. 

L. n. Près de Dreux. Cette huitre fossile se rapproche de l'oszrea diluviana de 
Linné : elle en diffère en ce qu'elle est fortement arquée en croissant ou.en 
faucille, au lieu que celle de Linné est droite ou à trés-peu prés. Je crois 
posséder l'espèce méme de Linné, et j'ai prêté mon exemplaire à Bruguières 
qui l'a fait graver dans les planches del'Eneyclopédie. [ Voyez pl. 188, f. 1, 2.] 

L'huitre pectinée a 5 ou 4 pouces de long [ plus d'un décimètre J; elle est ar- ` 

uée en croissant, et offre sur le disque de chaque valve une rainure longitu- 

- dinale, le long de laquelle partent de chaque côté des plis nombreux , un peu 
obliques et disposés en dents de p 

Les huitres à bords plissés se distiigednt «.* 1? en celles dont les valves élargies et 
arrondies supérieurement ont leurs plis rayonnans sur le disque soit des deux 
valves , soit seulement de la valve inférieure [ Ostrea crista galli , ostrea 

> 8 xx —— 


166 ANNALES DU MUÉSUM 


Ayotrs, etc. J; 2.° et en celles dont les valves allongées ont leurs plis rangés 
de chaque cóté en dent de peigne, partant d'une rainure longitudinale placée 
sur le disque des valves. Voici quelques espèces de cette sous-division. 

Ostrea folium. Lin. 

Ostrea frons. Mytilus frons. Lin. 

Ostrea diluviana. Encycl. pl. 188, £ 1 ,2. 

Ostrèa pectinata, n° 

Ostrea cárinata. n; Encyclop. pl. 187, £5, 4, 

Les valves de celle-ci sont pliées en deux, carinées sur leur dois très-compri- 
mées sur les côtés. Fossile de Cany , département de Seine-Inférieure. 

Mon cabinet et celui de M. Richard, 


DHI)STOIRE M ATUREL L E. 167 


RECHERCHES CHIMIQUES 


Sur la couleur verte que prennent certains bois 
enfouis dans la terre ou plongés dans l'eau. 


PAR M. VAUQUELIN. 


Deus long-temps on a remarqué la couleur verte que 
prennent les bois plongés dans l'eau ou enfouis dans la terre, 
mais on ne s’est jamais occupé , je crois, de rechercher quelle 
est la nature de la substance qui produit cette couleur : c'est 
ce que j'ai tàché de. découvrir par les expériences suivantes. 

Cette couleur n'est pas soluble dans l'eau, mais elle se dis- 
sout dans ce fluide légérement alcalisé par la potasse; les 
acides la précipitent de cette solution alcaline sous la forme 
de flocons d'un vert-foncé; le bois dépouillé de cette: matière 
par les alcalis a alors une coule brune. 

Les acides ne la dissolvent point; ils élévent au contraire 
l'intensité de sa nuance ; ils n'enlevent au bois qu'un peu de fer 
et de matière bitumineuse. 

L'alcool appliqué à chaud. au. bois dissout trés-facilement 
sa couleur verte, et prend une couleur purpurine trés-foncée, 
comme celle que le méme agent tire de l'indigo. 

227 


. É Y 
168 ANNALES DU MUSÉUM 


La dissolution alcoolique de cette substance concentrée par 
l'évaporation , est légérement troublée par l'eau : si alors on y 
méle quelques gouttes d'un acide quelconque , elle devient 
verte. 

Cette matière , séparée de sa solution alcaline, au moyen 
des acides, comme je l'ai dit plus haut, brüle à la maniere des 
résines , c'est-à-dire qu'elle se ramollit, se boursoufle et exhale 
des vapeurs piquantes, et laisse un charbon qui se consume 
facilement sans laisser de résidu. 

Les huiles fixes et volatiles se combinent à cette matière et 
se colorent en vert. L'acide muriatique oxigéné en détruit sur- 
le-champ la couleur verte en la faisant passer au jaune. 

D’après ces expériences, il paroît que la couleur verte que 

contracte le bois enfoui dans la terre ou plongé dans l'eau est 
produite par une substance végétale analogue aux résines, et 
qui provient probablement de la décomposition du bois ou de 
quelques-uns des principes qu'il contient. 
"Quelques personnes ont pensé autrefois que cette couleur 
étoit formée par le prussiate de fer ou bleu de Prusse : je l'ai 
moi-même soupconné, en voyant que les acides ordinaires 
ne l'attaquoient point , et qu'elle étoit dissoute par les alcalis ; 
mais l'absence absolue du fer et de l'acide prussique m'a fait 
changer opinion, 

Comme c'est le plus souvent dans les tourbiéres que se 
trouvent les bois colorés en vert, j'avois ensuite imaginé que 
le phosphate de fer pouvoit en être la cause; mais linaction 
des acides sur cette matière m'a fait tab abandonner 
cette idée. J'ai vu d'ailleurs que la matière verte, à l'état de 
pureté, ne contenoit ni fer ni acide. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 169 
Quoique j'ignore absolument la manière dont cette subs- 
tance verte se forme, il me paroit cependant qu'elle est le pro- 
duit d'une nouvelle combinaison entre une portion des prin- 
cipes du bois décomposé ; car jusqu'ici je ne sache pas qu'on 
ait trouvé rien de semblable dans le bois sain. Au reste, je 
compte me livrer uliérieurement à quelques recherches sur 
cet objet. 


150 AK NIMDAR&OEG.Du. MU SÉ UM 


- SIXIÈME MEMOIRE 


Sur les caractères généraux des familles , tirés 
des graines , et confirmés ou rectifiés par les 
observations de GÆRTNER. 


PAR.A. L. DE JUSSIEN 


ConOLLES MONOPÉTALES, ÉPIGYNES, A ANTHÈRES RÉUNIES. 
: ( Troisième partie. ) 

(Us Mémoire est consacré à la suite de l'examen des genres 

de Gartner, qui se rapportent à la famille des corymbiferes. 

Déjà ceux des deux premieres sections ont été discutés ( vol 7, 

page 273 ) ; on se hâte de passer à la suivante. 

Troisème Secrion. Réceptacle nu. Graine non aigrettée. 
Fleurs radiées. L'observation principale à faire dans cette 
section concerne le genre pyrethrum, établi par Haller, et 
que Gærtner fait revivre. Linnæus confondit ensemble le 
leucanthemum et le chrysanthemum de Tournefort sous ce 
dernier nom,sans égard à la couleur différente de leurs 
demi-fleurons. Il rapprochoit ce genre de la matricaire, en 
adoptant, pour seuls caractéres distinctifs, des écailles cali- 


D'HISTOIRE NATURELLE. igr 
cinales, membraneuses dans le chrysanthème, aiguës dans la 
matricaire ; et il réunissoit à celle-ci deux camomilles à 
réceptacle nu, matricaria suaveolens et M. chamomilla. 
Haller, jugeant ces distinctions insuffisantes, examina avec 
soin les graines de plusieurs espèces de ces deux genres. Les 
unes étoient absolument nues, les autres couronnées d'un re- 
bord membraneux denté. Celles qui offrirent ce dernier carac- 
tere „telles que le chrysanthemum corymbosum e le C. alpi- 
- num , furent rangées par lui dans un nouveau genre auquel il 
donna le nom de pyrethrum, sous lequel long-temps aupara- 
vant Gartner avoit désigné uné de ces espèces ; et par suite il 
xoc au matricaria tous les autres chrysanthemum de Lin- 
nœus , à graines nues, supprimant ainsi ce dernier nom qui 
ne A convenir à des espèces dont le rayon étoit blanc 
ou purpurin. Gæriner a adopté le pyrethrum et son caractère, 
et d'apres ses observations les chrysanthemum inodorum , 
atratum , serotinum , arcticum, myconis el bipinnatum appar- 
tiennent encore à ce genre. Comme Haller, il a laissé dans un 
autre genre, mais sous le nom de chrysanthemum, les espèces 
à graines nues et à réceptacle convexe, réservant le nom de 
matricaria à celles qui avoient les mêmes graines portées sur 
un réceptacle conique , et par cette détermination i! semble 
réduire ce dernier genre aux deux camomilles dont Linnzus. 
avoit fait des matricaires , puisqu'elles seules ont le réceptacle 
conique. Smith et Willdenow ont admis le méme partage et la 
mémenomenclature ; de plus , entre leurs mains, le pyrethrunr, 
enrichi de nousee ir sait enlevées au VS Morin » 
én compte maintenant jusqu'à vingt-cinq dans le nombre des- 
quelles. se trouve la matricaire ordinaire , matricaria parthe- 
nium , qui a les graines véritablement dentées. Il en résulte l'im- 


172 ANNALES DU MUSÉUM 

possibilité de donner avec Haller le nom de matricaria aux 
espéces à graines nues, etla nécessité de leur conserver, à 
défaut d'un meilleur, celui de chrysanthemum, quoique vicieux. 
Mais nous ne pouvons admettre avec Gartner , Smith et Will- 
denow, ce méme nom matricaria pour les deux camomilles 
mentionnées plus haut , parce que si l'on ne veut pas donner 
de fausses idées, il faut ou le supprimer entièrement comme - 
générique et le rendre simplement spécifique, ou ne l'appli- 
quer qu'au genre qui contient la matricaire ordinaire. Les deux 
plantes en question qui sont des camomilles et non des ma- 
tricaires, doivent rester sous leur premier nom camomilla ou 
chamomilla , mentionné par C. Bauhin , sous lequel l'une d'elles 
est trés-connue comme plante usuelle. Leur caractère distinctif 
consistera dans un calice plane, un réceptacle nu et conique 4 
ei des graines nues. 

Gærtner a encore réuni au DCE le matricaria asteroi- 
des, Lin. dont L'héritier avoit fait auparavant son boltonia; mais 
ce dernier genre peut étre maintenu, parce que la graine a 
deux de ses dents prolongées en arêtes ou cornes, et un ré- 
ceptacle creusé d'alvéoles. On ajoutera que le Zancisia de 

Gartner , dans lequel il réunit le cenia et le Ilidbeckia , paroît 
devoir être retranché , parce que. ces deux genres sont assez 
bien caractérisés et véritablement distincts. 

QUATRIÈME SECTION. Réceptacle nu. Graines non aigrettées. 
EF leurs à fleurons. Dans cette division, Gartner a fait peu de 
changemens. Il a réduit comme nous le genre cotula aux espèces 
non radiées. Il a séparé del'artemisía toutes les especes d'absin- 
the que les auteurs anciens distinguoient et qui diffèrent par le 
réceptacle velu. ll a rétabli, pour le struchium de Browne ,le 


D'HISTOIRE. NATURELLE. 173 
nom plus ancien de spargenophorus donné par Vaillant, et 
qu'il conviendra peut-être de préférer. 

C'est à cette section qu'il faut rapporter le soliva de Ruiz 
et Pavon qui avoisine le cotula ; le deneckia de Thunberg, 
près de l'ethulia; le balsamita de Desfontaines et le gym- 
nostyles des Annales, vol. 4, près de V hippia ; le centipeda de 
Loureiro , qui paroit être le même genre que le grangea ; le 
calomeria de Ventenat que l'on ne peut éloigner de Parnioise. 

Cinquième secriox. Receptacle paléacé ou chargé de pail- 
lettes. Graines non aigretiées. Fleurs radiées , ou plus rarement 
à fleurons. On doit reporter ici plusieurs genres nouveaux de 
Gertner, tels que Zonas eva, gnaphalium , chamemelum et 
phaétusa, qu'il convient d'examiner successivement. Si l'on di- 
vise.dans la suite cette section en deux, d'après la considéra- 
tion des fleurs à fleurons et des fleurs radiées , les trois premiers - 
genres appartiendront à la première division , et les deux autres 

Le lonas fait partie de l'athanasia de Linnwus, sous le 
nom d'athanasia annua ; on le distingue par son réceptacle 
conique etnon plane comme dans Vathanasia, par ses graines 
couronnées d'un rebord denté et non d’écailles fines ou petites 
paillettes. Ces deux caractères semblent suflire pour distinguer 
le genre , quoiqu'il n'ait pas été admis par les auteurs modernes. 

On ne peut encore se dispenser d'adopter le genre eva, 
qui est le filago pygm«ea, Lin. Il a, comme le précédent , un 
réceptacle allongé en forme d'axe et couvert de paillettes inter- 
posées entre les graines qui sont. nues. De plus, les fleurons 
du centre sont mâles, et ceux de la circonférence femelles. Dans 
les autres filago, au contraire, que plusieurs auteurs reportent 
au gnaphalium de Linnzus, le réceptacle est mu 4 plane , 
. i 2 | 


174. ANNALES DU MUSEUM 

chargé de graines aigrettées. Willdenow adopte le genre nou- 
veau , mais en lui laissant le nom ancien filago dont il dépouille 
toutes les autres espèces refondues dans un plus grand'genre. - 
Cependant, comme ce nom ne peut manquer de rappeler 
l'idée de ces dernières, auxquelles il a toujours été appliqué jus- 
qu'à présent , on évitera toute confusion en conservant au genre 
de Gartner le nom qu'il lui a donné. 

Le gnaphalium de Bauhin et de Tournefort avoit été réuni 
par Linnzus à l'athanasia, dont il differe cependant par ses 
grainesnonaigrettées , qui le ramènent plus près dela santoline, 
comme je l'ai indiqué. Gærtner a cru devoir rétablir le genre 
ancien sous son premier nom qu'il óte au genre nombreux au- 
quel Linnzus l'avoit transmis, et il le caractérise surtout par 
les fleurons comprimés par le bas et munis de deux appen- 
dices ou oreilles qui embrassent les cótés de la partie supé- 
rieure de la graine. Desfontaines adopte le genre; mais laissant 
à celui de Linnzeus un nom consacré par une longue posses- 
sion, il applique à celui de Gæriner le nom diotis qui exprime 
son caractére de double oreille, mais qui a été donné anié- 
rieurement par Schreber à l'exyris ceratoides , Lin., trans- 
formé en genre à cause du calice de sa fleur femelle terminé 
par deux lobes qui couronnent la graine parvenue à maturité, 
Ainsi de part et d'autre il existe une confusion de noms qui 
-~ embarrasse la science. Smith et Willdenow l'évitent ei repor- 
tant cette plante ancienne dans le genre de la santoline sous 
le nom de santolina maritima. On y retrouve en effet les ca- 
racteres essentiels de ce genre dont elle ne peut s'éloigner , ct 
on peutregarder la conformation de la base des fletirons comme 
un simple caractére spécifique, tant qu'il n'existe que dans cette 


espèce. Ge Su est le moyen le plus simple de leyer 
la difficulté. | 


D'HÉISTOURESNATURERXL EL. 179 

ll ne paroît pas que l'on puisse distinguer dans le genre 
anthemis les espèces dont les graines ont un petit rebord mem- 
bri 'aneux et celles qui n'en ayant pas, ont été séparées par Gært- 
ner sous le nom de chemæmelum. Cette difiérence de carac- 
iere est si peu apparente à cause de la petitesse des graines et 
conséquemment des rebords, quand ils existent, qu'on ne peut 
toujours la reconnoitre, et pour cette raison ce genre de Gært- 
ner n'a pas été admis. 

Il n'en est pas de méme de son phaëtusa qui , voisin du si- 
gesbeckia , en diffère par ses demi-fleurons moins nombreux, 
par son calice extérieur à plusieurs feuilles , et surtout par ses 
graines, dont toute la surface est couverte de poils , débordant 
un peu par le haut ej imitant une petite aigrette. Il a été con- 
servé avec raison par Schreber et Willdenow, et il doit être 
maintenu. 

Les autres genres nouveaux à réunir dans cette section 
sont assez nombreux : le cæsulia de Roxburg doit être placé 
pres du calea, le ximenesia de Cavanilles et le meyera de 
Schreber non loi du sclerocarpus. Le vermifuga de la Fiore 
du Pérou est probablement notre flaveria chiloensis dont il 
faudra peut-être séparer le flaveria peruviana pour le réunir 
au piqueria de Cavanilles. Le navenburgia de Willdenow, 
l'enydra de Loureiro et le pascalia d'Ortega se placent entre 
le milleria et le sigesbeckia. Le sobreyra de Ruiz et Pavon 
et le tetragonotheca de L'héritier , semblables dans la plupart 
de leurs caractères, avoisinent le polymnia , ainsi que l'alcina 
de Cavanilles, dont les petites éminencesou pointes, remarquées 
au sommet des graines, ne suílisent pas pour l'éloigner de 
cette section et le rapprocher du wedelia dans la suivante. 
C'est encore prés des mêmes genres qu'il faut mettrele dahlia 

23 * 


176 ANNALES DE MUSEUM 
de Cavanilles ou georgina de Willdenow, qui fournira de belles 
especes aux jardins d'ornement. 

On remarquera encore dans la méme section que Gertner 
confirme le caractere d'ovaire adhérent ou inférieur que nous. 
avions énoncé pour le tarchonanthus, dans lequel Linnæus et 
Bergius admetioient un ovaire supérieur ou libre. Ils ont pu 
y être déterminés en observant que la corolle , laineuse à sa 
surface, ne s'implante pas sur l'ovaire comme dans les autres 
composées, mais se prolonge sur lui pour former son enve- 
loppe extérieure ( corollulæ lanatæ cum seminis integumento 
externo continue ,Gort.) Cette conformation particulière 
mérite un nouvel examen pour vérifier si ce genre doit, sui- 
vant l'opinion de quelques personnes, séloigner des corym- 
bifères. 

Ceux qui auront occasion Serin le genre osmites et 

ses diverses espèces , sont encore invités à réitérer l'observa- 

tion de Gærtner, qui a vu au sommet de la graine del O. as- 
teriscoides un simple rebord membraneux entier qui entoure 
une papille blanchátre recouverte par la base élargie du fleuron, 
et sur celle de l O. camphorina une aigrette ou couronne com- 
posée de pocas dents trés-remarquables , entourant une 
corolle non élargie à sa base. Si ce caractère est vrai, cette 
dernière sapere s'éloignera soit du genre osmites, soit de sa 
section, à moins qu'on n 'admette une exception comme dans 
d'autres genres cinarocéphales déjà observés. Nous voyons en- 
core que I-O. bellidiastrum et UO. calicina ont été reportés 
par L'héritier à son genre relhania dont il sera question dans 
la section suivante, comme ayant , selon lui, des paillettes sur 
le réceptacle, et une couronne membraneuse découpée sur la 
graine. La transposition du premier n’est point admise par 


D'HISTOIRE NATURELLE 177 
Willdenow qui le laisse parmi les osmites, ainsi que les deux 
précédens. L/ O. calicina devient dansles mains de Thunberg 
un genre nouveau, Japeirousia, auquel il assigne des fleurs 
toutes à fleurons, un réceptacle chargé, non de paillettes, mais 
de papilles, et conséqeumment nu , avec des graines bordées 
seulement d'un rebord très-petit et entier. Si ces trois carac- 
ières sont vrais, ce genre bien établi s'éloignera de l'osmites et 
du relhania,tous deux radiés et à réceptacle paléacé ; et il 
rentreroit dans la section précédente. 

Gæriner admet dans l'ec/ypta, que nous rapportons à celle- 
ci, quelques petites dents ou écailles qui couronnent la graine : 
si ces dents, que nous n'avons pu voir, existent réellement, il : 
faudra reporter ce genre dans la division suivante. 

Sixième secrion. Réceptacle paléacé. Graines couronnées 
de dents ou de paillettes. Fleurs radiées ou plus rarement 
à fleurons. On ne trouve dans cette section que trois genres 
nouveaux établis par Gæriner , synedrella, eclopes, apuleia. 

| Tl n'existe qu'une espèce de synedrella , connue antérieure- 
ment sous le nom de verbesina nodiflora, Lin. , qui lui a méme 
été conservé jusqu'à présent par presque tous les botanistes. 
Ce genre se distingue cependant du verbeszna par ses graines 
de deux formes différentes: les unes centrales appartenant aux 
fleurons, simplement cunéiformes, étroites et terminées par 
deux. arétes;les autres marginales en trés-petit nombre, ré- 
pondant aux demi-fleurons dont la languette est trés-courte , 
ovales, comprimées , amincies et profondément dentées sur 
leurs. bord et terminées également par deux arêtes ou dents 
supérieures. Des écailles placées entre les demi-fleurons et les ` 
fleurons sont regardées comme calice intérieur par Gærtner ^ 
qui admet au cenire un réceptacle nu; mais il est plus naturel 


178 ANNALES DU MUSÉU M 


de n'admettre qu'un calice de trois à quatre feuilles , placé ex- 
térieurement , et un rang de paillettes intérieures portées sur 
le réceptacle. Cette dénomination conserve près de la verbe- 
sine le nouveau genre qui doit être admis. 

En examinant le caractère de l'eclopes, on le trouve en 
tout conforme à celui du relhania donné antérieurement par 
L'hériüer, et adopté depuis par les botanistes modernes; il 
ne peut donc étre conservé. 

La méme conséquence est tirée pour l'apuleia , qui , rapporté 
d'abord successivement par divers auteurs aux genres cartha- 
mus , carlina, atractylis , gorteria , avoit été pour la première 

fois formé en genre distinct par Adanson sous le nom de cro- 
codilodes. Ne pouvant adopter ce nom, je lui donnai celui 
d'agriphy lum , à cause des feuilles de la première espèce, épi- 
neuses comme celles du chêne vert. Ensuite Schreber, suivi 
par Willdenow, admettant le genre, le nomma Lerckheya ; 
Gærtner , dans le méme temps, en fit un apuleia, et Vahl , 
. dans les Actes de la Société de Copenhague, un rohria. Plus 
anciennement, Houttuyn avoit nommé une espèce bastera. 
Ces diverses dénominations prouvent que ce genre devoit étre 
établi; et il est en effet irès-remarquable par son réceptacle 
creusé de fosseltes profondes semblables à des alvéoles : mais, 
au milieu de cette confusion de noms, lequel doit étre adopté? 
L'agriphyllum est plus ancien, mais il ne présente qu'un ca- 
ractère générique. Le rokria offre une monographie bien faite, 
accompagnée de figures; le berckheya est adopté dans un ou- 
vrage général et presque classique. C'est au moins entre ces 
— deux derniers noms qu'il faut choisir en supprimant tous les 
autres. 


Parmi les genres nouveaux de corymbifères, publiés par 


, 3 

D'HISTOIRE NATURELLE. 170 
d'autres auteurs, on doit rapporter à cette section l’Aeteros- 
perma de Cavanilles, trés-voisin du synedrella , mentionné pré- 
cédemment; le melananthera de Michaux „qui étoit le bidens 
nivea, Lin.; le sanvitalia de Lamarck ou lorentea d’ Ortega près 
de la verbesine ; le cosmos de Cavanilles, congénere du co- 
reopsis; le trixis de Swarts, qui est le baz//ieria d Aublet, le ga- 
linsoga de Cavanilles, et le reZAanza cité plus haut, tous deux 
à la suite du wedelia ; le marshallia de Schreber , et le rose- 
nia de Thunberg , qui seront placés à la suite du berckheya 
ou rohria ; le siloxerus de Labillardière, qui a le port d'un 
grangea ou d'un micrópus, mais que son réceptacle paléacé 
et sa graine couronnée d'un rebord deuté ramènent dans cette 


division. 

SEPTIÈME SECTION. Récepidele paléacé. Graines aigrettées. 
Fleurs radiées. Deux des genres de Gærtner , cuspidia et ur- 
sinia, présentent les caractères indiqués ici. Le premier , 
nommé auparavant par Linnzus gorteria cernua, est suili- 
samment distingué du gorteria à réceptacle nu par ce mêms 
réceptacle couvert de paillettes dont la réunion en une seule 
masse forme des alvéoles ou fossettes profondes occupées par 
les graines, comme dans le berckheya. Il a en ce point avec 
ce dernier une grande affinité, et en diffère seulement par ses. 
aigrettes plumeuses et non composées de petites écailles. Quoi- 
que le cuspidia wait pas encore été accueilli par les botanistes: 
modernes, qui persistent à le laisser dans le gorteria, nous 

n'hésitons pas à admettre à cause de son réceptacle ; et il de- 
yra être placé à la tête de cette section. 

Linnœus, dans son genre arctotis, composé seulement n 
onze espèces, distinguoit celles à réceptacle velu et celles à ré- 
ceptacle paléacé. Cette distinction a été conservée par ses édi- 


t 


180 ANNALES DU MUSEUM 


ieurs ou successeurs , qui ont porté le nombre des espèces à 
soixante, dont les trois quarts environ présentent le premier 
caractère. Gærtner examinant une de celles-ci, 4. undulata , 
a trouvé un réceptacle creusé d'alvéoles, dont le bord supé- 
rieur est tres-velu ; ces alvéoles Roma des graines lai- 
veuses couronnées de huit écailles égales, et munies en outre 
de deux ailes latérales opposées, repliées du méme cóté. Une 
autre, Æ. sulphurea „ne différoit que par le nombre des écailles 
videi à quatre; et cet auteur dit avoir trouvé la méme con- 
formation dans presque toutes les espèces i à réceptacle velu 
qu'il a eu occasion d'observer. Dans trois espèces de la seconde 
division , 4. paradoxa , pilifera, anthemoides , il a vu un ré- 
ceptacle non creusé ni velu, mais seulement couvert de pail- 
lettes qui embrassent les graines ;- celles-ci étoient dépourvues 
d'ailes latérales et couronnées par cinq écailles extérieures et 
cinq arêtes intérieures. Ces caractères lui ont paru assez tran- 
chés pour former avec ces espèces un nouveau genre qu al 
nomme wrsinia, et dans lequel il présume que devront rentrer 
les autres espèces de la même division. Cette différence dans 
la structure du réceptacle et de la graine suffit pour autoriser la 
formation de ce genre qu'il ne faudra cependant admettre 
qu'aprés avoir fait la vérification indiquée par Gertner. De 
sink. en examinant avec attention dans ces deux genres la cou- 
" j'en graines composée d'écailles, on croira peut-être de- 
voir les reporter dans la section sgtéviilne entre l'oedera et 
le berckeya.- 
_ Dans celle-ci devront être réunis, à raison du réceptacle pa- 
- féad et de l'aigrette plumense , le rhantertum de Desfontaines, 
le craspedia de Forster , le balbisia de Willdenow. Si, comme 
nous le pensons ; la même pre doit pas être attachée 


E 


& 
D'HISTOIRE NATURELLE. 187 


aux réceptacles simplement velus, et si leur duvet ne s'oppose 
point à leur rapprochement des réceptacles nus, il faudra non 
seulement reporter le mussinia de Willdenow dans la seconde 
section prés du gorteria , et le confondre méme avec le gaza- 
nia de Gærtner ( ce qui a déjà été indiqué, vol. 7, p.399 ); 
mais en détachant avec Willdenow l'amellus umbellatus, Lin. 
de son genre primitif, sous le nom de starkea, à cause de son 
réceptacle velu, on devra le placer dans la méme section, non 
loin de l'aster près duquel son port et ses divers caractères 
semblent le ramener. 

Huinièwe secrion. Corymbiféres à anthéres rapprochées 
non réunies , et-à calice commun monoique. Le caractère de 
la non réunion des anthères dans quelques composées pré- 
sente une différence qui avoit d'abord été jugée importante, 
mais qui, mieux examinée, paroit n'étre qu'une simple excep- 
tion de moindre valeur, surtout lorsque tous les autres ca- 
ractéres indiquent la famille. Déjà cette observation a été faite 
(vol.7, p. 380 ) relativement au kulmia: elle peut également 
s'appliquer aux genres de cette section, dans lesquels Gærtner 
annonce aussi cette séparation des anthères, antheræ discrete. 
Ainsi l'ipg qui a le réceptacle paléacé et les graines non ai- 
grettées, pourra rentrer dans la cinquième section prés du mil- 
leria; ex du sigesbeckia. Le clibadium, si son réceptacle est 
le méme; ne s'en éloignera pas. La description du parthenium, 
donnée par Linnzus, étoit incomplète : il n'ayoit point parlé de. 
deux cornes ou dents courtes qui coùronnent sa graine, et de - 
deux autres filets ou appendices partant du méme sommet, au- 
dessous des dents , et réfléchis contre les côtés de la graine. € 
caractère, dont Gærtnet, Schreber et Willdenow ne font pas 
mention, se retrouve le même dans les deux espèces seules 

24 


L 


182 ANNALES DU MUSÉUM 

existantes de ce genre. Cavanilles et Ortéga l'ont reconnu 
dans le parthenium hysterophorus qu'ils ne connoissoient pas; 
et déroutés par cette organisation singulière qu'ils ne retrou- 
voient dans aucun genre connu des composées, ils en ont fait, 
chacun de leur côté, un genre que le premier a nommé ar- 
gyrochæta, et le second, villanova. Dans le méme temps, 
Beauvois observoit en Amérique le parthenium integrifolium 
sansle connoitre; et remarquant cette méme organisation par- 
ticulière et surtout les filets réfléchis, il en fit son genre tri- 
chospermum , un de ceux qu'il présenta à l'Institut. Ce sont 
les observations de ces auteurs qui ont rappelé l'attention sur 
le vrai caractére du parthenium , qu'il faut maintenant rectifier 
ou compléter en supprimant les trois genres nouveaux. Ces 
appendices de la graine, joints à un Buréceptacle paléacé , le 
placèrent près du baillieria dansla si tion. Celle-ci sera 
supprimée,au moyen d’une nouvelle arre des trois seuls 
genres qui la composent. 

NEUVIÈME ET DERNIERE SECTION: Corymbiféres anomales, à 
anthéres rapprochées et non réunies et à calices dioiques. 
Des trois genres rapportés à cette section , nous ne connois- 
sionsle dernier, nephelium , que parla em générique de 
Linnzus, qui présentoit quelque rapport avec le xanthium. 

. Un coup eil sur la plante en herbier a suffi pour la reporter 
aux sapindacées, et Labillardiére a méme prouvé depuis que 
-ce n'étoit qu'une espèce de sapindus. 
= Les deux autres, ambrosia et xanthium , méritent une at- 
tention particulière à cause d’une disposition et structure des 
"a qui diffère un peu de celle des vraies composées. Les 
rs mâles et les femelles sont placées dans des calices 
communs ou involucres différens, contre l'habitude de la 


$ 


D'HISTOIRE NATURELLE. 193 
famille, qui les présente ordinairement réunies dans le même 
calice. On voit, à la vérité, tous les baccharis ( vol. 7, p. 385) 
et an gnaphalium dioïques ; mais c'est par avortement : au 
lieu que, dans le xanthium et l ambrosia , les sexes sont essen- 
tiellement distincts. Cette singulière organisation nous avoit 
fait présumer que ces genres pouvoient appartenir à une autre 
famille, et que si lon trausformoit leurs calices en involucres 
et leurs corolles en calices , on leur trouveroit de l'affinité avec 
les urticées et surtout avec le chanvre. Les observations incom- 
plètes de Gærtner ne peuvent lever l'incertitude : Richard en 
a fait de plus détaillées, qu'il a bien voulu me Ma rta i 
et qui jeteront € jour sur cette discussion. - 

Ila vu les fleurs mâles de l'ambrosia bidentata , Mich. , réu- 
nies plusieurs sans écailles intermédiaires dans un at étupre 
monophylle dont l'ouverture est oblique -Chacune de ces fleurs 
a un calice tubulé à cinq dents et cinq étamines, dont les filets 
sont distincts, insérés au bas du tube et un peu renflés au- 
dessous des anthères. Celles-ci, qui ne débordent pas, sont al- 
longées et comme appliquées contre la face intérieure du som- 
met des filets dont l'extrémité aigué les surmonte. Les fleurs 
femelles rassemblées en paquets de trois et entourées d'un pa- 
reil nombre de bractées , ont chacune un calice tubulé, renflé 
par bas , armé sur les cótés de quatre dents entre lesquelles 
son tte s'allonge en se rétrécissant beaucoup. Il recouvre un 
ovaire surmonté d'un style court , sillonné, et de deux longs. 

stigmates , qui devient une capsule monosperme toujours cou- 
verte par le calice; et la graine est remplie par l'embryon, dont 
la radicule est inférieure. Cette description, peu différente € 
la nôtre, retranche cependant le style et le stigmate simp 
i : 24 * 


| organisation dans l'ambrosia qui a lov: 


184 ANNALES DU MUSEUM 

des fleurs mâles , et spécifie Fatacbe des étamines ainsi que ta 
forme des nere 

~ Dans les fleurs måles du xanthium strumarium . : * Richard 
trouve, comme nous , un réceptacle paléacé, et chaque fleur a 
un diii à à cinq dents , renfermant einq étamines. Mais, selon 
lui, les filets sont réunis en un iube de la longueur du tube, 
et insérés à sa base. Les anthères qui débordent sont distinctes, 
droites, allongées, et disposées comme ceiles de l'ambrosia. Sa 
description des fleurs femelles difíere de la nôtre, en ce qu'il 
nomme involucre l'organe quenous appelions calice avec Lin- 
næus, et de plus chacun des deux ovaires qu'il renferme pré- 
sente contre le style la trace de trois appendices très-petits et 
à peine visibles, qui sont, selon lui, les divisions d'un calice 
particulier. faisant corps avec Vita: 

- De ces deux organisations et surtout de la dernière, Richard 
conclut que ces deux genres doivent rester prés. des com- 
posées et former à côté d'elles une famille distincte. Il est. eer- 
tain que si les ovaires du xanthium ont un calice propre adhé- 
rent, on ne peut le reporter près des urticées qui ont toutes 
l'ovaire libre; mais ces appendices qui indiquent un calice sont 
à peine apparents, et d'ailleurs on ne retrouve pas, la même 
re libre, à moins que 
ce qui est ici réputé calice ne soit changé en involucre uniflore, 


et qu'on madmette, comme dans les graines non aigrettées, 


Ea 


| calice plus intérieur, sintiàremiont adhérent et sans limbe 
' ibrosia seroit semblable en ce point 


à celui des fleurs femelles du gymnostyles , décvit dans les 


nales (vol. 4, p.258),dont les fleurs femelles n'ont ni corolle 


mi limbe calicinal. Cependant, pourquoi dans l'ambrosia le - 


court et marqué dans sa longueur de deux sillons 


e 


DHISTOIRE NATURE DLT 185 
qui annoncent le simple rapprochement inférieur des deux 
longs stygmates qui caractérisent le chanvre et le houblon ? 
Il résulte des faits énoncés que, sans rejeter absolument les 
conséquences tirées par Richard, et sans, proclamer d'autre 
part l'af&nité avec les urticées, nous ne repoussons point l'idée 
de cette aflinité. Mais, avant. de: ladmeutre, il faut qu'elle soit 
confirmée par de nouvelles recherches, que le calice propre 
de l'ovaire du xanthium soit vu de nouveau, qu'il soit eher- 
ché dans d'autres. espèces du méme genre, et que l'on exa- 
mine. egalement toutes les ambrosies. Quelque soit le lien 
que ces genres occuperont, il faut leur associer le franseria de 
Cavanilles , dont l'aímité est telle qu'il avoit été nommé tarr- 
thium par Hie ils, et ambrosia par Lamarck. `` — 

Telles sont les observations auxquelles l'examen Remis 
de Gartner a pu donner lieu. On voit que cette grande classe 
présente | généralement un une grande uniformité dans la struc- 
ture intérieure de la graine, et beaucoup de différences dans: 
sa conformation extérieure, qui ont servi en par tie à caracté- 
riser les genres. On reconnoit encore que la nature y a placé 
plus de trois familles, et que celle des corymbifères doit être: 
subdivisée. Les genres nouveaux dont les découvertes récentes: 
l'enrichissent chaque jour , aideront à fixer les idées sur ses 
principales divisions. Quoique nous en ayons indiqué un assez. 
grand nombre , quelques-uns ont été omis, et d'autres ont été: 
publiés seulement depuis l'impression. des dust premiers + 
moires sur les composées, insérés dans les Annales (vol.6 , p 
307 et voL 7 , p. 373.) Ainsi, dans les chicoracées, nous “rh 
rappeler le thrincia de Roth renfermant quelques espèces dé- 
tachées du /eontodon, le podospermum de Candolle auquel | 
se rapportent les scorzonères à feuilles découpées , le podo- 


186 ANNALES DU MUSÉUM 
perma. de Labillardière, observé dans la Nouvelle-Hollande, 
et dont il faudra probablement changer le nom si le précédent 
subsiste. Le moscharia de Ruiz et Pavon appartient encore 
à laméme famille. Dans les cmarocéphales , le stobæa de Thun- 
berg et le stokesia de L'héritier se placent près del'atractylis 
et du carthame. On sera peut-être forcé de détacher de ce 
dernier le carduncellus d'Adanson et de Candolle , ou ono- 
broma de Gærtner , dont toutes les espèces ont les fleurs bleues 
et un port particulier. On doit encore adopter le leuzea de 
Candolle , auparavant connu sous le nom de centaurea coni- 
fera, remarquable par ses fleurs toutes hermaphrodites , son 
aigrette plumeuse et l'attache de sa graine non latérale, comme 
elle l'est dans les autres centaurées de Linnzus, suivant l'in- 
dication de Candolle. Enfin, dans les corymbifères on placera 


le uin de. babilesdiius prés de l'aster. 


, 
D'HISTOIRE NATURELLE. 187 


MEMOIRE 


Sur id genre ci les espèces de VesrerTiLIoN, l’un 
des genres de la famille des Chauve-souris. 


AR GEOFFROY-SAINT-HILAIRE. 


~ 


Le nom de vespertilion a, dans le principe, été employé 
pour désigner le petit nombre de chauve-souris alors connues 
de nos plus anciens méthodistes ; Brisson est le premier qui 
en ait restreint l'acception , et qui sen soit servi pour l'ap- 
pliquer à ceux seulement de ces mammifères qui ont quatre 
incisives à la mâchoire supérieure, et six à celle d'en bas. Ce 
naturaliste établit en outre, pour les autres espèces de cette 
famille, un genre particulier sous le nom de pteropus, auquel 
il assigne ce caractère distinctif : Jes dents incisives au nombre 
de quatre à chaque mâchoire. Ld 

Telle fut la classification à laquelle Erxleben- parut, en 1777» 
vouloir se conformer; mais comme il écrivoit à une époque où 
les découvertes de Daubenton avoient beaucoup augmenté le p 
nombre des chauve-souris, et les montroient comme suscep- 
tibles de beaucoup plus de différences, sous le rapport dont. 
Brisson les ayoit considérées, il fut alors embarrassé de 9. 
riches matériaux; avec moins de timidité, Erxleben eùt. entiè- | 
rement adopté we principes du naturaliste francais , : et eüt 


188 ANNALES D UM USÉU M 

fait autant de divisions génériques que l'état de la science lui 
faisoit connoitre de nouveaux types; mais il n'osa se permettre 
celte innovation, et fut cause que le genre vespertilio , du 
moins quant à sa première définition, fut détruit, puisqu'il y 
fit entrer toutes les chauve-souris qui avoient plus ou moins de 
quatre incisives, toutes celles enfin auxquelles les caractères 
du genre pteropus ne pouvoient convenir. 

Linnéus qui ne connut d'abord qu'un trés-petit nombre de 
chauve-souris, les réunit dans un seul groupe sous le nom de 
vespertilio ; cene fut que dans la dernière édition de son Sys- 
tema naturæ qu'il dérogea à ce principe et qu'il sépara des 
chauve-souris le /eporinus ou bec de lièvre , pour le faire en- 
trer (on ne sait trop pourquoi), sous le nom générique de noc- 

lilio , parmi les rongeurs. Ce grand homme, trop occupé alors 

d'établir lesn principales de ses classifications zoologiques, 
négligea bien souvent les subdivisions dont elles étoient sus- 
ceptibles. Leschauve-souris en offrent un exemple remarquable. 
On pourroit méme assurer qu'il ne les connut jamais; car il 
leur avoit d'abord attribué six incisives ; ce qui ne convient à 
aucune: et quand dans ses dernières éditions il reforma ce 
caractère, ce fut pour étendre à toutes celui *» ja sued es- 
pèces , cfi des pteropus de Brisson.  — 

Ces inconvéniens ayant frappé les derniers méthodistes , on 

A" à Vidée d'un seul genre: on établit toutefois qaod Ha 

| sion dieere sor de Hombre des dents incisives; mais 

de erouper les chauve-souris selon 

Weit m Yéürs communs rapports, que pour se procurer le 
. moyen d'en déterminer plus rigoureusement les espèces. ll 

est fácheux que ce sacrifice fait à l'avantage d'une bonne clas- 

sification rrai pas même en utile dans ce dernier cas, les ob- 


* 
D'HISTOIRE NATURELLE. 189 


servations sur le nombre des incisives qui sont rapportées dans 
les auteurs étant pour la plupart fautives. | 

Il ny E donc en résultat ni bonne classification pour les 
familles, ni méthode exacte pour arriver à la détermination 
des espèces, et l'on est en effet suffisamment averti du désordre 
qui régne à cet égard dans lesderniers ouvrages systématiques, 
par la difficulté, et bien plus souvent, par l'impossibilité où 
l'on se trouve d'employer à la reconnoissance des objets les 
caracteres qui leur sont consacrés dans ces ouvrages. 

Dans ces circonstances, il étoit utile de soumettre à une 
. sorte de révision tout ce qui a été fait sur les chauve-souris 
par nos prédécesseurs ; tel est le travail que j'ai entrepris. 
Je suis parti du principe que j'ai déjà exposé ailleurs que 
l'ordre des chauve-souris admet des sous-familles naturelles, et 
jai spécialement aujourd'hui pour objet de rétablir le genre 
vespertilion , iel qu'il a été formé par Brisson, de faire con- 
noitre sur quelles notions il repose, et de décrire les espèces 
dont il est composé,  - 

Ces chauve-souris, dont la lent de celles de France font 
partie, sont remarquables par leur grosse tête, leur museau 
court, les oreilles nues , l'existence d'un oreillon ou d'un tragus 
qui nait du centre de la conque auriculaire, les narines sans 
membrane ni ornement, etla queue fort longue. Elles sont 
douées d'un vol trés-étendu, ayant en envergure quatre à cinq 
fois la longueur du corps; la surface de leurs ailes est en - 
outre augmentée de la membrane interfémorale, laquelle se 
porte sur la queue et l'enveloppe dans sa totalité. De plus, les 
vesperülions n'ont que deux mamelles situées sur la poitrine j 
et assez près des aiselles: leur langue est douce; car ce n'est 
qu'avec la loupe qu'on y peut , à la base, apercevoir quelques 

8. er 


e 


190 ANNALES DU MUSEUM 
papier; : enfin tous les doigts embrassés par la membrane des 
ailes n'ont ni ongle fii phalange ongléale. 

Il suffivoit de de ces caracteres pour — | les ves- 
pertilions; mais à ceux-ci se joint la considération des dents. 
Celles-ci sont — comme dans les makis : c'est leméme 
nombre et le méme arrangement des incisives : quatre à la 
máchoire supérieure, séparées par paire, et six à celle d'en 
bas, trés-rapprochées les unes des autres. Ces dentsne s'usent 
pas et conservent leur sommet, de sorte que les supérieures 
sont toujours cylindriques ét pointues à l'extrémité , et les in- 
férieures partagées en deux lobes et ——— a" Posin- 
termaxillaire est formé de deux agi non réunies en devant; 
les incisives supérieuresne trouvant quà y être logées à Pétroit, 
sont toujours très- D: et mea aisément de leurs 
alvéoles. 

Les dents canines, au nombre de deux à chaque mishoire ; 
sont comme dans toutes les chauve-souris. 
© Les molaires au contraire ont une forme exclusivement 
propre aux vespertilions. 

; On en compte de quatre à six de Men cóté, selon les 
spèces. Lies antérieures sont eoniques ; les autres, à couronne 
hie; sont hérissées de pointes ; celles d'en bas sont sillonnées 
sur les côtés; les supérieures , deux fois Mm" comme celles- 
Cr présentent en outre une couronne à tranchant oblique, 
— de manière qu'elles débordent en partie les inférieures quand 
les mâchoires sont fermées. Ces larges dents sont de plus évi- 
dées à leur centre; les unes et les autres s'engrainent respec- 
tivement et présentent un ensemble à Finspucilon: duquel on 
juge aisément omes —— à des animaux vivant 
d'ins 


D'HISTOIRE NATURELLE. 101 
Telles sont les considérations qui conviennent, sans aucune 
exception, à dix-huit espèces de chauve-souris. On en pourra 
extraire, pour en faire le caractère Indicateur. du genre ves- 
pertilion, la phrase suivante : Dents incisives , quatre supé- 
rieures , six inférieures , nez simple, oreille avec oreillon. 
On seroit tenté de croireque le genre vespertilion ne renfer- 
mant plus, d’après ce que je viens d'exposer ci-dessus., que des 
espéces extrémement voisines, il deviendroit d'autant plus diffi- 
cile de les déterminer rigoureusement. On ne peut en effet que 
bien rarement faire usage de la considération de leurs cou- 
leurs , caractère auquel on est si souvent forcé de recourir en 
zoologie , toutes les chauve-souris étant plus ou moins brunes 
ou roussátres. Cependant quand on vient à les examiner atten- 
tivement, on est tout étonné qu'elles présentent autant de dif- 
férences appréciables. Leur physionomie varie à l'infini. Leurs 
oreilles et les oreillons sont surtout dans des proportions bien 
différentes dans chaque espèce. | 
© Cette considération m'a fourni les caractères de chacune; 
je les ai rendus sensibles aux yeux au moyen des planches qui 
accompagnent ce Mémoire. L'espéce qui est gravée en entier 
fait connoitre le port général de la famille, et les dents sont 
bien exprimées dans les figures A, B, C de la planche III, que 
jai eu soin de faire dessiner plus grandes que nature. | 


1. Fesp. murinus. Le vespertilion murin est lespéce qui 
fat connue de tout temps en Europe. Ou en trouve d'assez 
mauvaises figures dans Jonston et Edwards: on la comparoit 
alors uniquement à l'Oreillard ; de là son nom de vespertilio 
major dans Brisson, et^son caractere : oreilles plus petites 
que la téte , par lequel Linnéus se proposoit MÁS de 

2 


192 ANNALES DU MUSEUM 
l'opposer à la petite espèce en qui les oreilles sont presque 
aussi grandes que le corps. Linnéus changea son nom de ma- 
jor en celui de murinus , d'apres l'observation de Brisson qu'elle 
avoit le poil gris de souris. 

Elle se reconnoîtra toujours au caractère suivant: Oreilles 
oblongues, de la longueur de la téte : oreillon en demi- 
cour ; "e cendré-roux en dessus, gris-blanc en des- 
sous. Le murin a d'ailleurs la tête assez longue ; le chanfrein 
étroit et bombé , et la boite cérébrale oblongue. Son poil est 
de deux couleurs, cendré-noirátre à l'origine et roux à la 
pointe en dessus , et blanc sous le ventre. x 

Nons n'avons inter, long-temps qu'un individu de cette 
espèce dont le dos étoit d'un roux assez vif; mais il devoit 
peut-étre cette teinte à son long séjour dans de la liqueur ; 
nous en avons enfin trouvé une nombreuse colonie dans l'église 
des Grands-Jésuites, faubourg Saint-Antoine à Paris ; nous 
en avons vu de tout áge : les jeunes avoient le museau plus 
court , et le poil plus feutré et d'une teinte généralement plus 
Hadri: les måles ne différoient des femelles que par un peu 
plus de vivacité dans les couleurs. 

- La dernière expédition de découvertes aux Terres-Australes 
nous a aussi procuré une variété du murinus : deux individus 

entierement semblables, qui nous ont été remis par MM. Péron 
 etLesueur, nous ont paru beaucoup plus grands et d'une cou- 
leur généralement plus éclaircie. Le dos étoit d'un cendré jau- 
nâtre-clair, et le ventre d'un blanc plus décidé. Nous ignorons 
en quel lieu ils ont été trouvés (1). 


| a)Je rapporte ici les dimensions du murinus trouvé en France. Long. du 
corps , 72 millimètres ; — de la queue, 45 ; — de la tête, 26. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 193 


2. Vesp. carolinensis. Le yespertilion de la Caroline est moins 
grand que le précédent; mais d’ailleurs il lui ressemble beau- 
coup. Il a ses oreilles et oreillons de méme forme et de méme 
dimension relative; son poil est aussi de deux couleurs, cen- 
dré-noirátre d'abord et brun-marron à la pointe. L'extrémité 
des poils est en dessous d’un jaune tirant sur le ventre; enfin 
les oreilles sont garnies de. poils dans presque la moitié de 
leur longueur, et la queue a une petite portion qui n'est pas 
enveloppée par lamembrane interfémorale. Ces considérations 
réunies à celles tirées de la teinte différente du pelage , m'ont 
paru établir avec assez de certitude la non-identité d'espéce 
de ce vespertilion ayec le murinus; c'est ce quindiquent en 
outre les proportions du cràne. Le chanfrein est plus court 
et plus large dans le vespertilion de la Caroline. En voici les 
dimensions : longueur du corps, 61 paient dti PPS) 
28; — del enyerguzes 259. . 

Cettéieipide n'a point encore été. Cotta elle m'a été re- 
mise par M. Bosc qui se l'est procurée lors de son séjour à la 
Caroline. Ce savant naturaliste a bien voulu m'informer qu'elle 
y est excessivement commune. On la reconnoitra aux carac- 
teres. suivans : Oreilles oblongues , de la longueur de la 
téte, velues en partie : oreillon en demi-cœur. Pelage d'un 
brun marron en dessus ; jaunátre en dessous. 


3. Fesp. noctula. Celui-ci a été décrit pour la première fois, 
et ainsi nommé par M. Daubenton; je ne l'ai jamais trouvé au 
gite, mais on le voit assez communément voler dansles chantiers 
de bois à brüler et dans le Muséum d'Histoire naturelle qui 
en est voisin. Je présume qu'il passe le jour dans les plus hautes 
piles de ces chantiers. 


191 UA "€ WN—A$*XB5'DSU MUSEUM 

y H est à peu prés de la taille du murinus; mais il s'en débute 
par ses oreilles ovales-triangulaires, plus courtes que la tête ; 
l'oreillon en demi-cœur ; les poils longs ; Le pelage brun 
en dessus, plus clair en dessous. Son museau est plus 
large et plus court; ses narines plus saillantes et ses jambes 
moins longues. Les oreilles sont surtout étendues en devant, 
parce que leur bord antérieur est ventru : l'oreillon. s'avance 
jusqu’à la moitié de l'oreille; il est en demi-cceur , son bord 
extérieur étant découpé comme la haute tige d'une fleur de 
lis, et son bord intérieur coupé carrément. Le poil est long, 
abbé au toucher et d'une teinte uniforme d'un brun foncé 
avec un léger reflet de roussátre, parce que la petite pointe £ 
qui le termine est de cette couleur. Le brun, plus éclairci et 
tirant davantage sur le roussátre , distingue le ventre. Le crâne 
est ún peu moins long et le chanfrein bien plus large et bien 
plus aplatti que dans le murinus : le corps de la noctule est de 
66 mitliibetres ; » queue de 44 ,'et l'envergure de 320. 


A. Vesp. serotinus. Autre sine d'Enropes découvert, 
décrit et nommé par M. Daubenton. On le trouve visait 
damment dans Paris etses environs. Lies arbres creux du bois 
de Boulogne en renferment de nombreuses nichées : il s'en 
trouve aussi beaucoup dans la toiture de l'église de Notre- 
Dame. Sa taille égale celle du murinus : son corps est long de 
71i millimètres ; sa queue de 32 , et son envergure de 33». Il 
se reconnoit à ses oreilles — triangulaires, plus courtes 
que Ta téte ; l'oreiflon arqué et à tête large et arrondie : les 
pois courts ; ; le p —Q en dessus , piis terne en 
dessous. E 

On ne pourroit k le confondre qu'avec le prédódent à cause 


D'HISTOIRE NATURELLE. 195 
d'une méme disposition des oreilles; mais il en diffère par 
l'oreillon ji wil a plus court, arqué et terminé. par une large 
iéte ou une espèce de paume. $ Ses oreilles sont. aussi plus éten- 
dues en devant, leur bord antérieur tombant à plomb sur 
l'œil, tandis qu'il est reculé de 2.millimètres dans la noctule ; 
de plus, la tête de la sérotine est plus courte , et son chan- 
frein et le museau beaucoup plus larges id son poil est 
lisse et à reflets éclatans en dessus. 


5. Fesp. pipistrellus. Le V. pipistrelle est encore une des 
chauve-souris de France dont on doit la connoissance à M. Dau- 
benton; c'est la plus petite.de toutes: elle ressemble si fort à 
la noctule par les proportions et les couleurs, qu'on seroit quel- 
quefois tenté de la prendre pour le jeune âge de cette espèce ; 
elle en diffère cependant , comme nous allons le montrer; 
Ses: oreilles sont oyales-triangulaires , plus courtes que la 
téte; son oreillon presque droit et terminé par une tête ar- 
pesti ; ses poils longs ; son pelage d'un brun noirátre en 
dessus, et d'un brun-fauve en dessous, Ainsi la pipistrelle ne 
diffère pas seulement de la noctule par la taille, mais aussi - 
par l'oreillon qui, au lieu d'être large à sa base et pointu 
vers l'extrémité, se rapproche davantage de la configuration 
de celui du serotinus. La couleur des poils est d'un brun d'une 
teinte plus décidée en noir; ce qui vient de ce que le poil est 
noir intérieurement et fauve seulement à la pointe. La pipis- 
trelle enfin est remarquable par sa longue queue, laquelle est 
de 3a millimètres, lorsque son corps n'en a que 39 en lon- 
gueur : son envergure est de 200. Son crâne l'éloigne aussi 
bien du noctula que du serotinus. La boite cérébrale est plus 


106 ANNALES DU MUSÉUM 
large , plus convexe et plus saillante au delà du chanfrein , et 
son occiput est arrondi ét sans créte. Y 

Il west, pas rare de la trouver le jour à terre, mais alors 
elle est éloignée de tout point culminant, Elle se laisse prendre 
sans résister , accablée sous la fatigue des efforts infructueux 
qu'elle a faits pour reprendre le vol et se rendre à son gite. 

Il en existe une variété en Egypte ; elle y est généralement 
un peu plus cendrée: la pointe des poils étant de cette couleur, 


6. Fr esp. barbastellus. Ce vespertilion a été trouvé à Mont- 
bart, nommé et décrit par M. Daubenton. Il est impossible de 
se Mepreddre sur ses caractères. Ses oreilles sont réunies anté- 
rieurement et échancrées à leur bord extérieur : son oreillon 
est en demi-ceur ; son pelage noirátre. Les oreilles sont aussi 
larges que longues, arrondies et velues en dehors. Leur bord 
antérieur et supérieur est échancré sans grande profondeur: 
le méme bord se prolonge en bas en se dirigeant au delà et 
au-dessus de la commissure des lèvres ; ces oreilles enfin ayant 
leurs bords intérieurs contigus forment une conque trés-ou- 
verte de chaque côté. Ce prolongement en avant des lèvres . 
fait disparoitre le museau: il est ainsi fort petit; le nez est un 
peu saillant en devant, et plus en dedans sont les ouvertures 
des narines; en decà de celles-ci est le chanfrein creux et dé- 
garni de poil: le front est fort élevé au-dessus, en sorte que 
la boîte cérébrale est bien plus spacieuse dans la barbastelle 
que dans aucun des vespertilions que nous venons d'examiner, 

Ses couleurs sont le brun foncé : les poils sont presque en- 
tiérement noirs; la petite pointe en est fauve sur le dos et 
cendrée e le ventre. Quelque peu de blanc se voit en dessus 


D'HISTOIRE NATURELLE. 103 


à la naissance des ailes et tout autour de l'anus; en général le 
blanc augmente d'étendue dans les individus les plus âgés : 
d'ailleurs les poils sont longs et touffus. 

J'aitrouvé ce vespertilion à de grandes profondeurs dans 
les souterrains des fortifications de Charlemont. 


7. Fesp. auritus. C'étoit avec le murinus la seule espèce 
de France qu'on eütremarquée dans le siècle dernier. Elle est 
désignée dans Brisson sous le nom de vespertilio minor , parce 
qu'elle est beaucoup plus petite que celle-là ; mais comme en 
mémetemps elle porte desoreilles qui sont d'une excessive lon- 
gueur , Linnéus changea sonnomen celui d'auritus , ayant voulu 
en quelque sorte, traduire l'expression d'oreillard , qui est le 
nom sous lequel Daubenton avoit décrit cette espèce. Ses 
oreilles , presque aussi longues que le corps, réunies antérieu- 
rement, la font aisément reconnoitre au milieu de toutes les 
chauve-souris connues. Elle est petite, comme le montrent les 
dimensions suivantes: corps, 45 millimètres; queue, 45; en- 
vergure, 262 ; oreilles, 32. Son museau est assez large : ses. 
narines sont dans un état particulier ; après les ouvertures na- 
zales, telles qu'elles existent dans tous les vespertilions , sont 
deux trous óu plutót deux petits cul-de-sacs. Les oreilles. 
sont réunies en avant dans la hauteur de 3 millimétres : le bord 
intérieur est plissé en arriére; des poils sur la longueur de ce 
repli sont établis comme les cils sur le bord des paupières 
dans l'homme , rangés de méme sur une seule ligne : au bas 
dece bord est un petit repli qui le coupe sous l'angle de 60, et 
qui va ensuitese porter en dedans vers la naissance de l'oreillon; 
celui-ci est d'une grandeur proportionnée à l'oreille et en de- 
mi-cœur. La queue est aussi très-remarquable par sa grande 

8. 26 


108. kNNALES DU MUSEUM 
longueur. La membrane des: ailes et celle qui se répand entre 
les cuisses en ont d'autant. plus d'étendue; elles sont même, 
dans leur extension, un peu. plissées ou. plutôt ridées , à cause 
de filets.tendineux aud papt P áratsdppegene qni sont répan- 
dus entre les deux épai 


L’oreillard a son pelage se ne à en Meis et e i en des- 
sous :ses poils sont de deux couleurs, bruns en irés-grande 
partie et gris vers la pointe.pour le dessus du corps, ei blan- 
chátre pour les parties inférieures. 

: J'ai trouvé en Egypte un oreillard. qui. m'a paru plus petit 
que le nôtre et passer un peu plus au roux. . 

9. Wesp. emarginatus. Voiei encore une guess 
d'Europe ; mais elle échappa aux recherches de Daubenton, 
et à celles de: tous les naturalistes ses. successeurs: elle est 
pourtant assez commune en France et en Angleterre. Elle me 
fut d'abord: envoyée. d'Abbeville par M. Baillon, l'un de nos 
plus zélés: correspondans.: je la trouvai moi-même dans les 
souterrains des fortifications de Charlemont; enfin j'en. ai recu 
de M. Alexandre Brongniart un individu que ce savant trouva 
sur sa route, à quelque distance de Douvres. Je. lui. donnai 
le nom: d'emarginatus, à cause d'une forte échancrure qui se 
voit au bord extérieur des oreilles, et je la: caractérisai ainsi : 
Oreilles oblongues „de la longueur de la téte et échancrées à 
leur bord extérieur : oreillon. subulé : pelage grisroussátre 
en dessus , , cendré en. dessous. C'est la premiere fois que nous 
avons: à citer. un: oreillon. long. étroit et configuré en. alène- 
tel est, au. ontraire , le tere de presque tous les vesperti- 
lions étrangers. On a pu confondre cette espèce avee la pi- 
pistrelle , .quoiqu'elle soit un peu. plus. grande, parce. que sa 

'hysionomie Ken:xapproche assez. Elle üent aussi du murinus 


D'HISTOIRE NATUREULE. 499 
par les deux couleurs de son poil. Ce n'est pas seulement vers 
la pointe que ce poil est gris-roussátre, mais à partir de la 
moitié de sa longueur: de là vient que la teinté générale est 
uniforme. Gependant, comme il est long et touffu, il arrive que, 
quand il est rebroussé , on aperçoit quelques taches de cendré- 
noirátre , qui est la couleur de l'autre portion du poil. Sous le 
ventre, l'extrémité des poils est d'un. blanc-sale. La figure de 
la planche I représente l'émarginé de grandeur naturelle; sa 
téte, figuréeà part donne avec plus de précision la forme de ses 
oreilles, et il est aisé de voir, à l'inspection de son crâne, 
pl. HL, que son front est fort élevé au-dessus du chanfrein.' 


8. Vesp. pictus óu vespertilion Airivoula. C'est une des 
chauve-souris les plus anciennement et les mieux connues, 
quoiqu'elle soit étrangère et qu'elle noris vienne des Indes, Séba 
est le premier qui Fait figuré, la femelle dans le vol, et le 
mâle ayant les ailes repliées. Daubenton l'a depuis décrit, 
et en a donné une figure beaucoup meilleure; Pallas l'a aussi 
décrit sur un individu qu'il vit en Hollande; mais c'est à tort 
qu'il lui a attribué huit incisives à la mâchoire inférieure : le 
kirivoula, ainsi que l'avoit déjà écrit Daubenton, n'en a réelle- 
ment que six. Kirivoula est son nom à Ceylan; on le trouve 
aussi, selon Séba, à l'ile de Ternate. Son nom de pictus lui 
vient des rayures jaunátres qui partent du carpe et s'étendent 
sur les doigts. Il est petit, n'ayant que 4o millimétres; sa queue, 
30 ; son envergure, 220. On le reconnoit principalement à ses 
oreilles ovales, plus courtes que la tête, plus larges que 
hautes; à son oreillon subulé et à des rayures tout le long 
des doigts anterius AE prio 
' quo PNR ET BL cou 


m 


200 “ANNALES DU MUSÉUM 

Sa téte est grosse, son museau fin; le chanfrein est arqué et 
son front trés-bombé , mais peu visible dans l'état frais , à cause 
des longs poils de la téte et dans lesquels les oreilles sont en 
partie cachées. - 

Celles - ci, quoique ovales, ont une petite pointe en haut. 
L'oreillon est subulé, fort étroit et allongé; le pelage est d'une 
couleur trés-agréable , d'un roux doré très-éclatant; la mem- 
brane des ailes est d'un brun-fauve : elle est rayée tout lelong 
des doigts; dans une largeur de 3 à 4 millimètres. Je n'ai fait 
figurer que son crâne, qui est trés-remarquable cedi l'élévation 
du front , la grandeur des máchoires panne ré 


Q Ve esp. lasiurus Celui-ci habite à à Cayenne. Sad et 
Pennant en ont donné une: description assez étendue ; de plus, 
Schreber l'a figuré, pl. 62, , fig. A. Nous en avons recu un 
individu dans le dernier envoi fait au Muséum d'histoire natu- 
relle par notre zélé et estimable correspondant M. Martin , 
directeur du jardin de botanique à Cayenne. Le lasiure est de 
la taille du... emarginatus. Ses oreilles sont ovales , plus 
courtes que la téte : son oreillon étroit et en demi-cœur, et son 
pelage varié de jaunátre et de rouge. Des rayures d'un gris- 
‘brun partent du carpe et s'étendent sur les doigts. Le poil est 
en dessus jaune dans presque toute sa longueur et de couleur 
cannelle àla pointe ; et comme en méme temps il est fort long 
-Sepad toona; db bete bien lisse, et l'on apercoit dihs 
: ement les deux teintes qui p hi t des zigzags dont 
1 — varie à "— Le ventre est ipie 


B da esp. timoriensis. Espèce inédite qu'on doit aux travaux 
cherches de MM. Péron et Lesueur. Ses oreilles sont 


D'HISTOIRE NATUREL LE. 201: 
larges , de la longueur de la téte , et réunies ensemble par une 
petite membrane : l'oreillon en demi-cœur. Son pelage est brun- 
noirátre en dessus, brun-cendré sous le ventre ; le poil est très- 
touffu , assez long et doux au toucher; ses dimensions sont: 
celles du corps, 70 millimètres ; de la queue, 4o, et de l'en- 
vergure, 270. : 


11. Vesp. borbonicus: Autre espèce inédite envoyée de lIle- 
Bourbon au Muséum d'histoire naturelle par M. Macé; elle peut 
être ainsi caractérisée : Oreilles ovales-triangulaires, de moitié 
plus courtes que la téte : oreillon long , en demicœur ; pe- 
lage roux en dessus , et blanchätre-en dessous. Sa tête est 
courte et large, son museau renflé et son nez saillant. Le poil est 
doux, luisant, de la méme couleur que dansla sérotine. Celui du 
ventre est blanchátre;à l'exception de la pointe qui est teintée 
de roussátre. Nous possédons deux individus de cette espèce. 

12. Vesp. nigrita. Daubenton lui a donné le nom de 
marmotte volante. Séba avoit le premier appelé cAien-volant 
et loir-volant deux espèces de chauve-souris de l'Inde, dont 
nous aurons par la suite occasion de parler. Daubenton 

-consacra cet usage , en ayant l'attention de choisir des noms qui 
pussent au moins donner une idée des grandeurs relatives des 
chauve-souris auxquelles ils étoient consacrés : de là ces noms 
.qu'ila proposés de marmote-volante, mulot-volant,rat-volant, 
loir-volant et muscardin-volant , qui n'expriment pas que les 
chauve-souris auxquelles ils sont appliqués ressemblent à 
ces différens animaux, mais qui indiquent seulement leur taille 
respective. Le système de nomenclature adopté par tous les 
naturalistes nous prive de conserver ces dénominations. 


š 
205 ANNALES DU MUSÉUM 

Quoiqu'il en soit , la marmotte volante ou notre vespertilion 
de Nigritie forme une des plus grandes espèces de cette famille. 
Son corps est long de 108 millinétres ; sa queue, ias 82; son 
dei oai de 486. 

Ses oreilles sont ovales-triangulaires , trés-courtes , du tiers 
dela longueur de la téte : sonoreillon long et terminé en pointe. 
Son pelage est fauve-brun en dessus, et fauve-cendré en dessous. 
Tl a le museau large et gros ; les — longues , mais non ren- 
flées ni aigue le chanfrein est busqué : ce qui me fait 
croire que son crâne se rapproche de celui du pictus. Le 
bout de la queue est libre au-delà de la membrane interfé- 

morale, Daubenton ne lui a-attribué que deux incisives 
supérieures; nous lui en avons trouvé deux autres, à la vérité 
extrémement petites. Notre observation a porté sur le méme 
individu que celui de Daubeuton : c'est encore le seul que 
nous ayons vu. Il provient des voyages au Sénégal de M. Adan- 
son, auquel notre collection publique eu est redevable. 


13. Vesp. maximus. Je n'ai point vu ce vespertilion, et je 
n'en parle, ainsi que des suivans, que sur le témoignage des 
auteurs qui les ont publiés. Je n'en connois pas de plus grand, 
son corps ayant 151 millimètres de longueur, et son envergure 
481. On peut aisément le distinguer à ses oreilles ovales, 
plus courtes que la téte, son oreillon subulé et son museau 
long et pointu. Son pelage est en dessus d'un brun-marron, 
d'un jaune-clair sur les flancs, et d’un blanc-sale sous le ventre. 

Ti habite à la Guyane. On le trouve décrit et figuré dans le 
septième volume des Supplémens de Buffon , sous le nom de 
des Meine de A G uyane. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 2098 
r4. Vesp. noveboracensis. Cette espèce a été déerite et pu- 
bliée par Pennant: elle me paroit appartenir au genre ves- 
pertilion, quoique ce savant naturaliste assure ne leur avoir 
pas trouvé d'incisives supérieures. Pennant n'auroit-il observé 
qu'un individu imparfait , ainsi que cela m'est souvent arrivé 
à l'égard de nos chauve-souris d'Europe? Quoi qu'il en soit , 
son vespertilion de New-Yorck ases oreilles courtes, larges 
et arrondies : son pelage est brun-clair en dessus , un peu plus 
clair sur les épaules et plus pálesousle ventre. Les poils sont 
longset doux ; une tache blanche à la naissance desailes le rend 
surtout trés-remarquable :ilest à peu près de la méme taille 
que la noctule. | : 


15. Vesp. lasiopterus. Cette espèce ressemble beaucoup 
pour la taille , la forme de la tête et la couleur du poil au Z. 
serotinus ; mais elle en differe en ce que la membrane des ailes 
est velue intérieurement dans la moitié de son étendue : elle 
n'est connue que par une figure qu'en a donnée Schreber dans 
un des cahiers supplémentaires de son Ouvrage; elle n'en a 
pas moins pris rang parmi les mammifères. dans le Cata- 
logue de Gmelin , et dans les planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique, où Bonnaterre l'a donnée sous le nom. de chauve- 
souris à grandes ailes. tem 
"Ons. À cette liste, il convient d ajouter trois espèces du Paraguay : Dom Félix 
d'Azzara a publié douze chauve-souris qu'il a observées dans cette partie de 
FAmérique; elles sont désignées dans son ouvrage par des numéros J'en ai déjx 
employé les numéros, 8 » 9 et 10 quand j'ai publié les espèces du genre molossus;: 
trois autres, numérotées 7» 1 1 et 12, me paroissent appartenir au genre vespertilion ;: 
c'est du moins ce qui résulte de l'ensemble de leur organisation ; car j'avoue que 
je wai point été aidé dans cette détermination par une connoissance exacte des: 
dents incisives. Les dimensions de ces trois chauve-souris , les détails dans lesquels. 


p^ 


( 


E 


204 ANNALES DU MUSEUM 


M. d’'Azzara est entré à leur sujet, et surtout le lieu où elles ont été trouvées » 
me portent à les regarder comme autant d'espèces différentes des précédentes. 
Je les ai nommées ainsi qu'il suit. 


16. Vesp. villosissimus. Il porte , dans M. d'Azzara, le 
nom de chauve-souris septième ou de chauve-souris brune- 
- blanchâtre. Ce savant naturaliste en a vu plusieurs individus 
trés-exactement semblables entr'eux. J'ai donné à cette espèce 
le nom de villosissimus, parce que M. d'Azzara rapporte que 
son poil est plus long que dans toutes les autres chauve-souris 
du Paraguay , et qu'il s'étend en outre sur la membrane inter- 
fémorale. Le vespertilion trés-velu a l'oreille haute de 75 mil- 
limètres ; l'ouverture en est dirigée en avant, et le bord supé- 
rieur est terminé en pointe. L'oreillon est subulé; le pelage 
d'un brun très-blanchâtre; la membrane de la queue velue, ex- 
cepté vers les bords. L/aile est'couleur de müre , et présente 
de plus, comme dans le pictus , des rayures d'un brun-blan- 
chátre qui sont étendues sur les doigts et les bras. Dimensions 
de ce vespertilion: longueur totale, 117 millimètres ; de la 
queue , 50; del envergure , 313. 


17. Fesp. ruber. Le vespertilion cannelle , a l'oreille très- 
aiguë, haute de 12 millimètres , et 'oreillon subulé. Son poil 
est court, cannelle en haut, et couleur de roseau en bas. Sa 
gene totale est de 82 ol. celle de la queue, 29; 
de l'envergure , 248. Cette espèce est mom dans M. d'Azzara 

sous le nom de chauve-souris, onzième ou de chauve-souris 


cannelle. 


18. Vesp. albescens. Le vespertilion poudré a T BE haute 


de 14 millimètres et de méme forme que celle du V. très-velu ; 


E: 

D'HISTOIRE NATURELLE ` 205 
son oreillon est deméme subulé, et son pelage noirátre en dessus 
et brun-obscur en dessous : il paroit comme poudré de blanc 
sous le ventre, parce que les pointes de chaque poil sontde cette 
couleur. La teinte blanche gagne de plus en plus en arriére. Ce 
vespertilion est la chauve-souris douzième ou la chauve-souris 
brune-obscure de M. d'Azzara. Il en rapporte ainsiles dimen- 
sions :longueur totale, 8o millimètres; de la queue, 33; de l'en- 
vergure , 235. 


(Nora. Le trait placé au-dessous de een Jigure désigne la longueur 
de da tête). 


* 


206 ' AININALE Si D Ui MUSEUM 


VOYAG E GÉOLOGIQUE 
AU VOLCAN ÉTEINT DE BEAULIEU, 


DÉPARTEMENT DES BOUCHES-DU-RHOXE, 


Où l'on trouve de grandes quantités de laves com- 

pactes et de laves poreuses au milieu des dé- 

pôts calcaires, et dans le centre des pierres de 
cette nature. 


PAR M. FAUJAS-SAIN T-FOND. 


Ex volcan éteint de Beaulieu, situé à quatre lieues de distance 
de la ville d'Aix, fixa l'attention. de M. Grosson, secrétaire de 
l'Académie de Marseille, qui observa le premier , auprés du. 
château qui porte ce nom, les traces d'un volcan éteint: (Voy. 

Journal. de Physique, tom. VIII, pag. 228.) Saussure fit, le 
lj mai 1787, une excursion à Beaulieu. ( Voy. tom. III, p. 3i 
de son Voyage dans les Alpes.) En 1788, M. de J E donna: 
une description intéressante de ce volcan dans le Journal de 
Physique. Il venoit de le visiter avec soin ; et comme il faisoit 
sa résidence à Marseille, il se trouva plus à portée que M. de 
Saussure de donner tout le temps nécessaire à l'examen de ce 


E 


D'HISTOIRE NATURELLE, 207 

Il résulte de la lecture attentive des Mémoires de ces trois 
observateurs, que M. Grosson, qui Soccupoit plus antiquités 
historiques que de minéralogie, donna le simple éveil sur ce 
volcan; que M. de Saussure en fit connoître plusieurs espèces 
delaves, mais qu'il n'en vit qu'une partie; et que M. de Jonville, 
qui employa plus de temps à ses recherches, détermina d'une 
maniére plus précise les limites de ce volcan, ainsi que ses 
divers courans de laves, mais quil s'attacha plus à des re- 
cherches théoriques sur la manière dont il dut faire ses érup- 
tions qu'à la collection des diverseslaves propres à répandre 
quelques Jumiéres sur l'état ancien de ce volcan. Comme de 
nouveaux défrichemens et de grands mouvemens de pierres et 
de terres, faits depnis peu d'années par le propriétaire de 
Beaulieu pour embellir ce site remarquable , ont mis à décou- 
vert diverses substances que ni Saussure ni M. de J onville 
n'avoient été à portée de voir , et que depuis l'époque où ces na- 
turalistes ont écrit, la minéralogie des volcans a tiré des secours 
de la chimie et fait beaucoup de progrés, je vais tâcher 
de compléter l'histoire naturelle du volcan éteint de Beau- 
lien, qui, se trouvant dans le voisinage d'une grande cité, peut 
étre visité avec facilité par les amis de l'histoire naturelle; et 
il est bien digne de leur attention : car quoique cette antique 
bouche à feu soit située au milieu d'un vaste plateau calcaire, 
élevé de 680 pieds au-dessus du sol de la ville d'Aix, néan- 
moins il a vomi des coulées de laves qui portent tous les carac- 
teres d'une roche porphyritique mise en fusion par l'action des 
feux souterrains. | “a 

| -ITINERAIRE 
Je partis d'Aix à six heures du malin, en voiture, avec 
ep7 


E 

208 ANNALES DU MUSÉUM 

M. Marzari de Vicence , trés-bon minéralogiste, qui venoit de 
Paris et retournoit en Italie par Gênes et par le col de la 
Boqnette; M. de Torenc, ancien militaire, que j'eus le plaisir 
de voir à Aix, et qui aime l'histoire sc. fut du voyage. 
Je pris la même route que Saussure avoit suivie, celle qui passe 
au bourg de Rogne; je me proposois de Potens par celle 
de Cabas qui est un peu plus courte. 

Lon ne peut parvenir au village de Regne qu en s'élevant, 
par un chemin perten, escarpé et difficile, à la hauteur i: 
six cents pieds, au milieu de rochers calcaires blancs, un. peu 
crayeux , mélangés de quelques silex ( pierres à fusil ), disposés 
en petites couches. Ce chemin, aussi triste qu'aride, u'offre 
d'autre verdure que celle de quelques chênes verts, et de plu- 
sieurs capriers de la plus helle venue , dont les feuilles.d'un vert 
fohcé , et les fleurs en houppes blanches, tapissent les. murs en 
pierre séche qui retiennent le terrain escarpé qui borde laroute. 
Ici, les capriers nesont point plantés dans des trous ménagés 
dans les murs, ainsi que cela se pratique dans quelques par- 
ties de la Provence méridionale; mais ils sont dans le sol 
pne sur le bord méme du terrain pierreux. que les murs 


Après t End heures de Aces on. hide ronté à de Bege ; 
pour suivre sur la droite un chemin moins large, mais plus 
facile; qu'on: parcourt pendant une demi-heure, pour arriver 
sur un sol fertile, planté de beaux arbres et embelli parla cul- 
ture la mieux soignée. Cette riche possession fait d'antant plus. 
de plaisir à voir, qu'elle est en opposition avec le sol aride , 
pierreux et infertile qu'en vient de parcourir pendant trois 
heures. Ce lieu s'appelle Bés et non Brest, comme la écrit 


Saussure: Ce n'est point un hameau, ainsi qu'il l'a eru, mais 


"2 


D'HISTOIRE NATUREILULE. 209 
une simple maison, avec de grands accessoires appartenant à 
une superbe coni agricolé, qui idit de l'habitation 
de Bés, 

Lorsqu'on est au. bout d'une helle ubi de müriers , 
tenue avec le plus grand soin, et qui sert d'avenue à la maison 
de Bés, il faut détourner. à oi et entrer dans un che- 
min commode, mais. un peu tertueux, qui mene au château 
de Beaulieu, qui est le but du voyage. 

Jusqu'à Bés tout est calcaire; rien n'indique la moindre 
apparence de volcan: l'on commence cependant à reconnoitre 
quelques fragmens de laves compactes et de laves poreuses 
errantes, non loin.de l'avenue de la maison de Bés. Elles 
paroissent avoir été transportées là avec d'autres. matériaux , 
pour la construction de la route; on: ne: tarde pas cependant . 
à en rencontrer davantage à mesure qu'on avance, et bientót 
les terres cultivées prennent une teinte d'un. brun foncé due 
à la décomposition des laves dont. tous les champs sont jon- 
chés, à mesure qu'on approche. du château de Beaulieu. 

Ceux qui ont l'habitude d'observer les volcans savent com 
bien est grande la fertilité des terres formées de la: décompo- 
sition des produits des incendies souterrains ; aussi rien n'égale 
la: belle verdure et la force de. végétation p arbres et des 
plantes - qui entourent le château de. Beaulieu: c'est un site 
enchanté au milieu. d'un pays aride. Saussure en fut si ravi, 
que je me plais à rappeler ce qu'il en dit, tome IH , pag. 225. 
« Je n'ai vu nulle part de plus grands et de plus beaux arbres 
» former un massif plus imposant et d'une plus grande frai- 
» cheur; ce sont surtout des peupliers blancs qui forment ce 
» bel ensemble : je ne crois. pas quil en existe ailleurs d'aussi 
» majestueux. Leurs tiges celossales et leuus branchés vigou- 


* 


Y 


210 JA NN ALES D U: M US Ë U M 

» reuses et bien distribuées , couvertes d’une écorce blanche 
et-brillante , portent jusqu'au ciel la masse énorme de leurs 
» rameaux, et donnent l'idée de la végétation la plus forte 
que l'imagination puisse se figurer. Un ruisseau d’une eau 
» vive et claire, et deux homido pièces d’eau, l'une renfermée 
» SOUS Ces bil irades, et l'autre dans une prairie voisine , sont, 
» avec le soleil de la Provence, les sources de ces admirables 
productions. » 

Je pourrois louer ici avec autant de raison le maitre du 
château de Beaulieu , sa. femme et ses enfans : je les trouvai 
réunis dans ce charmant asile, et jen recus, ainsi que mes 
compagnons, l'accueil le plus aimable et-le plus gracieux; j'ai 
l'honneur de leur en témoigner ici toute ma pans 

M. de Beaulieu fils aime la botanique et sen -occupe avee 
succès: les autres branches des sciences naturelles ne lui étant 
point étrangères , il s'empressa de nous servir de guide lui- 
méme; et, sans perdre un moment, nous nous mimes en 
marche pour aller, le marteau à la main, faire cette tournée 
minéralogique ; notre intention étoit de suivre tout le cercle - 
que décrit ce quidem dont le chan) se trouve pape Pe 
au centre. 

Les laves détarit fait jour au pen Teh: vaste plateau cal- 
caire; qui offre un escarpement dans la partie élevée qui 
plonge au-dessus de la rivière de la Durance, en face de la 
petite. ville de Pertuis et sur la rive opposée, j'avois espoir de 
pouvoir observer d’une manière commode le point de contact 
des laves avec les substances pierreuses caleaires. Ce volcan 
éteint avoit, sous ce point de vue, des rapports avec le grand 
plateau volcanique des monts Suu non ES du Rhóne, 
dans le département de l'Ardéche. - 


x 


b H STi KR E GN À TU Æ k Vi Es LI 

-Je portai mes premiers regards sur cet escarpement, élevé 
de plus de cinq. cents: pieds au-dessus. du lit: de la Durance: 
Le calcaire, qui sert de base aux laves, est tantót d'un: gris 
plus ou moins foncé, très-dur dans quelques ‘parties, plus 
iendre et comme marneux: dans d’autres. La couleur varie 
aussi, et passe au blanc un peu jaupátre;. 

gs trouve dans Ce: calcaire quelques corps marins pétri- 
liés, mal conservés, tels que des vis et des strombes ; on y voit 
aussi, dans certaines parties et par place, quelques morceaux. 
où le calcaire est mélangé de parties siliceuses. Cette sorte de 
pierre mixte, formée en place, est d'un blanc qui tire un peu 
sur le gris dans certains échantillons, et dans. d’autres "E 
roux ; elle a été appelée par Saussure du nom de szicicalce ; 
il a ind ai deux pages in-4.° à rapporter l'analyse qu’il en 
a faite, ainsi que ses caractéres extérieurs; mais cette pierre 
ne sauroit former niun genre ni une espèce. Il faut, si je ne 
me. irompe, $ se contenter de la classer dans les pierres mélan- 
gees de. calcaire et de. terre siliceuse:: l'on sait combien ces 
nuances sont nombreuses et rendroient la minéralogie fati- 
gante, sion les décrivoit une à une , ou si l’on en formoit des 
espèces ou méme de simples variétés.’ 

La lave compacte qui estau-dessus du celsis: 'dontil. s'agit, 
forme plusieurs coulées de tuffa- volcanique qui reposent ini— 
médiatement sur le calcaire, et qui ne l'ont point aliéré ; ; ce qui 
devoit être, puisque ces tuffas sout des produits niques 
boueux , dans la formation desquels l'eau dela mer paroit être. 
entrée en concours avec le feu. Ces diverses couches de tuffas: 
ont, dans quelques parties, huit à dix pieds d'é épaisseur et. 
même davantage dans d’autres. Elles sont surmontées d’autres. 
couches ou coulées de bréches volcaniques, formées d'une 


212 ANNALES DU MUSÉUM 


multitude de fragmens anguleux, de laves compactes et de 
laves poreuses, liées par un ciment qui provient de laves pul- 
vérulentes plus ou moins décomposées, et dont la couleur va- 
rie en raison des divers degrés d'oxidation qu'elles ont éprouvés. 
De grandes et épaisses coulées de laves compactes basaltiques, 
us lesquelles on observe quelques noyaux de chrysolithe ou 
péridot des volcans, sont au-dessus des brêches, et s'élèvent à 
la hauteur d'environ cinquante pieds: de maniere que Pen- 
semble des divers dépôts de laves, formés en tuffa , en brêche 
ou en lave compacte basaltique , qui repose sur dé haut de 
Vescarpement calcaire, peut être considéré comme un massif 
Vidt and d'environ soixante pieds de hauteur dans cette partie, 
En continuant à suivre le cercle plus ou moins régulier que 
décrit cet antique volcan, et en le parcourant du cóté droitde 
l'escarpement , lorsqu'on est au bord, en face de la Durance, 
on ne tarde pas à arriver dans une ravine enfoncée, qui me 
dans l'intérieur du cercle: c’est là que j'ai observé une belle 
substance voleanique, dont MM, de Saussure et de Jonville 
n'ont pas fait mention, et qui est cependant t une des plus re- 
marquables et des plus intéressantes de ce volcan éteint: c'est un 
sable qu'on trouye dans le petit sentier étroit et profond q qui existe 
entre les éminences volcaniques dont cette route est semée. 
Ce sable noirátre, mélangé de petites paillettes brillantes qu'on 
prendroit , si l'onsity regardoit pas de prés, pour du mica noir, 
mais qui contient une multitude de petites lames de fer spé- 
culaire brillant (fer oligiste de M. Haüy) qui sattachent forte- 
ment an barrean aimanté, fixa mon attention, Il est composé 
de wés-petits fragmens granuleux de feld-spath blanchátre , 
un —«— et ue feld-spath CO en PÈRE et en ñ rougeâtre 


D'HISTOIRE NATURELLE, 213 
par de l'oxide de fer. On y trouve aussi de petits grains noirs 
d'apparence vitreuse, et ressemblant à des molécules d'obsi- 
dienne, mais qui en different en ce qu'ils sont presque aussi 
fortement attirables à l'aimant que s'ils étoient du fer pur ; 
javois observé dans le volcan de Chenavari , près de Roche- 
maure, département de l'Ardèche , au milieu des laves com- 
pactes les plus dures, ainsi que dans quelques laves semi-po- 
reuses, des grains ferrugineux qui ont le méme aspect et qui 
sont aussi fortement attirables ; ils ont un peu de transparence, 
ce qui leur donne un aspect vitreux, Je ne saurois mieux les 
comparer qu'à certaines cristallisations de fer qu'on trouve 
sublimées dans les scories de quelques raflineries d'acier , telles 
que celles de Rive, département de l'Isère, où j'ai recueilli 
de petits cristaux semblables, parmi lesquels il y en avoit 
d’octaèdres; le fer du sable de Beaulieu est en grains vitreux au 
lieu d’être en cristaux: voilà la seule différence. C'est un mode 
d'être particulier du fer dans quelques circonstances , qui 
tent à l'action particulière de la sublimation. . | 

On trouve dans le sentier dont j'ai parlé beaucoup de fer 
micacé, réuni par places par les eaux de pluies qui le détachent 
du voisinage. Je ne tardai pas, aprés avoir fait cent pas en- 
viron dans ce sentier, à reconnoitre de quel endroit provenoit 
le sable ic:d-spathique, mélé de fer micacé et de grains de fer 
MIC. PH | 

En effet, on apercoit bientót sur la partie gauche du che- 
min une petite colline en plan fortement incliné sur la route, 
dont la base ou premier talus est formé dé diverses couches, 
je dirois presque de diverses coulées, qui ont depuis deux pieds 
jusqu'à cinq d'épaisseur , d'une substance porphyritique friable 
et décomposée, que les eaux des pluies détachent et entrainent 

9. ' iT - 28 


3i ANNALES DU MUSEUM 

dans le sentier qui est au bas: c'est-là le magasin du sable 
feld-spathique, des:pàillettes de fer micacé et des grains de fer 
vitreux. Toute cette partie décomposée peut avoir quinze pieds 
d'élévation moyenne, sur une largenr de soixante pieds ; elle 
est surmontée d'un second talus où la même substance forme 
un plateau porphyritique trésincliné, dont la pierre, au lieu 
d'être friable , forme un grand massif de roche solide: Ses ele- 
mens sont les mêmes que la partie inférieure altérée ; mais 
elle a une forte adhésion, et ses cassures offrent une substance 


T -TLEGI 


Le feld-spath., qui entre comme prineipe constituant dans cette 
singulière roche, est de deux couleurs: l'une blanchátre, l'autre 
rougeâtre. Cette dernière couleur tient à l’oxidation du fer: 
c'est cette altération dans le principe ferrugineux , lorsqu'elle 
est plus avancée, qui détruit à la longue l'adhérence des parties, 
Les masses inférieures en fournissent la preuve : le feld-spatli 
est trés-fusible au: chalumeau ; il est un peu fritté , dans la roche 
solide, comme dans celle qui est devenue friable et sablon- 

Mais une chose singulière et remarquable dans la partie 
du talus supérieur qui offre un vaste parement solide et si in- 
eliné qu'on a de là peine à se tenir dessus, c'est que toute 
cette partie, qui est nue , offre une mosaique à grands 
compartimens, où il semble qu'on ait dessiné une multitude 
de cercles placés les uns dans les autres , formant comme 


D'HISTOIRE NATURELLE. LI 
autant dé sphères , et quelquefois: de- grands, parallélipi- 
pedes rangés sur le même plan., Ces: espèces de dessins très- 
prononcés sont produits par oxidation, ou rouille du ; fer 
qui entre en grande proportion dans la constitution de cette 
singuliére roche porphyritique; ou le igidepatl se trouve allié 
avec le fer oligiste et le fei dié. 

On est embarrassé de savoir pourquoi «cette oxidation du 
fer est tracée en compartimens aussi réguliers et. en linéa- 
mens qui ont une marche aussi particulière ; les, naturalistes 
-qui visiteront cette roche volcanisée, bien digne de leur atten- 
tion, éprouveront le même re que mois. el rendront 
justice, fose l'esperer, à l'exactit ere Ds 'vations que je 
viens de rapporter. - 0H M eb we 

Voilà la seconde fois que je rencontre dana € PM: éteints 
"ape substance minérale semblable. La première se présenta 
à ma vue sur le plateau le plus élevé du mont Meissner 
‘dans le pays de Hesse-Cassel, On peut consulter ce que j'en 
ai dit dans les Annales du Muséum d' Maire naturelle, Classi- 
Jication systématique des produits ques, tom.5, p.325. 

Ni M. Gross ni MM. de Saussure stide Jonville n'ont fait 


“mention de la roche que je viens de faire connoitre ; M. de 


m* 


` Saussure ne fit qu'une course rapide à Beaulieu , et il y étoit 


sans guide. J'ai eu l'avantage d’être dirigé par M. de Béaulieu 
fils qui connoit trés-bien tout ce qu'il y a d'intéressant à voir 
dans un lieu qui fait l'objet de ses délassemens , et qu'il 
parcouft Si fréquemment pour des recherches botaniques. 
En continuant à suivre la direction circulaire du volcan de 
; Beaulieu, l'on arrive dans une espèce dì enfoncement, , toujours 
au milieu des laves plus-on moins compactes, parmi Totiellos 
on trouve de la chrysolithe ou péridot des volcans en assez gros 


28 * 


216 ANNALES DU MUSÉUM 
noyaux, dont quelques-uns sont brillans et à grain$ trés-sains, 
tandis que d'autres sont en partie altérés et un peu ocreux. 

On descend immédiatement aprés dansune espéce de ravine 
qui a mis à découvert un beau courant de lave compacte ba- 
saltique, au milieu degne on M sortir une multitude de grosses 

S ice prochées les unes des autres, 
et qui forment une saillie P sisquable Ce courant de 
lave compacte s'est fait jour au milieu d'un tuffa, formé de 
laves en décomposition et comme terreuses. Les laves sphé- 
roides dont il est question sont comme enveloppées de divers 
feuillets épais de la méme lave compacte qui fait mouvoir le 
barreau aimanté, et contiennent quelques fragmens d sapie 
ou pyroxène de M. Haüy. 

Immédiatement après la coulée qui rénférme les laves en 
boules, on en trouve uné secondé où la lave compacte aune ten- 
dance à se déliter en espèces de feuillets; cette lave contient 
de la chrysolithe ou péridot des volcans, tantôt intacte, tantôt 
altérée: on y trouve aussi de l'augite ou pyroxène fortement 
chauffé et presque fondu. Quelques parties de ce courant ont 
aussi des globules blancs qu'on peut considérer comme une 
lave amygdaloide à grains calcaires. J'y ai recueilli quelques 
fragmens d'obsidienne : M. de Beaulieu fils men donna un 
échantillon remarquable par sa belle vitrification, 

‘On arrive ensuite. sur une petite butte sur laquelle on a 
planté des cyprès, où l'on trouve. des laves amygdaloïdes à 
grains et à petites zones calcaires qui entrent en dé&oinposi- 
tion. On voit aussi sur le sol des pierres isolées blanches, à 


cassures concoides , non effervescentes, qui ont un léger as, 


pect de pechstein Mew C'est encore ici une des pierres aux- 
quelles Saussure a donné le mauvais nom de silicicalce. Je l'ai 


L 


D'HISTOIRE NATURELLE. 2 F7 
étudié avec soinřen place; j'en ai cassé plus de cinquante mor- 
ceaux pour en suivre les nuances et les divers degrés d'alté- 
ration ; et je considère celte pierre comme un simple silex de- 
mi-transparent, analogue au silex pierre à fusil, mélé de cal- 
caire, à qui l'action du feu a imprimé un cafactère particu- 
lier, et que l'air a ensuite un peu altéré. La méme pierre se 
trouve aussi dans les environs d'une autre colline volcanique 
où l'on voit une plantation de chênes verds, à peu de dis- 
iance du cháteau de Beaulieu. 

Unautreobjet digne deremarque, observé par M. de Jonville, 
ei dont Saussure a dit un mot, c’est la colline calcaire où l'on 
voit des laves poreuses et des laves compactes qui se trouvent 
comme implantées au milieu d'une pierre calcaire dure, 
d’un blanc légèrement nuancé d'une teinte jaunâtre. Saussure 
n'en avoit trouvé que des morceaux isolés. Une circonstance 
que je vais rapporter m'a permis d'en voir des masses con- 
sidérables en place. Je dois dire cependant à la louange du 
célèbre naturaliste de Genève, qu'il-avoit bien saisi la véri- 
table théorie de ce fait. « Ce qui me parut le plus remar- 
» quable , dit ce minéralogiste, ce sont des morceaux mélangés 
» de lave póreuse violette et de pierre calcaire blanche com- 
» pacte. On voit là des fragmens de lave entièrement enve- 
» loppés par la matière calcaire et isolés au milieu d'elle ; 
» quelques-uns de ces fragmens sont extrémement anguleux , 
» avec les pointes aigués et des angles rentrans. Cependant la 
» pierre calcaire les embrasse de toutes parts et remplit toutes 
» leurs cavités extérieures, Il faut donc nécessairement que ces 
dant laformation dela 


» morceaux de laves soient survenus pen 
» pierre calcaire, et qu'ils aient. été déposés dans un temps 
» ou celle-ci étoit assez molle pour se mouler sur leur forme, 


218 ANNALES DU MUSEUM 

» et pourtant assez ferme pour qu'ils y demeutassent suspendus 
» sans gagner le fond.( Voyage coa les Alpes, tome III , 
» pag. 324 ). » 

Cette description, qui est trés-exacte, me dispensera d'en- 
trer dans de plus grands détails à ce sujet. Je dirai seulement 
que M. de Beaulieu ayant fait ouvrir autour decette butte des 
excavations pour en enlever des pierres et y former une route 
circulaire qui sert d'avenue pour arriver sur le haut du mon- 
ticule où l'on voit un groupe de cyprès consacrés à la mémoire 
d’une pese aimable et chérie; ces excavations et les tra- 
Vaux qu'on a faits pour décorer ce monument, d'uue piété 
-et d'une sensibilité touchante et honorable, ont mis à décou- 
‚vert des masses considérables de pierres alend compactes 
«jui renferment extérieurement , et dans leurs parties intérieures, 
«de gros fragmens anguleux de lave compacte noire de la 
nature du basalte , et des laves poreuses d’un brun-foncé violátre; 
4le manière que toute la base de la butte , qui est d'une étendue 
considérable , n'est composée que des mêmes matièreset d'un 
semblable mélange. J'en ai envoyé un bloc remarquable pour le 
Muséum d'Histoire naturelle de Paris , qui pèse plus de quatre- 
vingts livres, et qui est digne de figurer dans cette importante 
-collection des plus curieux objets de la nature. L'inspection de 
tant de laves implantées, pour ainsi dire, à une grande pro- 
.fondeur, au milieu du calcaire dur et compacte, ne permet 
pas de douter que le volcan de Beaulieu ne fùt sous-marin , et 
que les laves compactes et poreuses que ce volcan élancoit 
dans ses momens d'éruption ne tombassent dans un fond 
mou et vaseux , formé de matières calcaires qui ont acquis 
par la suite la consistance et la dureté qu'elles. ont, C'est un 


D'HISTOIRE NATURELLE. 219 
fait de plus à ajouter à tant d’autres propres à démontrer que 
les volcans éteints les plus éloignés de la mer ont été baignés, 
à des époques sans doute d'une date bien reculée , par les eaux 
de l'antique Océan; qui depuis lors a diminué considérable- 
ment de volume par les nombreux et puissans moyens qui 
concourent à la décompositin journalière de l'eau: -~ 
: Ces moyens tiennent, les uns à la multitude immense des 
polypes de toute espèce dont le travail Continu et sans cesse re- 
naissant parvient à former de nouvelles iles, à élever le fond 
de certaines mers et à rendre la navigátion. dangereuse dans 
quelques paragés ; aux coquilles , dont les espèces sont si 
nombreuses , particulièrement cells qui vivent en famille ,. 
telles que les huitres, qu'élles forment des bancs de plusieurs. 
lieues d'étendue ;'les autres, aux poissons, aux cétacés et à 
tant d'étres organisés qui habitent les eaux ; enfin ces peu- 
plades immenses de-végétaux et d'êtres vivans qui couvrent la 
surface de la terre, peuvent être considérées.avec les premiers 
comme de véritables instrumens de chimie et de physique 
vivans qui décomposent l'eau , en séparent les principes élé- 
mentaires , s'approprient ceux qui leur conviennent , et laissent 
dissiper , sous forme aérienne , ceux qui leur sont étrangers. 
C'est là probablement une des grandes causes de la diminution 
des mers et de l'augmentation de la partie solide du globe; et: 
c'est ainsi que la matière semble être destinée par la nature à: 
rouler dans un cercle perpétuel de formes et de modifications. 


220 ANNALES DU MUSÉUM 


NOTICE 


Sur le gisement des poissons fossiles et sur les 
empreintes de plantes d’une des carrières à 
plâtre des environs d' Aix , FRarerei des 
Bouches-du-Rhône. 


PAR M. B. FAUJAS-SAINT-FOND. 


j E visita en 1786 les carrières à plâtre des environs d'Aix 
où l'on trouve des squelettes de poissons aussi curieux et quel- 
quefois aussi grands que ceux de Monte-Bolca, dans le Vé- 
ronais, ainsi que des empreintes de plantes (1). 

Comme: M. Darluc avoit fait connoitre ces carrières, dans 
son Histoire naturelle de la Provence, les observations que 
j avois faites restérent dans mes journaux. 

En 1785, M. de Saussure visita ces car rières et descendit 
avec un de ses fils dans un puits en exploitation, qui avoit cin- 
quante-cinq pieds de profondeur. ( Zoyage dans les Alpes, 
tome III , pag. ET ) 


« 


(1) Tl existe à Aix, dans les collections de MM. de Font-Colombe, de Saint. 
Vincent, et dans celles de M. Giraud , de beaux et grands poissons fossiles des 
carrieres à plâtre des environs d'Aix, 


D'HISTOIRE NATURELLE. 221 

Mais ce célébre naturaliste ne mesura point l'épaisseur des 
diverses couches ciae faut traverser pour arriver au fond de 
la carriére, 

Le 17 du mois Ís septembre 1805, me trouvant à Aix 
avec M. le comte Marzari de Vicence, mon ami , qui retour- 
noit en Italie, nous nous rendimes sur ces carrières à plâtre 
qui ne sont qu'à trois quarts de lieue de la ville, sur la route 
de Lambesc et sur le haut de la pente rapide connue sous la 
dénomination de Montée d'Avignon. 

Nous donnámes la préférence à une carrière exploitée par 
un nommé Antoine Zéraudi, située sur la partie droite du 
grand chemin , en allant d'Aix. à Avignon ; l'on nous assura 
que c'étoit une des plus profondes. Le maitre ouvrier, à qui 
elle appartient et qui habite une petite maison à cóté de sa 
carrière, est intelligent et attentif à recueillir les objets qui 
intéressent l'histoire naturelle. À ces titres, nous lui devions 
la préférence, et comme il connoit , d'aprésunegrandehabitud 
la disposition, l'ordre et l'épaisseur des couches, et que le puits 
de la carrière, dans laquelle on descend par DE marches ra- 
pides, a Re don pieds huit pouces de profondeur, 
nous ne pouvion$ pas mieux rencontrer. Il alluma aussitót des 
lampes; M. Marzari se chargea de vérifierles mesures par pieds 
et par pouces avec la plus sévère exactitude,et nous descendimes 
da:s ie puits, Voici le résultat abrégé de nos observations. 


: | pieds. pouces 
1. Schiste marneux d'un grisblanchátre, mélangé 
d'argile et de calcaire, dont les petites couches 
ou feuillets ont , les unes six lignes, les autres 

un pouce, et les plus épaisses deux pouces: 
en tout douze perum u.s... 1 

8 : 29 


. . Marne pierreuse plus dure en 
du numéro 3 et qui porte sur les lieux le nom - 


. elle a un pied six pouces. . , , 


222 ANNALES DU MUSÉUNM 


Argile molle et humide, grise , mélée de cal- 


caire, plutôt en grands dépôts et en masses . 


qu'en couches distinctes, quinze pieds . 


.Schiste marneux, dur ,que les instrumens en- 
lévent par feuillets et queles ouvriers nomment 


>» * + > LI 


lote, deux piéds. . . $ 
core que celle 


de pierre froide , deux pieds . . . 


Argile grise, molle, mélée de calcaire quatre : 


pieds six pouces PS i 


* LE 


Marne schisteuse , noire, où l'argile domine : 


celle-ci renferme quelques cristaux cunéi- 


WES . APER à 


S SIT QUE Ty 
iot 


aux ux ce gypse, 
d'une couleur enfumée , mais brillante dans 


les. cassures. Les ouvriers ont donné à cette 
couche le nom de plâtre de mauvaise qualité : 


Schiste marneux , d'un blanc terne, quelquefois 


| . :£risátre ou d'un gris fauve. On peut en enlever & 
des fevillets de six lignes , d'un pouce et quel- 


quefois de deux d'épaisseur. Ceschiste est dur 


dans certains morceaux , moins dur dans d'au-. 
tres, un peu bitumineux , et renferme des pois- 


EE MERE S 
E o i 


sons de diverses espèces, tous couchés à plat 


et dans la inémie situation naturelle qu'ils. 


auroient s'ils étoient morts en place. On en. 


trouve de six pouces , d'un pied, quelquefois 


de deux et de trois pieds de longueur, ayant 


pede, pouces 
15 

> E 

zi 

4 6 


DHiSIOLIKE NATURELLE 


leurstétes, leurs vertèbres , leurs queues, leurs 
nageoires et leurs parties musculaires forte- 
ment imprimées dans la matière pierreuse : 
leur couleur est brune à l'extérieur , et quel- 
quefois d’un brun-fauve, mais bitécièur est 
translucide et d i couleur de succin-foncé. 

Ils ont bea: rapports avec les poissons 
fossiles de WMente-Bolea dansle V éronais. Les 
espècesen sont variées. M. Darluc, tom. Í, pag. 
49 de son Histoire naturelle de la Provence, 

en a déterminé plusieurs , et cite des malar- 
macs, des mulets barbus, des grandes do- 
ridet et autres poissons exotiques; mais c'est 
 untravailàvérifier ou plutôt àrefaire, l' ycthio- 
logie n'étant pas avancée alors comme elle 
l'est à présent; Un bon catalogue des poissons 
fossiles d'Aix seroit bien important pour la 
géologie, surtout si l'on accompagnoit cet ou- 
vrage de bonnesfigures. On vient d'en publier 


de trés - belles sur les. poissons fossiles de 
Monte Bolca , qui pourroient servir d ‘objets 


de comparaison. 

Cette couche des carrières d'Aix qui ren- 
ferme des poissons est à trente-sept pieds de 
profondeur. On y trouve aussi de trés-belles 
empreintes d'un végétal qui, au premier as- 
pect, paroit avoir appartenu : à une espèce 
de palmier, mais qui mest point de cette få- 
mille. J'en dirai un mot à la fin de cette Notice. 


223 


piede — peuees 


297 


ht 
© 


16. 


17.- 


4 ANNALES DU MUSEUM? 


La couche dontilest iiem aquatre pieds 
d'é épaisseur, B. une -—— 
Marne grise dure, ditepzerre pues i pieds 


Marne hnas noire, dure , dite pierre 


notre, huit pouces + . -a 


Pltre en exploitation, Cette pierre re 


est grise , disposée en petites écailles plus où 


moins brillantes et en couches épaisses. On 
en détache de gros blocs avec des coins de fer, 
des marteaux et des pinces. L/épaisseur de 
ce banc est de cinq pieds > fA 


. Marne dure, dite pierre froide et qui sacco 


TAS au gypse, dix pouces. . . 


Argile grise, mêlée de molécules calcaires, et - 
renfermant des cristaux de gypse rhomboi- . 


daux et cunéiformes, trois pieds . . . . . 
Argile schisteuse, marneuse, noire , avec cris- 
taux de gypse, dite pierre noire ois pieds. 


Argile molle avec des cristaux isolés, de gypse, 


quatre pied$ s- s-s 1. 
Argile marneuse , ayant des zones noires qui 
alternent avec de zones de marne hdc 
blanche, dix-huit pieds . . - 
Plàtre gris, exploité. Cest le RS bah k 


gypse; celui-ci a cinq pieds d'épaisseur . . 


Gypse de forme schisteuse , ou plutôt matière 
gypseuse , formant une trés-petite couche 


feuilletée, qui porte immédiatement sur 
d'autres (mre ou feuillets trés-minces de 


18 


5 


picds. pouces 


D'HISTOIRE NATURELLE. #29 
: pied pouces. 
marne dure, d'un gris-fauve , sur laquelle on 
trouve de petits poissons dont la grandeur 
n'excede pas trois pouces, et qui sont très- 
rapprochés les uns des autres sur les échan- 
tillons que j'en ai vu. Comme ces poissons ne 
sont pas d'une très-belle conservation , quoi- 
que bien distincts, il sera difficile d'en dé- 
terminer les espèces avec précision: Cette pe- 
tite couche de marne avec des poissons et 
recouverte de couches plus minces encore de 
gypse, n’a en tout que deux pouces. . . 2 


Ainsi voilà une couche à soixante-douze pieds huit pouces 
de profondeur dont on n'avoit point encore fait mention , soit 
qu'on ne füt point parvenu à cette profondeur, soit qu'on 
eùt négligé jusqu'à présent de l'observer : Cest ce qui m'a 
déterminé à publier cette Notice. 

On n'a point fait de percement dans la carrière dont il est 
question, au-delà de la profondeur de soixante-douze pieds 
huit pouces. - e 

Saussure a fait mention, dans sa Description d'une des plá- 
trières des environs d'Aix , des feuilles d'une plante qu'il croit 
étre de la famille des palmiers , et qu'on trouve quelquefois 
dans la couche n.° 7 , où sont les poissons fossiles. 

* J'ai rapporté, dit ce célèbre minéralogiste, tom. III , pag. 
» 330 du Voyage dans les Alpes, une de ces empreintes 
» que je crois être d'une feuille de palmier. Ce sont des rayons 
» divergens dont le centre manque aussi bien que l'extrémité 


E 


£ 


s26 . LSÆANNALES DU MUSEUM 

» opposée. Ces rayons ont dix pouces dans leur plus 
» grande longueur; on ne peut pas juger de celle qu'ils auroient 
» eue du côté où 38 divergent; mais du cóté du pédoncule 
» ou de celui où ils tendent à se réunir , il paroit qu'ils au- 
» roient eu encore trois pouces de plus. Les côtés ou les ner- 
» vures de la feuille ont environ une ligne de largeur dans la | 
» partie où elles sont le plus convergentes, et environ le triple 
» dans celle où elles divergent le plus. Outre les nervures, on 
» distingue des stries longitudinales très-fines et trés-serrées, 
» mais on ne peut en voir aucune transversale.» 

Je me suis procuré une de ces empreintes d'une plus belle 
conservation que celle dont Saussure a fait mention ; elle est 
remarquable surtout par une portion du pédicule qui est bien 
distincte, et qui manqus: presque toujours auxautres Étnprents 


de ceite même feuille fossile. Elle n'appartient point à une 


feuille de palmier, ainsi qu'on lavoit. cru jusqu'à ce jour , 
mais à une grande graminée inconnue. La lettre ci-jointe d'un 
de nos plus haies botanistes le prouve. 

Mox : CHER COLLÈGUE ET Au, j javois cru d’abord que la feuille pétriüée sur 


laquelle vous m'avez fait l'honneur de me consulter , avoit appartenu à un palmier 


de la division de ceux qui ont les feuilles palmées ou découpées en forme de 
maie; mais, après l'avoir esamince plus attentivement, j'ai changé d'opinioir, Je 
suis porté à croire que c’est une feuille de quelque graminée dont je ne puis 
cependant indiquer ni le genre ni l'espèce, parce qu "elle n'offre aucun caractère 
d'après lequel j je puisse w savoir, Ce qui me fait croire qu'elle est une grami- 
ace, c'est le nœud ra ak que Von remarque sur la hase de la tige d’où 
| la feuille , caractère qui. m'existe pas dans. les palmiers. Voilà , Monsieur et 
sgue ; un éclaircissement bien vague ; „mais c'est le seul que, je; puisse 
nner , parce que les feuilles des graminées offrent très-rarement des dif- 
ferentes d'après lesquelles on puisse les reconnoïtre avec certitude. Cependant je 
he eróis pas que celle dont il est mention , si c'en ost une, comme je suis porté 

croi ds esie dons: nos climats. wv 

Je suis, etc. — DESFONT AINES. 


yx. x iiri 


D'HISTOIRE NATURETRL,L E. 255. 


RECHERCHES 


Sur les plantes d'ornement et sur leur introduc- 
tion dans nos jardins. 


PAR JJ P. F. DELEUZE. 


PREMIÈRE PARTIE, 
LE Observations préliminaires. $ 


L'érar de cultivateur est de tous le plus paisible, éd où lon 
obtient de la manière la plus indépendante la récompense 
de-son travail , celui vers lequel on soupire au milieu des : agi- 
tations d'une vie tumultueuse et dans la carrière méme de 
Pambition. Les hommes que les‘emplois éminens de la société 
retiennent au sein des villes, veulent trouver prés d'eux une 
image de la campagne ; ils rassemblent dans leurs jardins les: 
beautés de la nature; souvent ils cultivent des plantes pour 
se délasser des travaux de l'esprit, et cet amusement simple: 
et rustique leur semble préférable aux distractions que le luxe 
pourroit leur offrir. La culture des jardins est en effet aussi 
intéressante par elle-méme que satisfaisante par ses résultats. 
Les en TE a pi naitre peo. plus savoureux ; et les: 


endamme qu'elles d donnent, sont 
une Le sources | deum lisondes de nos plaisirs : elles ont: 
méme sur les fruits cet avantage, qu'elles nous procurent. 
des jouissances long-temps continuées -et toujours-également: 


a Y 


a? ANNALES DU MUSEUM 
puissantes sur nos sens et notre imagination. Dès l'enfance, 
leur couleur et leur forme appellent les regards; elles lisent 
à tout âge, et les femmes en ont fait partout fem délices et 
. leur plus bel ornement. Il en est un. grand nombre de char- 
“mantes: qui croissent dans les prairies, sur les rochers , dans 
les bois: la modeste violette, le muguet odorant, Pélégants 
marguerite, l'aubépine n'exigent aucun soin : les phis qui 
semblent préférer les lieux incultes, le chévrefeuille s'étendant 
en guirlandes sur la lisière des bois , l'hélianthéme en ombelle 
dont les touffes éclatantes de blancheur , décorent les coteaux 
escarpés , ont d'autant plus d' agrément, qu'ils le doivent à la na- 
iure. Mais Phomme aime à varier ses jouissances, et quelque 
belles que soient les fleurs agrestes et simples, celles dont nous 
avons enrichi nos parterres les Pr én beauté. Les unes 
sont étrangères:les antres ont été tel ti par la 
culture, qu’elles sont devenues pour les enristes dese espèces par- 
ticulières : il en est même plusieurs dont le type primitif n’est 
plus connu. L'objet principal de ce Mémoire est dé rechercher 
leur origine et l’époque de leur introduction dans nos jardins. 
C'est dans les contrées méridionales qu on a toujours eu le 
plus de goût pour les fleurs. La douceur du climat en fait naître 
un plus grand nombre dans les campagnes ; elle en rend la 
culture plus facile, ev dispose les habitans à faire plus de cas 
des Sensations ogréables qu'elles procurent. Les Grecs les ai- 
passionnément. Théophraste (1) nous apprend qu'ils 
cultiyoient les roses, lesgiroflées, les violettes, les narcisses, les 
iris; et nous lisons dans Aristophane ( 2) qu à pee on portoit 
K les jours- au marché des corbeilles de fleurs gré étoient 


conne o meer 


(1) Theophr, Hist. plant, lib. 6, c. 6. 
-. (2) Aristoph. :Acharn. , v. 212. 


P 


D'HISTOIRE NATURELLE. 2 
enlevées à l'instant, On voit, par les écrits des philosophes, - 
des poétes et des historiens, que dans toute la Gréce on en 
faisoit un usage continuel. No Monet elles étoient, comme 
aujourd'hui, la parure de la beauté; non-seulement on en ornoit 
les autels des Dieux, mais les jeunes gens Sen couronnoient 
.dans les fétes, les prétres dans les cérémonies religieuses, les 
convives (iia. les festins. Des faisceaux de fleurs couvroient 
les tables; des guirlandes de fleurs étoient suspendues aux 
portes dans les circonstances heureuses, et, ce qui est plus 
remarquable et plus étranger à nos mœurs, les philosophes 
‘eux-mêmes portoient des couronnes de fleurs, et les guerriers 
en paroient leur front dans les jours de ie La måne 
coutume avoit lieu dans tout l'Orient. 

Cependant la culture des fleurs ne fut pas portée bios les 
anciens au méme degré de perfection qu'aujourd'hui. On n'en 
connoissoit qu'un petit nombre d'espéces, et on n'avoit pas 
lart de leur donner. cet éclat et cette magnificence qu'elles 
ont acquis depuis. Les Grecs, doués d'une imagination bril- 
lante et facile à émouvoir, étoient enthousiastes des beautés de 
la nature : ils l'imitoient en grand; mais leur vivacité les rendoit 
incapables de cette observation lente, de ces soins minutieux 
par lesquels on en perfectionne les productions. Ils se conten- 
toient des fleurs simples qui croissoient autour d'eux, et ils en 
relevoicnt le charme en leur attribuant une origine — À 
gique. Théophraste parle avec détail des plantes propres à faire 
des.couronnes , expression qui répond à ce que nous appelons 
plantes Me 7 Plusieurs de ces plantes nous sont 


(1) Je crois devoir dire un mot des couronnes , et expliquer l'expression p/antæ 
 coronarim si fréquemment employée par Théophraste , Pline, Athénée , etc. 
- De tous les usages anciens le plus éloigné des usages modernes est peüt-étre celui 


3o 


* 


à G ES 


ANNALES DU MUSEUM 
inconnues aujourd'hui , parce qu’elles ne sont désignées dans 
les écrits des anciens que par un simple nom ou par des carac- 
téres vagues ; mais parmi celles qui sont bien déterminées, il 


so 


adés couronnes. H: paroit qu'il ne s'introduisit en Grèce qu'après l'époque du siége 
de Troye. Mais il y devint bientôt si général , qu'il my avoit aucune circonstance 
remarquable où l'on ne se couronnát de rameaux de diverses plantes ou de guir- 
landes de fleurs. Ces couronnes Solent un Dee d* ne gresse dans ceux qui en ora 
moient leur front. Mais bient prix, comme marque 
xi honneur , de puissance , de-vertu. Cordi asi: Paschalis , lib. 1 , c. 1) est circu- 
dare "gun gestamen, non arcendæ injuriæ » sed eå re inventum ut sit lucu- 
lentum insigne letitie, pietatis , morum optimorum , ingenii et doctrine , pir- 
Tritis ac strenuitatis , victoriæ et felicitatis , SSA summi inter homines Jue 
gu. z 

Selon. les anciens auteurs , l'usage: a couronnes s "introduisit dans les repas , 
-parce qu'on imaginoit que les plantes dont elles étoient tressées avoient la- vertu 
de préserver des fumées du vin, de rafraiehir la tête, de conserver la netteté 
des idées et la gaieté/de l'esprit. Elles devinrent bientôt un ornement dont on 
ne püt se. passer. On en portoit à tous les convives au commencement et à la 
fin du : rs et les philosophes eux-mêmes en ornoient leur front lorsqu'ils se 
réunissoient à table, comme on le voit par le 5.* livre des Propos de table, de 

Plutarque. Ces couronnes se nommoient coronæ conviviales ; elles étoient de lierre, 
de violettes, de roses. On appeloit coro//c celles qui étoient plus penatus 
élégantes. On les remplacoit enhiver par des couronnes de fleurs artificielles qu'on 
arrosoit de divers parfums. Cet usage qui passa de la Grèce chez les Romains 
dura jusqu'au 3.° siècle de Père chrétienne. Alors Tabus des couronnes et des 
parfums fut er à tel point, que les hommes graves en furent blessés, les regar- 
dant comme un signe de mollesse et: un. raffinement de. volupté. Il ne fallut 

n pasa moins que.la révolution opérée par le christianisme pour y faire, 
er. Tertullien et S.-Clément 3 Alexandrie combattirent cet abus avec 
toutes Les "Tories: de l'éloquence. E 

+. Mais les © lement d'usage dans les festins ; elles ornoient 
les statues des Dieux ; elles Jeisten lient le front des prêtres et des vierges : 

employées dans les cérémonies religieuses. On en donnoit pour prix dans les jeux 

publics ; elles ét de de ceux qui s’étoient distingués par quel- 


: pem SELS 


qué action ét n ébulta de là que le mot couronne devint D pag) de pris, 


* 


Ld 


DHISTOIRE NATURE L LE m 
en est dont nous faisons peu de cas, et.nous poins, assurer 
qu'il se trouve très-peu de fleurs donis. Il paroit méme que 
les Grecs n'en avolent pas d'autres que la rose , la: violeue, le: 


- + 


récompense, éloge , ornement, excellence , perfection , et. que le mot coronare 
fut souvent employé dans le sens de louer, décorer. 

^T yavoit à Athènes età Rome des UMEN FA l'état étoit de tresser des 
couronnes. Ces couronnes étoient, les unes d'une seule espèce de fleurs, les autres. 
de fleurs diverses , d'autres de rameaux de certaines plantes choisies, à cause de 
quelque. idée symbolique ou mythologique. On nomma d'abord | corozariz les 
plantes consacrées à cet usage, et dont les unes étoient cultivées, les autres cueil- 
lies dans les champs : mais ensuite ce nom fut étendu à toutes celles qui sembloient 
devoir ètre distinguées par leur beauté ou leur parfam. Alors fores coronari? 
-signifia belles fleurs, fleurs d' prets comme corona "— rame , ex- 
cellence, 

Enfin, comme te fleurs étoient principalement recherchées pour les couronues, 
le mot coronæ fut souvent employé youre sehi de flores. Ou disoit cueillir des cou- 
ronnes pour cueillir. des fleurs : on en ples dans les poètes. C'est 
avec goüt et en soient l'analogie que. Liane a | donnéle, nom de corolla , dimi- 
nutif de corona, à la partie [a plus brillante de la flear. 

Parmi les plantes enrployéesà faire des couronnes, il s'en trouve plusieurs qui 

n'étoient remarquables ni par leur parfum , ni par la beauté de leurs fleurs et de 
leur feuillage, comme la verveine, l'ache , l'asperge épineuse, etc. Leur choix , dé- 
terminé par les circonstances, n "étoit nullement indifférent : on s 'en servoit comme 
d'un langage emblématique qu'on entendoit. alors s [pere soit devenu fort obscur 
- pour nous. Nec flores nec herbe temerè in Omnia 
nescio quid peculiare designabant , tempori , rebus, personis , diruta. mé 7 
sa: aut € meritis , virtuti, labs se Res mute efficaciter 


Divinité: comme le. dis; à vm d rose à 


Dame, le peuplier à Hercule, le cyprès 


à Plus, le chéne à den. etc., 
Il seroit trop long de donner les reves de ce que j'avance; ; on peut consulter 
30 * 


132 ANNALES DU MUSÉUM 

grenadier et la giroflée. Ils n'avoient pas non plus songé à les 
rassembler dans des parterres. Pour s'en convaincre, il suffit de 
lire les deseriptions qu'ils nous ont laissées des jardins des Hes- 
pérides dans la Mauritanie , dé ceux de Sémiramis à Babylone, 
de ceux d'Alcinoüs dans l'ile de Corcyre. On voit qu'en em- 
ployant toutes les ressources de la poésie pour en peindre les 
délices , ils n'ont point dit qu'ils fussent embellis de fleurs. Ces 
jardins étoient seulement des retraites ombragées , arrosées, et 
décorées de divers monumens. Ils offroient une image de 
l'Elysée tant célébré par les poètes , amena vireta fortunato- 
rum nemorum. On ne commença même que fort tard à en 
avoir de pareils. Epicure qui vivoit trois cents ans avant notre 
ère , eut le premier un jardin dans l'intérieur d'Athènes (1). 
Les auteurs grecs, connus sous le nom de Geoponici, qui, 
plusieurs siècles aprés, ont écrit sur l'art des jardins, nous 
prouvent assez qu'on n'y élévoit point de plantes curieuses , et 
que les parterres à fleurs n'étoient point connus. 

Les Romains , étrangers d'abord à tous les arts d'agrément, 
ne s’occupèrent point de la culture des fleurs. Sous les rois et 
dans les premiers temps de la république, leurs jardins ne 
contenoient que des plantes potagères dont le soin étoit confié 
à la mère de famille. Mais lorsque le luxe commença à s'intro- 


le savart et curieux ouvrage de Paschalis( de Coronis, lib. X, Lugd. Bat., 1671; 
8.' ). La matière y est épuisée , et tous les passages des anciens relatifs aux cou- 
ronnes y sont expliqués. Il eùt été à désirer que l'auteur eût été plus instruit en 
botanique , et qu'il eùt essayé de déterminer à quelle$ plantes connues aujourd'hui 
il faut rapporter celles dont il donne l'ancienne nomenclature dans son troisième 
livre. Voyez aussi Lanzoni , de Coronis et Vagner , avec les notes de Baruf- 
faldus , Ferrare, 1715 , in-8. 
(1) Pline, liv. 19, c. 4. 


D'HISTOIRE NATURELLE. A 
duire, ils prirent pour les couronnes une passion si vive qu'on 
crut nécessaire de la réprimer par des lois; et bs à cou- 
ronnes fut sévèrement défendu à ceux qui n'en ent pas 
recu le droit ou par leur place, ou par une concession par- 
ticulière des magistrats. Quelques actes de rigueur n'empé- 
chèrent point que ces lois ne fussent éludées sous divers pré- 
textes, et enfin totalement oubliées : ce qui étoit une distinction 
devint une parure générale; les hommes les plus élevés en 
dignité ne craignirent point d'afficher cet appareil d'élégance 
et de luxe qui répugnoit au caractere d'une nation belli- 
queuse , et Cicéron , dans sa troisième harangue contre Verrès, 
reproche à ce proconsul d'avoir parcouru la Sicile dans une 
litière, assis sur des roses, ayant une couronne de fleurs sur 
la téte et une autre à son cou. 

Sous ceux des successeurs d'Auguste, qui furent la honte 
de leur siécle par leurs débauches, comme ils étoient la ter- 
reur des gens de bien par leur cruauté, le goüt fit place à 
la profusion , et le luxe des fleurs fut porté jusqu'à la folie. On 
ne se contenta plus d'en faire des couronnes et des guirlandes, 
qui du moins présentoient des idées gracieuses; on voulut les 
¿entasser autour de soi, de manière qu'elles produisissent une 
sorte d'ivresse. Au rapport de Lampride, Héliogabale faisoit 
joncher de toute sorte de fleurs ses lits, ses appartemens et 
les portiques de son palais. Cependant on se borna toujours à 
rassembler. dans des champs les plantes destinées à ces divers 
usages , sans songer à les employer à la décoration des jardins , 
à en former des parterres, à les élever dans des vases. Les 
jardins magnifiques que la richesse et le luxe engagèrent à 
construire étoient de vastes parcs oü l'on se rassembloit pour 
jouir du repos, où l'on faisoit une dépense considérable pour 


ANNALES DU MUSEUM 

dos statues, des obélisques , des édifices, des viviers , mais. où 
l'on ne cherchoit point dans les fleurs l'élégance et la variété. 
onsacré trois livres de son Histoire naturelle à 
traiter des jardins, et il a employé plusieurs chapitres à par- 
ler des fleurs Boked: on voit qu'elles étoient en petit 
nombre; il dit méme expressément que les Romains ne cul- 
livoient presque que des roses et des violettes. Paucissima 
nosiri genera coronamentorum inter hortensia novere, ac 
pæne violas rosasque tantum ( 1). Haller en a fait l'observa- 
tion : mireris parcitatem arum, dit-il, en Laer ee des Esc 
mentionnées dans Pline (2). 

Il y a dans les Géorgiques de Virgile un passage 'é 
quable qui prouve qu'on semoit quelques fleurs dans les Ste 
bandes, autour des planches de légumes. 

S'il n'étoit temps de terminer mon voyage, dit le poète , j'en- 
seignerois peut-être l'art d'orner les jardins ; je chanterois les 
plantations de roses de Paestum; je célébreroisle narcisse tardif, 
l'acanthe flexible ,lelierre pálissant et le myrtheami des rivages. 
Puis parlant du vieillard de Coryce , qui ne possédoit qu'une 
espace de terrain extrémement borné , il y avoit cependant, 
ditle poéte, quelques légumes autour desquels étoient des lys, 
des verveines et des pavots. ` 


Hic tamen rarum in dumis olus, albaque circum 
- Lilia, verbenasque premens vescumque papaver 
. Regum zquabat opes animis. 
a pe Gzonc. , lib. 4, v. 150. 
. On voit que les plini citées ici le sont bien plutôt comme 


pitas des que eomme plantes Tare 


(1) Pline, lib. ax, cap. 3. 
(2) Hall., Bibl. bot. 1, p. 92. 


LS 


D'HISTOIRE NATURELLE. 335 
Columelle a composé un poème sur les jardins; il l'adresse 
à son ami Sylvius. Virgile, lui dit-il, ayant dans ses Géorgiques 
légué ce sujet à ses successeurs, je me propose traiter 


Le genre de l'ouvrage a dà engager Columelle à parler de 
toutes lés fleurs cultivées;et s'il ne fait mention que d'un petit 
nombre, c'est que les Romains n'en cultivoient pas d'autres (1). 

Ainsi, sans parler. des plantes venues des deux Indes, nos 
tulipes, nos jacinthes, nos œillets, nos renoncules, nos ané- 
mones, nos oreilles d'ours sont des — dés temps 
modernes. 

Les fleurs furent toujours plus recherchées en Egypte: en 
Syrie, en Perse, dans l'Asie mineure qu'en Europe. 

Au rapport d M diioicn: ; cité par Athénée (2) , les anciens 
Egyptiens donnoient pamm de soin à leur culture; comme 
les Grecs, ils en faisoient des couronnes auxquelles ils atta- 
choient un grand prix. Amasis, simple particulier, en ayant 
offert une au roi Partamis, ce prince, enchanté de la beauté 
des fleurs qui la compsoient, voulut connoitre celui de qui 
il avoit recu ce présent; il lui accorda d'abord son amitié et lui 
donna ensuite le commandement deses armées; ce qui con- 
duisit Amasis sur le trône d'Egypte (3).Les Syriens étoient si 
ane: pow les fleurs , que le roi Antiochus , pendant l'hi: 


() a M Rapin a ge dom comparé les jardins des Grecs et des Romains avec 
ceux des peuples 1 modernes dans l'excellente dissertation De uziversá culture hor- 
tensis discipliná ,q u'il a oe à son poème. 

(2) Ath. ba à Kb: 15. 

(5) Partamis n’est pas connu dans l'histoire. Amasis étoit le favori AR général 
des armées d'Apriés dont il | usurpa ] le trône , 569 ans avant l'ére chrétienne. Mais 
il importe peu que l'anecdote soit vraie ou supposée ; on n'auroit pas attribué la 
fortune d'Amasis à une telle cause, si les MA fleurs n'ayoient été fort recher- 


chées des Eg syptiens. 


536 + ANNALES DU MUSEUM 


ver qu'il passa à Chalcis dans l'ile d'Eubée, en faisoit venir à 
grands frais des contrées éloignées (1). La culture des plantes 
d'agrément ne fut pas moins en honneur chez les Perses; 
mais on s'y livra dans des vues plus sages. 

‘On lit dans l Economique de Xénophon que le jeune Cyrus 
faisoit ses délices du jardin qu'il avoit à Sardes, que lui-même 
en avoit ordonné la distribution, et qu'il avoit planté plusieurs 
arbres de ses propres mains. Ce goüt des Perses pour les jar- 
dius subsiste encore aujourd'hui : on peut voir dans Kæmpfer (2) 
la description de ceux d'Ispahan et de plusieurs autres appar- 
tenant aux princes dans des villes éloignées. Leur plus grand 
plaisir, dit Kaempfer , est de se retirer dans leurs jardins, 
d'en faire construire de nouveaux jusques dans les lieux les 
plus écartés et les moins fertiles, d'en tracer eux-mémes le 
plan et d'en diriger la culture. Outre les arbres fruitiers, on 
y voit beaucoup d'arbres d'ornement et des parterres de toute 
sorte de fleurs. Les roses y sont en grande abondance ; les prin- 
cipaux arbres d'ornement sont le gainier , trois espèces dejas- 
mins, les rosiers de Chine,l'olivier de Bohéme et les saules de 
Perse appelés bidsmick dont les chátons sont odorans (3). 

À en juger par quelques ouvrages de poésie nouvelle- 
ment traduits du sanscrit, les anciens habitans des rives de 
l'Indus et du Gange, avoient pour les fleurs encore plus de 

goût que les Egyptiens , les Perses et les Grecs. Plusieurs 
plantes étoient chez eux consacrées par la religion et des- 
nées particulièrement à ses cérémonies : quelques - unes 


(1) Florus, liv. 2, chap. 8. 
(2) Amæn. exot., p. 177 et suiv, Le 
(5) Cette espèce n'a pas encore été apportée ehez nous. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 


méme étoient regardées comme l'habitation des ; 
leur rendoit une sorte de culte. Le soin d'arri : 
choisies étoit la principale occupation des j jeunes vierg 
vées dans la retraite des brames. Les fleurs qui n'étoient point 
réservées pour des usages religieux étoient employées ; à faire 
des couronnes ét des guirlandes ; et, ce que nous n'avons pas 
xu chez les Grecs, on réunissoit Fier des parterres les fleurs 
auxquelles on attachoit le plus de prix. Le drame intitulé 
Sacontala, composé près d'un siècle avant l'ère chrétienne , 
en offre un grand nombre de preuves (1). 

En avançant vers l'Orient, nous trouvons que les Chinois et 
les Japonais ont toujours eu pour les jardins une passion €x- 
cessive : les fleurs leur plaisent à tel point qu'ils en retracent 
l'image sur leurs vases, sur leurs étoffes et sur les papiers dont 
ils décorent leurs appartemens. Ces peuples paisibles ont con- 
servé leurs antiques usages, lors méme qu'ils ont été soumis 
par la conquéte : ils sont aujourd'hui ce qu'ils furent dans tous 
les temps. La difficulté de pénétrer dans leur pays est cause 
que nous ne connoissons la plupart de leurs plantes d'or- 
nement que par leurs peintures brillantes mais incorrectes. 


(1) Paai s'écrie en FHP IMS les jeunes lles 4 qui sont dans le bois sacré: 
4 On trouve rarement dans nos palais de semblables beautés , et les de nos 
# parierres coivent céder la place à celles de la forét, qui les surpassent par leur 
» couleur et par leur parfum. « Ifthe beauty of maids who dwell in woodland 
retreats cannot easily be found in the recess of a palace; the garden flowers 
must maka room for the blossoms of the forest wich excell them in colour and 
fragrance. Sacontala, Act. 1 ,sc. 2 , p. 6. C'est à sir William Jones que nous de- 
vons la connoissance de ce drame intéressant et Curieux. Ceux quijn'entendent pas 
l'anglais, peuvent lire la traduction francaise qu'en a donnée M. Bruguière et qu'il 
a accompagnée d'excellentes notes. Ellese trouve à Paris, chez Treuttel, 1 vol. in-8. 
L'ouvrage original est à la bibliothèque impériale, écrit sur des feuilles de palmier. 

8 1 


_ 238 ANNALES DU MUSEUM 


Plusieurs cependant sont arrivées jusque chez nous à diverses 
ép oques ,. comme lareine-marguerite, le clérodendrum, l'hor- 
le camelia , etc. 

Dans le moyen âge, la culture des fleurs fut presque entière- 
ment abandonnée à Rome:ilne fut plus question de ces champs 
plantés de roses et de violettes, rosaria et violaria, si célèbres 
du temps de Pline. Au milieu des dévastations des Barbares 
et des factions intérieures, les hommes riches, agités par la 
crainte , ne cherchèrent point à embellir leurs héritages, et le 
peuple pouvoit à peine retirer de la terre de quoi fournir à 
sa subsistance. 

Le goût des jardins d'agrément se conserva Un peu plus 
dans l'empire grec : là, les grands, souvent éloignés des affaires 
par les intrigues du palais, alloient chercher la paix dans la 
retraite , et la culture des fleurs étoit pour eux un amusement. 

Les pen s'étant partagés en deux colonies, au huitième 
siècle , sous la conduite des califes , étendirent leurs conquêtes 
en Europe et en Asie. Ils bâtirent en Persela ville de Bagdad, 
et fondèrent en Espagne cet Empire célèbre où ils rallumérent 
le flambeau des sciences. Ceux d'Espagne, contenus heureu- 
sement au-delà des Pyrénées par la valeur des Francais, se 
livrérent à l'agriculture; ils traduisirent et commentèrent les 
auteurs anciens ; et s'occupant particulierement de l'étude de la 
médecine et de celle de la botanique , ils ne négligerent point 
la culture des fleurs. Plusieurs d'entr'eux voyagèrent chez leurs 
frères d'Asie pour faire des recherches d'histoire naturelle, et 
rapporteérent en Europe des plantes intéressantes. C'est pro- 
bablement par cette voie que nous sont arrivés le basilic, le 
samback , etc. Ebn-Alwan nons a laissé la liste des fleurs qu'on 
voyoit en les jardins de Séville , au XL* siècle. Elles sont 


! D'HISTOIRE NATURELLE. 239 
plus nombreuses que celles que cultivoient les Grecs et les 
Romains; il y en a quelques-unes que nous ne GB DIROnS 
plus (1). 

Lorsque par la prise de Constantinople les Tures eurent 
donné de la stabilité à leur Empire et qu'ils commencèrent à 
jouir de la paix, ils s'adonnérent particulièrement à la culture 
des fleurs. Un gouvernement despotique les éloignant des arts 
et des sciences, ils cherchèrent à se dédommager par cet amu- 
sement des jouissances de l'esprit. Belon parle avec admiration 
des jardins qu'il avoit vus chez eux. «Il n'y a gens, dit-il, qui se 
» délectent plus de porter de belles fleurs, ni qui les prisent 
» plus queles Turcs. Ils font peu de cas de leur odeur , et ne se 
» soucient que de la vue. Ils en portent plusieurs seule à seule 
» dans les plis de leur turban ; et les artisans ont plusieurs 
» fleurs de couleurs diverses die eux dans des vaisseaux 
» pleins d'eau. Par quoi ils ont le jardinage en aussi grande 
» recommandation que nous, et font grande diligence de re- 
» couvrer des arbres étrangers, et surtout qui portent belles 
» fleurs,et n'y plaignent pointl'argent » (Belon , liv. 3, chap. 51.) 
Busbeq , ambassadeur à Constantinople en 1550 , nous dit la 
méme chose : il ajoute que les Turcs se donnent fréquemment 


E AXE 


(1) Voici j^ liste des principales plantes d'ornement imiquépe par Ebn-Alwan, 
— 24 o 27; de là Boos — Plüsieutg espèces de roses; les giroflées 
d flée d'eau , est rouge et -Muriten été ; 
les violettes ; les lis; ne blanc ; Le camomille; le narcisse blanc; le N. jaune 
et le N. de Macédoine , jaune en FF rouge en dehors ; la matricaire ; sept es- 
peces de basilic; la lavande; l'acacia à fleurs blanches , d'une odeur suave; (ares 
, l'hibiscus; le Emi arborea ; le nisrin blane et jaune, fleur automnale à oignon ; 
le ward et le zuani. 


ho 


A 


‘so ANNALES DU MUSEUM 

des fleurs en présent, et que, fort avares d'ailleurs, iis ne ba- 
lancent pas à les payer fort cher (1). 

Gaulois et les anciens peuples du Nord ne S'occüpoient. 
point de la cültaré des fleurs. Ce goût ne s'introduisit chez eux - 
que lorsque la civilisation eut fait des progrès, lorsque la guerre 
ne fut plus l'unique profession des hommes libres, lorsque 
le commerce et les expéditions lointaines eurent établi des re- 
lations avec l'Orient, Charlemagne ne négligea rien pour ap- 
peler autour de lui les sciences etles beaux arts qui adoucissent 
les mœurs ; pour encourager l'agriculture et favoriser les plan- 
tations. Il aima les jardins ; mais quoiqu'il fût en. correspon- 
dance avec le célebre Aaron-al-Raschild, il ne songea point à 
les embellir de végétaux étrangers. Dans son. Capitulaire de 
Willis, donné à la fin du VIH. siècle, ce prince: indique à ses 
jardiniers toutes les plantes qu il veut qu'on cultive dans ses 
domaines, Ces plantes sont au nombre de soixante-treize, sans 
y comprendre les arbres. Les seules qu'on puisse regarder 
commé d'agrément sont le lis et la rose, par lesquelles com- 
mence la. liste , et DM plantes indigènes , cultivées peut- 
étre pour leurs usages | niHiques , comme Piris , le romarin, 
lalthea. Ce fut au XILL: siecle que " s fleurs d'o nt com- 
mencèrent à s'introduire chez nous. Les Croisés en ayant vu 
. dans les jardins d'Egypte et de Syrie, ils en apportèrent plu- 
sieurs en Europe : quelques-unes se conserverent dan's les jar- 
i dins des nalis, dont. ipe. charmoient la solitude ; mais leur 


- (1 ner» valdé — neque DEN alioquin minime prodigi , 
ip sam aliquot ciam sumptum facere. MS guague illi fores, 
non parvo eonstabant, etc. Aug. Busbequit ^ eut -— 
Pg 15 Hier Cas lettre est datée de Vienne, 1554.) 


D'HISTOIRE: NATUREL Læ. (s 
culture ne se répandit qu'au XYI. siècle: Alors la botanique 
commençant à devenir une science indépendante dè la mé- 
decine, on construisit quelques jardins destinés aux plantes 
curieuses et utiles : pour en augmenter le nombre, on accueillit 
celles des pays étrangers : la découverte de du, le pas- 
sage aux Indes devenu plus facile, en firent connoitre beau- 
coup de nouvelles : les voyageurs recueillirent des graines 
qu'ils envoyèrent en Europe: on prit un soin parliculier des 
fleurs qui parurent le mériter ; on fit doubler les unes par la 
culture ; on fit varier les couleurs et la grandeur des autres ; et 
peu à peu elles devinrent un objet de luxe et. de eommerce. 
Le caprice, la mode et la rareté donnèrent à quelques-unes 
un prix particulier. À quoi l'excès ne se. méle-t-il pas? Il est 
à ce sujet des anecdotes trop curieuses pour que nous les pas- 
sions. sous siennes mais nous désirerions, en indiquant les fleurs 

ites dans -nos parterres , engager les 
hommes de BR à s'attacher de préférence à celles qui se dis- 
tinguent par leur éclat et par leur parfum, à celles qui durent 
long-temps, à celles dont la culture est facile. Que des ama- 
teurs rassemblent sous châssis les diverses espèces de morza , 
d'ixia, cela peut être utile aux progres de la science ; mais il 
faut dés ces fleurs plusieurs années pour en jouir quel- 
` ques heures : tandis que-les narcisses, les œillets, les $6405, 
les giroflées et une foule de plantes de bordure pod vene 
nous donner des. jouissances presque continuelles. Ces jouis- 
sances auroient-elles moins de prix pour être à la portée de 
tout le monde? En. voyant la belle-de-nuit odorante, l'hé- - 
liotrope, la reine-marguerite, le réséda sur la boutique a 
' ouvriers, l'homme sensible bénit les jardins de botanique d’où 
sont sorties ces richesses qui viennent répandre quelques dou- 


242 ANNALES DU MUSÉUM 
ceurs dans l'atelier de Partisan et dans la cabane du pauvre. 
Théophraste séparoit en deux classes les plantes d'orne- 
ment;les unes cultivées uniquement pour leurs fleurs, les 
autres à cause de l'élégance ou de l'odeur de leur feuillage (1). 
On peut les diviser d'aprés d'autres considérations, et les par- 
tager d'abord en plantes indigènes et plantes étrangères. 
Parmi les indigènes, les unes, trés-anciennement connues ; 
ont fixé d'abord l'attention par leur beauté , et elles sont dans 
nos parterres à peu prés ce qu'elles sont dans nos campagnes, 
comme l'iris , l'ancolie , la perce-neige ; d'autres ont été perfec- 
Uonnées par Ja culture, qui tantôt a produit des variétés de 
tontes les nuances , comme dans la primevère et l'oreille d'ours; 
et qui tantôt a multiplié le nombre de leurs pétales, comme 
dans le bouton d'or , la giroflée jaune, la julienne, etc.; d'autres 
enfin ont d'abord été négligées, parce qu'elles ne se plaisoient 
pas dans les jardins: il a falli les naturaliser , les rendre pour 
ainsi dire domestiques: telles sont la mélisse à grande fleur , la 
gentianne , la saponaire à feuilles de basilic, la saxifrage hyp- 
noide , et plusieurs autres plantes de bordure. : 
Les plantes étrangéres se partagent naturellement en an- 
nuelles et vivaces. Les premiéres n'ayant point à redouter la 
gelée, parce qu'elles parcourent tous les périodes de leur exis- 
tence entre le printemps et l'automne, ont pu être cultivées 
chez nous aussitôt qu’on s’en est procuré des graines : les autres 
ne peuvent l'être dans des climats différens de ceux d’où elles 
sont originaires, qu'avec des soins particuliers; il faut des 
couches, des cloches , des châssis, des orangeries, des serres. 
Jl en est même quelques-unes parmi les annuelles qu'il faut 


cM 


-— 


(1) Théophr. Hist. plant, lib, XL c. 6, 


PHISTOIRE NATURELLE. 243 
semer de bonne heure pour qu'elles fleurissent avant Pau- 
tomne , et qu'on ne peut faire lever qu'avec le secours des 
chisi | 

Ainsi, quoique les anciens aient pu se procurer Ru 
plantes intéressantes de l'Orient , de l'Inde et des côtes d'Afrique, 
ils n'ont point songé à les élever, parce que les moyens d'y 
réussir étoient inconnus ou trop dispendieux. Ce fut seulement 
sous les Empereurs qu'on employa le verre à faire des vitres 
dont les carreaux, quoique fort chers, n'étoient pas d'une. 
grande dimension. 

On doit donc partager en trois sections les plantes étran- 
pe vivaces. 

° Celles qui supportent la rigueur de nos hivers : le 
viennent des climats tempérés di comme le marronier,. 
l'hortensia ; ou de l'Améri p le, comme le pavia', 
les aster , ls verges d'or. 

2. ° Celles qui viennent du Levant ou des contrées de P Amé- 
rique où il ne gèle point : elles doivent étre abritées dans Poran- 
gerie. On doit encore, sous le rapport de la culture, ranger 
dans cette classe plusieurs plantes de Sibérie, du détroit de 
Magellan et méme des Hautes-Alpes:elles ont besoin d'étre 
abritées pendant l'hiver, parce que dans leur pays natal la neige 
couvre la terre ayant les gelées, et ne disparoit qu'aprés le re- 
tour du printemps. | 

3^ Celles qui sont originaires des pays situés entre les Tro- 
piques : elles exigent la serre chaude. 

Enfin on peut encore considérer les plantes d'ornement sous 
le rapport de P auquel elles sont plus em 
destinées. 


Il en est dont on coupe les fleurs pour en faire des. bouquets: 


544 ANNALES DU MUSÉUM 
ce sont celles que les fleuristes portent en corbeilles dansles mar- 
chés, commeles œillets, les narcisses, les giroflées, etc. D'autres 
sont placées en pot dans les appartemens, comme le lis saint- 
jacques , l'alétris , l'héliotrope, le rosier du Bengale. Quelques - 
unes sont cultivées sans mélange dans des planches qui leur 
sontuniquement consacrées, comme lestulipes,les renoncules, 
ou placées dans des vases et disposées avec symétrie sur des 
gradins, comme les oreilles d'ours. Pour les conserver plus 
long-temps , on étend au-dessus des toiles qui les garantissent 
de la pluie et de l'ardeur du soleil, Plusieurs sont propres à 
faire des bordures, comme l'œillet mignardise, le gazon 
d'olympe. Un grand nombre décorent les plate-bandes de nos 
parterres , soit au-dessous de l'œil et sur le premier plan, 
comme l'œillet d'Inde; la reine-marguerite ; soit sur un plan 
_plus éloigné; comme la rose-trémière, les aster , les hélianthes. 
D'autres enfin embellissent les bosquets et les grandes allées 
des jardins, comme le mérisier à fleur double, le lilas, le sé- 
rynga ; ou servent à faire des berceaux touffus et bi 
comme le chevrefeuille, la clématite et le jasmin. 

Nous avons cru ade. d'indiquer ces divers points de vue. 
Mais dans ce Mémoire nous ferons connoitre ce qui est relatif 
à l'introduction des plantes d'ornement , en suivant l'ordre des - 
familles naturelles. Cette méthode nous conduira à parler de 
pide plantes qu'on ne voit chez nous que dans les jardins 

ique , mais qui ont été fort célèbres dans d'autres temps 

ou ius d'autres pays. Elle nous donnera en méme temps l'oc- 
casion de remarquer quelles sont les familles où l'on trouve le 
plus de plantes propres à la décoration; et Von verra que 
. quoique les fleuristes aient rarement sonde leur art sous 


le point de vue botanique, ils ont cependant choisi quelques 


D'HISTOIRE NATURELLE. 245 
plantes dans certaines familles où les fleurs ‘ont en général peu 
d'éclat, tandis qu'ils en ont négligé de beaucoup plus belles 
dans d'autres familles ; où presque tous les genres ont des fleurs 
— remarquables. Cela tient au plaisir qu'on trouve à voir dans un 
méme local des végétaux d'un aspect différent. 

— Nous n'entrerous dans aucun détail sur les arbres. et les ar- 
brisseaux qui -décorent nos pares, nous bornant à indiquer 
succinctement l'époque de l'introduction de ceux qui sont uni- 
quement recherchés pour leurs fleurs, comme le lilas et le 
amérisier à fleur double. Ce n'est pas que ce sujet ne présente 
un grand intérêt; mais M. Desfontaines , se proposant de 
donner un ouvrage sur les arbres et arbustes qu'on peut éle- 
ver en France , nous sommes sûrs quil ne laissera rien à dé- 
sirer sur leur histoire. 

Pour. que nous eussions des plantes d'ornement autres que 
celles . qui croissent dans nos campagnes ou qui sont cultivées 
de temps immémorial , il a fallu que les botanistes allassent 
les chercher dans leur sol natal : ensuite pour les acclimater (1) 


(x) Il ne faut pas prendre ce mot hes un sens dd: et croire qu'en faisant pitter 
successivement les plantes par divers degrés de température , on puisse . 
accoutumer à un climat plus froid , et parvenir à conserver en pleine 
les départemens du centre et du nord de la France celles qui croissent dans Phide, 
en Espagne, et méme en Provence. L'oranger, l'olivier, le myrte cultivés à Paris 

In s siècles, périssent dans les hivers rigoureux , s'ils ne sont abrités, 

es des pays chauds qui ont une sève perpétuelle , et ceux qui n'ont pas 
‘de sr écailleux, ne pourront jamais supporter la gelée. Mais il est vrai que 
plusieurs plantes perdent peu à peu une partie de leur sensibilité au froid , sur- 
tout lorsqu'on les: multiplie, de graine pendant une suite de générations. Celles 

d'Afrique et de: Amérique Méridionale fleurissent d'abord pendant notre hiver, 

et on leur fait insensiblement ch anger d'habitude. Si donc on ne peut naturaliser 

des plantes d'un climat très-différent , sil B en a méme sur lesquelles on ne peut 


ga 


+40 ANNALES PU MUSEUM 
et les multiplier , il a fallu des soins qu'on n'a pu prendre que 
dans les jardins de botanique. C'est là qu'ont été culuvées 
d'abord la plupart des plantes étrangéres devenues communes 
aujourd'hui. Nous en citerons une foule qui ont été élevées au 
jardin de Paris. Les jardiniers fleuristes sont venus plus tard, 
et le plus souvent ils ont tiré desjardins de botanique les plantes 
dont ils ont ensuite fait un objet de commerce. 

Ainsi la jacynthe est venue d'Orient dans le jardin de Cor- 
tusus à Padoue; elle a été perfectionnée plus tard par les fleu- 
ristes de Harlem. 


L'oreille d'ours a été apportée des montagnes de Suisse par. 


des botanistes , et les fleuristes flamands en ont obtenu , par la 
culture, un vai nombre de variétés. | 

La reine-marguerite a a été envoyée de “Chine, d' abord au 
jardin de Leyde, puis à celui de Jacques. Sherard à Eltham, 
enfin au jardin de Paris. Dans ce dernier , on est parvenu à la 
rendre double, et on en a distribué des graines aux amateurs; 
et c'est ainsi qu'elle s'est répandue dans toute l'Europe. 

On voit que l'existencé et la propagation des fleurs d'orne- 
ment est due à plusieurs circonstances; il a fallu : 

1 Que des souverains ou de riches amateurs établissent 

dis jardins de botanique pour servir de dépót aux plantes 
nouvelles. 


rien gagner, quoiqu "elles soient originaires de pays x la température n'est pas 
beaucoup plus chaude, il en est aussi qu'on rend moins délicates par une culture 
bien dirigée. Tout cela est renfermé dans certaines limites qui ne sont pas les 
mémes pour les diverses espèces d'un méme genre, ni pour toutes les plantes d'un 

seule peut donner à cet égard des résultats certains. Nous 
part au publie de ses mec sur cet objet inté- 


4 


D'HISTOIRE NATURELLE, ^ 247 

2^ Que des naturalistes entreprissent des voyages pour dé- 
couvrir et envoyer des plantes. Les commercans qui vont dans 
des pays peu civilisés peuvent bien en rapporter les végétaux 


qui servent à la nourriture des habitans, parce que ceux-ci 


les leur font connoitre; mais ce sont uniquement des botanistes 
; q 

qui vont chercher dans les campagnes les plantes dignes d'em- 
bellir nos parterres. 

3.° Que l'art de la culture fit des progres, et qu'on imaginát 

les serres, les chássis et autres moyens de conserver les plantes, 

de les acclimater peu à peu, et méme d'en obtenir à force de 


soins, de patience et de tàtonnemens, des variétés plus remar- 
* 


quables. 
4^ Enfin que des jardiniers fleuristes s’occupassent à cul- 

tiver plus particulièrement telle ou telle espèce de fleurs, et 
qu'ils les introduisissent dans le commerce. : 

TN ous allons jeter un coup d'cil sur ces divers objets. 

Nous commencerons par une histoire abrégée des princi- 
paux jardins de botanique, antérieurs à celui de Paris. Cette 
histoire se lie à celle du Muséum: elle est du ressort des An- 
nales, et n'est nullement étrangère au sujet de ce Mémoire. En 
effet, quoiquela plupart des jardins de botanique ayent d'abord 
été institués pour la culture des plantes médicinales, ils ont ég: 
lement répandu les plantes d'ornement et les plantes écono- 
miques Si dans la suite on désire faire quelques recherches 
sur l'origine de ces dernières, l'aperçu que nous allons pré- 
senter servira à également de préliminaire, et il ne sera pas 
nécessaire d'y revenir. 


"^v EF 
Ls æ 


248 ANNALES DU MUSEUM 


OBSERVATION relative à l'extrait d'une notice de 


MM. Fourcroy et VavQuEtiN , imprimee dans le pem 


cahier de la 4° année des Annales du Muséum, p. hor. 


Eonsour nous lümes à l'Institut , dans l'été de l'an III, notre 


Mémoire sur la découverte d'un "métal j jusques là inconnu i, et 
nommé aujourd'hui zridium , dans la poudre noire qui reste 


apres la dissolution du platine par l'acide pitro TOP NN 


M. Descotils, ingénieur des mines, lut dans la méme séance 


verte de son cóté dans la dissolution du platine , et lui attribua 
surtout , comme nous l'avions fait nous-mêmes, la propriété 
de colorer en rouge les sels triples que le platine forme avec 


le muriate d'ammoniaque. Nous nous fimes ün vrai plaisir de 
citer l'intéressant travail de M. Descotils dans la derniere No- 


tice lue à l'Institut , le 17 mars 1806; mais comme nous n'en 
avons pas reparlé Les l'extrait que nous avons fait insérer 


dans le VI.‘ cahier de la 4.* année des Annales du Muséum, 


et comme M. Descotiis paroit désirer que nous reparlions R 
sa découverte, nous satisfaisons ici très-volontiers à ce désir. Au 


reste , le Maiden de M. Descotils, imprimé dans les Annales 


de Chimie et ailleurs, et lerapport qui en fut fait dans le NS 
à Hipetims, a et fixent assez nettement la part qu'a 


, 


à 1 
s à cette découver te. 


e qu'il avoit décou- 


D'HISTOIRE NATURELLE 249 


SUITE DU MÉMOIRE 
SUR LES ÉLÉPHANS VIVANS ET FOSSILES. 


PAR M. CUVIER. 


AnTrIcrLe A 


Comparaison des máchoires inférieures des espèces d élé- 
phans vivantes et fossiles. 


Las máchoires inférieures fossiles trouvées séparément et à des 
distances immenses des cránes de Sibérie , par exemple sur les 
bords du Rhin et en Lombardie , ont offert des caractères qui 
sembloient déjà indiqués par ceux dn cráne. 

Il en résulte que les cránes auxquels ces máchoires appar- 
tenoient devoient ressembler à ceux de Sibérie, et que les 
caractères de ces derniers n'étoient pas de simples différences 
individuelles, mais appartenoient à toute l'espèce fossile. Voici 
les caractères offerts par les máchoires inférieures : 

1. L'espéce des Indes et celle d'Afrique ont leurs dents 
d'en bas convergentes en avant comme celles d'en haut: d'oà 
il suit que le canal creusé dans le milieu, à la Mim: anté- 
rieure de la mâchoire , est long et étroit. 

Les máchoires fossiles ont leurs dents à pe 


prés parallèles 


33 


250- ANNALES DU MUSEUM 
comme les crânes. Lie canal est donc beaucoup plus large à 
ideas de la longueur totale de la máchoire: mais , 

” Il est aussi beaucoup plus court 

Das r espéce dès Indes et dans celle g Afrique, où les alvéoles 
des défenses ne descendent pas au-delà de la pointe de la mà- 
choire- inférieure, celle-ci peut s'avancer entre les défenses ; 
elle se prolonge donc en une espèce d'apophyse pointue. 

Dans les têtes fossiles, au contraire, où ces alvéoles sont 
beaucoup plus longs, la xháthioirt- a dû être, pour ainsi dire, 
tronquée en avant: autrement elle n'auroit pu se fermer. 

Ces deux difiérences sauteront aux yeux de ceux qui regar- 
deront les figures 1, 2, 3, 4 et 5 de la pl. V, qui sont toutes 
au sixieme de la grandeur naturelle. 

"ig. 1 est de l'espèce d'Afrique. ECT TE — 
Fig. 2 est d'unetéte des Indes à longuesdéfensesou. auntelah. 
Fig. 3 de notre nd squelette des Indes à courtes défenses 


ou mookna. - 

-Fig.4 et 5 de. denk. mâchoires fapa trouvées aux en- 
virons de Cologne. 

J'ai donné, pl. IL, fig, 4 et 5, le profilde c ces un portions 
de mâchoires fossiles, pour qu’on puisse le comparer à ceux 
des espèces vivantes, représentés même pl., fig..3 et 3. J'ai 
aussi marqué avec des points une telle máchoire, comme elle 
devoit étre sous le erâne fossile, fig. 1. 

Les mâchoires fossiles du cabinet de Darmstadt , dont j'ai 
des dessins, et dont Merk en a représenté une (IE lettre, 
pl. IIL), et celle d'un lac de Hongrie, donnée par Marsigli 
( Danub. IL, pl. 31), ont absolument les mêmes caractères: 
d'ou l'on pen bien consinre qu'ils sont à peu prés généraux 


Li 


D: EGS TOA EE NATURELLE. Aa 

Us sont d'ailleurs encore confirmés , ainsi que ceux des dents, 
par le dessin de máchoire inférieure envoyé par l'Académie 
de Pétersbourg, et copié pl. VITI, fig. 1. - 

Cependant jene dois pas taire quemonsavant ami, M. Adrien 
Camper, possède une mâchoire de Ceylan qui s'écarte beau- 
coup de celles-de AU vivante dont nous avons parlé jus- 
qu'ici. 

Comparée à une ie máchoire fossile de dimepsions à peu près 
égales, son canal antérieur s'est trouvé plus large et beaucoup 
moins profond, et les mächelières presque aussi parfaitement 
parallèles ; tandis qu'une autre mâchoire de Ceylan a ce méme 
canal beaucoup plus étroit que la première. 

C'est ce que M. Camper avoit annoncé dans la Descrip- 
tion anatomique d'un éléphant, p. 20, et qu'il a bien voulu 
me redire avec plus de détail dans deux lettres dont il vier 
de m'honorer. Cette. variété individuelle n'empéchoit pas que 
les dents de cette mâchoire n'eussent les proportions ordi- 
naires à l'espéce vivante. M. Camper, en me donnant ces des- 
criptions , ajoutoit que la mächoire fossile, comme toutes. les 
autres de cette espèce, offroit MER cótés menage plus 
bombés que celles des Indes. 


LE. tear 
DS 3 


252 ANNALES DU MUSEUM 


ARTICLE X. 


Comparaison des autres os dans l'éléphant des Indes et 
dans celui d'Afrique. — Dernier caractère extérieur des 
deux espéces, pris du nombre des ongles. — Examen 
des divers os fossiles d'éléphant que j'ai pu recueillir , ou 
dont je me suis procuré de bonnes figures. 


| Je wai eu pour les objets traités dans cet article qu'un seul 
squelette de Pespèce d'Afrique et d'un individu femelle, celui que 
Duverney avoit préparé sous Louis XIV , et qu'ont déc: Per- 
rault et Daubenton ; mais j'en ai eu deux de l'espèce des Indes, 
préparés l'un et l'autre sous mes yeux par M. Rousseau, mon 


prosecteur. Ils sont pris tous les deux d'individus mâles : le | 


premier de la variété dite aux Indes mookna, qui n'a jamais 
que des défenses trés-courtes; l'autre, de celle dite dauntelah, 
ou à longues défenses. Notre individu , qui appartenoit à la 
variété mookna par ses dents, appartenoit par sa forme à la 
variété komarea ou trappue; le dauntelah, au contraire, appar- 
tenoit à la variété merghée ou élancée. Ainsi ils réunissoient 
à eux deux les principales différences que les éléphans des 
Indes peuvent offrir. f 

Enfin M. Mertrud avoit conservé quelques os isolés d'une 
femelle de l'espèce des Indes de la variété Æomarea, morte 
à la ménagerie de Versailles en 1782 , et dont la peau bourrée 
a été donnée par notre Muséum au cabinet de l'Université de 
Pavie. 

Nos deux 
rences de prop: 


sc uelettes des Indes m'ont montré que les diffé- 
tion des variétés se réduisent à peu de chose. 


t 


D'HISTOIRE NATURELLE. 253 

Les os de femelle ont prouvé que les sexes ne produisent 

point dans le squelette de différences sensibles, si ce n'est un 
peu plus de minceur dans les os longs de la femelle: mais jai 
vu en méme temps que les espèces en produisent de telles ; 

. que plusieurs os, examinés chacun. séparément avec attention, 
peuvent faire connoitre à eux seuls s'ils viennent de l'espéce 
d'Afrique ou de celle des ZÜndes. |... |. aM, 
. i4 L'omoplate, par exemple, fournit des caractères aussi 
tranchés que le crâne. Ses trois côtés ont d'autres proportions, 
et ses angles d'autres ouvertures ; enfin son cou est beaucoup 
plus large, et l'apophyse récurrente de son épine est tout au- 
trement placée dans l'éléphant des Indes que dans celui 
d'Afrique. š apga 

Dans l'omoplate de l'éléphant des Indes, pl. VIII, fig. 6 
l'apophyse est entre le milieu et le tiers inférieur de la lon- 
gueur de Vos. Dans celui d'Afrique, ib., fig. 7, elle est au- 
dessous du quart inférieur. 

Les omoplates fossiles que jai eues à ma disposition ne sont 
pas assez entiéres pour étré comparées complétement à celles 
des éléphans vivans ; mais les quatre fragmens du cabinet de 
Stutgard (pl. VIII, fig. 8, 9, 10 et 11), et celui du nôtre 
(pl. VIL, fig. 6) montrent beaucoup plus de ressemblance 
avec l'éléphant des Indes qu'avec celui d'Afrique. 

Autant qu'on peut en juger, elles étoient plus massives et 
présentoient à l'humérus une facette articulaire plus large à 
proportion, : ; 

Toutes ces figures sont au douzieme. — | 

Notre omoplate fossile vient d'un individu d'environ dix 
pieds. Il y en a deux un peu plus grandes parmi celles de 
Stutgard. (v Ed 


Ob ANNALES DU MUSEUM 

ai 1ihumérus. donne mp querés spécifiques moins frap- 
pans que omoplate: > 

Cependant celui d' Afrique est ia grêle que celui des /ndes. 
Sa crète deltoidienne descend plus bás; sa crète inférieure ex-. 
terne fait moins de saillie en dehors. pe pl. I, fg.4, A, 
celui Afrique; et I celui des Indes. : 

L'humérus fossile de notre eabinet (même pl., fig. 4,F) 
ressemble plus àcelui des Indes; il a dependant sa créte in- 
férieure externe sensiblement plus courte à — 

Le canal du biceps est aussi plus’ large dans l'humérus 
d'Afriqueet plus étroit dans le fon us bio: des Indes. 

"Voyez pl. I, fig. 3 , où les têtes supérieures des trois hümiérus 
sont représentées, 

Get humérus fossile qui vient de Casan, et que Daubenton 

itionne sous le n^ MX XXII, est tonb dir 0,88; ce qui in- 
dique un individu de 8 pieds et chdtites pouces de haut seu- 
lement : aussi n'étoit-il pas adulte, car les épiphyses sont encore 
séparées. Un éléphant des Indes - 8 pieds de hauteur. au 
garot a cet os de 0,80. 

3? L'avant-bras a dans l'éléphant un caractere jaiii 
très-remarquable et dont je ne connois point d'autre exemple: 
Cest que la tête supérieure du radius est saisie et comme en- 
chássée entre deux apophyses du cubitus qui sont deux pro- 
ductions de sa facette sygmoide. Comme cette tête n'est pas 
ronde, le mouvement de rotation est impossible. Le radius 
iraverse obliquement sur la face antérieure du cubitus pour 
aller se terminer , à son côté interne , par une téte plus grosse 
que sa a téte are , Mais (ioin que p du 

La p 16 25; £s la pl VII , toutes au Mes donnent 
une idée de cette sin gulière glorian. 


À 

D HIS.TOXRE NATUNMELER . 259 

Elles montrent aussi que ces os sont, coomme les autres, 
plus grèles dans l'éléphant d'Afrique, fig. 16- 19, que dans 
celui des Indes, fig. 20-23. La. comparaison des fig. 19 «et 93 
qui montrent les têtes supérieures vues perpendiculairement, 
fait voir que celle du radius est posée plüs obliquement dans 
l'éléphant des Indes, plus transys t dans celui d' Afri rique. 
. Au moment où j'écris, mon collègue, M. Faujas, tapporte 
d'Italie un cubitus fossile, trouvé aux bords du. Pó, que je 
regrette de n'avoir pas eu assez tôt pour le faire graver: heu- 
reusement on peut sen faire une idée en se le représen- 
tant un peu plus trapu que celui des Indes, mais lui ressem- 

biant pour tout le reste. 


On peut juger-de ces proportions par les mesures ci-jointes : 


| + 
Léo rete] ni — CUBITUS | CUBITUS 

f 23 F |. — FOSSILE DES INDES, 

bonguest totale 1. < -2an + - + e] | 985 m uL 

Longueur de l’olécrâne . + . . -p . . o 3 9,2. 4 9,17... 

Largeur de la facette sygmoide en avant . . 9,27 TM ERA TTA dian 


La longueur : du cubitas, jode vaio un éléphant de 9 
pieds et demi de haut. 

4^ Le bassin. Pierre Poser. en a publié une moitié mu- 
_tilée, dans le XXIIL* volume des Mémoires de l'Académie 
d'Harlem. Il y en aun entier, assez mutilé aussi, dans le ca- 


binet de Darmstadt, dont je. donne ici (pl. Vll, fig. 1 eta) 
deux dessins , réduits sur ceux que m'ont bien voulu envoyer 


256 ANNALES DU MUSÉUM 


MM. Schleyermacher à Borkhausen. J'ai placé à côté, fig. 3 
et 4, deux vues semblables du bassin de notre éléphant des 
Indes dauntelah. Les parties mutilées n'étant point susceptibles 
de comparaisons , nous sommes réduits à examiner la figure. 
du détroit et celle des trous ovalaires et des fosses coiyloides 
avec leurs proportions respectives. 

Il paroit que le diamètre antéro-postérieur est plus grand 
à proportion. dans le fossile. Ses trous ovalaires sont plus 
grands que ses fosses cotyloides , tandis que c'est l'inverse qui 
a lieu dans le vivant. 

Voici une table comparative de ces dimensions: 


x BASSIN BASSIN 
-* rossi. | = DES INDES. 
Diamètre de la fosse cotyloide . . . . . > y 5 
Diamètre vertieal du trou ovalaire. . . . 6" 6» 4. 
Diamètre transversal . . . . . . MOSS £ 2" 2° 
Diamètre antéro-postérieur du détroit. . .|. 1’ 6^ 6" II 
Diamètre transversal. . , p e. p - ~ 1 5" 11° 5" 


D’après la largeur de la fosse cotyloide, ce bassin fossile de- 
voit venir d'un éléphant de moins de 8 pieds. 
- Une portion d'ischion que M. Faujas vient de rapporter 
d'Italie, m'a offert un autre caractère distinctif que je n'avois 
pu voir dans ces figures , quoique j'aie remarqué ensuite quil 
est indiqué dans celle de Camper. C'est une fosse assez pro- 
fonde, à la face supérieure de los; entre le bord de la fosse 


D'HISTOIRE NATURELLE. 2543 
cotyloide et le bord interne de l'schion. Je n'en treuxe nulle 
trace ni dans les éléphans des Indes, ni dans celui d'Afrique. 

Cette portion vient d'un individu de 12 pieds de haut, La 
moitié , décrite par Camper, venoit d'un éléphant de g pieds 
et demi. 

Je n'ai pas trouvé entre le bassin de éléphant des Indes et 
celui de l'éléphant d'Afrique de différences assez fortes pour 
qu'un dessin pit les rendre sensibles. 

5^ Le fémur. Dans les éléphans en général cet os est très- 
long et fort aplati d'avant en arrière. L'espèce d'Afrique l'a 
plus gréle et à cou plus court ; ce qui rend sa partie supérieure 
moins large que dans l'espèce des Indes. ( Voyez pl. V, fig. 6 
et 7. ) Le fémur fossile que j'ai pu examiner , pl. V, fig. 8, et 
qui vient de Sibérie ( Daub., n^ MXXXIV ) ,a Sa partie su- 
périeure mutilée ; mais sa téte inférieure m'a fourni un carac- 
iere distinctif très-sensible dans son échancrure entre les deux 
condyles, qui se réduit à une ligne étroite ( voyez fig. 12 ), 
au lieu d'un large enfoncement qu'on voit dans les deux és- 
-pèces vivantes. ( Voyez fig. 9 et 10. ) Deux autres têtes infé- 
rieures fossiles denotre Muséum, fig. 11 et 13, ont précisément 
la méme particularité. Dès que je me fus apercu de cette diffé- 
rence notable, je fus curieux de savoir si elle étoit générale à tous 
les fémurs fossiles. M, Jæger m'a prouvé qu'elle se trouve aussi 
dans ceux de Canstadt, en m'enyoyant le dessih map” Vit, 
fig. 5,au douzième. Les autres dela mé 

Daubenton, quin'avoit comparé ce cen ite à celui d Muiqie, 
et ne lui avoit trouvé d'autre différence qu'un peu plus de lar- 

geur proportionnelle, attribuoit cette largeur à l'âge, Cepen- 
E ce fémur vient d'un jeune éléphant , car son épiphyse 
9. 34 


258 ANNALES DU MUSÉUM 

inférieure est encore distincte, et la supérieure est détachée 
et perdue. | 

... Cet os, long de 1,11 , indique un individu d'environ 9 pieds 
et demi de hauteur : notre éléphant des Indes de 8 a le sien 
de 0,92; mais on a trouvé des fémurs fossiles beaucoup plus 
grands. Jacob et. Oliger Jacobæus en citent de 4 pieds an- 
glais de long. Le plus long de tous ceux qui ont été mesurés. 
avec exactitude est celui dont parle Camper (1) , et qui avoit 
52 pouces du Rhin, c'est-à-dire 137, ou 4 2" 7'" de France; 
ce qui indique un animal d'environ 11 pieds 8 pouces. 

Le fémur d'un éléphant des Indes , mort de vieillesse, ap- 
partenant au méme anatomiste, avoit, dit-il, 13 pouces de 
moins. 

Cependant si lon pouvoit. se fier aux mesures rapportées 
dans la Gigantomachie , le fémur du prétendu teutobochus 
auroit été encore bien plus grand, puisqu'il auroit eu 5 pieds 
de long ; et néanmoins cette dimension n'indiqueroit qu'un in- 
dividu de 14 pieds de haut : ce qui ne surpasse point ce que 
les relations nous disent des éléphans vivans dans les Indes. 

La téte inférieure, pl. V, fig. 11, ne vient que d'un indi- 
vidu de 10 pieds. 

6° La jambe. Le tibia d'Afrique est beaucoup plus grèle 
que celui des Indes, et celui-ci plus que le fossile. On peut en 
juger par les fig. 10, 11 et 12 dela pl. VIE, qui représentent 

-le tibia des Indes, comparées aux fig. 13, 14 et 15, qui sont 
de celui d'Afrique, toutes au douzième. Les dessins fossiles, 
ib. 7, Set 95 m'ont été envoyés par M. Jæger, et sont pris 


FT PERS RER D 


(9) Nop. act., Petrop. Il, 1788, p. 257. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 259 
d'un des échantillons du cabinet de Stutgard. Cet os indique 
un individu de 11 à r2 pieds de haut. 

Du reste, les formes de ces trois os et de leurs facettes 
offrent peu de différences. 

Je n'ai pas eu de péroné fossile. 

La Gigantomachie donne au tibia du. prétendu teutobochus 
4 pieds de longueur , et 5 au fémur. La mesure du tibia est 
évidemment exagérée. Elle indiqueroit un individu de plus de 
18 pieds, et ne convient point à celle du fémur , qui ne serap- 
porte qu'à un individu de 14. 

Notre éléphant des Indes de 8 pieds a son fémur de 0,92, 
et son tibia de 0,56. 

? Le pied de aids ne m'a offert dans l'éléphant des Indes 
et "du d'Afrique d'autres différences que plus de grandeur 
dans tous les os du pouce, et un peu plus de grosseur dàns 
le baee de Pole; et dans seti du petit doigt du 
premier. 

Comme les. petits os. failles. se egilen toujours moins 
DOGU EEE que les grands, je n'ai eu du pied de devant 
qu'un seul métacarpien, celui du petit doigt. ( Voyez pl. VIII, 
fig. 9, ro et 11. ) Je le dois à M. G. 4. Deluc. Test antare 
plus gros à proportion que dans l'éléphant des Indes, et an-, 
nonceun individu de 9 à 10 pieds. Il est assez probable quedans 
les grands individus des éléphans tant vivans que fossiles, les 
os du pied croissent plus en épaisseur que les autres, préci- 
sément parce qu'ils ont toute la masse à supporter, 

. 8» Le pied de derrière de l'éléphant d'Afrique se dis- 
tingue de celui des Zndes, 1^ pire que la facette tibiale de 
son astragale est plus- oblique ; 2. ° la facette péronéenne de 
son calcanéum plus large; 3° son premier os cunéiforme plus 


34 * 


260 ANNALES DU MUSÉUM 

petit, appuyant beaucoup moins sur le métatarsien de se- 
cond doigt; 4." Pos unique, qui représente le gros orteil, plus 
petit et plus pointu; 5° le métatarsien du second doigt beau- 
coup plus mince à proportion. ( Voyez pl. VIE, fig. 6, le pied 
des Indes, et, fig. 7 , celui d' Afrique.) Ces différences s'accor- 
dent, ainsi que celles du pied de devant, avec. celles que nous 
ferons bientót remarquer dans le nombre des ongles. 

Je n'ai pu examiner. de tous les os qui composoient le pied 
de derrière del'éléphant fossile que le seul astragale. M. Miot, 
aujourd'hui ministre de l'intérieur du Le pee de Naples, a 
bien voulu m'en confier un qu'il a recueilli : le ual d Arno. 
Je l'ai fait graver, pl. I, fig. 2, F., et les deux autres; Lei A. 
Outre sa grandeur , il se distingue au premier coup d'ceil, parce 
que. les angles de sa facette tibiale approchent davantage d'être 
droits, et que la facette elle-méme est plus carrée. Ce carac- 
iere n'est pas plus individuel que les autres. Une portion d'as- 
tragale du cabinet de Stutzard, dont M. Jæger m'a envoyé un 
dessin (pl. VILL, fig. hb) est semblable à los du val d Arno. 
Tous deux sont de méme nent et viennent d'un indi- 
vidu de 10 à 11 pieds. 

9 Digression sur les ongles et deinür: caractère piiride 
des éléphans vivens. On sait qu'il y a depuis long-temps de 
Iincertitude parmi les naturalistes sur le nombre des ongles 
de Rs es e cge eA ont pensé quil est pis 
à varier. ` 

Il se pons sa ett ide ongle tombe T il. est 
arrivé aussi quelquefois que l'on a pris pour des ongles des 
excroissances de la semelle du pied ; mais il ne doit pas moins 
y avoir un nombre naturel, et que les circonstances peuvent 


D'HISTOIRE NATURELLE, 261 

Je crois m'être aperçu que ce nombre n'est pas le même 
dans l'éléphant d'Asie et dans celui d'Afrique ; et si ma con- 
jecture se vérifie, ce sera un troisième caractère extérieur à 
ajouter à ceux que fournissent déjà la forme de la tête et la 
grandeur des oreilles. 

Voici sur quoi cette conjecture se fonde. 

—"Jousles éléphans de l'Inde, bien examinés , se sont trouvés 
avoir cinq ongles devant , et quatre derrière. 

C'est le cas de Féléphant modelé à Naples, et représenté 
par Buffon , tome XI; de l'éléphant mort à la ménagerie de 
Versailles, et disséqué par Mertrud; de celui qui mourut à 
Cassel et dont parle Zimmermann; du fétus du cabinet de 
Brunswick, décrit par ce dernier; de celui que représente 
Séba ; enfin, du jeune éléphant décrit par Camper. 

Les trois éléphans des Indes de notre ménagerie avoient 
aussi ce nombre. 

À la vérité, Blair dit di sien: each shod with 4 koofes ; 
mais il donne’aussi dans sa figure six doigts au pied de devant 
gauche, et quatre à ceux de derrière. 

Je n'ai eu que deux individus d'Afrique à examiner à cet 
égard : un jeune, empaillé , etun fétus, venant Fun et l'autre du 
cabinet du Stadhouder. Leurs pieds , surtout ceux du dernier, 
n'étoient point altérés par la marche, et présentoient distinc- 
tement , ceux de devant quatre. ongles, et ceux de derrière 
trois. 

Perrault, seul naturaliste qui ait bien décrit un éléphant 
d'Afrique aduite] ne lui donne que trois ongles à tous les pieds, 
mais il est trés-possible que les excroissances monstrueuses 
que son individu avoit à toutes les semelles , avoient masqué un 
ongle aux pieds de devant. 


262 ANNALES DU MUSÉUM 


Ar rr eue: XL 


Résumé général et comparatif de la taille et de la forme 
des éléphans vivans et des éléphans fossiles. 


Ainsi, d'aprés toutes ces rechercherches et toutes ces com- 
paraisons, 

L'éléphant à crâne arrondi, à larges oreilles, à máche- 
liéres marquées de losanges sur leur couronne, que nous 
appelons éléphant d'Afrique ( elephas africanus D» est un 
quadrupède dont la seule patrie connue est jusqu'à ET pt 
l'Afrique. m 

On est certain que c'est cette espèce qui habite au Cap et 
en Guinée; on a lieu de croire qwelle se trouve aussi à Mo- 
sambique : mais on ne peut assurer qu'il n'y ait point des indi- 
vidus de espèce suivante dans cette partie. 

On n'en a point vu représenté, ni comparé assez d'individus 
pour savoir si cette espèce offre des variétés remarquables, 

C'est elle qui produit les plus grandes défenses. 

Les deux sexes en portent également, 

Le nombre naturel des ongles est de quatre devant et de 
irois derrière. 

L'oreille est immense et couvre l'épaule. 

La peau est d’un brun foncé et uniforme. 

cia taille ordinaire est de 8 à 10 pieds. 

' Cette espèce n'a point été domptée dans les temps modernes. 
Elle paroit cependant l'avoir été par les anciens qui lui at- 
tribuoient dans cet état moins de Ve = et de courage qe 


l'espèce suivante, 


D'HISTOIRE NATURELLE. 203 

Ses mœurs naturelles ne sont point parfaitement connues. 
Autant qu'on peut en juger par les notices des voyageurs; 
elles ressemblent cependant pour l'essentiel à celles de l'es- 

pèce suivante. 

L'éléphant à cráne allongé , à front concave , à petites 
oreilles , à mácheliéres marquées de rubans ondoyans que 
nous appelons éléphant des Indes ( elephas indicus }, est un 
quadrupède qu'on n'a observé d'une manière certaine qu'au- 
delà de Indus. 

Ils’étend des deux côtés du Gange, jusqu’à la mer orientale 
et au midi de la Chine. On en trouve aussi dans les iles de la 
mer des Indes, à Java , à Bornéo , à Sumatra , etc. 

dl n'y a point encore de preuve authentique qu'il existe 
dans aucune partie de l'Afrique, quoique le contraire ne soit 
pas absolument prouvé non plus. 

Les Indiens ayant, depuis untemps immémorial, l'habitude 
de prendre cette espèce et de l'apprivoiser , on l'a beaucoup 
mieux observée que l'autre. 

On y a remarqué des variétés pour la darc. pour la 
légèreté de la taille, pour la longueur et la direction des 
défenses. 

Les femelles et une partie des máles n'ont jamais que de 
petites défenses droites. 

Les défenses des autres mâles n 'arrivent point à une aussi 
grande longueur que dans l'espèce d'Afrique. 

Le nombre naturel des ongles est de cinq devant et de 
quatre derrière. A 

L'oreille est petite, souvent ang le | 

La peau est d'un gris tacheté de brun. Il y en a des indi- 
vidus tout blancs. | 


- 


264 ANNALES DU MUSÉUM 

La taille varie de 8 à 15 et 16 pieds. 

Ses mœurs , la manière de le prendre et de le dresser ont 
été décrites avec soin par une mulütude de voyageurs et de 
naturalistes, depuis Aristote jusqu'à M. Corse. 

L'éléphant à crâne allongé, à front concave, à irès- 
longues alvéoles des défenses, à mâchoire inférieure ob- 
tnse, à mâchelières plus larges, parallèles, marquées de 
rubans plus serrés , que nous nommons éléphant fossile ( ele- 
phas primigenius , Blumenb. ) , est le mammont des Russes, 

On ne trouve ses os que dans l'état fossile ; personne n'en a 
xu dans l'état frais qui fussent semblables à ceux des siens par 
lesquels il se distingue, et l'on n'a point vu dans l'état fossile 
les os des deux espéces précédentes. ra 

On trouve ces os dans beaucoup de Ci EE vers con- 
servés dans ceux du nord qu'ailleurs. 

Tl ressembloit à l'espèce des Indes plus qu'à celle d’ tn. 

1l différoit néanmoins de la première par les mächelières, 
les formes de la mâchoire inférieure et de beaucoup d'autres 
os, mais surtout par la longueur des alvéoles de ses défenses. 

Ce dernier caractere devoit modifier singulièrement la fi- 
gure et l'organisation de sa trompe, et lui donner ume phy- 
sionomie beaucoup plus différente de celle de l'espéce des Indes, 
qu'on n'auroit dû s'y attendre d'après la ressemblance du reste 
de leurs os. , 

Il paroit que ses défenses étoient généralement grandes et 
arquées. Tl n'y a point de preuve qu'elles aient beaucoup dif- 


féré selon e" — m les a 2 


D'HISTOIRE NATERA LLE. 265 

On ne peut savoir quelle étoit la grandeur de ses oreilles, 
la couleur de tu à nombre ordinaire de ses ongles, 
encore moins qu'elles étoient ses habitudes naturelles. 

Mais il est bien certain par ses débris que c'étoit une espèce 
- plus différente de celle des /Zndes que l'âne ne l'est du cheval, 
ou le chacal et l'isatis du loup et du renard. 

Il n'y a donc rien d'impossible 2 à ce qu'elle ait pu supporter 
un climat qui feroit périr celle des Indes. 


ARTICLE NEE 
Résultats généraux de cette histoire des éléphans fossiles. 


"Les détails où nous sommes entrés nous ont donc fait voir 
que les os fossiles d'éléphans se rapprochent beaucoup de 
ceux de l'éléphant aujourd'hui vivant dans les Indes. 

Cependant nous venons de voir aussi que presque tous ceux 
de ces os qu'il a été possible d'examiner et de comparer exacte- 
ment à ceux de l'éléphant vivant ont offert des différences 
sensibles et plus grandes, par exemple, que celles des os du 
cheval et de l'áne. Nous en avons conclu que ces deux élé- 
phans ne sont pas entierement de la méme espéce. 

Cette conclusion, qui pourroit ne pas paroitre compléte- 
ment démontrée, si elle ne concernoit que ce seul animal fossile, 
attendu que les différences remarquées ne sont pas en effet 
d'une trés-grande importance prend de la force lorsque l'on 
voit que les espéces dont les os accompagnent ordinairement 
les siens, telles que les rAinocéros et les tapirs, different en- 
core plus que lui de leurs congénéres vivans, et que méme 
quelques-unes, telles que les divers mastodontes, n'ont aujour- 
dhui aucun congénère existant connu. 

8 


33 


266 ANNALES DU MUSÉUM 

L'article premier nous a montré que les os fossiles d'éle- 
phans se trouvent pour l'ordinaire ‘dans les couches meubles 
et superficielles de la terre, etlep üs souvent dans les terrains 
d'alluvion qui remplissent, le fond des vallées ou qui bordent 
les lits des rivières. ` 

Ts n'y sont presque jamais seuls, mais ; péle-méle avec les 
os d'autres quadrupédes de genres connus , comine rhinocéros, 
bæufs, antilopes, chevaux; et souvent avec des débris d'ani- 
maux marins, tels que coquillages « ou autres, dont une partie 
se sont méme itiches dessus. 

Le témoignage positif de Pallas, delai de Fortisetde beacóup. 
d'autres ne permet pas de douter que cette derniére circo 
tance n'ait souvent lieu, quoiqu “elle ne soit pas toujours. Nous 
avons nous-mêmes en: ce moment Sous les yeux une portion 
de máchoire chargée de millépores etde petites hüitres, 

Les couches qui recouvrent les os d'éléphans ne sont pas d'une 
irés-grande épaisseur ; presque jamais elles ne sont d'une na- 
ture pierreuse. Ils sont rarement pétrifiés , et Fon ne cite qu'un 
ou deux exemples où ilsy em ait eu d'incrustés dans de la 
pierre coquilliére ou autre; souvent t méme ils sont. simplement 
accompa de nos codéilbsbe es d’eau douce; la res- 
semblance, à ce dernier ei ainsi qu'à l'égard de la nature 
du sol , des trois endroits dont on a les relations les plus dé- 
taillées, satoi t “Tonna, Cantstadt et la forét dé Bondi , est 

rquable. Tout paroit- 'donc' annoncer que la 
e des plas récentes qui aient 


Id mS. 


We 200 les s'enfouis e est Pune de: 
contribué à changer la surface du - globe. 

C'est néanmoins ind se physique et générale: les osse- - 
mens d'éléphans fossiles sont en trop grand nombre , et il 
y en a dans trop de contrées'désertes^et méme inhabitables, 


D'HISLOLRE, NAXÜREYGLE. 267. 


pour que l'on puisse soupconner qu dis y aient été conduits 
par les hommes. 'ner 

Les couches qui les too: et celles qui sont ansdeditis 
d'eux montrent que cette cause étoit aqueuse, ou que ce sont 
les eaux qui les ont recouverts, et. que. dans beaucoup den- 
droits ces eaux étoient à peu près les mêmes que celles de la 
mer d'aujourd'hui, puisqu'elles nourrissoient des êtres: à pen 
pres semblables. 

Mais cene sont pas ces eaux qui les ont transportés oü ils sont. 
Les détails du même article premier montrent qu'il y ade cesos- 
semens à peu près dans toutes les contrées que les naturalistes 
ont parcourues. Une irruption de la mer qui les auroit apportés 
seulement des lieux que l'éZéphantdes Indes habite Mop) 
n'auroit pu les répandre aussi loin,ni les disperse: 

: D'ailleurs l'inondation quiles a enfouis ne s'est point éétée 

u-dessus des grandes chaines de montagnes, puisque les _ 

Ke qu'elle a déposées et qui recouvrent les ossemens ne 
se trouvent que dans des plaines peu élevées. On ne voit donc 
point comment les cadavres d'éléphans auroient pu étre trans- 
. portés dans le nord, pardessus les montagnes du Tibet et 
les chaines des Altai et des Ourals. 

—.De plus ces os ne sont point roulés : ils conservent T 
arêtes, leurs apophyses ; ils n'ont point été usés par le fro 
ment; très-souvent les épiphyses de ceux qui n'avoient point 
encore pris leur accroissement complet , y tiennent encore, 
quoique le moindre effort suflise. pour € détacher: les seules 
altérations que l'on y remarque vienne: 
qu'ils ont subie par lear:ééionr. dans la ter 

On ne peut pas se représenter non ét due les cadavres 
entiers aient été transportés violemment. A la vérité, dans ce 

357 


eis 
em. 


‘à L d 


_ 268 ANNALES DU MUSÉUM 
cas, les os seroient restés intacts ; mais ils seroient aussi restés 
rassemblés et ne seroient pas épars ; | | 

Les coquilles, les millépores ét autres productions marines 
qui se sont fixées sur p prouvent d'ailleurs qu'ils 

restés au moins quelque temps déjà dépouillés et séparés 
au fond du liquide qui les recouvroit. - 

Les os d'éléphans étoient donc déjà dans les lieux où on les 
trouve, lorsque le liquide est venu les recouvrir. Ils y étoient 
épars comme peuvent l'étre dans notre ipie les os des che- 
vaux et des autres animaux qui l'habitent , et dont les cadavres 
sont répandus dans les champs. | 

Tout rend donc extrémement probable que Jès éléphans 
qui ont fourni les os fossiles habitoient et vivoient dans les 
pays où Tou trouve aujourd'hui leurs ossemens. 

HE donc pu y disparoitre que par une révolution qui 
a fait périr tous les individus existans alors, ou par un chan- 
gement de climat qui les a empéché de sy propager. Mais 
quelle qu'ait été cette cause, elle a dà étre subite. 

Les os et l'ivoire, si parfaitement conservés dans les plaines 
de la Sibérie, ne le sont que par le froid qui les y congéle, on 
qui en général arrête l'action des élémens sur eux. Si ce froid 
n'étoit arrivé que par degrés et avec lenteur, ces ossemens , et 

s forte raison les parties molles dont ils sont encore quen 
quefois smveloppés , quoique rarement, auroient eu le temps 
| r comme ceux ce l'on trouve dans les pays 

er et tenipérés. "m 

Ainsi toutes les hyp os d' ES refroidissement graduel de 
la terre ou d'une variation lente, soit dans l'inclinaison , soit 
dans la position de l'axe du globe, tombent d'Elesaniéats) 

Si les éléphans actuels des Zndes étoient les descendans de 


bed * 


D'HISTOIRE, NATIU RE L ÑE 2609 
ces anciens éléphans qui se seroient réfugiés dans leur climat 
d'aujourd'hui , lors de la catastrophe qui les détruisit dans les 
autres, il seroit impos: d'exphgner pourquoi leur espèce 
a été détruite en (Auiériquéjl où l'on trouve encore des débris 
qui prouvent qu'ils y ont existé autrefois. Le vaste empire du 
Mexique leur offroit assez .de hauteurs pour échapper à une 
inondation aussi peu élevée que celle qu'il faudroit supposer , 
et le climat y. est plus chaud qu'il ne faüt pour leür tempé- 
rament. Nous. avons montré d’ailleurs que les montagnes de 
l'ithsme de Panama n’ont point été un obstacle à leur passage 
dans l'Amérique méridionale. | 

Les divers mastodontes ,letapirg; 9 7 ue et le rhinocéros 
fossile vivoient dans les mêmes. pays; dans les mémes cantons 
que les éléphans fossiles, puisqu' on trouye leurs os dans les 
mémes couches et dans le méme état. Ón ne peut pas imaginer 
une cause qui auroit fait périr les uns en épargnant les autres. 
Cependant ces premiers animaux n'existent bien certainement 
plus, e et il ne peut y avoir à leur égard aucune contestation, 
ainsi que nous le montrons à leurs. chapitres. i 

Tout se réunit donc pour faire penser. que l'éléphant fos- 
sile est, comme eux, d'une espèce fteinMe, | queue res- 
semble ps qu'eux à Tune des espèces i existant 


n 


"2 ee E n + | íi "a Ifi j E Hd r rit A vit 
oF- 3 cB i 4 [ E 
$ ; : d i i H 2 d he pt ertt 24 


* 


270 Ak NNALES: D UI MUSÉUM: 
SUR LE GRAND M ASLODONTE, 


+: iO Y 


ali trés-voisin de r otia, mais à máche- 
res hérissées de gros tubercules ,. dont on 
| trouve les os en divers endroits des deux con- 


JeJ 


Pis P UNE près des. bords de. lOhio, 
-dans l'Amérique . JSeptentrionale , ; impropre- 


| ment nommé F MNNG iTA pur les ES | 


ES 
s: E 


Mi MONS. ێst iei le plus iid. de tous les animaux 
fossiles ; c’est encore le retüier: ‘Qui ait .convaincu les natu- 
ralistes qu'il pouvoit y avoir des espèces détruités : la grosseur 
monstrueuse de sep dents mácheliéres , les poi ates formidables 

| i | qe d'at- 
tirer l'attention; etil étoit bien: aisé de s'assurer qu'aucun des 
grands animaux que nous connoissons n'en a de cette forme 
ni de ce volume. Ang, quoique Daubenton ait pensé pendant 
quelque temps qu'une partie d'entr “elles pouvoient appartenir 
à l'hippopotame (1), il ne tar 
meilleure, et Buffon M | 


pas à revenir à une opinion 
t que « fout porte à croire 


—— 


(1) Hist nat. , XII, in-£o , p. 75, n.os MCVI, MCYII, MCYIII et MCXIH. 


ww * 


H - i 
SDHISTOLTRE. NATURELLE. 271 


» que cette ancienne. espèces qu'on. doit regarden comme 
» la premiére et la: plus grande de tous len emit pl 
» restres ,. na mis s dans les premiers temps; 
» west point. parvenue jusqu'à nous (1) » Néanmoins , A 
n'étendit pas son assertion au-delà des grosses. dents . postés 
rieures ; et continua de regarder les dents inoyennes et à demi- 
usées comme des dents d'hippopotame (2). Il. continua aussi 
à attribuer à l'éléphant le. gros fémur trouvé dans le méme lieu 
que ces. dents, comme le lui avoit attribué Daubenton..en 
1562: (3) , quoique 77 illiam Hunter eùt fait voir, dés 1567.(4); 
qu'il offroit , ainsi que les dents et la mâchoire inférieure ; des 
différences sur: ble avec ces mér le parties . dans Léléphass, 

Ce dernier anatomiste étoit tombé de son côté dans une 
double erreur qui a influé sur les dénominations impropres 
appliquée “pe à cet. animal. bus pa 

des habitans de la Sbérie, 

dont. i n'avoit. wee vu d'o ossemens , étoit le méme que l'ani- 
mal de l'Amérique Septentrionale (5);et quoiqu'il ait depuis 
été réfuté par Pallas , l8uel démontra suffisamment, ainsi 
que nous l'avons yu, que le. mammouth est. un véritable élé- 
phant , les Anglais et les habitans des Etats-unis ont continué 
de détourner , comme illiam Hunter , la signification de c. 
mot et de labos à notre zastodonte : en quoi ils ont a 
suivis par presque tous ceux qui en ont parlé. 

^ L'autre. eireur introduite par illiam Hunter est. que. ce 


MEET i E PS ul sas 
(1) Mee de la Nature. ( Note 9» | r" 
(2) 4d. ib ER. id 
(5) Mém. de l'Ac. des Sc. 3-0.» : 
(4) Transact. phil.,tome LVIIE, p. 42. 
(5) Ibid., p. 58. iia 
fy iae 


T L d 


171 ANNALES DU MUSEUM 

prétendu mammouth devoit être, d'après la structure de ses 
dents, un carnivore (1) inconnu. Quoique Camper ait déjà 
rejeté cette idée (>) , comme elle rendoit encore cet étre en 
quelque sorte plus merveilleux; elle aaussi été adoptée pres- 
que énéralement , et à procuré au mastodonte la dénomina- 
tion d'éléphant carnivore qui lui convient moins encore , s'il est 
possible, que celle de mammouth. 

Depuis lors, les compilateurs ont sans cesse confondu le vrai 
mammouth & Sibérie , qui est du genre de l'éléphant, avec 
ce prétendu mamnmouth d'Amérique, et il en est résulté les 
récits les plus embrouillés. C'est ce qui nous détermine aujour- 
d'hui à proposer pour l'animal. fossile d'Amérique un nom 
générique nouveau qui fasse disparoitre ces fausses dénomina- 
tions de mammouth et d'éléphant carnivore lesquelles ne 
donner que des idées contraires à la réalité. 
mesure est d'autant plus convenable, que nous ver- 
rons bientôt que, d’après les règles aujourd'hui généralement 
recues en zoologie, cet animal doit former un genre particu- 
lier qui comprend plusieurs autreS'espéces. Nous empruntons 
le nom de mastodonte de deux mots grecs qui perse 
mámmelonnées , et qui expriment par cor équ 
pal caractère. 

— Aureste,ce n'est que par une longue suite de travaux, de 
réflexions et de comparaisons qu'il a été possible dinim 
jux connoissances plus pass que nous rassemblons mjer- 
d'hui sur son sujet. Il y a 


[prés de cent années qu'on sen 
occupe. BE à. 


(3) Transact. philos., tome LVIII, p. 42. 
(2) Nova Act. Petrop. , tome I , p. II, p. 221. 


$ 


D'HISTOIRE NATURELLE. 273 

La première mention qu'on en trouve date de 1715. Le 
docteur Mather, dans une lettre au docteur 77 oodwardt 
( Transact. phil.) , annonce des os et des dents d'un volume 
monstrueux, découverts, en 1705, à Albany , dans la Nouvelle- 
Angleterre, aujourd'hui dans l'Etat de /Vew- Yorck, près de 
la rivière d'Hudson. Il les croyoit des os de géant, et propres 
à confirmer ce que dit la Genèse d'anciennes races d'hommes 
gigantesques. Il paroit néanmoins que cette annonce ne fit 
pas grand effet, et que l'on oublia encore ces os pendant p 
de trente ans. 

En 1739, un officier francais nommé Longueil , naviguant 
dans ľ Ohio pour se rendre sur le Mississipi, quelques sau- 
vages de sa troupe trouvèrent, à peu de distance de ce fleuve, 
sur le bord d'un marais, des os, des mâchelières et des dé- 
fenses : cet officier rapporta, l'année d’après, un fémur, une 
extrémité de défense et trois mácheliéres , à Paris, où nous les 
conservons encore. Ce sont les premiers morceaux de cet ani- 
mal qu'on ait vus en Europe, et c'est d’après le lieu où ils ont 
été trouvés qu'on lui a donné généralement les noms d’ 
mal , d'éléphant et de mammouth de l'Ohio, quoiqu'il y ait 
de ses os dans bien d'autres endroits, comme nous l'allons 
voir 
Le fémur et la défense furent déclarés par Daubenton $- 
partenir à l'éléphant , et les mácheliéres, toutes les trois inter- 
médiaires et qui étoient à six pointes, à l'Aippopotame. « Car 
» on ne peut guére soupconner Perss ) que ces dents 
» aient été tirées de la méme tête avec la défense, ou 
» qu'elles aient fait partie d'un méme squelette avec le fé- 
» mur dont il s'agit ici; en. le supposant, il faudroit aussi 
» supposer un animal inconnu qui auroit des défenses 

36 


f 


274 ANNALES DU MUSEUM 

» semblables à celles de l'éléphant , et des dents molaires 
» semblables à celles de l'hippopotame (1).» Il avoit dé- 
taillé encore davantage les raisons qu'il croyoit avoir de ne 
point admettre un tel animal dans son Mémoire lu à l'Acadé- 
mie' le 28 août 1762». 

Cependant cette opinion existoit déjà chez irneors per- 
sonnes. 

Un autre officier français nommé Fabri avoit annoncé à 
Buffon, dés 1748, que les sauvages regardoient ces ossemens 
épars en divers endroits du Canada et de la Louisiane , comme 
provenant d'un animal particulier qu'ils nommoient le pére 
aux bœufs (2). 

Les grosses dents à 8 et 10 pointes, Tus ne pouvoit rai- 
sonnablement confondre avec celles de l'hippopotame, étoient 
déja connues. Guettard, dans les Mémoires de l'Académie 
pour 1752, en avoit fait graver une, trouvée avec d'autres os 
dans un marais qui occupoit le fond d'un cul-de-sac, entre 
deux montagnes, et sans doute l'une de celles qu'avoient rap- 
portées Longueil et ses compagnons. 

Les Anglais , maitres reconnus du Canada: par la paix de 
1763 , ne tardérent point à donner à ces recherches une nou- 
velle activité. Le géographe George Croghan trouva en 1765 
beaucoup de ces os à 4 milles au sud-est des bords del Ohio, 
dans le pays aujourd'hui nommé Kentuckey, sur un banc 
élevé, toujours le long d'un grand marais salé, et probable- 

Piripignons de Longueil ; 


(1) Hist. nát., XI , descr. du cab. du roi, MXXXV. 
(2) Buff., Epoques de la nat. , Note just. 9. 


D'HISTOIRE NATURELLE 279 
les dents à tubercules et les défenses y étoient péle-méle, sans 
aucune mâchelière d'éléphant : l'idée d'un animal particulier 
se confirmoit donc de plus en plus. | 

Ce M. Croghan envoya en 1767 plusieurs caisses de ces 
morceaux à Londres, soit à lord Shelburne soit à Franklin, soit 
à d'autres, et Collinson en fit passer une grosse dent à Buffon(1), 
et publia sur le tout une notice dans le 57.^ volume des Trans- 
actions. Il attribuoit encore les défenses à l'éléphant. 

Dans le nombre des pièces envoyées par Croghan étoit 
une demi-máchoire inférieure, aujourd'hui déposée au Muséum 
britannique : c'est celle que décrivit William Hunter dans les 
Transactions philosophiques pour 1768 (2). Il s'en servit pour 
démontrer que l'animal en question , tout en différant sensi- 
blement de l'éléphant, n'avoit rien de commun avec l'hippo- 
potame, et il lui attribua positivement les défenses trouvées 
avec ces dents. Mais Buffon ne paroit pas avoir connu ce Mé- 
moire , et n'en fait nulle mention dans ses Epoques de la na- 
ture imprimées, comme on sait , en 1775. Il y fit connoitre, le 
premier , que ces mémes dents à huitet dix pointes se trouvent 
aussi dans l'ancien Continent. ll en publia une, pl. I et II, qpe 
lui avoit donnée le comte de Wergennes en 1770, et qu'on 
avoit découverte dans la petite T'artarie en faisant un fossé. 
C'est une des plus grosses que l'on ait jamais eues : elle pèse 
onze livres quatre onces. Une seconde , rapportée de Sibérie 
par l'abbé Chappe , fut représentée pl. LL Nous conservons 
l'une et l’autre dans ce Muséum. 


(1) Epoques de la nature , pl. IV et V. 
(2) Tome LVII, cité plus haut, 
(2) 26* 


276 ANNALES DU MUSEUM 

Pallas annonça la méme chose, en 1777 , pour les dents à 
six pointes, Il en fit graver une fort nség.des monts Ourals (1). 

A cette méme époque et dans ce méme volume, p. 219, 
Camper montra de nouveau que l'animal aux grosses dents 
avoit de plus grandes analogies avec l'éléphant qu'avec hip- 
a popotame, et qu'il étoit fort probable qu'il avoit une trompe; 
que dans aucun cas il ne pouvoit être considéré cemme car- 
nivore. C'étoit un grand pas de fait dans la connoissance de 
notre animal; mais le grand anatomiste à qui on le devoit en 
fit bientôt un rétrograde. 

Un morceau considérable du crâne et UE autres 08 
avoient été trouvés en 1785 par le docteur Brown , et ex- 
posés à la curiosité publique dans la galerie de peinture de 
M. Charles Willson Peale, à Philadelphie, où ils donnèrent 
à ce dernier l'idée du beau Muséum d'Histoire naturelle qu'il 
a formé depuis (2). 

M. Michaélis , professeur à Marpurg, s'étant procuré des 
dessins de grandeur naturelle de ces os, les fit voir à Camper, 
et celui-ci prenant la partie du palais où les dents se rapprochent, 
pour la partie antérieure, regarda les apophyses ptérygoides 
comme des os intermaxillaires, et ne trouva par conséquent 
aucune place pour des défenses. Il déclara donc en 1788, 
Nov. Act. , tome IL, p. 259 et suiv. , qu'il sétoit trompé; que 
l'animal de TOhio avoit le museau: pointu et sans défenses; 
qu'il ne mj loit pas à June et que lui-même ne sa- 
voit PT que penser E: sa vraie nature. 


(1) ve onm , part IL» 215, tab. IX. * 


- (2) Voyez Y Epitre de Remë lt Peale à son qns - we d h Bisqulsition ! 
on the mammoth , etc. ` Ju 


45e 
He D 


D'HISTOBRRE -NATURELLE, - 277 

Il paroit que M. Michaëlis avoit aussi avancé cette opinion . 
dans deux écrits que je n'ai pu me procurer, mais qui sont 
insérés dans le Magasin de Gœættingen, pour les sciences et la 
littérature, 3 année, 6 cahier , et 4.' année, 2." cahier. 

M. Autenrieth , professeur de Tubingen, ayant eu la com- 
plaisance de m'envoyer des copies de ces mêmes dessins; me 
les expliqua tout autrement et suivant leur véritable situation; 
mais malgré tout mon respect pour les lumières de ce savant , 
avec lequel je suis lié d'une véritable amitié depuis ma pre- 
miere jeunesse, l'autorité de Pierre camper étoit faite pour 
laisser encore des doutes. 

Je m'adressai au fils de ce célèbre anatomiste, M. Adrien 
Camper, qui étoit d'autant plus en état d'éclaircir la question, 
que son illustre pére avoit acquis, peu detempsavant sa mort » 
le morceau méme py avoit servi d'original au dessin, cause 
de tout l'embarras. = 

Ce savant M soutint 1 d'abord l'opinion de son père 
avec un zèle bien naturel pour la mémoire d'un si grand 
homme; mais aprés de nouvelles objections de ma part et 
un nouvel examen de la sienne , il m'écrivit enfin, le 14 juin 
1800 : « Le résultat de mes recherches sur l'inconnu de l'Ohio 
» n'est pas conforme à ce que j'en avois promis dans ma pré- 
» cédente; le morceau en question n'est pas le fragment an- 
» térieur , mais le postérieur des máchoires. » Et il me dé- 
montra cette proposition par une foule de raisons noicalag 
et délicates, fondées sur les ssances étendues d 
comparée, quil a acquises Me de l'un des phá grands 
maîtres que cette science ait eus. 


M Adrien CR a rendu PED Ju etie discussion 1 


378 ANNALES DU MUSÉUM 
dans la Description anatomique d'un éléphant mále, par son 
père, quil a publiée en 1802, p. 22. 

Mais pendant que nous travaillions ainsi en E'arope sur 
quelques fragmens de cet animal, M. Peale continuoit à en 
recueillir les os, et il avoit été assez heureux pour en obtenir 
deux squelettes presque complets qui ont décidé la question 
pour toujours. 

C'est au printemps de 1801 qu'il sait qu'on venoit de 
trouver , l'automne précédent , plusieurs grands ossemens en 
creusant une marniere , dans le voisinage de /Vewburz , sur la 
riviere d'Hudson, dans l'Etat de /Vew- York et à soixante- 
sept milles de la capitale. Il s'y rendit aussitôt avec ses fils, 
et ayant trouvé une partie considérable du squelette chez le 
fermier qui l'avoit tiré de la terre, il l'acquit et l'envoya à 
Philadelphie. Il y avoit un crâne trés-endommagé dans sa 
partie supérieure : la mâchoire inférieure avoit été brisée, 
les défenses mutilées par la maladresse et la précipitation des 
ouvriers. Il fallut attendre la fin de la récolte pour continuer 
les recherches. On les reprit donc en automne:la fosse fut 
vidée de l'eau qui s'en étoit emparée; des pompes y furent 
entretenues pour la débarrasser de celle qui y abondoit à 
mesure que l'on avaricoit; aucuns frais ne furent épargnés: 

l ines de travail et la découverte de toutes 
les v vertèbres du cou, de plusieurs de celles du dos, des deug 
 omoplates , des Saik anii, radius et cubitus , d un fémur, 
d'un tibia et d'un péroné, d'un. bassin mutilé et de quelques 
petits os des pieds qui se trouvèrent tous entre 6 et 7 pieds 
de profondeur, il en manquoit encore plusieurs den ps im- 
portans, comme la máchoire inférieure, etc, 


Pour tâcher de les obtenir , M. Péale se rendit à onze milles 


D'HISTOIRE NATURELLE. 270 
de là, vers un petit marais d’où l'on avoit tiré quelques côtes 
huit ans auparavant. Il y fit encore travailler quinze jours , 
et recueillit diverses pièces, mais non celles qui lui manquoient, 

ll se retiroit , désespérant presque de réussir, lorsqu'ayant 
passé le /7'allKill , il rencontra un fermier qui avoit trouvé 
quelques os trois ans auparavant, et qui le conduisit sur le 
lieu desa découverte. C'étoit encore un marais à vingt milles 
à l'ouest de la rivière d' Hudson. 

Après plusieurs jours d'un nouveau travail, il eut le bonheur 
d'y déterrer une máchoire inférieure complète , accompagnée de 
plusieurs os principaux ; rapportant donc comme en triomphe 
les précieux fruits de cette pénible campagne de trois mois , 
il en forma deux squelettes , copiant artificiellement sur les 
os de l'un ceux qui manquoient au côté opposé. A 

On peut dire maintenant que, d’après ce travail, l'ostéo- 
logie de ce grand animal est entièrement connue, si l'on en 
excepte seulement la partie supérieure du crâne. — 

Le plus complet de .ces deux squelettes est placé dans le 
Muséum de M. Peale à Philadalphie ; Yautre a. été apporté 
par lun de ses fils, M. Rembrandt Peale, à Londres, où on le 
fait voir publiquement. M. Rembrandt Peale a en donné une 
description qu'il a bien voulu m'adresser , et dont j'aitiré le récit 
précédent des travaux de son père : j'en profiterai encoré beau- 
coup par la suite (1). 

On a donné dans divers journaux anglais, francais et alle- 
mands, des notices, soit du squelette, soit de ces deux bro- 


"n 
a —Á 


(1) Account of the Skeleton of the mammouth, etc. Londres 1802 in-4.o, et 
d'une édition fort augmentée ; az Historical Disquisition on the Mammouth , ib. 
1805. i 


Æ 


280 ANNALES DU MUSEUM 
chures (1); et c'est aussi d’après ce squelette qu'a été fait lar- 
ticle inséré par M. Domeyer, dans le IV ^ tome des Nouveaux 


_ Ecrits de la Société des N. aturalistes de Berlin ,in-4. 


Ce que je vais en dire moi-même est pris de différens ma- 


tériaux. Nous ne possédons en ce Muséum que le fémur rap- 


porté par Longueil , beaucoup de dents de toutes les sortes , 
deux défenses,et une demi-máchoire inférieure assez mutilée, 
Je Sob la complaisance de re pures et Wiedemann 


les mêmes dessins de grand ss autrefois 


zc 

à Camper, et je les ait tous fait graver, réduits au cinquième. 
M. Adrien Camper , devenu propriétaire des pièces d’après les- 
quelles ces dessins ont été faits , m'en a envoyé les mesures et 
les Büescriptions. Enfin, M. £ és Home, célebre anatomiste 

glais, a bien voulu me faire faire l'esquisse du squelette que 
l'on montre à Londres ; je l'ai fait graver pl. V. Ces secours, 
joints aux omnes et aux figures déjà publiées par 
d autres, et que j'ai cités précédemment, m'ont mis en état de 
donner de l'animal une idée suffisante, et de déterminer sa 
taille et tous ses caractères, 

Le dépót le plus célebre des os du —R S celui qu'ont 
visité Longueil, Croghan ettant d'autres, celui qui lui a fait 
donner le nom d'animal de P Ohio, porte lui-même celui de 
big-bone-strick , ou great-bone-lick. 

Ii est à la gauche et au sud-est de T Ohio, à quatre milles 
du fleuve , trente-six milles au-dessus de Fli bovchnra dela | 


* 


T * OT Ae Bia 


"iie 


(1) Voyez Gazette universelle littéraire de Halle , avril 1804, n2 111,p.8, 


` et divers numéros du Magasin de Physique de M. Voigt. Voyez aussi dans le 


Journal de +. ventose an 10, p. 200, une notice de M. Falentin. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 581 
rivière de Kentockey (1), presque vis-à-vis celle de la rivière 
dite la Grande Miamis, C'estun lieuenfoncé entre des collines, 
occupé par un marais d'eau salée , dont le fond est d'une vase 
noire et puante. Les os se trbusent dans la vase et dans les 
bords du marais, au plus à quatre pieds de profondeur , 
suivant Ie rapport que nous en a fait le général Collaud qui 
avoit été sur les lieux. 

Mais , comme nous l'avons déjà dit, il y a des os, non-seu- 
lement en d'autres endroits des rives de l Ohio , mais par toute 
l'Amérique Septentrionale. 

On lit dans le Journal de Physique et de Médecine de 
Philadelphie, publié par le savant docteur Barton, L"* partie, 
p. 154 et suiv., une relation détaillée de cinq squelettes pres- 
que entiers, trouvés en 1762 par des sauvages shawanai. 
beaucoup sun haut, à trois milles de la rive gauche del'Ohi 
comme à ride: dans un lieu salé et humide, mais à n 
prés uni jusqu'à une trós-grande distance : une xoácheliüre et 
un fragment de défense en avoient été portés au fort Pitt. 

M. le baron de Bock d'Ansbach , dans un Mémoire 
adressé il y a quelques années à l’Institut, donne la descrip- 
tion d'une dent trouvée sur la rive droite de l'Ohio, entre les 
deux rivières de Miamis, par M. Craegh, major d'artillerie 
au service des EuatésEnis. Elle a passé du cabinet de M. Schmie- 
del, dans celui de M. Ebel à Hanovre; et c 'est la méme dont 
parle Merck ( 3^ lettre, p.28, note ). 

Le général Collaud assuroit en avoir vu près de la rivière 
des Grands Osages qui se jette dans le Missouri, peu au~ 


man | 


en x. 


(x) 7"olney , Tableau du climat et du sol des Etats-Unis d'Amérique, I, p: 100. 
37 


285 ANNALES: DU MUSÉUM. 
dessus de son confluent avec le Mississipi. Ils y sont dans 
des fondrières semblables à celles de Great-bone-lick. 

M. Smith Barton, professeur à l'université de Pensylvanie , 
et. l'un des hommes qui ont le mieux mérité du Nouveau- 
Monde; en y. propageant les connoissances utiles, vient de 
n inditeque: une confirmation de ce témoignage. : 

Il nYécrit « qu'un voyageur intelligent a vu dans un en- 
» droit particulier, pres de la riviere des Ixvigss Osaczs, des 
» milliers d'ossemens dieat. animal, et d ul y a recueilli, 
» entr autres , dix-sept défenses, dont quelq unes avoient 
» 6 pieds de. long et un. pied de + ae de i- 
» part de ces os étoient dans un grand état me dé 
n sition. ( 1) » 


Ma Jefferson T uin: ses nr et sur > Fi irginie 
( trad: fr., p. 101), rapporte qu'un M. Stanley, emmené par 
les sauvages à l'ouest du Missouri, en vit de grands dépôts sur 
les bords d’une rivière qui couloit chien vers l'ouest. Sui- 
vant le méme auteur, on en a trouvé Re. Ja. branche de la 
T'ennésie , nommée Nord-Holston, d les Allegannys de 


la Caroline , par 36° degrés de latitude nord, aussi dans des 
marais- falis. 

^ Gétoit,à cette époque, le lieu le plus Weilin où l'on en 
ait eu 'connoissance ; ; mais M. Villiam Dunbar annonce . 
ms le VILS volume des Transactions de la Société ameri- 
eaine, p. 4o et 55, qu'il s'en est trouvé en quatre ou cinq en- 


- " MSIE WIS à ee NM 


(x) Extrait. d'une lettre de M. Smii} Barion,de Philadelphie, en 1806. 


D'HISTOIRE NATURELLE, 283 
droits différens de la. Louisiane, à l'ouest du. Mississpi, mais 
toujours dans ses alluvions. 

Quant: au nord, M: Smith Barton m'écrit qu'on n’en a pai 
déterré jusqu'à présent plus haut que. le 43 degré, du côté 
du lac Erié. 

Ce méme savant me donnedes détailsextrémement précieux 
sur une découverte récente, faite dans le comté de 77 ite en 
Virginie, à l'ouest des trois grandes chaines et prés du comté 
de Green- Hy ard où se sont trouvés les os du megathe- 
rium. 

M. Barton en a recu RAM la relation datée dé IF dibus 
burg en T ris de, 6 ocior; 1305, de; M. 14 E 


et l'un Pi iei ipt plns lies. ce Fxas-Uoi.- 
M. Pichon, ci-devant consul général aux Etats-Unis ,avoi 
bien voulu 1 me donner aussi yu notice se cette méme décou. 
werte. P uiv cT Ex 
A cinq ipe cid et demi. sous terre „sur: t un bane de pierre 
calcaire, reposoient assez d'os. pour qu'on espère d'en pou- 
voir reconstruire Hg sien à Une ges dents: ess it dix- 
livres. PEE T mote iia e Mes 
Mais ce qui icd. .cette disini due ; | 
c'est. emo recueillie milieu des os une. | 


à uy “TASSE Le : CS 


= crutrec oita | O nil s COPS o TES eda ck 
; Vir ut enveloppé, dans 
.- une sot ida ses» que » l'on RES pére l'estomac de l'ani- 
mal: en sorte qu 'on ne douta point que- ce-ne-fussent les ma- 


tières mémes que cet indiy idi mio dévorées. 


Sa X. A 


{ 


284 ANNALES DU'MUSÉUM 

Le fond de toute cette contrée est une pierre calcaire pleine 
d'impressions de coquillages; les cavernes y donnent beaucoup 
de nitre et de sulfate de soude et de magnésie. On y a trouvé 
depuis peu du sulfate de barite, et il y a différentes sources 
minérales (1). 

“Il ne manque pas non pilis de ces osen decà des trois grandes 
chaines des Allegannys, des IVorth- Mountains et des Monta- 
gnes-B leues. Sans parler des grands dépôts dela vallée de I Hu-. 
dson PI s avons indiqués plus haut et où M. Peale a ras- 
semb lettes, M. Autenrieth m écrit qu'il y en adans 


pere y Beute antérienvestée la Pensylvanie ; et je vois 


par une lettre de J. Drayton de Charles--Townà sir John Sin- 
clair , dont milord comte de Buchan a bien voulu me communi- 
quer un extrait, qu'il y en a aussi , de même que des os d'éléphant 
ou vrai “mammouth , "n les parties antérieures de la Ca- 
roline. 

{Le savant naturaliste M. Bosc a été témoin d'une décou- 
erte de cinq mácheliéres en parties décomposées , faite en 
creusant le canal de Caroline, à quinze milles de Charles- 
Town, dans du sable pur, à 3 pieds de profondeur. 

"v M. Barton m "écrit qu'on en a trouvé récemment dans 
PEtat de New-Jersey, à à quelques milles de Philadelphie. 

Jemen ai vu encore aucun morceau de l'Amérique Méri- 

| dio a e: Manes les dents apportées du Pérou par Dombey 

de Humboldt , ainsi que de Tierra firme par ce dernier, … 


sont du uné s antre espèce, Tea ge méme genre, ainsi que 


de i a 


m Extrait d’une lettre de M. Smith Barton, datée de > Philadelphie le 14 
octobre 1805. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 289 
nous le verrons bientôt. Je soupcogne bien que celles du Brésil 
et de Lima, mentionnées par Villiam Hunter ( Trans. phil. 
LVII, p. 4o ), sont dans le méme cas. Quant à l'ancien 
continent, si l'on excepte les trois dents de Pallas , de l'abbé 
Chappe e de Vergennes , citées ci-dessus et appartenant vé- 
ritablement à la méme espèce que -celles de l Ohio , toutes 
-celles dont j'ai eu ce. sont encore d'espèces différentes. 

Ainsi, autant qu'on les connoit, les os de ce grand animal, 
irés-communs dans l'Amérique Septentrionale , sont rares 
partout ailleurs ; mais partout où on les trouve, ils. ne sont 
qu’à peu de profondeur; et cependant en Bine ils ne sont. 
pas beaucoup décomposés, 

Ils ne sont pas non plus roulés, et on ai presque 
tous les os fossiles, la preuve qu'ils sont aux lieux où on les 
trouve, à peu près depuis l'époque de la mort de l'animal. 

scii de lariviere des Grands Osages, dont j'ai parlé ci- 
dessus, avoient quelque chose de particulier dans leur posi- 
iion : c'est. qu'ils. étoient presque tous dans une situation 
verticale, comme si les animaux s'étoient À vie a olg 
cés dans la vase, : 

Les substances ferrugineuses dont ils sont teints ou péné- 
trés sont la principale prn de. leur tiene iners dans linté- 
rieur de la terre. 

Des indices d'un nan ou d'un passage de la mer sur eux 
paroissent étre plus rares que dans les os d'éléphans. Je n'ai 
point vu. de restes de coquilles ou de zoophytes sur les os de 
grands mastodontes que j'ai examinés, et je ne trouve dans 

aucune relation: quil y en ait eu dans les lits d’où ils ont été 
tirés ; circonstance d'autant plus singulière, qu'on devroit être 
tenté de considérer ces marais salans où lon en trouye le 


5 


F7 44 


286 -ANN AOL E SD US MOUGCÉ we 

plus, comme les restes ds hands plus étendu K auroit 
détruit ces animaux. =~ 
M. Barton. pense que ces eaux salées ont Beitr à ha 
belle conservation de cette sorte de fossiles. Il a méme re- 
cueilli dans la lettre quil a bien voulu m'écrire à ce sujet 
deux témoignages qui paroissent prouver qu'on en a de temps 
en temps déterré des parties molles encore reconnoissables ; 
ce qui, à cause de la chaleur du climat, est beaucoup plus 
étonnant que pour les mammouths ou vrais éléphans Pedes. 
et les rhinocéros du nord de la Sibérie. de os 

Les sauvages qui en virent cinq squelett. s.en.3562, rap- 

portèrent qu'une des têtes ayoit encore « un long nez, sous 
» degnet étoit la bouche ». M. Barton pense qe ce long nez 
toit autre chose que la trompe. — - 
Kalm , en parlant d'un graud squelette qu'il croyoit d'élé- 
phant, Sca les idées de son temps, et qui fut découvert par 
les aprii un marais du pays des {inois, dit que la 

forme du bec étoit encore reconnoissable , quoique à moi- 
» tié décomposée » Ily a grande apparence, à ce que croit 
M. Barton, qu il s'agit encore ici au moins di la racine de la 


trompe, Up j 
Ges deux fei esit oiii assez ecce Ve opinion que 

les gere de plantes triturées, trouvées auprès du. squelette 
comté de 77 yth, étoient en effet les matières qui remplis- 

soient t estomac de r iode dont ce sepe venoit, | 


| it authenti n t toutës les des: 
et- deroit presque. douter que e. fùt freute C'est une 
set ses cinq ongles. Le propriétaire assure latenir - 


Mexicain, qui lui a dit l'avoir achetée à des Er. de l'ou 


D HISTOIRE- NATURE L L'E. 287 
du Missouri, lesquels l'avoient trouvée dans une caverne avec 
une dent. Maiscette semelle est si fraiche; elle paroit si manifes- 
tement avoir été enlevée au pied avec un instrument tranchant; 

e pus est si geraten) ditio celle dun — 


Əri imagine ‘aisément qu'il n n’a pas manqué pois sur 
l'origine de ces os, ou sur les causes de la destruction des. ani- 
maux qui les ont produits. 

— Les Shavanais eroyoient qu'il existoit avec ces animaux 
des hommes d'une taille proportionnée à la leur, , et que le 
grand être foudroya les uns et les autres (1) ° | 

Ceux de Virginie disent qu'une troupe de ces. terribles 
animaux, détruisant les daims, les buffles et les autres. 
maux créés pour l'usage des Indiens; le grand homme | 
haut avoit pris son tonnerre et les avoit foudroyés tous, 

'epté Je plus gros måle , qui présentant sa tête aux faites: 
les secouoità mesure qu'ils tomboient , mais qui ayant été à la 
fin blessé par le côté, se mit à fuir vers les dentes IMs; où 
il se tient jusqu'à ce jour (2). a 
+ De pareils contes prouvent suffisamment que: « ces s Indiens 
nont aucune connoissance de l'existence D de l'espéc 

is les pays quis paréourént. -— : i7 
-Damron , après beaucoup d'autres , supposoit que c'étoit 


S quelque pe inconnu; mais c'est qu 1 n'en avoit vu que les 


dents, et qu'il n 
cette — M 


de. a 


savoit — dine la ge de ses. — réfute 


(1) Barton, journal cité , p. Er zie 
(2) Jefferson, Notes sur la Virg., trad. E. s p. 050-6. na 3 


3” 


TEM 


288 ANNALES DU MUSÉUM 


Un certain M. de la Coudreniére ayant trouvé dans une 
relation du Groénland , que les sauvages de ce pays prétendent 
avoir un animal noir et velu, de là forme d'un ours, et de 
six brasses de haut, en dérive non-seulement le mastodonte; 
mais encore l'éléphant fossile ou mammouth , qu'il confondoit 
avec lui (1). e 

C'est probablement aussi cette confusion des deux espèces 
qui aura fait penser à M. Jefferson que le centre de la zonë 
glaciale est le lieu où le mammouTx arrive à toute sa force, 


comme les pays situés sous l'équateur sont les lieux de la 


terre les plus propres à nourrir l'éléphant (2). ~ 
Nous commencons, comme à notre ordinaire, l'examen des 


os ha MESEK tn pr les dents. 


Les métheksrer 


Nous avons à en déterminer la forme , les différences, le 
nombre et les successions. 

1? La forme est ce qui a le plus frappé en elles. 

Leur couronne est en général rectangulaire , un peu plus 
étroite en arriere dans les postérieures. - > 

Elle n’a que deux substances ; la substance intérieure dite 
osseuse, etl'émail. Celui-ci est très-épais ; il n'y a point de cé- 
ment ou cortical. 

C'est une différence trés- importante avec l'éléphant , qui , 
jointe à la forme, rapproche le mastodonte des animaux qui 
cherchent les racines, tels que hippopotame et le cochon, au 


du um 


(0 Jour DECR tome XIX, p. 363. 
(2) Jefferson , ubi sup. » pP. 196 


E 


D'HISTOIRE NATURELLE. 289 


lieu de le placer avec les purs herbivores ,tels qu'est l'éléphant ; 
mais pour tout le reste il ya une grande analogie avec l'éléphant. 

Cette couronne est divisée par des sillons ou espèces de vallées 
très-ouvertes en un certain nombre de collines transversalés, 
et chaque colline est divisée elle-même par une échancrure 
en deux grosses pointes obtuses et irrégulièrement conformées 
en pyramides quadrangulaires un peu arrondies. 

Cette couronne, tant qu'elle n'a pas été usée, est donc 
hérissée de grosses pointes disposées par paires. 


Il y a déjà bien loin de là aux dents des carnivores , qui: 


n'offrent qu'un tranchant principal et longitudinal , divisé en 
dentelures comme celui d'une scie. | | 

Au fond méme, il n’y a qu'une différence de proportion 
entre ces colliues transverses divisées en deux pointes, et les 
petits murs transverses à tranchant divisé en plusieurs tuber- 
cules des dents de l'éléphant. 

Ceux-ci sont seulement des collines plus nombreuses , plus 
élevées, plus minces, séparées par des vallons plus étroits, 
plus profonds, et que le cortical comble entièrement. —— 

Néanmoins cette derniere circonstance est essentielle, en ce 
qu'elle fait que la couronne de l'éléphant est plate de très- 
bonne heure , tandis que celle du mastodonte est long-temps 
ma:nmclonnée. | | sis 

Le mastodonte devoit ‘donc faire de ses dents le méme 


* 


| usage que le cochon et l'hippopotame, qui sont dans le méme 


cas que lui. Tl devoit surtout s'attacher aux végétaux tendres, 
aux racines, aux plantes aquatiques; mais il ne faisoit point 
sa nourriture d'une proie vivante. | 

On en trouve beaucoup d'autres preuves dans’ le reste de 
ses formes, comme nous le verrons. | 


38 


200 ANNALES DU MUSÉUM 

Puisqu'il vivoit en grande partie de végétaux , il usoit donc 
ses dents ; et en effet on en trouve dont les pointes sont émous- 
sées, d'autres où elles sont usées jusqu'à la base des pyramides; 
d’autres, enfin, où toutes ces bases sont réunies en une seule 
surface carrée entourée d'émail. 

Comme les pointes sont en pyra 
coupe est une losange. 

Les dents à demi usées offrent donc sur leur couronne 
des rangées transversales , de deux losanges chacune. 

Les racines de ces dents ne se forment, comme tontes les 
autres, qu'apres la couronne. On ne les trouve complètes 
que dans des dents déjà au moins un peu uséés. 

- L'émail étant très-épais, le collet de la dent est très-renflé. 

On distingue les racines de ce mastodonte à des lignes 
tranverses enfoncées, signes trés-marqués des accroissemens 
successifs, 

2. Les différences des dents du mastodonte consistent sur- 
tout dans le nombre des pointes, et dans le PA Rp de la lon- 
gueur à la largeur. 

.J'en connois de trois sortes : 

De presque carrées, à trois paires de pointes ; 

De rectangulaires, à 8 pointes, 

Et d'autres encore plus longues, à dix pointes et un talon 


* 


J la E 
q angui ES, leur 


enim premières sont toujours celles qu'on trouve le plus 


usées. Je n'en connois pas une qui ne le soit à moitié, et 


plusieurs le sont jusqu’au collet. 
Les derniéres, au contraire, sont trés-rarement usées, et ont - 
presque toujours leurs pointes entières. 
Cette circonstance indique leur position. Les dents à six 


D'HISTOLRE NATURELLE. 291 
pointes sont antérieures et paroissent les premiéres ; celles à 
dix, les dernières. 

L analogie le confirme ; dans l'éléphant, les lames transverses 
sont toujours plus betae dans les dernieres dents. 

Enfin , l'observation directe le confirme encore mieux : c'est 
dans cet ordre qu'on les a trouvées dans les cránes et les 
mächoires qui en contenoient plusieurs. 

3.? Leur nombre résulte de ce qui vient d’être dit. 

Le mastodonte auroit au moins douze mâchelières, c'est-à- 
dire trois partout , s'il les avoit toutes à la fois dans la bouche; 
comme l'éléphant en auroit trente-deux. 

Il n'y a qu'une objection. à faire à cette manière de voir. 
Comme on n'a point encore yu une dent à dix pointes dans 
un méme morceau avec les restes d'une à huit pointes, on 
pourroit croire que ces deux sortes n'étoient pas destinées à 
se succéder, mais à se répondre, et que les unes sontles infé- 


rieures et des autres les supérieures. Je n'ai rien trouvé dans la 


brochure de M. Peale qui püt éclaircir ce doute; mais il me pa- 
roit que la:comparaison des mâchoires inférieures.du Muséum 
britannique ( Trans. phil. LVIII ) ,.de Philadephie ( Essais 
de Géol.pl XIV ),et de Michaëlis (notre pl. IH, fig, 1, 2° 


et 3 ), avec celle denotre Muséum (pl. IV, fig. 1 et 2), donne 


une solution satisfaisante. Les trois premières portent des dents 
à huit pointes, et la quatrième une à dix. Il faut bien que ces 
deux enden de dents ge  8iept 'succédées. 

Il t niner dans les-deux premières må- 
choires s ilay auroit point en arrière un germe de dent à dix 
pointes. ‘Gelle de Michaëlis me le fait soupcomner : on y voit 
vers À des — inm pu être une loge de 
germe. 


387 


292 ANNALES DU MUSEUM 

Peut-étre y a-t-il aussi dans la premiere jeunesse une petite 
dent à quatre postes en avant, qui tombe de bonne heure. 
M. de Beauvois w'assure qu' on voit un reste d'alvéole en 
avant des dents à six pointes d'une máchoire qui appartient au 
docteur Barton. Mais je n'ai jamais vu de ces dents à quatre 
pointes dans cette grande espèce. 

Si elles existent , il faudra encore ajouter quatre mâchelières 
au nombre total de celle du mastodonte, et il en aura seize. 

Mais, comme dans pe ces ppm ne sont tes toutes 
ensemble dans la bouche. d 

A? Leur succession se fait, comme edam Téléphant, d'avant 
en arrière. Quand la dernière commence à poindre, celle de 
devant est usée et préte à tomber. Il ne paroit pas qu - puisse 
y en avoir plus de deux àla fois de chaque cóté; à la fin 
méme il n'y en a plus qu'une, comme dans l'éléphant Dans 
la mâchoire inférieure de notre Muséum, (pl. IV, fig. 1 ), où 
la dent à dix pointes est déjà un peu usée, on ne voit plus 
en avant qu'un reste d’alvéole à demi rempli. 

Mais on voit encore une dent à six esee et une à chair; 
dans le crâne de la pl. IL. 

Ainsi, le nombre effectif des mâchelières qui peuvent agir 
ensemble est .de huit dans la jeunesse, et de quatre seulement 
à la fm de la vie. 

Ce résultat diminue déjà beaucoup les idées que s'étoient 
, faites de la taille du mastodonte, ceux qui lui supposoient un 
nombre de dents mâchelières approchant du nôtre et qui les 
croyoient toutes égales aux plus grandes. Buffon, par exemple; 
dit: « La forme carrée de ces énormes dents mácheliéres 
» prouve qu'elles. étoient en nombre dans la mâchoire de 
» l'animal , et quand on n'y en supposeroit que six ou méme 


D'HISTOMMIE NA TURELE 203 
» quatre de chaque côté, oh peut juger de l'énormité d'une 
» tête qui auroit au moins seize dents méchelières pesant 
» chacune dix ou onze livres. » ( Epoques de la natüre. Note 
jusuf.:gi D £519 j Kei ? £0 siad | 
- C'est d’après cette idée qu'il supposoit cet animal d'une grand 
deur supérieure à celle même des plus grands élénbans ; tandis 
que nous verrons quil n'y a point encore de preuve qu'il ait 
atteint 12 pieds de hauteur,:et que, selon Buffon lui-même i 
les éléphans des. Indes -en ont quelquefois jasquà 15 ou 16. 
Notre pl. I représente quatre de ces dents de méstodonite à 
moitié grandeur. j ak CETTE E 
Fig. 5 en est une àsix pointes à demi-usées: elle est copiée 
d'après un dessin qu'a bien voulu m'envoyer M. Blhumenbach. 
Nous en avons au Muséum trois pareilles, anciennement rap- 
portées par Fabri: Ce sont elles que Daubenton ( Hist! nat. 
XII, n° 1106, 1107, 1108 }, et Buffon Epoques de la na- 
ture, pl. V) ont prises pour des dents d'Aippopotames gigan- 
tesques. (E 
Elles sont aisées à distinguer par ces Josanges, dónt notre 
figure donne une idée fort juste , et qui différent beaucoup des: 
trèfles de l'Anppopotame. - | 
D'ailleurs l'Aippopotame: wa jamais que quatre tréfles et 
non pas Six. ; x 
. —M. Faujas possède une dent semblable , beaucoup moins 
+ usée, et notre Muséum en a acquis depuis peu une qui l'est 
. de manière que toutes les losanges se confondent ensemble. 
(Voyez pl.IV, fig: &.) - Hw | 
Celle de Sibérie, donnée par Pallas ( Act. Petrop., 1777, 
p. IL, pl. IX, fig.4 ), ne lesa encore réunies que deux à deux. 
La longueur de ces dents va de 0,099 à 0,11, et leur lar-- 


294 (ANNALES ,DU MUSEUM 


geur de.o,08 à 009 ; et.ce ne sont pas toujours les plus longues 
qui sont les plus larges, de manière qu'il y en a de plus ou 
moins approchantes de la forme carrée. 

Fig. 4 de notre pl. I est une dent à huit pointes et un talon 
dont les sommets commencent à s'entamer. Elle m'a été com- 
muniquée par M. 7: solar; elle est longue de 0,17, large de 
0,08. 

M. Faujas en a une à peu près dans le méme état. 

Celle du cabinet de M. Æbel est usée un peu plus profonde- 
ment, ainsi que celle de Guettard : (Acad. des Sè., 175» , pl. 
II ), et celle que M. d Hauterive , conseiller d'Etat, a donnée 
à notre Muséum. Celle que rapportal'abbé Chappe de Sibérie 
ne l'est presque point, non plus que celle qu'envoya Cokinson 

A we (Voyez Epoques de la nature, pl. III et IV.) 

máchoire du Muséum britannique ( Trans.phil., LVIII, 
p. 34) , et celle des Æssais de Géo. , pl. XV, paroissent chi 
cune porter une dent semblable aussi encore entière. 

La dent depetite T'artarie, donnée par Vergennes (Epoques 
de la nat., pl. let II, et Facies de Géol., dii XIV, fig. 3), 
est la bars dent à huit pointes que j'aie encore vue sans talon. 
Elle fait donc exception à cet égard, et d'apres cela M. F. aujas 
n'auroit peut-être pas di la choisir pour exemple et type de 
l'espéce. 

Ses proportions sont méme un peu différentes des antrés : 
elleest plus large à proportion de per et diminue 
moins en. arriere, - 

M. Blumenbach a pris un meilleür exemple-en "MESA une 
ees à huit pomtes et. un talon, encore parfaitement. intacte. 
Abbild., pl. XIX, et. Manuel. tad. fr. IL ip. 408.) 

- Notre fig. 2 est une dent à dix pointes et un 4alon-non encore 


* 


D'HIS TOEREN A TU RÆELLE. i205 
usés, donnésànotre cabinet par M Dufresne. C'est unedes plus 
grandes que. j'aie vues. Elle a 0,225 de long, et o,r- de large. 

Fig. .1, et 3 en est une autre plus petite, mais: du même 
nowbre de pointes, déjà en parte usée , du cabinet de M.de 
Drée. Sa couronne , fig. 3, est propre à donner une idée. des 
différentes figures que prennent les disques, à mesure: m la 
détrition avance. 

Celle de notre mâchoire nigin ^ pl. IV, est à pau | près 
dans le méme état. 

EHe est longue de 0,207, large de 0,114. 


° La máchoire inférieure : 

Est la partie qu'on a connue le plus tôt aprés les dents mo- 
laires, La moitié représ Trans. phil., LVIIT, en donnoit 
une idée suflisante. | 

On y voyoit déjà, 1. ° que cet animal , comme l'éléphant et 
le morse, n’avoit en bas ni incisive ni canines ; 2.° que sa må- 
choire inférieure se termine en avant , ie comme dans 
l'éléphant et le morse , en pointe creusée d une espèce de canal; 
mais que celie PE est. beaucoup moins longue et moins 
aiguë qu'à Téléphant ; ; 3 que l'angle postérieur, quoique 
obtus, y est prononcé etnon pasarrondi irculajremeni comme 
> àl Pest dans léléphant ` 

Le condyle, partie la plus caractéristique de la mâchoire 
EN y étoit mutilé ; mais on peut en prendre une idée 
dans la fig. 2 de notre pl. My que, je dois à l'obligeance de 
M. Rembrandt Peale. La Wiachóire du mastodonte y est vue 
par devant, et peut être comparée à celle de l'éléphant dela 
fig. 3. On y voit que le DE E diffère peu de celui de lélé- 


206 CO ANNALES DU MUSEUM 

phant; ce qui se joint aux formes des dents pour montrer 
que animal n'est point carnivore. Toute la partie montante 
est moins haute à proportion ; et l'apophyse coronoide s'élève 
au niveau du condyle, tandis qu'elle est beaucoup Pus basse 
dens l'éléphan. 

La máchoire inférieure du squelette de M. Peale est longue 
de 2' 10” angl. ou 0,86 , et pèse 63 livres. Notre moitié muti- 
lée, pl. IV, a, de sa pointe jusqu'à eme distance derrière 
la molaire ( de a en b, fig. 1 et 2) ,0,94; ui fait juger qu'en- 
tière elle auroit été un peu plus grande. La hauteur de sa 
partie dentaire est de 0,175 , et son épaisseur de 0,114. Elle 
pèse 26 livres 3 onces. 

Celle d'un éléphant de 5' n'a que 0,65 de long. 


Ps 


Ae "Le: cráne. 


. On en a connu d'abord, par les descriptions de Michaëlis 
et Camper , le propre fragment représenté dans notre pl. IF, 
fig. 1, 2 et 3, avec lequel correspond le morceau des fig. 4 et 
3 qui a dà tenir à l'autre de manière que a, b, fig. 5, tou- 
choit a'b, fig. 3; et que la dent A, fig. 5, se trouvoit être la 
congénère dela denii À’, fig. 3. Ainsi B est l'apophyse molaire 
de los maxillaire ; C C, les apophyses ptérygoides des os pa- 
latins; D ,le bórd postérieur du palais; E, E, la suture qui. 
sépare be oS palatins des maxillaires, etc, doe 

Nous avons vu que Michaëlis et Camper avoient considéré 
ce morceau dans un sens inverse ; qu'ils prenoient l'extrémité 
postérieure pour l'antérieure, et les os palatins pour les iater- 
maxillaires. 

Il y avoit. cependant dès lors des raisons suffisantes à à allé- 
guer contre leur opinion, 


D'HISTOIRE NATURELLE, 207 

1° Les mâchelières antérieures auroient été plus grandes 

que les postérieures , au contraire de tous les herbivores , et 
méme de la mâchoire inférieure de cet animal-ci.. 

2° Elles auroient été moins usées, chose non moins con- 
traire à analogie et même au raisonnement. 

3? Il wy auroit point eu de trou incisif, etc. 

Voilà une partie de ce que j'alléguai à M. Adrien Camper, 
et ce qui le détermina à faire un nouvel examen de ce mor- 
ceau; examen d’où il résulta de nouvelles lumières qui ach 
vérent de convaincre mon savant ami. : 

12 En nettoyant le morceau de l'argile durcie qui le recou- 
'vroit encore, il mit au jour les sutures palatines qui avoient 
échappé à son pére.. r^ 

2° Il découvrit les trous sphéno-palatins F, F, fig. 2, et 
la division de leur canal dans les trous G, H, etc., fig. 3, 
pour la conduite de nerf au palais, etc. 

Il étoit impossible que de pareils indices fussent trompeurs; 
aussi la découverte d'un crâne avec son museau, faite par 
M. Peale, vint-elle bientôt confirmer ce que nous avions: re- 
connu. 

Mais ce premier morceau nous indiquoit déjà à lui seul les 
caractères süivans pour le mastodonte. 

12 Ses mâchelières divergent en avant , tandis que celles des 
éléphans ordinaires convergent plus ou moins, et que celles 
- de l'éléphant fossile ou vrai mammouth des Russes sont 
presque parallèles, 

Il wy a que le cochon et l'Aippopotame qui se rapprochent 
un peu du mastodonte à cet égard. 

2? Son palais osseux s'étend fort au-delà de la dernière dent: 

8 | 


AE 


298 Ak NNALES DU MUSEUM 


le sanglier d' Ethiopie seul en approche à cet égard parmi les 
herbivores. 

3." Les apophyses müsse de ses os palatins ont une 
grosseur sans exemple parmi les quadrupèdes. 

4^ L'échancrure au devant de cette apophyse a quelque 
rapport avec celle de l'Aippopotame, qui est pourtant beaucoup 
plus étroite, etc. 

Le crâne plus complet de M. Peale nous donne encore quel- 
ques autres caracteres. | 

5° M. Rembrandt Peale nous dit qu'on ne voit point de 
trace d'orbite à la partie antérieure de arcade ; ce qui doit -. 
avoir placé l'eeil beaucoup plus haut que dans l'éléphant. 

6." Les os maxillaires, ainsi qu'on peut le voir par notre 
pl. H, fig. 1, ont beaucoup moins d'élévation verticale que 
dans l'élléphant, et ressemblent davantage aux animaux or- 
- dinaires. 

7° Par la méme run; l'arcade zygomatique est moins 
élevée surtout en arrière; ce qui correspond d'ailleurs avec 
la forme de la mâchoire inférieure. La position de l'oreille dé- 
pend dé celle de l'arcade. 

8.° Cette proportion influe beaucoup sur la position des con- 
dyles occipitaux, si élevés dans l'éléphant au-dessus du niveau 
du palais , et presque à ce niveau dans le mastodonte. 

9." Mais pour ce qui regarde les grandes cellules qui donnent 
tant d'épaisseur au crâne de l'éléphant, en écartant ses deux 
lames, et qui sont toutes des prolongemens des différens sinus 
du nez, le mastodonte paroit les avoir absolument semblables. 
C'est ce que montrent toutes les figures de notre pl. H. Il est 
impossible de savoir précisément à quelle hauteur sélevoit 
le sommet de la téte, puisque cette partie manque au cráne 


D'HISTOIRE NATURELLE. 209 


de M. Peale. Mais sa pesanteur, celle des mácheliéres, et 
plus encore celle des défenses, ne permettent pas de douter 
que l'occiput ne füt très-élevé pour donner des attaches suffi- 
santes aux muscles releveurs; par conséquent , le mastodonte 
devoit encore à cet égard ressembler beaucoup à l'éléphant. 

M. Peale wa pas donné la longueur du crâne de son sque- 
lette ; mais à en juger par les figures, elle doit être à peu près 
de 1,136. La portion qui est au cabinet de M. Camper ( pl. 
IL), a 18" angl. ou 0,455, depuis le devant de la dent à six 
pointes, jusqu'au bord postérieur des apophyses ptérygoides. 
En calculant 5a longueur totale d'aprés la proportion indiquée 
par les figures de M. Peale, elle seroit de 0,91. Le mastodonte 
de M. Peale , supposé haut de 10 pieds, cette tête auroit donc 
appartenu à un individu de 8. Un éléphant de 8 pieds n'a que 
0,8 du bord alvéolaire aux condyles occipitaux. Ainsi la tête 
du mastodonte est un peu plus longue, à proportion de la 
hauteur du corps, que celle de l'éléphant. 


4° Les défenses. 


' Le devant de la mâchoire inférieure indiquoit bien qu’il 
devoit y avoir à la supérieure quelques dents sortant de la 
bouche, comme à l'éléphant ou au morse. 

Les .défenses qui se trouvent assez fréquemment avec les 


— .mácheliéres de mastodonte le confirmoient : ce fut d'abord To- 


pinion de En avant qu'il eüt donné dans l'erreur que nous 
venons de: 


A la rigueur, co, il étoit possible que les défenses 
vinssent d'un autre animal que les dents hérissées de pointes, 


et Daubenton lavoit conjecturé ainsi. 
39 * 


300 ANNALES DU MUSÉUM 

C'est donc M. Peale qui a le premier véritablement prouvé 
que le mastodonte a des défenses, en découvrant un cráne 
encore pourvu de leurs avéoles. 

Elles sont implantées dans l'os incisif, comme celles des 
éléphans. Elles sont composées, comme ces dernières, d'un 
ivoire, dont le grain présente des losanges curvilignes : il doit 
être à peu près impossible de distinguer une tranche d'ivoire 
d'eléphant, d'une d'ivoire de mastodonte. 

Tel est du moins ce que j observe sur une défense de cette 
dernière espèce que j'ai sous les yeux, et qui vient d'être 
apportée à notre Muséum, de l'ouest des Allegannys , : avec la 
portion de mâchoire ecrans dejà plusieurs fois citée. 

Mais M. Peale s'exprime autrement sur celles de son sque- 
lette. | | 

« Une section transversale de la défense de l'éléphant (dit-il) 
» est toujours ovale ; celle du mastodonte est parfaitement 
» ronde. L'ivoire des premières est uniforme , les secondes 
» offrent deux substances distinctes ; Vinterne a le tissu de 
» l'ivoire, mais sa consistance est beaucoup moindre. L'externe 
» n'a point ce tissu , est beaucoup plus dure que l'ivoire, et 
» forme une NAMES épaisse sur toute la défense ». ( Hist. 
disq. on the mammoth., p. 5o.) 

Mais ces distinctions ne sont point Rig car, 

? Les défenses d'éléphant sont souvent plus ou moinsrondes , 


et au contraire celle de mastodonte que j'ai sous les yii est. à 


elliptique. ) 

2.» Celles d'élephant « ont une enveloppe d'une matière dont 
le tissu n'est pas celui de l'ivoire, dont les fibres sont con- 
vergentes vers le centre, et qui, quoique moins dure quel ped 
ord en est cependant une espéce. 


DHISTOdJRE NATURELLE. 307 

« La bande de la circonférence ( dit Daubenton) est quel- 
» quefois composée de fibres droites transversales qui äbou- 
» tiroient au centre, si elles étoient prolongées ». CH; nat. 
tome XI, in-4. ) 

// C'est d'ailleurs une observation que tout le monde peut inim 
sur les défenses lorsque leur surface n'a pas été usée. 

Notre défense de mastodonte Fesbenhle en cela à celle de 
l'éléphant. 

3.* Ce peut être une cause accidentelle qui a ramolli l'in- 
térieur des défenses trouvées par M. Peale, en les décom- 
posant plus ou moins, quoique les os trouvés en méme. temps 
ne fussent presque point altérés. On a découvert récemment 
que l'ivoire fossile est sujet à être décomposé, en changeant par 
une cause encore inconnue son phosphate de chaux en fluate 
de chaux. 

Notre défense de mastodonte intacte n'a point d'acide fluo- 
rique, ainsi que s'en sont assurés MM. /'auquelin ei Laugier, 
qui ont bien voulu l'analyser. Peut-être celles de M. Peale 
en ont-elles. 

La courbure de ces défenses varie autant que dans les 
éléphans. Celle du dessin de M. Michaelis, pl. HI, fig. 4 et 
5, est presque droite. La nôtre, pl. IV, fig. 3, est légèrement 
arquée. Une trés-grande, trouvée avec la tête du squelette 
de Philadelphie, est presque courbée en demi-cercle. Comme 


.. elle avoit été mutilée, on n'a pu en placer au squelette méme 


qu'une copie en bois. Elle a 10' 7" angl ou 3,17 de lon- 
gueur, en suivant la circonférence (1). Leurs alvéoles ont 8" 


(1) Remb. Peale , Hist. disq., p. 6r. 


302 ANNALES DU MUSEUM 


angl où 0,202 de profondeur. La pointe n'est pas tout-à- 
fait dans le méme plan que la base, et forme un commence- 
ment de tire-bourre. 

Il paroit que leur direction, à la sortie de l'alvéole, est un 
peu plus oblique en avant que dans l'éléphant. 

On les avoit d'abord placées, comme dans l'éléphant, la pointe 
en haut : dans cet état elles avoient 6" ou 0,15 de distance 
entre leurs bases, et 8' 9” ou 2,65 entre leurs pointes (x). 

M. Rembrand Peale sest déterminé depuis à les mettre 
dans une position renversée, c'est-à-dire la convexité en avant, 
et la pointe revenant en arrière. Ud | 

Il donne lui-méme les motifs suivans de ce changement (2). 

1.° L'abaissement du condyle occipital , et la forte courbure 
des défenses , élevoit la pointe de celles-ci à une trop grande 
hauteur au-dessus du sol, et de la téte méme de l'animal. 

Il wauroit pu les abaisser assez pour s'en servir à quoi que 
ce soit. | 

2° Les défenses trouvées à l'un des endroits mentionnés 
ci-dessus sont usées à leur extrémité ; de manière qu'il fau- 
droit, en supposant que cette extrémité ait été en haut imaginer 
aussi que l'animal l'usoit sans utilité contre des rochers escar- 
pés et verticaux. Il est plus naturel de croire qu'il les usoit en 
cherchant des coquillages ou en fouillant les bords des rivières 
et des lacs. | 

Ces raisons ne paroîtront peut-être pas péremptoires à tout 7 
le monde. | 


(0 Extrait d'une lettre de Philadelphie, 33 mars 1802, dont M. Æverard 
Home a bien voulu m'adresser co pie. 
(2) Hist. disq., p. 52. 


D'HISTOIRE NATUREL LE. 303 

L'éléphant fossile, où vrai mammouth. des Russes, avoit 

souvent des défenses tout aussi fortement courbées que le 
mastodonte, et cependant elles avoient leur pointe en haut. 

On ne conçoit guères plus à quoi elles auroient pu servir 
dans la position que M. Peale leur assigne, que dans celle 
que l'analogie leur indique. 

Le morse ( trichecus rosmarus ) a, il est vrai, des défenses 
dirigées vers le bas; mais c'est un animal à membres raccour- 
cis, destiné principalement à nager dans l'eau, et , dans cet 
élément , des défenses semblables peuvent servir; mais le mas- 
todonte, dont les membres sont si élevés, vivoit à terre sans 
aucun dires 

Il a tres-bien pu user le devant ou la convexité de ses dé- 
fenses en les frottant contre des arbres, contre des rochers 
ou de toute autre manière. 

Enfin le babiroussa, dont les défenses se dressent vertica- 
lement vers le haut, et recourbent leur pointe spiralement en 
arrière et en dessous, a bien moins encore l'air de pouvoir 
sen servir que le mastodonte n’a dà faire des siennes; cepen- 
dant il s’en sert , et les use précisément par leur côté convexe, 
comme le acid | 

Ainsi, jusqu'à ce que l'on ait trouvé un cráne de masto- 
donte avec ses défenses encore implantées, rien n'autorise, 
selon m à les placer autrement que dans les éléphans. 


5 " Si le mastodonte avoit une trompe: 
Le mastodonte avoit donc une téte volumineuse ; des dents 


mâchelières épaisses et compactes en augmentoient le poids ; 
des défenses longues et pesantes l'augmentoient aussi, et por- 


304 ANNALES DU MUSÉU M 
toient en outre le centre de gravité encore plus loin du point 
d'appui: ce sont les raisons qui ont rendu le cou de l'éléphant 
court; celui du mastodonte devoit donc l'être aussi: comme: 
ses jambes sont très-élevées, ainsi que nous Vallons voir, il 
n'auroit pu atteindre à terre avec sa bouche ; Sil n'avoit paseu 
une trompe; ses défenses l'en auroient d'ailleurs empéché quand 
méme les autres circonstances ne l'auroient pas fait. S'il eût 
vécu dans l'eau, comme les phoques les morses et les cétacés, 
ces raisons n'auroient pas été démonstratives ; mais il ny vi- 
voit pas, car ses pieds ne sont pas faits pour nager. 

Il est donc indubitable qu'il avoit une trompe et qu'il res- 
sembloit aux éléphans en ce point commeen tant d'autres. 


6., Les os du tronc. 


Il n'est guère possible aujourd’hui de vérifier par le fait la 
conclusion du raisonnement précédent, puisque les parties 
. molles ont dà disparoitre dans presque tous les cas; mais on. 

peut constater du moins la partie des prémisses qui concerne 
le cou. ie oed 

Les vertèbres en sont effectivement minces , et forment un 
cou qui est bien loin de permettre aux lèvres de descendre 
jusqu'au niveau des pieds de devant. 

On en peutjuger par notre grand squelette, pl. V, et par une 
figure particuliere de l'atlas , pl. VI , fig. 3 et 4; cette première 
vertèbre ressemble beaucoup à celle de l'éléphant. 

M. Peale dit que les apophyses épineuses des trois dernières 
vertèbres du cou sont moins longues que dans l'éléphant. | 

La seconde, la troisième et la quatrième dorsales ont de 
très-longues apophyses. Elles décroissent ensuite rapidement 


D'HISTOIRE NATURELLE 305 
jusqu'à la douzième, après laquelle elles deviennent très- 
coutres <1). L'eZéphant les a plus uniformes, ce qui suppose plus 
de force dans ses muscles de l'épine et dans son ligament cer- 
vical. 

Il y a sept vertèbres cervicales ; dix-neuf Areals et trois 
lombaires. L'é/éphant a une vertébre dorsale et une paire 
de côtes de plus; mais — celles de mastodonte s'étoient- 
elles perdues. 

Les cótes sont autrement faites que dans l'éléphant : minces 
près du cartilage, épaisses et fortes vers le dos. Cette diffé- 
rence est surtout très-remarquable dans la première. Les six 
premieres paires sont trés-fortes en comparaison des autres, 
qui deviennent aussi fort courtes à proportion ; ce qui, joint à la 
dépression du bassin , indique que le ventre étoit moins volu- 
mineux qs dans Mem Ery: » 


1 
7? L'extrémité antérieure. 


1° L'omoplate paroit avoir été plus étroite encore que celle 
de l'éléphant d'Afrique , et avoir eu cependant l'apophyse ré- 
currente placée aussi haut que dans l'éléphant des Indes, 
comme on peut s'en assurer en comparant celle du sque- 
lette de notre pl. V avec les fig. 6 et 7 de notre pl. VIII sur 
les éléphans. Du reste, cette omoplate a tous les caractères de 
celles des éléphans, et en particulier cette apophyse récurrente 
qui n'appartient qu'à ce genre et à quelques rongeurs. 


(1) Hist. disq., p. 54. 
(2) Hist. disq., p. 56. 
8 


Áo 


Z 


306 ANNALES DU MUSÉUM 

Celle du squelette de M. Peale a 9 1” angl ou 0,935 de 
longueur. 

Un fragment ENPPS. ihis aujourd'hui au cabinet de M. 


Camper , et gravé pl. VI, fig. 1 et 2, montre que l'épine est 


caverneuse intérieurement. : 

La facette articulaire est longue de 0,22, large de o,14. La 
longueur totale de ce qui reste de l'os est de 0,75. 

L'acromion y manque : mais M. Peale le représente très- 
long et trés-pointu (1). 

2. L'humérus. M. Peale remarque en général que les os 
longs de l'extrémité antérieure sont beaucoup plus épais à pro- 
portion que ceux de l'extrémité postérieure, et que la diffé- 
rence des uns et des autres à cet egard est nan sensible que 
dans l'éléphant. 

En effet, l'humérus du squelette, pl. V, et deux autres du 
cabinet di M. Camper, pl. VII, fig. 1 et 2 , et pl. VIII, fig. 
3 et 4, ont surtout leur créte inférieure remontée beaucoup 
plus haut que dans l'éléphant, quoique leur forme générale 
soit à peu prés la méme. 

Le plus grand est long de 0,84; sa largeur en bas est de 
0,235. Sa créte monte à 0,42, c'est-à-dire à moitié de sa lon- 
gueur ;tandis que celle del'éléphant ne va qu'aux 2 cinquièmes. 

L'humérus du que de M. Peale a »' 10" ne ou 
0,86. 


. 3° L avant-bras. dis n'en ai point de renseignement parti- 
culier. M. Peale se borne à dire que la largeur extréme des 


(1) Histor. disquis,,. f. VIL 


€ 


D'HISTOIRE NATUREL LE. 307 
deux os fait que la direction oblique du radius au-devant du 
cubitus y est plus sensible que dans aucun autre animal. J'en 
conclus que leur disposition est à peu prés la méme que dans 
l'éléphant. 

Le radius du squelette a 2' 5" 6" angl ou 0,745 de lon- 
gueur. C'est, avec l'humérus, un peu plus que le rapport 
de 6 à 7. Dans l'éléphant ce rapport est comme 6 à 8. 
Ainsi lavant -bras du mastodonte est plus long , et son 
bras plus court à proportion que ne le sont ceux de l'é- 
léphant. 

Le rapport de l'humérus à omoplate est encore plus diffe- 
rent. Dans l'éléphant, il est comme 9 à 6 et demi; c'est-à-dire 
que lhumérus est plus long de plus d'un cinquième. Dans 
le mastodonte, au contraire , il est comme un peu plus 
de 8 à 9: ainsi l'humérus y est plus court de prés d'un 
neuvième. 

On ne peut élever de doute sur la vérité de ces rapports, 
parce que les os des extrémités ayant été trouvés ensemble, 
il est à peu prés certain qu'ils venoient tous du méme in- 
dividu. 

8° extrémité postérieure. - 


1 Le bassinest beaucoup plus déprimé que dans l'éléphant, 
à proportion de sa largeur : son ouverture est aussi beaucoup 
plus étroite; c’est ce que dit M. Peale, et ce qui se verra aussi 
en comparant le bassin en profil du squelette, pl. V, avec celui 
de notre pl. I d'eléphans, et l'esquisse de ce méme bassin, vue 
de face, pl. V, fig. 4, avec la fig. 3 de notre pl. VII sur les 
éléphans, Cette forme de bassin devoit rendre l'abdomen plus 


ho * 


308 ANNALES DU MUSEUM 

petit et par conséquent les intestins moins volumineux que 
dans l'éléphant; ce qui s'accorde avec la structure des dents 
pour faire regarder le mastodonte comme moins exclusivement 
herbivore. |. 

M. Peale dit quela largeur du bassin de som squelette est 
de 5'.S" anglais ; mais je crains qu'il n'y ait à cet endroit une 
faute d'impression, ou qu'il n'ait entendu le contour. 

2° Le fémur est la partie qui a été décrite la première. 
Daubenton fit graver celui de notre Muséum dans les Mé- 
moires de l'Académie pour 1762. Sa masse énorme frappe 
véritablement au premier coup d'œil, surtout sa largeur, qui 
le distingue beaucoup de celui de l'éléphant , même fossile: 
Il est aussi plus aplati d'avant en arrière à sa partie infé- 
rieure, B que le canal qui répond à la rotule y est pe 
court. a | 

Il est long de 1,088 , large en haut , entre la tête et le grand 
trochanter , de 0,44; en bas, de 0,29; au milieu, de 0,18. Son 
diamètre antéro-postérieur est en haut de 0,15; au milieu, de 
0,104, et en bas de 0,21. Le diamètre de sa tête est = 0,18. 

Le fémur du squelette de M. Peale est long de 3 7" angl. 
ou 1,085. C'est à peu près comme le nôtre. 

3. Le tibia. Celui du squelette de M. Peale est long de »' 
angl. ou 607; ee'qui lui donne avec son fémur un rapport 
comme de 6 à 10. 

M. Peale pope que ce rapport est moindre que dans lélé- 
phant; mais je n'ai pas trouvé la chose ainsi : nos deux sque- 
lettes des Indes ont les femurs de 0,92 , et les tibia de 0,56. Ce 
qui donne également le rapport de 6 à 10 à peu prés. Néan- 
moins comme il est problable , l'abdomen du mastodonte 


k L 
A TN 
n D 


^ 


DHISTOTRE NATURELLE 3o9 
est moins gros que celui de l'éléphant, son genou doit paroitre 
plus dégagé du ventre. LINT 

Nous donnons, pl. VILL, les figures d'un tibia du cabinet de 
M. Camper, au cinquième de leur grandeur ; il faut seulement 
observer que le graveur les a mises la tête en bas. Ce tibia est long 
de 0,71; large en haut de 0,25, en bas de 0,21; ce qui le 
rend plus épaisà proportion que le tibia de l'éléphant. M. Adrien 
Camper m'ajoute que la malléole interne est aussi plus cro- 
chue et plus allongée que dans l'éléphant. 

Je ne puis rien dire sur le péroné. 


9^ La tàille en général. 


En additionnant ensemble les. longueurs de l'humérus et du 
radius, et celles du fémur.et du tibia, on trouve pour la 
hauteur de l'extrémité de devant 1,60, et pour celle de der- 
rére Lg. -—— s. MAY p 

L’éléphant de 8 pieds a ces mêmes. hauteurs , ou plutôt ces 
mêmes sommes de 140 et de 148. Ainsi le rapport des extré- 
mités entre elles est à peu près le même dans les deux espèces, 
quoique celui de leurs parties ne le soit pas. 

Cette hauteur des extrémités, considérée seule, donneroit 
9 pieds, ou près de trois mètres, de hauteur totale peur le 
mastodonte ; mais comme l'omoplate de celui-ci est de près 
d'un tiers plus longue, on peut accorder quelque chose de 
plus à sa taille. M. Peale a donné à son squelette 11 pieds 
anglais, ou 10° 1" au garrot. Nous croyons qu'il l'a un peu 
trop élevé en placant les omoplates trop bas, et en ne ployant 
pas assez les articulations. C'est aussi l'opinion du célèbre ana- 


310 | ANNALES'pÜ'MUSEUMM 

tomiste M. Everard Home, qui à vu lui-même ce squelette, 
Au reste, celui-ci eüt-il réellement dx pieds, il seroit toujours 
au plus dà la taille des éléphans les plus communs aujourd'hui 
dans les Indes , et resteroit fort éloigné de ces dimensions 
gigantesques qu "iii se plait ordintisaniett a attribuer au mas- 
todonte. Et commeles grands os que possèdent, soit le Muséum 
britannique , soit le nôtre, soit celui de M. Camper; ne sur- 
passent pas beaucoup en volume, ceux que M. Peale a ras- 
semblés en squelette, on ne: "^ pes dire que ces derniers 
sont venus de quelque individu de taille médiocre. ~. 

En calculant d’après les plus grandes dents que Ion aiteues 
isolément , calcul souvent sujet à dé l'exagération, on trouve- 
roit tout au plus qu'elles appartenoient à des individus de onze 
pieds trois ou quatre pouces; et le tibia, cité ci-dessus, du 
cabinet de M. Camper, én indiqueroit un de onze pieds hait 
pouces. Ainsi, comme nous l'avons dit au commencement de 
ce chapitre, il n'y a point encore de morceau qui prouve que 
le mastodonte ait atteint, encore moins surpassé, douze phis 
de roi, de hauteur au garrot. 

Le- sdéiètté de M. Peale a 15 anglais ou 4,55 depuis 
le menton jusqwau croupion, comme il s'exprime. Je pense 
quil a voulu dire depuis le bout du museau jusqu'a au bord 
postérieur de l'ischion. 

L'éléphant. n'a pas cette dimension beaucoup plus considé- 
rable que sa hauteur, Un éléphant de dix pieds ne seroit pas 
tout-à-fait long de onze, ou de 3,57. Ainsi le mastodonte étoit 
beaucoup plus allongé à proportion de sa hauteur que Y elé 
phant. C'est ce bit on peut prendre une idée fort juste, en 
comparant notre pl. V avec noire pl I sur les éléphans. 


i. E ; + 3 


DHISTOIRE NATURELLE, 311 
10? Les pieds. 


Selon M. Peale ( Hist. disq., p. 57), les os des pieds de 
derrière sont remarquablement plus petits que ceux des pieds 
de devant ; mais la méme chose a lieu dans l'éléphant. Dans ceux 
de devant, les deuxièmes phalanges se terminent , selon le 
même auteur, par des rainures qui semblent indiquer que les 
troisièmes, ou les onguéales, avoient plus de mouvement que 
dans l'éléphant, et ressembloient davantage à celles de l'hip- 
popotame. 

Voilà à quoi se bornent les renseignemens que j'ai pu obte- 
nir; mais je ne doute pas que les os du tarse et du carpe, 
examinés séparément, n'offrissent encore des caractéres distinc- 
tifs. 

De toute cette description il résulte : 

Que grand mastodonte , ou animal de l Ohio, étoit fort 
semblable à éléphant parles difci et toute l'ostéologie, les má- 
chelières exceptées; qu’il avoit trés-probablement une trompe; 
que sa hauteur ne surpassoit point celle de l'éléphant, mais 
qu'il étoit un peu plus allongé et avoit des membres un peu plus 
épais, mais un ventre plus mince; que, malgré toutes ces res- 
semblances , la structure particulière de ses molaires suffit pour 
en faire un genre différent de celui de l'éléphant ; qu'il se nour- 
rissoit à peu près comme l'hippopotame et le sanglier, choi- 
sissant de préférence les racines et autres parties charnues des 
végétaux; que cette sorte de nourriture devoit l'attirer vers les 
terrains mous et marécageux ; que néanmoins il n'étoit pas fait 
pour nager et vivre souvent dans les eaux comme l'hippopo- 


z ab Y 


312 ANNALES DU MUSÉUM 

tame , mais que c'étoit-un véritable animal terrestre; que ses 
ossemens sont beaucoup plus communs dans! Amérique Septen- 
trionale que partout ailleurs; qu'ils y sont mieux conservés, 
plus frais qu'aucuns des autres os fossiles connus; et que néan- 
moins il n'y a pas la moindre preuve, le moindre témoignage 
propre à faire croire qu'il y en ait encore, ni en Amérique, 
ni ailleurs, aucun individu vivant. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 313 


VOYAGE GÉOLOGIQUE 

Sur le Monte Ramazzo dans les Apennins de la 
Ligurie. — Description de cette montagne.— 
Découverte de la véritable variolite en place; 
de son gisement ; du calcaire; de l'arragonite ; 
des pyrites martiales, magnétiques, cuivreuses, 
et arsénicales dans la roche stéatitique ; fa- 
brique de sulfate de magnésie. 


PAR M. B. FAUJAS-SAINT-FOND. 


M. pe Saussure et M. Pictet visitérent en 1780 la montagne 
de la Madona della Guardia, élevée de quatre cent vingt- 
deux toises au-dessus du niveau dela mer, et dont le monte 
Ramazzo forme une dépendance. Après avoir donné une très- 
bonne description lithologique de la première montagne, voyez 
tome IV, p. 145 et suiv. des Voyages de Saussure dans les 
Alpes , ce savant naturaliste s'ex prime ainsi:« En montant et 
» en descendantla montagne de la Guardia , nous eümes en vue 
» à l'ouest une montagne dont nous étions séparés par un pro- 
» fond ravin , et dont on nous dit qu'on avoit tiré du vitriol 
m 


314 ANNALES DU MUSÉUM 

» de mars; maisje n'ai aucune connoissance de la matière dans 
» laquelle on le trouvoit. De la distance d’où nous voyons cette 
» montagne, elle paroissoit mélangée d'ardoises et de terres 
» ferrugineuses.» — 

Ce fat cette montagne ( connue sous le nom de monte Ra- 
màz20-) que de Saussure n'avoit pas été À portée de visiter , 
qui fixa principalement mon attention sous un double rapport: 
le premier, parce qu'on m'avoit annoncé qu'on avoit fait des 
fouilles sur le sommet du monte Ramazzo où l'on avoit établi 
depuis peu une fabrication dé sulfate de magnésie ; le second, 
parce que les roches stéatitiques et serpentineuses de cette 
montagne se trouvant unies au calcaire suf certains points, 
jétois bien aise d'étudier ce passage instructif, et qu'on ren- 
contre si rarement à découvert, Ce fut donc la montagne du 
Ramazzo , attachée anciennement à celle della Guardia, dont 
elle n'est séparée que par une grande et profonde ravine, qui 
devint l'objet principal de ce voyage. 

M. Maximilien Spinola, de Gênes, qui cultive différentes 
parties d'histoire naturelle avec un grand succès, M. Viviani, 
savant botaniste, et mon ami M. Marzari, de Vicence, ha- 
hile miuéralogiste , voulurent bien m'accompagner : le départ 
fut fixé à six heures du matin de Gênes. Nous allâmes en 
voiture jusqu'a Cornigliano où nous vimes la riche collec- 
tion d'histoire naturelle de M. Durazzo; de là à Sestri où 
M. Alberta Ansaldo , entrepreneur de l'exploitation du sul- 
fate de magnésie, qui a ses magasins et son dépôt à Sestri, 
nous attendoit. Il a porté cette fabrication à un haut point de 
perfection ; et le sel qu'il obtient, livré au commerce, est pré- 
féré par sa pureté à celui qu'on tiroit autrefois en si grande 


D'HISTOIRE NATURELLE. 315 
abondance d'Angleterre. C'est une branche d'industrie inté- 
ressante pour cette partie de la Ligurie. 

M. Alberto Ansaldo nous servit de guide dans lincursion 
pénible que noüs avions à faire; car on ne pent arriver sur le 
haut du monte Ramazzo que par des sentiers étroits, tor- 
tueux et rapides; il faut traverser diverses ravines profondes, 
s'élever d'escarpement en escarpement sur des sommets ro- 
cailleux et glissans qui exigent une grande habitude des mon- 
tagnes alpines. Nous laissämes nos voitures à Sestri, et nous 
entrámes tout de suite et à pied dans le lit du torrent de 
la Charavagna, qui traverse la petite ville et va se jeter dans 
la mer. Il fallut remonter ce torrent pendant plus d'une heure. - 
Son lit est large et couvert de toutes parts de blocs de serpen- 
tines et autres pierres roulées qui annoncent qu'il est sujet à de 
terribles débordemens ; mais il n'y a presque qu'un filet d'eau 
dans la belle saison et hors les temps d'orages. Voici la noticé 
des pierres que j'y observai en le remontant jusqu’auprès d'un 
four à chaux dont j'aurai bientôt occasign de parler. 


Notice sur les pierres du torrent de la Charavagna. 


1.2 Divers morceaux plus ou moins gros, d'une roche stéa- 
titeuse, grisâtre, d'un grain plas sec que celui des autres 
stéatites dont il sera bientót question. Cette roche a des fis- - 
sures ou espèces de retraits remplis d'épidote verdâtre cris- 
tallisée, semblable à celle des Alpes du bourg d'Oisan, dans le 
'€i-devant Dauphiné. J'ignore comment cetteroche a pu échap- 
per à l'œil attentif et exercé de Saussure. Il est à croire, puis- 
qu'il n’en a pas fait mention, que le torrent de la Charavagna 

' fi * | 


S16 A NN AÂA.LE S -D UM E 6 Ë UM: 
n'en charioit point alors, on du moins dans le moment où i 
fit le voyage de la montagne della Guardia. 


2.° Serpentine tendre, d'un vert foncé noirátre, nuancée 
d'un vert clair, luisante comme si elle étoit vernie, douce et 


meme onctueuse au toucher, se rayant en blanc, à cassure 
striée et onduleuse , ayant l'apparence talceuse , Baronent a 
tirable à l'aimant. 

3.° Serpentine tendre et analogue à celle du n.» 2, quant aux 
parts consütuantes; mais sa couleur est d'un vert plus clair : 
sa surface est b up plus luisante encore que celle dela pré- 
cédente, et sa cassure plus généralement onduleuse ; mais ce 
qui tone ce bel échantillon , qui a sept pouces de lon- 


ueur sur cinq de largeur, c'est qu'il est non-seulement très 
8 q geur, 


attirable, mais qu'il est doué d'une forte pólarité dans tonte 
sa longueur, et qu'il attire vivement par un bout, et repousse de 
méme par l'autre. 

4" Serpentine d'un vert foncé noirâtre avec quelques 
teintes d’un vert plus clair, douce au toucher, mais plus 
dure que la précédente, ayant une de ses faces striée et comme 
asbestiforme. Elle fait mouvoir avec rapidité le barreau ai- 
manté. 

5° Autre serpentine , demi-dure, d'un noir verdátre foncé, 
avec des taches d'un blanc verdátre, rapprochées , petites et 
qui paroissent avoir une tendance à la forme parallélipipéde ; 
ce. qui donne à cette variété de serpentine un faux aspect de 
porphyre noir et blanc antique. Mais ce qui rend celle-ci re- 
marquable, c'est qu'elle renferme dans sa páte ainsi que sur 
ses faces extérieures une multitude de petites écailles très- 
brillantes et comme argentées de diallage métalloide dont 
l'éclat est d'autant plus vif et plus chatoyant, qu'il tranche 


L 


D HISTOINME-.N.A TURE-L.L E. 314 
sur un fond noir. Cette iind est fortement attirable 

à l'aimant. 

6." Serpentine sé vi attirable, honor Be miis: 
avec quelques lames de diallage métalloide couleur d'argent, 
et de petites couches plus ou moins minces, mais dont quel- 
ques-unes ont une ligne d'épaisseur, d'une substance qui a 
l'aspect luisant et onctueux de la stéatite, et dont la couleur 
vert-olive, brillante , et d'une teinte riche et égale , paroît être 


due au chróme. 


7. Serpentine demi-dure, d'un gris bleuátre, avec des stries 
longitudinales comprimées, recouvertes. d'une couche légère 
et transparente, ou plutôt d'une espèce de vernis de diallage 
d'un bleu azuré clair , dont. les reflets soyeux sont un peu 
chatoyans. On découvre aussi dans les cassures de cette belle 
serpentine quelques écailles nacrées de diallage métalloide 


couleur d'argent ; elle est attirable à l'aimant. 


To Serpentine d'un gris-foncé verdátre, demi-dure, foille- 
ment attirable, avec de petits -globules ronds, quelquefois 
oblongs, d'une substance blanche un peu verdâtre; compacte, 
plus dure et plus homogène que celle de la pierre qui les 
renferme, d'un aspect stéatitique, et offrant , lorsqu'on les. 
observe à la loupe, des linéamens tres-fins qui se réunissent 
vers le centre de chaque globule. C'estici une véritable vario-. 
lite qu'ilne faut pas confondre avec une amy gdaloïide L'échan— 
tillon que je décris et que je trouvai confondu avec les autres 
pierres dont j'ai fait mention, dans le lit de la Charavagna , est 
d'autant plus remarquable, que les globules sont distincts, un 
peu saillans et 'espacés; comme dans les variolites de la Durance, 
occupant un tiers dela grandeur de l'échanullon;qu'ilssont beau- 
coup plus rapprochés ensuite et semblent se oh et qu'ils 


318 ANNALES DU MÜSÉUM 

- Se confondent aprés et ne forment, vers l'extrémité du mor- 
ceau, qu'une seule couche où les inkes ont disparu, et où 
la même Substance dont ils sont composés n’aflecte plus ex 
forme régulière. 

Cette pierre fixa mon attention , puisqu elle me donnoit 
espoir de trouver une variolite analogue à celle de la Durance, 
dans un lieu où personne ne l'avoit rencontrée ni même 
soupçonnée: 

Cependant comme les globules de la véritable variolite ap- 
partiennent à une substance très-rapprochée du feld-spath , et 
fusible comme lui, et que je n'avois rencontré ni feld-spath 
compacte ( petrosilex des Allemands ) ni feld-spath sous 
d'autres formes, je pouvois croire que la variolite roulée que 
je venois de trouver , n'étoit qu'une de ces pierres de trans- 
port qui appartiennent à de grandes révolutions, et qu'on ne 
irouve pius en place. 

Je faisois ces réflexions en avancant dans le lit du torrent, 
lorsque tout à coup je découvris une masse pierreuse d'un 
blanc un peu verdátre, pesant plus de trente livres, qui, au 
premier aspect, réveilla en moi l'idée de fei apeie: c'est la 
pierre suivante : 

` 9 Pierre compacte, à pâte fine, translucide sur les bords, 
douce au toucher , d'un blanc légèrement coloré en vert Pass 
perge, ayant Véjeseene du jade, se cassant en éclats plutót 
lamelleux que conchoides, rayant fortement le verre, et don- 
nant quelques étincelles APR on la frappe avec l'acier ; mais 
elle est beaucoup moins dure que le jade. Au thaliipéms elle 
bouillonne presque aussitôt que le feu la touche, développe 
des bulles et fond trés-promptement en un verre transparent 
jaunâtre: En cassant cette pierre, on aperçoit quelques parties 


"d 


D HIS TOIR EU N ATU R E LLE. ng 
plus vivement colorées en vert-de pomme; disposées en petites 
lames Me - í ian et d'un brillant lincat dues à de la 
diallag 

Je s cette pierre Comme un: véritable feld-spaul 
compacte, mélé d'un peu de serpenune:stéatiteuse, et de dial- 
3€ est tribue, peut-être ,à sa grando fusi- 
bilité. J'en amisa un dna morceau pesant plus de douze livres. 
Jefisavec lechalumeau l'essai comparatif des globules blancs- 
verdátres de la variolite n." 8, que javois trouvée dans le lit du 
torrent, et ils bouillonnérent et se fondirent avec la méme faci- 
lité que la pierre que je viens de décrire. Or, comme celle-ci 
étoit d'un gros volume et ne paroissoit pas venir de trés-loin, 
car ses angles étoient à peine abattus, je présumai qu'elle devoit 
abonder dans quelques parties des montagnes voisines , dans 
la-direction du torrent qui avoit recu ces débris; qu 'clle Sy 
trouvoit peut-être en filon, ou mélangée dans la pâte méme de 
quelques-unes des serpentines que je ne tarderois pas de voir 
en place. En effet, il étoit naturel de penser que la réunion 


lage D, 


' des molécules de jeiddspath en globules à l'époque de la for- 


mation de ces montagnes, pouvoit avoir donné naissance à 
des variolites analogues à celles connues sous le nom de va- 
riolites de la Durance ; et dés lors je ne perdis pas l'espoir de 
irouver ce genre de pierre dans la roche méme qui pouvoit 
avoir.concouru à sa formatiou.. 

+ Enfin le lit du torrent de la Charavagna , à mesure que 
javancois, me présenta divers fragmens d'une pierre calcaire 
compacte, dure, à pâte fine, susceptible d'étre polie, avec quel. 
ques veines de spath-calcaire qui les traversoient ; je vis aussi 
du même calcaire adhérent à une veme de quartz blanc. 

Ces pierres calcaires, en assez grand nombre, à côté des ser- 


E" 
3 
PT 


320 ANNALES DU MUSEUM 
pentines et autres pierres magnésiennes , et feld-spathiques dont 
j'ai fait mention , me laissèrent quelque espoir aussi de pouvoir 
observer les points de contact de la roche magnésienne avec 
le calcaire, dans un pays tout dépouillé de bois, nu, déchiré 
par les eaux, offrant de grands escarpemens et de profondes 
ravines; javançois en m'occupant:de ces réflexions, lorsque 
je me trouvai tout à coup dans une grande sinuosité, oà le lit 
du torrent forme une espèce de coude, et j'apercus sur une 
éminence, à côté de la rive droite de la Charavagna , une habi- 
tati sides et un porte four à chaux en activité. 
De la pierre ni propre à étre convertie ‘en buis; 
de son gisement à côté des serpentines. 


Le four à à chaux qui sert à peris. la pierre, Hox, AFTER 
rai bientôt le gisement singulier et instructif, est d’une cons- 
truction si particulière et en général si peu usitée, qu'il mérita: 
de fixer notre attention, C'est à l’exirême rareté du bois et pour 
économiser le combustible, qu'on a établi ici un. four à chaux 
de cette sorte : il est bou de savoir qu'on ne brüle, pour rem- 
plir cet objet, que de la bruyere de la grande espèce, qui donne 
un feu vif,à la vérité , mais peu durable; il falloit donc s'occu- 
per à en conserver la chaleur, C'est pour y parvenir qu'on a 
construit en bonne et forte maçonnerie une espèce de tour 
carrée, surmontée d'un chapiteau pyramidal en pierre solide 
qui sert de toit, et force la chaleur à se réverbérer sur la 
pierre calcaire divisée en fragmens, destinée à être calcinée. 
Une simple ouverture étroite vers le haut de la voûte sert 
d'issue à la fumée et à l'humidité qui sexhaleut de la pierre 
calcaire et du combustible, et à établir un courant d'air né- 


D'HISTOIRE NATURELLE 321 
cessaire pour animer le feu, qui, se trouvant concentré en 
grande partie par l'obstacle qui s'oppose à sa déperdition , 
acquiert une intensité plus forte et plus soutenue. Si dans quel- 
ques circonstances particulières on a besoin d'un plus grand 
courant d'air, on l'obtient facilement en ouvrant une petite 
lucarne placée sur une des faces du mur pyramidal qui sert de 
toit au four. L/on introduit la pierre à chaux par une porte éta- 
blie derrière le four, et on la retire par la méme ouverture lors- 
qu'elle est calcinée : le combustible est au-dessous sur une grille. 

La carrière de pierre calcaire n'est pas éloignée, et se trouve 
à découvert dans l'escarpement qui sert de lit au torrent. 
Comme mon intention étoit de la suivre sur plusieurs points, 
ain de bien connoitre son gisement, je continuai à remonter 
le torrent de la Charavagna, par une route qui devient de 


plus en plus rapide à mesure qu'on avance; le sol est toujours ' 


encombré de serpentines de diverses espèces, analogues à celles 
que jai fait connoitre; mais on y trouve de plus des blocs 
considérables d'une brèche composée de fragmens des serpen- 
tines ci-dessus décrites, et du méme calcaire dont jai fait 
mention, et semblable en tout à celui dont on fait de la chaux: 
cette brèche est étroitement liée par un gluten spathique cal- 
caire. i 

Une seconde variété de brèche, disposée aussi en grands 
blocs, se trouve dans le voisinage dela première: l'une et l'autre 
ont été détachées des montagnes voisines et ne paroissent pas 
avoir été entraînées de loin; celle dont il est question n'est 
composée que de fragmens plus ou moins grós des diverses 
variétés de serpentines qui sont entrées dans la formation des 
montagnes voisines ; mais on n'y trouve point de calcaire comme 
dans la première brèche, et le ciment qui a réuni ces serpen- 


8. 42 © 


Ld 


322 AMNINIALES DU MUSEUM - 

tines n'a rien de calcaire non plus : il est entièrement stéati-- 
tique. On ne tarde pas à retrouver ces deux variétés de brèche 
en place sur les bords d'un des escarpemens du torrent , d'une 


part, à côté des serpentines , de l'autre, adossé contre le cal- 


caire. On pourroit croire, au premier abord, que ces bréches 
leur servent en quelque sorte d'intermédiaire, et sont le pas- 
sage d'un genre à l'autre; mais en y réfléchissant un peu, et en 
examinant de nouveau ces brèches , qui n'ont pu être formées 
quau détriment du calcaire et de la roche MU qM qui 
devoient avoir à cette époque l'un et l'autre la méme consis- 
tance et la méme dureté qu "ls ont à présent, on ne sauroit 
attribuer cette formation qu'à une révolution accidentelle, pos- 
iérieure de beaucoup, sans doute, aux événemens d'un autre 
ordre, qui ont donné naissance à ces montagnes de serpentines 
et aux bancs calcaires qui leur sont adhérens, et qui ont fourni 
les matériaux de ces deux variétés de brèche. Mais jetons un 
coup d'œil sur le calcaire en place, et voyons sil est contem- 
porain de la roche serpentineuse, ou sl est postérieur. 
C'est à une certaine distance du four à chaux , et non loin 
du hameau de la Serra, placé en amphithéâtre — de l'es- 
carpement qui borde le torrent de la Charavagna , qu'on peut 
observer d'une manière trés-distincte une partie des couches 
caleaires dans leurs points de contact avec la roche magné- 
sienne. Je donne la préférence à cette localité sur celle qui est 
plus rapprochée du four à chaux, parce qu'on y voit plus 
distinctement la jonction de l'une et l'autre substance, et que 
les doutes qu'on pourroit concevoir sur le calcaire juxta-posé 
secondairement, et aprés coup, contre la roche RER, 
disparoissent entièrement par l'examen des PE p yin- 


dique. s 


ven 


D'HISTOIRE; NATURELLE: 323 

En effet, lorsque le torrent dans ses divers débordemens , et 
lorsqu'aprés des orages, ses eaux se précipitant de chute en 
chute avec une violence et une impétuosité qui entrainent tout, 
a nettoyé et mis à nu les couches calcaires et celles de ser- 
pentines, de maniére à en présenter le tableau à découvert; 
on remarque alors le calcaire gris, dur et compact, qui se 
modifie en spath calcaire blanc et forme de grands filets ou 
linéamens qui se joignent et s'entrelassent avec de très-petites 
couches ou filets de serpentines stéatiteuses. Ces linéamens 
s accroissent quelquefois, et se développent tantôt longitudina- 
lement et en manière de rubans d'une couleur grise ou ver- 
dâtre autour des lames longitudinales ou circulaires de spath: 
calcaire, de couleur blanche. Dans d'autres parties voisines, les 
deux matières forment des espèces de réseaux qui se croisent 
en divers sens et finissent par se confondre; en un mot, on 
croit voir dans le rapprochement et le jeu de ces deux subs- 
tances de nature si différente, les résultats du mouvement du 
fluide qui les tenoit l'une et l'autre en dissolution dans le méme 
temps, et nous ne connoissons que les eaux de la mer et leur 
long et antique séjour sur ces parages, à des époques certai- 
nement reculées, qui aient pu agir aussi en grand sur des 
masses qui constituent des chaines de montagnes. 

Tout porte donc à croire qu'ici le calcaire :a été dd 
ou plutôt réuni à la roche magnésienne, non aprés coup, 
mais dans une méme opération, lorsque de grandes accu- 
mulations de matières calcaires dissoutes , se trouvant dans 
le voisinage des ‘substances qui ont donné naissance à la 
roche serpentineuse , leurs molécules flottoient dans le méme 
fluide; ce qui donna lieu à des points de rapprochement, de 
contact, d'union et de mélange, conformesà ceux qu'on observe 

ha * s 


324 ANNALES DU MUSÉUM 

ici. Rien ne prouve autant que ce mélange s'est fait simul- 
tanément, que l'état chimique de ces deux substances; car le 
calcaire le plus pur, celui destiné à faire de la chaux, contient 
six , sept et méme huit pour cent deterre magnésienne , tan- 
dis que la roche de serpentine a autant de calcaire mélangé 
dans sa masse. 

Saussure avoit observé sur la montagne de la Guardia une 
alternative de couches calcaires et de couches serpentineuses; 
ce qui est parfaitement analogue à ce que je viens de rapporter. 
Mais comme une telle opération. ne sauroit se faire d'un seul 
jet, on ne peut sempécher de reconnoitre encore ici que la 
nature ne calcule jamais avec le temps. e 


De la véritable variolite ( variolites viridis verus) , dans la 
roche méme où elle a pris naissance. 


Comme notre but étoit d'aller visiter l'exploitation des ma- 
tières qui servent à la fabrication du sulfate de magnésie, sur la 
partie la plus élevée du monte Ramazzo, M. Alberto Ansaldo, 
qui dirigeoit notre marche, nous prévint qu'il falloit sortir du 
lit dela Charavagna., passer au hameau de la Serra, et s'élever 
sur des pentes rapides dans une direction opposée à celle du 
torrent; c'est ce que nous fimes. La route ou plutôt le sentier 
étoit étroit , rapide et glissant ; nous nous trouvions environnés 
de toutes parts de roches serpenti plus où moins colorées 
en vert; les unes étoient dures, les autres tendres : leur grain 
várioit aussi; là il étoit sec, ici il étoit gras et onctaeux : des 


asses énormes, assises sur des masses plus grandes encore, 
délitiont pontanément, les unes en feuillets irréguliers plus 


eu moins contournés, les autres en miorceaux striés invitant 


D'HISTOIRE NÂTURELLE 325 
l'asbeste; la diallage brilloit dans quelques cassures et y répan- 
doit un éclat argentin ; on ne la trouvoit plus dans d’autres: 
alors le fond dela pierre d'un noir-verdátre foncé offroit des 
parties nuancées d'un vert plus clair. 

Nous pouvions compter au moins six cents pieds de hau- 
teur, à partir du hameau de la Serra ; lorsqu’ étant à cette élé- 
vation, non loin d’un petit filet doin. qui traverse le sentier 
et peutservir de point de reconnoissance, j'apercus un morceau 
de serpentine détachée, dont la surface étoit couverte de petits 
globules d'un vert-blanchátre ,un peu saillans , plus durs que la 
pâte de la pierre. Je vis avec plaisir que c'étoit une variolite 
non roulée ni transportée, mais détachée spontanément par 
l'effet de 'humidité, de l'alternative du froid et dela chaleur ou 
par toute autre circonstance, d'une énorme masse de serpen- 
tine qui étoit à côté. Ce bel échantillon a cinq pouces de lon- 
gueur sur trois de largeur; une de ses faces présente tous les 
caractères d'une belle variolite verte, à petits grains un peu 
saillans, et d'un vert beaucoup plus clair que le fond de la 
pierre , judi que la partie opposée est une véritable serpen- 
tine d'un vert-foncé noirátre, sans globules ni taches varioli- 
tiques. On ne sauroit douter, d à l'aspect de ce morceau, que la 
substance qui s'est réunie en globules pour former cette vario- 
lite, ne soit le résultat du triage d'une cértaime quantité de 
substance feld-spathique , dont les élémens se trouvoient mé- 
langés dans la roche serpentineuse, à l'époque de sa forma- 
tion. Cette espéce de séparation peut étre considérée comme 
le résultat d'une. cristallisation grohmeuses imparfaite, déter- 
minée par la force attractive les feld-spathiques qui 
avoient plus d'affinité entr'elles qu'avec la terre magnésienne ; 
et si ces globules variolitiques ne sont, pour ainsi dire, que su- 


Y 


— 


326 ANNALES DU MUSÉUM 
perficiels, car la couche dans laquelle on les remarque n'a 
guère plus de trois lignes d'épaisseur, c'est que la substance 
du feld-spath n'étoit pas abondante. Au reste l'identité de la 
substance globuleuse est absolument la méme que celle que 
je trouvai séparée, et en morceaux volumineux dans le lit de 
la Charavagna, et dont j'ai fait mention au n° 9 dela descrip- 
tion des pierres qu'on trouve dans ce torrent. En effet, ayant 
attaqué au chalumeau des globules de la variolite dont il 
est question , ils ont bouillonné au premier coup de feu , ont 
développé des bulles d'air et ont formé un verre jaunátre irani 
parent, comme la pierre feld-spathique citée ci-dessus. 

Une variolite aussi bien caractérisée, dans le voisinage de la 
roche dont elle avoit fait partie, me donna de justes espé- 
rances d'en rencontrer d'autres- Ce que je présumois se réalisa 
bientôt; car je ne tardai pas, après nous être élevés encore 
de trois cents pieds environ, de trouver sur le sentier même 
qui nous servoit de route, plusieurs morceaux plats, mais an- 
guleux, de serpentine dure, d'un vert plus ou moins foncé, 
remplis de globules variolitiques dont les grains étoient beau- 
coup plus gros et pénétroient dans toute la masse de la ser- 
pentine: j'en recueillis de beaux échantillons, dont plusieursont 
six ou huit pouces de longueur, cinq à six de largeur, sur 
plus d'un pouce d'épaisseur, et d'un caractère si prononcé, 
qu'on distingue facilement à la loupe les ébauches plus ou 
moins avancées de l'espece de cristallisation radiée qui est 
propre à chaque globule. 

Plus nous montions, plus je trouvois au pied des rochers 
de serpentines des morceaux en partie variolitiques et en 
partie serpentineux. J'observois avec intérêt la tendance gé- 
nérale qu'ont ces roches magnésiennes à se diviser naturelle- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 327 


ment en éclats ou en grands fragmens plats et écailleux ; 
ce que jattribue à une altération particulière du fer si abon- 
dant dans cette sorte de pierre, lorsque j'apercus sur la droite 
du sentier une masse de serpentine en place qui avoit plus de 
trois toises de hauteur sur quarante pieds de base, et qui pa- 
roissoit comme isolée, parce que les autres parties attenantes 
s'en étoient séparées, soit par la décomposition naturelle et 
spontanée des parties plus tendres de la roche, soit par toute 
autre cause; j'apercus sur cette grande masse des parties beau- 
coup plus vertes les unes que les autres , qui tranchoient vive- 
ment par leur ton de couleur sur le fond de cet énorme bloc, 
qui étoit d'un vert-foncé noirátre , trés-obscur, 

J'approchai de trés-prés, et je reconnus que la plupart des 
taches étoient produites par des parties abondantes en véri- 
tables variolites à fond vert d'herbe et à taches ou grains 
blancs, lavés d'un vert extrêmement clair. Toutes ces pama 
formées en variolites paroissent extrêmement dures : j'en eus 
bientôt des preuves en les attaquant à coup de marteau ; 
elles opposoient une grande résistance; et ce ne fut qu'avec 
beaucoup de peine que je parvins à en détacher de beaux 
échantillons. 

Plusieurs de ces morceaux avoient une multitude de globules 
analogues et semblables en tout à la variolite de la Durance, 
quant à la forme des grains et à leur couleur. Mais quelque- 
fois les taches variolitiques n’entroient quà la profondeur 
d'un pouce et demi dans la pierre, et le reste paroissoit n'étre 
qu'une roche serpentineuse pure; d'autres fois la variolite s'é- 
tendoit plus avant dans la masse: ici, la surface granuleuse 
n'étoit guére plus grande que la paume de la main ; là, elle 
avoit le double d'étendue; enfin, en continuant à reco 


328 ANNALES DU MUSEUM 

d'autres variolites en place sur d'autres blocs, j'acquis toutes 
les preuves que cette pierre singulière n'est point en filon dans 
les masses de serpentines , mais qu'elle existe indifféremment, 
tantôt dans une place , tantôt dans l'autre, sans ordre et sans 
régularité. Il en est de méme de la disposition et de l'arran- 
gement des globules : on les voit rapprochés sur certains 
morceaux, et comme espacés d'une maniere assez égale et 
d'un diametre à peu pres semblable sur des places, tandis 
qu'ils sont clair-semés sur d'autres, ou quelquefois si rappro- 
chés, qu'ils finissent par se confondre, et ne forment plus alors 
qu'une grande tache blanchätre unie. | 

Je terminerai ces détails trop longs, qui UU peut- 
être nécessaires , alin de ne laisser subsister aucun doute 
sur l'existence de la véritable variolite à fond. vert-clair et à 
fond veri-foncé , en place, du monte Ramazzo dans la Li- 
gurie, en observant que j'ai, parmi les nombreux échantillons 
que je me suis procurés sur les lieux, un morceau remar- 
quable , trés-propre à démontrer à ceux qui ne seroient pas 
à portée de visiter les lieax, mais qui se sont exercés sur l'étude 
et la connoissance des roches, que la variolite de monte Ra- 
mazzo a pris sa naissance dans une véritable roche serpenti- 
neuse. Je demandela permission de décrire en peu de mots 
ce rare et curieux échantillon. 

Sa couleur est la méme que celle des autres eil 
dont j'ai fait mention; mais la roche dont jela détachai avec 
beaucoup de peine à coups de marteau, est trés-dure ; sa con- 
texture trés-serrée est striée en méme temps qu'écailleuse, 
et ses écailles interposées souvent entre les stries, et les coupant 
transversalement, rendent cette roche difficile à casser : elle 
‘se déchire en quelque. sorte plutôt qu'elle ne se rompt; et il 


D'HISTOIRE NATUREL F. 329 
faut, dans ce cas, un grand exercice du marteau , et frapper 
avec force et prestesse : c'est ainsi que je me procurai le bel 
échantillon , à cassure un peu onduleuse, mais pure et nette, 
et qui permet d'observer sur les deux grandes faces de la pierre 
sa contexture, aussi bien que sur la roche méme. On voit 
parfaitement sur une partie qui forme presque la moitié du 
morceau , et non-seulement sur les faces, mais dans toute son 
épaisseur, une multitude de globules variolitiques, presque 
égaux en grandeur, d'un vert-clair , sortant de toute part des 
siries et des parties écailleuses de la pierre, comme si on les 
y avoit semées : ces globules deviennent ensuite beaucoup plus 
petits à mesure qu'ils approchent de la partie de l'échantillon 
qui en est dépourvu; et cette dernière partie n'est plus alors 
que de la serpentine pure, mêlée de quelques linéamens irré- ' 
gulierset minces , de couleur blanche, qui n'appartiennent plus : 
à la variolite, et dont quelques-uns font une très-légère ef- 
fervescence avec l'acide nitrique. - 

D'après les faits rapportés ci-dessus, on voit que la véri- 
table variolite existe en place dans la code sur le monte 
Ramazzo , et qu'elle est contemporaine des serpentines, dans 
lesquelles on la trouve à la hauteur de plus de mille cinq cents 
pieds au-dessus du niveau de la mer. Il est à présumer qu'on 
la trouvera à une plus haute élévation, et peut-étre en plus 
grande abondance encore dans d'autres parties des Apennins 


de la — 
De la mine de aiino: sur la puce " plus éleyée du 


monte Ramazzo. 


ta route devient. in Plate Ds. difficile à mesure qu'on 
8 43 


330 ANNALES DU MUSEUM 

approche du: sommet de la montagne escarpée, où sont les 
exploitations et les établissemens de M. Alberto Ansaldo , on 
ne quitte plus les roches serpentineuses ; plus ou moins com- 
pactes, plus ou moins lamelleuses, striées, luisantes, onctueuses, 
ou sèches et friables; on traverse plusieurs ravines, et l'on 
s'élève d'étage en étage jusqu'à la hauteur de dix-huit cents 
pieds environ au-dessus du niveau de la mer, sur le sommet 
du monte Ramazzo, où l'on trouve un petit plateau sur lequel 
. On a construit quelques. bátimens et divers hangards servant 
` à préparer le minerai, à le géduire en morceaux, à le griller, 
à le lessiver; en un mot, à en tirer le sulfate de magnésie qui 
forme l'objet de cette bclli ioo; aussi simple —— 
sante. 

Elle consiste à recueillir avec soin une stéatite mites. 
qu'on trouve plutót en masse et en grands rognons qu'en filons 
réglés ; àla griller , aprés l'avoir réduite en morceaux, pour en 
faire évaporer un peu d'arsenic qui s'y trouve combiné. C'est 
dans cette opération du grillage que le soufre qui se trouve 
combiné avec le fer se dispose à quitter sa base, et se porte sur 
la terre magnésienne de la serpentine pour en former le sulfate 
de magnésie. On pile grossiérement cette pyrite grillée; on la 
réduit en grands tas, qu'on arrose légèrement : alors la com- 
binaison avec la terre magnésienne achève de se faire par un 
mouveinent lent de fermentation qu’éprouve la matière; on 
lessive ensuite ces terres, et l'on en obtient un sulfate de ma- 
gnésie trés-abondant, qu'on purifie et qu'on rafline dans 
un autre établissement que M. Alberto Ansaldo possede à 
Sestri. 

Aprés avoir examiné la préparation première de la pyrite 
ferrugineuse et arsénicale du monte Ramazzo, nous fümes 


D'HISTOIRE NATURELLE. 331 
empressés d'entrer dans les galeries d'exploitations qui sont 
tout auprès des hangars : elles sont vastes; mais le travail 
n’en est point réglé ; on suit la pyrite , et la stéatite pyriteuse 
partout oix on la rencontre, tantót en ligne droite lorsqu'elle 
se. présente ainsi, tantót latéralement et en décrivant des 
plans inclinés ; on s'enfonce et on se reléve plus ou moins, de 
maniére que les galeries forment quelquefois plusieurs étages. 
Les excavations se font d'une maniére peu régulière , et sans 
les précautions exigées pour la sûreté des ouvriers : heureuse- 
ment que tout s'enleve à la pointe du pic, et sans faire jouer 
la mine; car, sans cela, l'ébranlement et les commotions occa- 
sionnées par l'explosion de la poudre exposeroient les galeries , 
qui quelquefois sont trés-vastes et nullement soutenues par 
des étais , à des éboulemens et aux accidens graves qui en 
résulteroient. Les échantillons divers que j'y recueillis con- 
sistent : - SRE T ir 

1." En stéatite verdâtre dont la superficie, ainsi que la con- 
textureintérieure, est pénétrée d'une espèce de vernis pyriteux , 
couleur de bronze , un peu chatoyant , mais si léger et si 
efflorescent , si je puis employer cette expression , qu'il semble 
que le fond de la stéatite qui est noire, se montre à travers 
cette sorte de vernis. Cette stéatite pyriteuse est trés-pesante, 
raye en noir le papier, fait mouvoir fortement le barreau 


` aimanté. Elle contient une très-légère portion de cuivre, mais - 


à peine seusible. i 
2.° Même stéatite plus riche encore en pyrite, avec ce léger 
vernis jaune de bronze dont j'ai fait mention , qui settble dorer 


la roche serpentineuse noire , douce au toucher , noircis- 


sant les doigts ét fortement attirable. Ori voit dans la même 


332 | "^NNALES DU MUSÉUM 
roche dela pyrite magnétique arsénicale, trés-pesante , à cassure 
méiaillique d’un gris-blanc. npe 
3^ Rare et superbe morceau, ayant cinq pouces neuf 
lignes de longueur sur quatre pouces de longueur moyenne, 
dont la base est une serpentine d'un noir foncé, un peu lui- 
sante, rayant le papier en noir, sans apparence pyriteuse ; mais 
trés-pesante et fortement attirable à l'armant , remarquable 
par des aiguilles d'arragonite blanche transparente, dont un 
cristal a deux pouces trois lignes de longeur, sur quatre lignes 
de diarhétre, de figure hexagone, mais toujours sans pyra- 
mide. D'autres cristaux d'un plus grand diamètre encore ; 
mais moins long, se remarquent tantót dans des espéces de 
cavités ou vides qui sont dans ce bel échantillon , tantót dans 
la masse méme de la serpentine pyriteuse , et paroissent s'étre 
formés simultanément avec les élémens pyriteux et magné- 
siens qui constituent cette roche. | 
- 4* On trouve, à quelques toises de distance des galeries d'ou 
l'on tire les matériaux pour la fabrication du sulfate de magné- 
sie et un peu plus bas, quelques excavations ‘abandonnées : 
mais moins profondes, avec d'anciens décombres, parmi 
lesquels on voit une stéatite striée et comme soyeuse , avec de 
jolies efflorescences vertes de cuivre carbonaté. Cette stéatite 
est douce au toucher et semée de points ocreux-jaunátres, qui 
paroissent provenir de grains de pyrite euivreuse et. ferrugi- 
neuse altérés. M. Alberto Ansaldo me dit qu'on avoit exploité 
anciennement celte pyrite pour en retirer du sulfate de cuivre; 
mais qu'én fut obligé de l'abandonner parce qu’elle étoit trop 
pauvre. . | (DEDE SEU. 
M. Mojen, qui cultive la chimie avec succès à Génes, a publié 
une brochure in-8.° de 26 pages, sur la minéralogie dela Li- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 333 
gurie, dans laquelle il a fait mention de l'exploitation du sul- 
fate de magnésie ; mais comme son but étoit de traiter cette 
partie plutôt relativement à l'art et à l'utilité que présentoit 
cet établissement, que de s'en occuper en minéralogiste et en 
géologue, il a accompagné sa brochure d'une petite carte de 
la Ligurie, qui a été dirigée par M. de Ferrari, ingénieur à 
Génes, dans laquelle M. Maximilien Spinola, M. Viviani, 
M. Alberto Ansaldo et moi, avons reconnu, la carte à la main, 
une erreur sur laquelle il est à propos de prévenir; car elle 
embarrasseroit sans cela celui qui voudroit aller visiter cette 
mine en faisant usage de celte carte. La route est déjà assez 
. difficile au milieu de montagnes si rapprochées et si coupées 
de ravines, pour avoir besoin d'un guide ; et la carte de 
M. Ferrari seroit plus nuisible qu'utile dans ce cas-là. Voici 
l'erreur qui provient probablement du graveur. Sur cette carte, 
la partie du monte Ramazzo où est située la mine est placée 
sur la rive droite du torrent deila Charavagna , qui a son 
embouchure au milieu de la plaine de Sestri ; il est cependant 
certain qu'au pied de la montague du Gazzo, presque au des- 
sous de l'église de Notre-Dame , au hameau de Serra, on 
quitte le torrent de la -Charavagna pour suivre celui des Cas- 
sinelles situé à la droite du-précédent en montant; et aussitôt 
qu'on est arrivé à une petite maisonnette, qui a donné au 
torrent qui est au-dessous le nom des Cassinelles, on remonte 
au levant pour parvenir à la naissance de la source qui coule 
dans le lit du torrent. Cette source est à côté de la mine du 
monte. Ramazzo ; les habitans du. pens la Asipi sous le 
nom de Canale della miniera. — 


334 ANNALES DU M US É UM 


OBSERVATIONS 


Sur les Champignons en général, et particu- 
liérement sur quelques espéces peu et mal 
connues. Te 


PAR M. PALISOT-DE-BEAUVOIS. 


{ 


Les champignons ont été long-temps regardés par les natu- 
ralistes , méme les plus éclairés , comme des productions éphé- 
mères dont on ne connoissoit point l'origine. On l'attribuoit 
alternativement au hasard, à la pourriture ou à d'autres causes 
semblables, aussi peu naturelles, et qui ne paroissoient pas 
dignes de fixer l'attention. Micheli est le premier dont les re- 
cherches ont commencé à donner sur ces productions des 
idées plus exactes et plus justes. L'immortel Linné, en re- 
cueillant les observations du botaniste italien, les a présentées 
sous un nouveau jour ; et, depuis lui, les champignons , dis- 
tribués en genres , ont été soupconnés appartenir à la seconde 
série des êtres organisés , les végétaux. Les travaux de Batsch, 
de Sowerby , de Bulliard, de M. Persoon et de Hedwig, 
ont converti ce doute en certitude; et l'opinion générale des 


D'HISTOIRE NATURELLE. 335 
botanistes est aujourd'hui fixée sur ce point. Qu'il me soit per- 
mis aussi de citer mes recherches antérieures à celles de ces 
observateurs, consignées par M. de Lamarck dans l'Encyclo- 
pédie méthodique , et qui me donnent une priorité que je crois 
. étre en droit de réclamer. 

— — Linné, comme je viens de le dire, a le premier distribué 
les champignons en genres ; mais il a négligé un grand nombre 
de ces productions qui n'ont pas échappé aux recherches de 
ses successeurs : de sorte que les dix genres établis par ce cé- 
lébre naturaliste sont portés à soixante-onze et plus, parmi 
lesquels il s'en trouve quelques-uns qui doivent étre supprimés 
et d'autres divisés. Il est aisé de juger, par cette augmentation 
considérable , des progrès rapides et importans qu'a faits cette 
partie dela science dans le court espace de vingt-cinq années 
environ, Mais si l'on est parvenu à rendre plus simple et plus 
facile l'étude des champignons , sous le rapport de la méthode; 
si dans quelques espèces on a découvert les organes qui servent 
à leur réproduction , nous n'en sommes pas pour cela beaucoup 
plus instruits sur un point essentiel, et qui, faute d'étre bien 
connu, est la source de plusieurs erreurs: je veux parler de 
leur germination et de leur premier développement, que les 
botanistes ont pris pour des plantes parfaites et dont ils ont 
formé des genres qui peut-être ne doivent pas subsister. En 
effet , la méme plante , comme je vais le dire, se trouve sou- 

nt placée dans deux genres différens, dont aucun n'est celui 
anual elle appartient réellement. 

Dans mon travail sur les plantes Aéthéogames présenté à 
l'Académie des Sciences en 2988; jai fait voir que cette subs- 
tance soyeuse , cot teuse , nommée par les jar- 


diniers blanc de champignons, est le premier état de ces 


336 ANNALES DU MUSEUM 


plantes, leur germination et leur premier développement ; que, 
comme l'avoit déjà observé Tournefort, cette substance venant à 
prendre plus de consistance, elle se charge de distanceen distance 
de petits lons,lesquels,à mesure qu'ils grossissent , percent 


le fumier, la terre ou l'écorce desbois, et produisent ce qu'on ap- 
pelle les champignons. Leschampignons ainsi développés me pa- 


roissent n'étre que la fleur, si j'ose m'exprimer ainsi, ou le ré- 
ceptacle des organes propres à leur réproduction. A cetteépoque, 
j'ai mis sous les yeux del Académie des preuves de ce que favan- 
çois. J'en reproduirai quelques-unes auxquelles j'ajouterai les 
nouvelles preuves que j'ai à donner. Je n'attirerai l'attention 
des botanistes dans ce Mémoire que sur deux plantes; elles 
me paroissent suflisantes pour faire connoitre la germinatic 

` peu connue et les premiers âges de certains champignons que 


l'on a pris pour des plantes parfaites et d'un autre genre. ~- 


Michéli ale premier représenté une de ces productions , que 
Ray et Vaillant avoit décrite avant lui. Il la nomme agari- 
cum nigrum reticulatum, compressum, e mortuis arboribus 
inter corticem et lignum, interdüm in ipso ligno innascens , 
ac late se diffundens. Quoiqu'il paroisse que ces trois bota- 
nistes n'aient observé cette plante que dans son second âge, 
nous ne pouvons cependant pas douter, par ces derniers mots 
de Michéli : ac latè se diffundens, que celui-ci ne l'ait vue 
dans un âge plus avancé, mais qui n'étoit pas encore celui 
de la perfection. Les modernes n'ont pas été plus heureux: 
ils ne se sont pas trouvés d'accord sur le genre d'une plante 
dans laquelle on n'avoit vu que des filàmens et aucun caractere 
déterminé , constant et propre à la faire distinguer. Onla trouve 
sous lenom de lichen aidælus, Humb. Friberg., pag. 33; et 
Sowerby, tab. 100 , la nomme clavaria phosphorea. Rothbol 


= ; 


D'HISTOIRE NATURELLE. 33) 


jugeant que cette production, dans l'état où elle avoit été ob- 
Servée et qu il croyoit être l’état parfait, ne pouvoit appartenir 
à aucun genre connu , a imaginé, en la réunissant avec quel- 
ques autres espéces semblables, d'en créer un nouveau dont 
le nom exprimät la forme de ce champignon. Ce genre a été 
adopté par M. Persoon, et se trouve rapporté dans tous les 
onvrages de botanique qui ont paru depuis , tels , entre 
autres , I illdenow , Gmelin , Rebentisch , et la troisième édi- 
tion dela Flore francaise. On l'y trouve sous la ADE, 
de rhizomorpha fragilis ou subcorticalis. | 
Eu herborisant én 1780 dansle parc de Meudon où il s'étoit 
fait une coupe de bois considérable, le hasard me fournit l'oc- 
casion d'observer cette plante depuis sa naissance jusqu'à son 
état partait. J'ai reconnu que son premier développement est 
comme celui de tous les champignons, c'est-à-dire, un amas 
de petits filamens cotonneux, plus ou moins entremélés et 
croisés entr'eux. À mesure que ces filamens prennent de la 
force, ils se convertissent en une espèce de membrane mince 
( fig. 1, a ) qui s'épaissit insensiblement , se divise , se ramifie 
et se couvre d'une espece d'écorce brune, lisse et luisante, 
comme on le voit (fig. 1, b ). C'est dans cet état seulement 
qu'elle a été observée par les botanistes et décrite parus sous 
les différens noms génériques et spécifiques que j'ai cités. Jus- 
que-là la plante croit sous les écorces comme les autres cham- 
pignons, qui, tant qu'ils ne sont que filamenteux , restent cachés 
sous le fumier, sous la terre, etc. Mais parvenus à cette époque 
de leur vie, les différentes ramifications grossissent , se rap- 
prochem et forment entr'elles ce que Michéli a tres-bien ex- 
primé par ces mots ac se laté diffundens , une masse solide 
Cher; ey, dont les extrémités, d'abord marquées par des 
44 


. 


338 | ANNALES DU MUSÉUM 


points blanes, prennent une extension circulaire et tendeni à 
percer l'écorce que son épaisseur a soulevée ; puis la plante 
se fait jour à travers les déchiremens de cette méme écorce. 
Alors le point blanc s'étend , s'épaissit, et finit par se charger 
de pores continus entr’eux et adhérens à la substance des 
champignons , à la manière des agarics ( boletus , Linn. , etc ), 
son vrai genre. ll est à remarquer. que quelquefois on voit 
sur les filamens de petites éminences ou tubercules qu'un œil 
peu exercé à ce genre d'observations prendroit pour des cap- 
sules,, tels qu'on en voit dans les sphæries ( sphæria, Pers. ): 
mais si on ouvre ces éminences ou tubercules, on n'y trouve 
qu'une substance cotonneuse et blanche , semblable à celle qui 
compose l'intérieur des rameaux, et recouverte par le même 
épiderme; ce qui prouve évidemment que ces tubercules ne 
sont que des excroissances ou de jeunes ramificationsnaissantes, 

Ba seconde plante qui fait l'objet de ce Mémoire réunit 
encore plus de particularités : elle achève de convaincre de la 
nécessité d'étudier avec la plus scrupuleuse attention, et avant 
de prononcer sur leur genre, toutes ces sortes de plantes , 
depuis leur origine-ou premier développement, jusqu'à leur 
état parfait; espace de temps pendant lequel elles subissent des 
changemens qui ont fait prendre la méme plante pour des 
rade différens. 

"Eónrde mode connoit cette substance blanche et filamen- 
teuse, appelée vulgairement moisissure, et qui croit abondam- 
ment dans toutes les caves, sur les portes , les planches et autres 
pieces de bois qui s'y trouvent ; mais personne, si nous en 
exceptons Sébastien Vaillant, ne l'a encore observée dans 
tous ses âges, et surtout dans celui où elle prend les derniers ca- 
racteres qui fixent son vrai genre. Les botanistes, Vis! téte des- 


D'HISTOPRE (NATURELLE X 4 336 
quels nous devons placer Michéli et Dillenius pour ces sortes 
d'observations, ont vu et décrit le premier âge de cette plante: 
Son développement se fait par un assemblage de filamens plus ou 
moins entrelacés et croisés entre eux, soyeux, très-fins, et d'un 
blanc de neige. C'est le byssus floccosa de Dillenius, le de= 
matium bombycinum de M. Persoon. La méme plante, en 
grandissant, prend une forme tout-à-fait différente: les filamens 
s'allongent, ils s'étendent circulairement; quelques-uns s'épais- 
sissent, se divisent et se subdivisent de maniére à imiter par- 
faitement les ramifications des vaisseaux du mésemière. Ces 
ramifications sont unies par d'autres petits filmens eroisés y 
plus fins et qui occupent l'intervalle qu'elles laissent entre elles, 
ainsi qu'on le voit fig. 11, æ. Tel est le second âge du byssus 
floccosa, Dill. ; et du dematium bombycinum, Pers. , nommé 
dans cet état par Vaillant corallofungus argenteus omenti- 
formis ; par M. Persoon mesenterica argentea; par M. Re- 
bentisch hyphasma floccosum, et qui fait une des variétés du 
byssus partetina de la troisième édition dela Flore francaise. 
Ce second áge de la plante n'est pas le dernier. changement 
qu'elle doit subir ; elle a une troisieme époque qui lui donne 
une forme, un port différens et des caractères qui, en fixant 
son vrai genre, prouvent qu'aucun de ceux dans lesquels or 
Fa placée ne lui convient. A mesure qu'elle parvient au terme 
de son accroissement, elle cesse de s'allonger avec la méme 

promptitude; le centre de sa substance s'épaissit , il se couvre de 
phicatures régulières et disposées comme les alvéoles des ruches 
à miel : c'est dans cet état que je l'observai en 1782, fig. 1v, b: 
La croyant alors parvenue à som état parfait, je proposai , 
dans un mémoire hi à FAcadémie des Sciences, de la rappro- 
cher du genre de Ja morie, avec laquelle je tronvois qu'elle 
M *. 


340 ANNALES DU MUSÉUM 

avoit des rapports, quant aux caractères extérieurs. Mais j'étois 
moi-méme dans l'erreur pour avoir négligé , ainsi que l'ont fait 
les botanistes que je viens de citer, de donner à la description 
de Vaillant toute l'attention qu'elle méritoit, et pour m'étre 


uniquement attaché à la figure qu'il a donnée de cette plante. 2 


plante depuis sa naissance jusqu'à son sepe ; je me 
suis convaincu que les plicatures, que j'avois prises pour des. 
organes parfaits, ne sont que les principes de tubes réguliers, 
continus entr'eux et adhérens à la substance du champignon, 
à la manière des agarics , boletus, Linn. Ces tuyaux sont tron- 
qués obliquement à leur extrémité et semblables au taillant d’une 
plume à écrire, fig. 3. C'est alors seulement que j'ai eu l'idée 
de lire dans son entier la description de F'arllant ; que je me suis 
convaincu de mon erreur, de celles des botanistes que j'ai cités, 
et que Vaillant avoit observé cette plante dans tous ses états. 
D'après toutes ces circonstances, et avant de présenter quel- 
ques autres observations qui ont échappé à ce savant bota- 
niste, je crois devoir rapporter ici la description entière et lit- 
térale qu'il en donne. « Il nait, dit-il, sur les vieilles planches 
» des portes et cloisons des caves, et rarement contre les murs. 
» Il commence par un point blanc, qui paroit d'abord une 
» simple moisissure : c'est un brin de cordon cordé qui grossit 
» insensiblement et forme un coton plus blanc que neige, gros 
tune chátaigne et ensuite comme une petite pomme 
» » aplatie; dans sa convexité, tissu d'une délicatesse extréme 
» etsitendre que la moindre ois est capable delécraser et de 
» la réduire à la grosseur d'une lenulle; sa substance est grasse, 
» gluante, d'un salé qui tire sur l'aigre, et il pue comme le 
» savon. Il semble que ce peloton renferme toute la matière 


c y 


z 


Uh GR Ww. y VS » X o» x x 


DHISTOIRE NATURELLE. 34t 
qui doit foriner tout le reste de la plante; car on voit tout 
autour une couche de ses fibres, rangés en rayons, s'allonger 
insensiblement comme de la laine que l'on file. Elle se colle 
sur la planche et s'étend de tous côtés à 2, 3 et 4 pouces 
et quelquefois jusqu'à un pied et deux; elle forme de grands 
ramages aussi délicats qu'une feuille de papier , chantournés - 
dans leurs extrémités qui sont coname frangées, fort pro- 
prement arrondies et découpées en grandes pièces, incisées 
de moindre dans les bords. La distribution de leurs vais- 
seaux est très-belle dans les jeunes feuilles ; elle imite par- 
faitement la tissure des plumes : dans les plus grandes on 
y voit des côtes assez dures par rapport à la mollesse du reste, 
qui représente assez bien les ramifications des vaisseaux du 
mésentère. Les plus grandes feuilles finissent en pelotóns 
tuméfiés, comme le premier, depuis un pouce jusqu'à trois , 
qui ressemblent assez à ces flocs de neige dontla surface n'est 
pas unie, mais bossue en divers endroits. » 

Tels sont les deux premiers états de cette plante singulière, 


dont M. Persoon a fait deux genres différens , dematium bom- 
bycinum et mesenterica argentea. M. Rebentisch la nomme 
hyphasma floccosum srelle. est une des variétés du byssus 
parietina de la troisièmè édition de la Flore francaise. Mais 


continuons la description de Vaillant, et nous verrons, comme 


jel'ai déjà dit, que cette plante appartient à un autre genre. 
« À travers ces gros pelotons, ajoute-t-il , sortent certains corps 


» 
» 
» 
» 


» 


que je prendrois volontiers pour l'ovaire de cette plante ; ils 


tiennent à un des gros cordons des ramifications dont nous 
avons parlé, et sont d'une structure un peu différente. Je 
ne saurois mieux les comparer qu'à des rayons de miel 
tournés ordinairement en petits cylindres d'environ un pouce 


= 


S2 — ANNALES DU MUSÉUM 

» de long, de demi-ligne (1) jusqu'à 9 ou 1o lignes de dia- 
» mètre, assez arrondi par le bout : leur partie inférieure est 
» de méme tissure que celles des pelotons; mais la supérieure: 
» est toute percée de petites cellules fort étroites , d'environ 


» cinq lignes de profondeur, qui représentent dans leur petis = 
» tesse les cellules des mouches à miel. Il y en a dont l'orifice — ^ 


» est à cinq pans, quelques-uns à trois et d'autres à quatre: 
» les cloisons qui les séparent sont des feuillets très-déliés ; 
» sur lesquels, non pus qu'à l'orifice, je ne sus remarquer 
» aucune poussiére qu'on püt prendre pour la graine. Ce- 
» pendant on peut conjecturer par lanalogie que c'est dans 
» cette espèce de ruche que les œufs de cette plantesont nour- 
» ris, puisque nous les trouvons dans les endroits feuilletés 
» de plusieurs champignons. Cette plante se flétrit après quel- 
» que temps, se roussit et tombe en pièces. L'eau dans laquelle 
» on la met infuser en tire une teinture qui rougit le tour 
» nesol au méme degré que fait celle de l'egaricus foliatus 
» cornua dame referens ; mais elle ne fait que la laver sans 
» la dissoudre, et le corallofungus devient comme de la bouil- 
» lie ou du banc d’œuf dans lequel on voit des vaisseaux aussi 
» déliés que les cheveux. L'eau-de-vie ne le So mal 
» plus et ne fait qu'un mucilage. » 

On voit, par cette description très-étendue ral ditsdióo; 
Ex F quieta parfaitement observé et connu cette produc- 
re; mais il ne décrit pas l'état dans lequel se trouve 

ja Hal wsqu'elle se charge de plicatures qui sont les com- 


A 


Lay Cest lorsque ces tuyaux n'étoient parvenus qu'à cette apog pe: vog 
ai observés em 178%, et qu'ils ont causé ios eeki 1001165009 coded 


* 


D'HISTOIRE’ NATUR ELE. 353 
mencemens des tuyaux qu'elle doit produire par Ja suite; ce 
qui a occasionné mon erreur en 1792. De plus, ce savant hota- 
niste l'ayant plutôt considérée sous le rapport de ses caractères 
extérieurs que comme physiologiste, il a négligé des détails 

erem que j'ajouterar à sa description. 

7 Ce champignon commence , comme l'a fort bien décrit 
Vaillant, par un point blanc qui grossit insensiblement, et 
forme dans certains cas un peloton aussi blanc que la neige (c'est 
alors le byssus floccosa de Dillenius, le dematium bomby- 
cinum, Pers.). À mesure qu'il s'étend, les bords se disposent 
agréablement en rayons et forment des ramifications de diffé- 
rentes grosseurs , semblables à celles des vaisseaux du mésen- 
tère (c'est le fungus coralloides omentiformis , Vaill.;. me- 
senterica argentea, Pers ). En méme temps le centre s épaissit; 
il acquiert plus d'intensité; il se charge de plicatures, fig. 11,5, 
qui s'allongent insensiblement et forment les tuyaux dont nous 
avons parlé, et représentés grossis, fig. 11, c. Lorsque ceux-ci 
sont dégagés des poussières et des graines qui y sont renfermées 
comme dans tous les agaries, la plante cesse de croitre, les 
insectes sen emparent, et elle tombe en pourriture. Tel est le 
cours ordinaire de la vie de ce champignon, et celui de toutes 
les plantes de cette famille, sauf les modifications propres à 
chacune d'elles. Elles se distinguent des autres plantes annuelles 
par la privation de tiges et de feuilles; mais, comme elles, 
elles portent des graines dont la germination s'opere, ou dans 
la terre ; ou dans le fumier, ou sous les écorces des bois 
morts. is champignons difièrent encore des autres végé- 
taux, en ce que les fleurs seules, ou le réceptacle des organes 
propres à leur régénération ,sortent de terre, ou de dessous 
Yépiderme des bois morts. Ce caractère est celui qui dis- 


344 ANNALES DU MUÉSUM. 

tingue cette famille des lichens qui germent et croissent 
toujours extérieurement , et dont les organes , considérés 
pour être ceux de la réproduction, sont toujours portés: ou 
sur une croûte pulvérulente, ou sur une espèce de feuillage 
que M. Acharius nomme thalus. Les autres parties des cham- = 7 
pignons restent toujours cachées; mais mon objet n'est point '- 
de traiter en ce moment ce point important de physiologie 
végétale. | | 

- Nous avons vu que Vaillant a exactement observé, et dans 
tous ses états, la production quil nomme corallo fungus 
argenteus omentiformis. Mais il lui est échappé des particu- 
larités importantes, et qui me paroissent étre la cause des 
erreurs dont j'ai parlé. Si la cave ou le souterrain où elle 
croit se trouve un peu éclairé et aéré, soit par un soupirail, 
soit par la porte ou une ouverture quelconque, le champi- 
gnon se développe. et passe successivement par tous les états 
que nous avons décrits ; mais si la cave n'est ni aérée ni 
éclairée , il ne parvient pas à sa maturité; il s'étiole, et est, 
en cela, comme toutes les plantes privées d'air ou de la 
lumiere , fig. 2, d. 

Lorsque le local est fort humide, ou si la plante preud 
naissance près de la terre, elle ne s'étend pas en se rami- 
fiant, et ne forme que des flocons plus ou moins gros et 
blancs. C'est dans cet état qu'elle a été observée par Drlle- 
nius, quia nommée byssus floccosa, et M. Persoon, d'aprés 
lui, dematium bomby cinum. Lorsque le souterrain n'est que 
très-peu aéré, la plante s'étend et se ramifie: alors c'est le 
mesenterica argentea de M. Persoon, l'Ayphasma. fiocco- 
sum de Rebentisch, et une variété du byssus parietina de 
la 3* édition de la Flore française. 5i l'air ei la lumière y 


" ; 


DHISTOIRE NATURELLE 45 
pénètrent un peu plus, le centre se charge de plicatures: 
c'est alors le bolletus aspersilloides de mon Mémoire de 
1782; mais si elle est suflisamment éclairée et aérée, les 
plicatures s'allongent , forment des tuyaux, et offrent tous les 


(D caractères d'un agaric parfait., fig. HL 


Mais si le souterrain, comme je l'ai déjà dit, n'est point du 
tout éclairé ni aéré; ou si, comme je l'ai observé tout récem- 
ment, la plante eroit sur le revers d'une porte toujours ou- 
verte et appliquée contre un mur humide, elle s'étiole com- 
plétement ; les filamens s'allongent pour Ehara Yair et la 
lumière ; ils grossissent; ils ressemblent à des racines fibreuses 
et régulièrement ramifiées, et se détruisent sans jamais par- 
venir à un autre état, fig. 11, d. C'est alors qu'en adoptant 
les genres de M. Prion cette paste pourroit être placée 
dans uñ autre genre, lhimantia. 3 
Il résulte de ces observations des faits bien importans : 

^ Qu'il est nécessaire d'étudier avec le plus grand soin la 
E des champignons 5yssoides de M. Persoon, avant de 
les regarder définitivement comme des plantes parfaites. 

2." Que les deux exemples cités dans ce Mémoire sont des 
indices que ces sortes de plantes pourroient bien appartenir 
à des champignons naissans et d'un autre genre connu. 

3." Qu'il ne faut pas définitivement considérer comme des 
plantes parfaites toute substance filamenteuse, soyeuse et 
cotonneuse, qui n'ont ni téte contenant des ue mme 
les mucor ; ni graines nues au sommet des filamens, comme 
les botrytis ; ni pores, comme les agarics ; ni lames, comme 
les amanites ; ni réceptacle sphérique,commeles sphæries etc. 

4? Quelebyssus floccosa, Dill.;ledematium bomby cinum, 
Pers.; le mesenterica argentea du méme; ly phasma fioc- 
45 


346 ANNALES DU MUSEUM 

cosum , Rebent. ; mon boletus aspersilloides , et une des va- 
riétés du byssus parietina, Fl. fr., 3^ édit., ne sont qu'une 
seule et méme plante dont le vrai genre n'a pas été connu 
et qui appartient aux agarics (boletus , Linn. ) 

5." Que la rhizomorpha fragilis ou subcorticalis n'a pas été 
mieux connu, et appartient également aux agarics ( boletus, 
Linn.). 

. En conséquence, je propose de nommer 

. L'une de ces plantes , fig. 1 , agaricus Sade p orar. nigro- 
fuscus coriaceus , intus PSN suberosus ; primo membrana- 

ceus, deinde ramosus, demùm expansus apice albidus í 
porosus ; 

L'autre, fig. 2, agaricus cryptarum , albus , A. R 
primó Paora AuR venosus et ramosus ; deinde ex- 
pansus, filis densé intertextis panniformis, superficies al- 
veolatim plicata; demüm tubifer, tubis apice fimbriatis et 
obliqué truncatis. 


A 


D'HISTOIRE NATUREL LE, 347 


SUITE DES MÉMOIRES 
La Sur les fossiles des environs de Paris. 


PAR M LAMARCK 


GENRE "bOXX V. 


CAME. Chama, 
CHARACT. GENER. 
- Testa bivalyis , incequivalvis , adhærens : natibus inæqua- 
libus incurvis. Cardo dente unico , crasso, obliquo , sub- 
 crenato. Impressiones duce musculares. 


OBSERVATIONS. 


Les cames sont des coquilles irrégulières , grossiéres, ra- 
boteuses , écailleuses ou épineuses, dont les valves sont trés-iné- 
gales, et dont la charnière n'a qu'une seule dent oblique , 
épaisse, transverse, comme calleuse et souvent crénelée ou 
sillonnée. Lorsque la coquille se ferme, cette dent s'enfonce 
dans une fossette de l'autre valve, qui est appropriée pour la 
recevoir. Les deux crochets sont fort inégaux et courbés en 
dedans. On voit dans l'intérieur. de chaque valve deux impres- 
sions musculaires, grandes et latérales. 


35 * 


€ 


348 à ANNALES DU MUSÉUM 

Linné avoit réuni à ce genre des coquilles très-différentes ; 
savoir, les cardites , les tridacnes , l'hippope et l'isocarde. Ces 
coquilles sont €— libres , équivalves, et ont leur char- 
niere composée de deux ou trois dents ; conséquemment elles 
ne peuvent être associées aux véritables cames dont nous ve- = 
nons d'exposer le caractère. Pruguiére ayant. senti l'inconve- 
nance de cette association, a réformé le genre chama de Linné, 
et a réservé ce nom aux peces irréguliéres , inéquivalves , 
adhérentes et qui n'ont qu'une dent à la charnière. Nous avons 
adopté sa réforme, parce qu'elle consient à à la conservation des 
rapports, et qu 'elle est avantageuse p la méthode et la 
connoissance de ces mollasques. . 

Les cames vivent ordinairement à une petite profondeur 
dans la mer. On les trouve toujours attachées aux rochers, 
aux coraux , ou groupées les unes sur les autres d'une manière 
très-variée. Leurs rapports les FARRE FRERE de la dicérate et 
de la corbule. 

ESPE ECES FOSSILE S. : 
1. Came lamelleuse. Vélin, n. 55 , f. 7. 
Chama (lamellosa ) transversim plicasa$ plieis-concentricis , funem, $- 
mellosis : lamellis dentatis , supra canaliculatis. n. 

Chama squamosa. Braud. Foss: Hant..u. 86. 

-L. n. Grignon. H paroit que Bruguière a connu cette came fossile , et que c'est 
celle dont il fait mention sous le nom de chama rugosa, n° 5; mais il la 
cokifond avec une came non fossile , figurée dans Lister et Gualtieri , qui nous 

| paroïtlêtre une espèce très-diflérente de celle dont il s’agit ici. 

La came lamelleuse est elliptique, presque orbiculaire, longue de 46 à 48 mil- 

: ëtrés, ‘et fort remarquable par les plis concentriques et transverses de la 

surface extérieure de ses valves. Ces plis sonit tranchans , frangés , et les su 

. périeures. portent des lames linéaires , dentées sur les côtés et canaliculées 

en dessus: ce qu'on n'observe dans aucune autre. came connue. 

La valve supérieure est plane et a ses plis fort rapprochés les uns dei tres; 
l'inférieure est très-concave et a ses plis plus écartés et moins frangés. Les 


E 


Ld 


D'HISTOIRE NATURELLE. 34 
interstices gai séparent les plis ne sont point striés longitudinalement. Cette 
came fossile n'est point rare à Grignon. 

Mon cabinet et celui de M. Defrance. ( Voyez Favane, pl. 67, fig. F. ) 

2. Came en éperon. Velin, mn. 55, f. 9 et n. 54, fig. 10. 

Chama ( calcarata) orbiculata ; plicis transversis distantibus : superioribus 
spinis prælongis canaliculatis , radiatim echinatis. v. 

L. n. Grignon. Il est possible que cette coquille ne soit qu'une variété de la prés 
cédente ; cependant elle offre des caractères qui lui sont si particuliers et si 
constans , que je crois qu'on la peut considérer comme une espèce distincte, 
Elle est moins grande que la came Lamelleuse, et a une forme plus orbicu- 
laire. Ses plis transverses sont fort écartés les uns des autres, méme sur la 
valve supérieure , qui est convexe. Au lieu de lames courtes dentées des deux 
côtés , les plis supérieurs produisent des épines canaliculées, nues , fort longues 
et rayonnantes, Enfin les interstices larges qui séparent les plis transverses ont 
des rides ponctuées et souvent des côtes Ho Etnsies qui. les traversent. 
Cette coquille intéressante est peut-être le Chama , n." 87 de Brander, 

Mon cabinet et celui de M. Pakene 


GENRE LXXVL 


5 en PRIE Spsnidy lis. 

CHARACT. GEN. 

Testa bivalvis, incequivalvis , damna. rudis ; natibus 
inæqualibus : inferiore productiore suprà truncalá ,uni- 
sulcatá. Cardo dentibus 2 crassis recurvis , cum fo- 
veolá intermediá lizamentum recipiente. Impressio: mus- 
cularis unica. | 


OBSERVATIONS. 


Le as eu on nomme vulgai t huitre Sép ineuses, 
sont des coquilles irrégulières , méquivalves , rudes au toucher 
et remarquabies dans la plupart des espéces par les pointes 
nombreuses, souvent trés-longues et quelquefois élargies en 


écailles, dent leurs valves sont hérissées. Ces coquilles sont 


350 ANIN DUES D UIMUTSE UA 
ordinairement attachées aux rochers ou aux coraux; comme - 
les Auftres et les cames, et s'en rapprochent par leur ma- 
nière de vivre, par l'inégalité de leurs valves, etc. Mais elles sont 
éminemment distinguées des unes et des autres par le carac- 
tère particulier de leur charnière et de leur crochet inférieur. e 

La valve inférieure des spondyles est la plus grande, la plus 4 
concaye et la plus massive. Elle se termine à son crochet par 
un talon qui semble avoir été taillé en dessus avec un ins- 
trument. tranchant, et qui présente une facette triangulaire ; 
inclinée, partagée par un sillon. La charnière de cette valve | 
offre deux dents épaisses ; crochues, qui se logent dans deux 
cavités de la valve supérieure. Entre ces deux grosses ‘dents 
se trouve une fossette au fond de laquelle le ligament est at- 
taché; mais ce ligament pénètre dans le sillon qui partage la 
facette du talon. Or les différentes longueurs de ce talon dans 
différens individus de la même espèce prouvent qu'à mesure 
que l'animal du spondyle grandit et vieillit , il dépose derrière 
lui tant de matière testacée, qu'il agrandit le talon de sa valve 
inférieure, avance Braduellenient la charnière de cette valve š 
ainsi que son ligament; et se déplace lui-même avec sa valve 
supérieure : ce qui a liéu pareillement daus les huitres, comme 
je l'ai démontré dans mes cours. 

La valve supérieure a aussi deux dents sie comme 
l'inférieure; mais ces denis sont plus écartées , parce qu'elles 
laissent entre elles trois fossettes, dont celle du milieu recoit 
l'autre portion du ligament. Le crochet de cette valve est petit, 
ne forme jamais de talon , et se courbe vers la fossette du li- 
gament. Dans toutes les espèces, cette valve est ornée e ist 
pese, nee cone comme dans les peignes. 

—G spondyles so iculées à leur base , mais moins 


D HIS T OERE UNI A MAULRAGEMLL E. 351 

H fortement que les peignes. Leur ligament est aus5i tobt-à-fait 

intérieur , sauf la portion qui subsiste dans le sillon du talon, 

Ces E. sont ordinairement vivement colorées, assez 

variées dans leurs couleurs , très-singulières dans leur aspect, 

— et fort agréables à la vue. Aussi sont-elles très-recherchées 
= des amateurs pour l’embellissement des collections. | 

- Les spondyles vivent principalement dans les mers des pays 

chauds et quelques espèces dans celles des climats tempérés. 

On les trouve attachées aux rochers, à une assez grande pro- 

fondeur sous les eaux. 


ES REOR FOSSILES. 


1. Spondyle rape. Velin , n.* 55, f. 8, et n° 35 di 
Spondylus ( radula) subauritus ; striis — CS asperis : aliis squa- 
moso-muricaiis , aliis submuticis granulatis. n. 
L.. n. Grignon. Les plus grands individus de cette espèce sont plus petits que 
- + spondylus gaederopus : ils ont à peine 56 millimètres (21 lignes) de lon- 
gueur. La coquille est ovale-orbiculaire , oblique , et rude au toucher, comme 
une rape. Elle est remarquable par les stries rayonnantes de sa valve supé- 
rieure qui sont toutes très-fines, nombreuses et serrées. Les unes, néanmoins, 
un peu plus fortes et plus relevées que les autres, portent de petites écailles 
relevées, en épines et distantes entre elles; mais ces siries épineuses sont 
séparées les unes des autres par six à neuf stries plus petites et. simplement 
granuleuses. Il en résulte que les stries chargées de petites épines: forment 
des rayons écariés entre eux , disposés d'une. manière assez régul: ière et même 
élégante. Les TA de ces stries n'ont pas 2 millimètres de longueur, et la 
plupart en ont à peine un ou. la moitie d'un. Le dessous de la lave infé- 
rieure est feuilleté par des lames élargies et transversales... < 
Mon cabinet et celui de M. Defrance, —— y 


352 ANNALES DU MUSÉUM 
A 


GENRE LXXVII 


Pereng. Pecten. 
CHARACE. GEN. | 
Testa bivaleis, incequivalyis , regularis , auriculata ; nati» 
bús contiguis. Cardo edentulus : foveolá cardinali tri- 
goná , ligamentum internum recipiente. Impressio mus- 
cularis unica. 


OBSERVATIONS. 


Les peignes constituent, dans la Conchyliologie, un des 
genres les plus naturels, les mieux caractérisés et les plus beaux 
que l'on connoisse. Aussi l'on peut dire que Liané a eu grand 
tort de réunir ce beau genre avec les huîtres, quoiqu'il en ait 
formé une section particulière parmi les espèces de son genre 
ostrea. Au lieu de. présenter des coquilles adhérentes , irré- 
gulières et d'un tissu lamelleux ou feuilleté comme les Pom i 
les peignes sont des coquilles libres, régulières, d'un tissu 
serré et solide, d'une forme élégante, et remarquable dans 
presque toutes les espèces par l'éclat et la variété des couleurs 
dont elles sont ornées. 

Ces coquilles sont presque orbiculaires, à valve supérieure, 
: le plussouvent aplatie; tandis que l'inférieure est plus ou moins 
convexe, et toutes ont à leur base ou prés de leurs crochets 
deux oreillettes inégales , conformées de manière que le bord 
inférieur de la coquille paroit coupé en ligne droite. De l'extré- 
mité des crochets , et principalement sur la valve supérieure, 
partent une multitude de cótes ou stries longitudinales , régu- 
lieres et divergentes comme des rayons, 


> D'HISTOIRE NATUREÉLE | 353 

— Les valves n'ont en général qu'une médiocre épaisseur , et 
présentent intérieurement une seule impression musculaire, 
superficielle et peu marquée. Leur bord interne est plissé par 
l'extrémité des rayons. 

La charnière n'offre aucune dent; mais sous les crochets 
on voit dans chaque valve une petite kae trigone, dans la- 
quelle s'insère le ligament, qui est tout-à-fait intérieur. Ainsi, 
la position de ce ligament , la contiguité des crochets qui ne 
forment jamais de talon, et les autres caractères déjà cités, 
distinguent éminemment les peignes des huîtres, et n'autorisent 
nullement à les réunir dans le même genre. Ces. considérations 
ont engagé Bruguière à rétablir ce beau genre, dont toutes les 
espèces ont entre elles analogie la plus frappante,  . 

Tous les peignes n’ont point leurs valves exactement closes ; 
car, dans plusieurs espèces les valves sontun peu bäillantes bos 
le voisinage des oreilles, et dans d'autres on aperçoit une ou- 
verture iere sous l'oreille la plus grande, et qui semble 
indiquer que Led se fixe par un byssus. Quant à la coquille, 
elle n'est point adhérente , et si dans certaines espèces l'animal 
se fixe par un byssus, ce qui n'est pas encore constaté, il se 
détache sans doute à volonté , eta, comme les autres espèces, 
la faculté de changer de lieu. 

- Les peignes vivent dans le TRE des cótes; on en trouve 
dans toutes les mers. ' 


AES PECES FOSSILES. 


1. Peigne plébéien. Vélin, n. 39, f. 1. - 
Pecten ( plebeius ) orbiculatus ; radiis vigenti angulato - -striatis ; auriculis 
scabris inœqualibus. n. 
3. Idem , auriculá majore angustiore, Fee; n. 39, £ 3. 
L. n. Grignon. Ce peigne n'offre rien de bien saillant dans son caractère comme 
46 


354 "ANNALES DU MUSÉUM 


* s L CER Y LI * À - TA 
espèce, et cependant il est distinct de tous ceux que l'on connoit. C'est une 
coquille presque orbiculaire, peu bombée , élégamment rayonnée en dessus 


et en dessous par des cannelures anguleuses, striées, nombreuses et diver- 


| gentes. On compte vingt à vingt-quatre de ces cannelures; elles sont mu- 


tiques, mais dans leurs interstices on aperçoit une rangée d'écailles très- 
petites et serrées. La grandeur cde ce peigne est au-dessous de la médiocre, 
carles plus grands individus n’ont que 23 millimètres-de longueur. Les oreilles 
sont sillonnées longitudinalement par des rides écailleuses. Cette coquille fos- 
sile n’est point rare à Grignon. 


Mon cabinet et celui de M. Defrance. 


2. Peigne enfumé. Vélin , n. 39, f. 2. 


Mon cabinet et celui de M. Defrance. 


Mee suborbiculatus ; ; radiis (rigent rotundatis : lateralibus 
subas 


speris 5 ; auriculis hab n. 


L. n. Grignon. Celui-ci n'est pas plus grand que celui qui précède, et méme 
: on le trouve toujours d'une taille inférieure. 1l offre à peu près la même 
. forme; mais ses rayons sont plus nombreux: car on en compte de 


4 


trente à trente-quatre. Ce sont des cannelures arrondies, non striées ni 
anguleuses , la plupart lisses ou mutiques; màis, dans les plus grands indi- 
vidus, les cannelures latérales sont un peu écailleuses. Dans chaque in- 
terstice des cannelures on aperçoit une ligne hérissée de très-petites écailles. 
Ce petit peigne est d'un gris-brun, comme enfumé; et intérieurement 
il est presque noirátre avec une tache blanche à la place qu'occupoit Fani- 
mal. li se rapproche du petit peigne noir ( pectem atratus; n. hr l'on 
trouve dans la Manche sur nos cótes; mais il en est distinct. qa 


5. Peigne en écaille. Vélin , n. A T5. 


Pecten ( squmula) orbiculatus , minimus , subocto-radiatus ; radiis internis. n. 
L.n. Parnes. Ce peigne singulier est si petit que les plus yroidd individus ne 


l'emporteat point par leur taille sur l'azozziz squamula. La surface exté- 


' rieure de ses valves est lisse et n'offre aucune cannelure rayonnante; ce qui 


peut être dà à quelque encroûtement de cette surface ; mais l'intérieure pré- 
sente sept ou huit rayons bien distincts qui n'atteignent pas tout-à-fait le 
bord des valves. Les oreilles de cette petite eoquille sont inégales et lisses 


des deux côtés. 


Cabinet de M. Defrance, 


e 


T 


"o 


Mar ict 


D'HISTOIRE NATURELLE . 355 
NO T À. eU dame ve 


On trouve ailleurs en France différens peignes fossiles que les limites de hi 
localité que nous « assons ne nous permettent pas de décrire. Nous citerons ici 
les deux espèces suivantes ; savoir , une belle espèce fossile et fort grande que l'on 
rencontre denis les VI de Bordeaux et qui paroit tenir le milieu entre de 
pecten pleuronectes et le pecten japonicus : nous la nommerons 
Pecten ( bürdigalensis ) orbiculatus , utrinqué convexus et radiatus; "inia 

Aiantibus. n. 

L'autre espèce est tellement voisine du pecten plicatus ( ostrea Nos de 
Linné), qu'elle paroit d'abord n'en être qu'une variété; mais clle n'est point 
striée longitudinalement. La Sene n'a que cinq ou six rayons, dont. quatre 
sont assez larges : nous croyons qu'on peut la nomuner et la caractériser ainsi : 

Pecten ( palmatus ) orbiculato-cuneatus ; radiis subsenis latiusculis levibus; 

d inæqualibus. "^ EC SÉ À ATA 


46 * 


356 . ANNALES DU MUSEUM 


NOT PECE 
SUR LES ILES BERMUDES, 


ET PARTICULIÈREMENT SUR L'ILE SAINT-GEORGES, 


Adressée à MM. les professeurs du Muséum 
d'histoire naturelle par Francors - ANDRÉ 
Micxaux, agent temporaire de l'administra- 
tion impériale des eaux et foréts dans l Amé- 
rique Septentrionale. 


J £ m'embarquai à Bordeaux le 5 février 1806 pour les États- 
Unis: mon voyage avoit pour objet de faire parvenir àP adminis- 
tration impériale des eaux et foréts unegrandeq uanütéd ines 
et de plants des arbres forestiers qui peuvent se raies 
en France, et réussir dans des terrains incultes où nos arbres 
indigenes kefnient de croitre. Le 23 mars, le navire améri- 
cain sur lequel j'avois pris mon passage fut amariné par le 
Leander, vaisseau de guerre anglais, commandé par M. le 
capitaine Henri Witheby , qui le soupconnaüt chargé pour le 
compte des négocians francais, l'envoya à Halifax, chef-lieu 


d'une station anglaise dans la Nouvelle-Écosse ; pes que le juge 


DHISTOIRE.NATURELLE. 357 
de l'amirauté décidât s'il devoit être retenu. Seul des passagers 
jeus ordre de me rendre sur le Leander, oà je restai pen- 
dant quarante-trois jours que dura la croisiere. Cette circons- 
tance fàcheuse qui m'éloignoit de plus de six cents lieues de 
Charles-Town , me procura l'occasion de voir les iles Bermudes 
où le Leander relächa le 7 avril pour renouveler ses provisions 
d'eau. Il y resta huit jours, et j'obtins du capitaine, qui a eu 
pour moi les meilleurs procédés, la permission de descendre 
plusieurs fois à terre: j'en profitai pour faire quelques obser- 
vations que je vais vous communiquer (1). 

Le nombre des iles qui composent l'archipel des Bermudes 
est assez considérable, et les habitans disent qu'il égale celui 
des jours de l'année. Les plus grandes n'ont, dit-on , que 12 à 
13 milles de longueur. Les plus petites ne se présentent que 
comme des pointes de rochers élévés au-dessus des eaux. Leur 
ensemble. occupe une étendue d'environ 35 milles en lon- 
gueur,sur 20 à 25 milles en largeur. Versle nord, des bancs de 
rocher situés à peu de profondeur s'étendent de 30 à 40 milles, 
et en rendent l'approche dangereuse aux navires. 

Ces iles , beaucoup. moins élevées que les Açores, offrent 
dans l'éloignement à peu près la méme apparence ,et ressemblent 
à de hautes et longues collines couvertes d'une sombre ver- 
dure. Elles ne sont point environnées d'une plage basse et sa- 
blonneuse comme les cótes des Florides, mais bordées de ro- 
chers élevés, contre lesquels viennent se briser les flots de 
TOcéan. 

Celle prés de laquelle viennent mouiller les vaisseaux 


«s 


(r) M. Michaux a été relàóché à Halifax, et s'est rendu à New-Yorck. 


358. | ANNALES DE MUSÉUM 
anglais, porte le nom de Saint-Georges. C'est aussi le nom du 
chef-lieu. Hamilton est dans une autre ile, à 15 milles de dis- 
tance : et ce sont les deux seules villes qui existent aux Ber- 
mudes. Il n'y a point de réunion de maisons “4 on puisse con- 
sidérer comme des villages. 

L’ile Saint-Georges, la seule que j'aie parcourue, est située 
au nord de l'archipel. Elle est de la deuxième grandeur , ayant 
9 milles de long sur une largeur de 3 milles en NU en- 
droits , et seulement d'un quart de mille dans d'autres. Le 
détroit qui sépare sa côte méridionale de l'ile Saint-David cons- 
titue le port, dont l'entrée est fort resserrée par la pointe d'une 
autre ile. Elle est bordée de rochers noirâtres , contigus, dont 
la hauteur varie de 5 à 25 pieds. Dans son Bun elle pré- . 
sente une longue colline dont les inégalités dbtoebt: naissance 
à autant de petits vallons. Sur les hauteurs, le sol est aride et 
sablonneux , souvent méme la roche se montre à nu ; dans les 
endroits bas, au contraire,la terre est brune, argilleuse, lé- 
gerement humide, et la vigueur dela végétation annonce l'ex- 
iréme fertilité du terrain. | 

Les trois quarts de l'ile sont couverts de bois; le reste est 
en partie cultivé, ou si aride qu'il n'est ire a a de 
l'être. 

Les plantes naturelles au pays sont peu variées; et quoique 
mes courses dans l'ile aient été très-rapides, je crois pouvoir 
assurer que le nombre des espèces wexcède pas cent quarante 
ou cent cinquante. Parmi ces plantes on en trouye pedes | 
de l'ancien continent, qui ne paroissent pas de nature à y 
avoir été trans portées : telles sont verbascum thapsus , ana- 
gallis | arvensis , mercurialis annua, leontodon taraxacum , 
plantago'major , urtica urens , gentiang nana, oxalis ace- 


D HISTOÓIRE NATURELLE. 359 


| tosella, etc. On y trouve aussi le grand chou palmiste , cha- 
morops palmeto „et le rhus toxicodendrum de l'Amérique 
Septentrione Quant aux autres pistes je n'ai pu en déter- 
miner qu'un petit nombre; mais j'ai recueilli des graines de 
toutes celles qui en avoient conservé de l'année dernière , entre 
autres, d'un arbuste dont les feuilles aromatiqués ressemblent 
à celles de la sauge : ce qui l'a fait nommer sagesbash par les 
habitans; d'une jolie espèce de verbena, et d'un petit medicago, 
dont chaque pied occupe à peine un pouce de terrain : c’est la 
plante la plus commune du pays. Elle vient partout , et forme 
seule presque toute la verdure; car la surface de la terre n'est 
point, comme en Europe et aux Etats-Unis , couverte princi- 
palement de graminées, et cette famille de plantes est trés- 
peu nombreuse aux Bermudes. 

Le juniperus bermudiana , nommé par les habitans cedar, 
cèdre , est le seul arbre forestier de ces iles : toutes en sont cou- 
vertes, et c'est cet arbre qui, vu en masse dans l'éloignement, 
leur donne un aspect triste et sombre. Il croit dans tous les 
terrains ét à toutes les expositions; mais, dans les vallées, sa 
végétation est plus vigoureuse que sur le sommet des collines, 
et les branches primordiales naissent à une plus grande hau- 
teur. Son élévation n'excéde pas jo à 50 pieds; et son dia- 
mètre est d'un pied à 15 pouces. Quoique les branches aient 
de la tendance à se rapprocher du tronc, celles des arbres 
adultes setouchent entre elles: ce qui peut donner une idée de 
la distance à laquelle ils sont placés. Sur les hauteurs et dans 
les endroits qui, ayant été exploités depuis peu, se sont re- 
garnis d'eux-mémes, un quart des jeunes individus forme 
le buisson ;les branches prennent naissance tout prés de la 
terre et s'étendent à 8 ou 10 pieds à la ronde.. 


360 . ANNALES DU WMUSÍUM 

Ces bois ne sont pas assujétis à des coupes régulières : on 
abat un arbre en tel endroit que ce soit lorsqu'on le juge 
propre à l'usage auquel on le destine: on laisse à la nature le 

soin de repeupler les parties où l'on a fait des coupes ; et c'est 
certainement à cette imprévoyance qu'on doit attribuer le 
prix auquel s'est élevé le bois de ces arbres. 

L'époque à laquelle je me suis trouvé aux Bermudes étoit 
celle de la floraison, Les individus femelles sont recounoissables, 
à Ia distance de quinze ou vingt pas, par la couleur plus foncée 
de leur feuillage : les graines sont mûres vers la fin d'octobre; 
mais elles tombent dans le courant de l'hiver; et, malgré mes 
recherches , je n'en apercus que quelques-unes sur les arbres, 
J'aurois désiré vivement en récolter : car je ne doute pas que 
cet arbre ne füt une bonne acquisition , soit pour lile de 
Corse, soit pour quelques-unes des parties de nos départe- 
mens du midi qui avoisinent la Méditerranée. On fait avec ces 
graines un syrop réputé utile dans certaines maladies du 
poumon, 

Le juniperus bermudiana est très-estimé pour la "qualité 
de son bois (1) : le grain en est fin, serré et plus chargé de 
parties résineuses que celui du juniperus virginiana. Comme 
dans cette dernière espèce l'aubier n'a que 5 ou 6 lignes d'épais- 
seur dans un arbre de 1» à 14 pouces de diamètre, ce bois 
est employé à faire des bateaux (sloops) , et ca été de tout temps 
la principale branche d'industrie des Bermudiens, Ces báti- 


+ 


(1) On peut juger de sa conleur et de son odeur par les crayons de mine de 
plomb dits anglais : le génévrier des Bermudes ct celui de Virginie sont égale» 
ment employés à léur fabrication. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 36: 
mens sont estimés à cause de leur marche supérieure, et plus 
encore parce qu'ils sont d'une très-longue durée. On dit cepen- 
dant qu'ils sont plus exposés à se briser , s'ils viennent à toucher, 
que ceux en bois de chéne. Depuis quelques mois, six lougres 
( cutters) doublés en cuivre, du port de 120 à 140 tonneaux, 
ont été construits aux Bermudes par ordre du gouvernement 
anglais. 

Le juniperus bermudiana fait seul la richesse des habitans; 
et l'on évalue la fortune de chaque particulier par le nombre 
d'arbres qu'il possede. On les vend sur pied une guinée la 
piece. 

On m'a assuré qu'il n'y avoit point de quadrupèdes naturels 
au pays. Les seuls oiseaux que jaie vus dans les bois sont le 
cardinal, loxia cardinalis , et l'oiseau bleu, motacilla sialis , 
qui , comme l'on sait, appartiennent au continent de l'Amé- 
riqdüe-Septentrionale. —— ^. | 

Tous les ans , dans les mois de mars et d'avril, le cachalot 
s'approche très-près des côtes : quelques habitans, mais surtout 
des hommes de couleur. libres , se livrent à cette pêche, 

Les coquillages les plus communs appartiennent aux genres 
turbo , donax , mytillus. Ceux de cette derniére espéce sont 
fort abondans et n'ont que5 à 6 lignes de longueur. 

L'agriculture , aujourd'hui presque nulle aux Bermudes, y 
-étoit autrefois florissante. On en voit la preuve par les registres 
de la douane qui font mention de la quantité de sucres et de 
vins exportés annuellement de la colonie. Les habitans actuels 
emploient le petit nombre de nègres qu'ils possèdent à cul- 
tver des légumes et du mais, et à élever de la volaille. Ils ont 
aussi très-peu de bestiaux , et je n'ai vu dans l'ile qu'une dou- 


8. | A7 


302 ANNALES DU MUSEUM 

zaine de vaches qui paroissoient pincer avec difficulté l'espéce 
de medicago dont j'ai parlé. On trouve dans la campagne des 
enclos propres à faire un meilleur pâturage ; mais ils sont éga- 
lement plantés en juniperus. Les provisions de toute espèce 
sont si rares et si chères, que les vaisseaux de guerre qui 
viennent continuellement aux Bermudes ne peuvent s'y pro- 
curer que des pommes de terre et des oignons. 

Il n'y a dans Pile qu'une seule espèce de pierre, qu'on trouve 
partout à quelques pieds de profondeur. A la sortie de la car- 
rière elle est très-blanche et si tendre qu'on la réduit en pous- 
sière entre les doigts ; lorsqu'elle a été exposée à l'air, elle de- 
vient d'un gris foncé, et acquiert assez de dureté. Vue à la 
loupe, elle m'a paru composée d'un sable trés-fin et de co- 
quillages. Deux carrières sont en exploitation prés de la ville, 
dans chacune desquelles sont employés huit à dix nègres ou 
mulètres , qui gagnent d'une piastre à une piastre et demie par 
jour. Le travail est facile : les pierres détachées de la masse 
sont sciées en dalles d'un à deux pieds de largeur sur six à 
huit pouces d'épaisseur. 

On ne voit dans Pile Saint-Georges, non plus que dans 
presque toutes les autres, ni sources ni ruisseaux, et l'expé- 
rience a prouvé qu'on ne pouvoit y creuser des puits; aussi 
ne fait-on usage que de l’eau des pluies, qui, par les précau- 
lions qu'on a prises, suffisent non-seulement à la consomma- 
tion des habitans, mais encore à l'approvisionnement des vais- 
seaux de guerre qui ne relächent aux Bermudes que pour 
renouveler leurs provisions d'eau. 

À environ cent pas du bord de la mer, sont construites, 
sur un plan incliné, deux immenses terrasses de forme trian- 
gulaire, destinées à recevoir les eaux de la pluie, qui coulent 


D'HISTOIRE. NATURELLE. 363 
dans'des citernes, auprès desquelles on roule les pièces vides , 
qu'on remplit avec des pompes à bras. 

Ces terrasses sont construites en maconnerie, entourées d'un 
mur à hauteur d'appui, et quoiqu'elles occupent chacune un 
espace de 45o à 500 toises, elles ne suflisent pas toujours à 
l'approvisionnement de tous les bátimens. La distance des ci- 
ternes du Gouvernement à la ville est d'environ un mille. Le 
chemin qui y conduita 8 à 10 pieds de large et est ombragé 
par des juniperus. Les vaisseaux de guerredu premier et du se- 
cond rang ne pouvant entrer dans le port, ils mouillent sur la 
cóte, et sont conduits par un pilote à la distance d'un à deux 
milles des citernes. 

La ville de Saint-Georges n'a que 250 à 300 maisons. Elle 
est coupée d'une douzaine de rues fort étroites, non pavées, 
et dont une seule peut admettre le passage des voitures; les 
- maisons, dont la moitié seulement ont un étage au-dessus du 
rez-de-chaussée, sont la plupart badigeonnées en jaune. Toutes 
sont construites en pierre et couvertes en tuiles maconnées 
ensemble par leurs extrémités , avec une gouttière autour du 
toit pour recevoir les eaux des pluies: ce toit , peint en blanc, 
réfléchit les rayons du soleil ; ce qui fatigue beaucoup la vue. 

Plusieurs maisons ont de petits jardins dont les murs sont 
couverts de raquettes, cactus opuntia. On n'y cultive que les 
légumes les plus communs. J'ai cependant vu dans quelques- 
uns le carica papaya, le melia azedarach, le bananier et les 
geranium roseum et zonale. 

On rencontre trés-peu de monde dans les rues; et les ha- 
bitans paroissent d'une extrême indolence. Il n'y a dans la 
ville que cinq ou six marchands, qui vendent fort cher des 
épiceries , des clincailleries , des draperies. Les Américains 


M 


364 ANNALES DU MUSÉUM 

apportent dans le pays des planches, da maïs , de la farine, 
du beurre et quelques-autres provisions qu'on leur paye argent 
comptant. La monnoie du pays est la piastre forte. 

On estime de 8 à gooo ames la population des Bermudes. 
J'ignore la proportion entre les blancs et les nègres, qui sont, 
dit-on, plus nombreux. On accuse les gens de la classe infé- 
rieure d'épier les navires pendant les tempêtes, pour piller 
ceux qui ont le malheur d'échouer sur la cóte; et les corsaires 
bermudiens ont toujours été redoutés à cause de leur dureté. 

. Ces iles passent pour être très-saines: c’est ce dont on ne 
peut douter d'apres leur situation et leur conformation inté- 
rieure. 


E bord im Léander, vaisseau de S, M. ne pendant son 
Page des Bermudes à Halifax , le 2 mai 1806. 


D'HISTOIRE :NATURELLE. 365 


^ 


^t. PI. R E 
due à M. DE LACÉPÈDE, Sur Le outre 
du golfe de la = nee et de la mer de 


Gépéss 


PAR M. FAUJAS-SAINT-FOND. 


Gènes, le 20 aoüt 1805. 


Ja eu l'honneur de vous écrire de Nice et de vous faire part 
que j'avois vu dans cette ville ME. Mars, homme d esprit, 
vérsé dans la connoissance des, auteurs grecs et latins, set qui 
a formé une collection des minéraux de son département, et 
s’occupé dans ce moment de recherches sur les coquilles ter- 
restres et fluviatiles du pays; celles-ci doivent être abondantes et 
variées sous un si beau ciel et dans un climat où la verdure 
ne leur. manque jamais, et où le froid ne:les tourmente guère. 
J'ai vu aussi M. Risau ,. jeune naturaliste instruit et plein de 
zèle, qui s'occupe de son côté et dans la méme ville, des poissons, 
des productions marines et des minéraux; il me remit. pour 
vous un poisson qu'il considère comme non. décrit, M. du 
Bouchage, préfet du Var, s'est chargé de vous le faire parvenir- 
-Il y a huit jours que je suis à Génes, J'ai embarqué ma 


- 366 A N NALES DU MUSEUM 

voiture à Nice , et j'ai fait le trajet, par la Corniche , en quatre 
jours, souvent à pied et sur la route la plus pénible et la 
plus périlleuse que je connoisse, Saussure et M. Pictet, Spal- 
lanzani quelque temps aprés eux, firent autrefois ce méme 
voyage et recueillirent des observations géologiques très-im- 
portantes ; mon projet étoit de les vérifier „et d'y joindre , si la 
chose étoit possible, quelques faits de plus. Le mauvais temps 
contraria beaucoup Saussure : Spallanzani n'étoit point alors 
initié dans la minéralogie. Le temps me favorisa dans cette 
traversée pénible, et je pus voir tout ce qui m'intéressoit. 

A Génes, le professeur de botanique Viviani a eu la bonté 
de m'accompagner partout. Je connoissois depuis long-temps 
M. le comte Hyppolite Durazzo, qui a un charmant jardin , 
plein de belles plantes , au Zerbino. Son frère a formé dans son 
palais de Cornigliano près de Sestri une vaste collection des 
diverses productions de la nature dans tous les genres. Je dois 
à M. Viviani la connoissance de M. de Spinola quia une belle 
collection d'insectes de la Ligurie, et quelque chose de plus excel- 
lent et de plus rare encore, un esprit droit, clairvoyant et solide. 

Comme je vous avois promis quelques recherches sur les 
poissons de cette mer , et que j'aimois aussi de mon côté à bien 
connoitre les coquilles qui y habitent , pour les comparer à 
celles qu'on trouve dans l'état fossile , sur tant de'points de la 
France et ailleurs, je m'adressai, selon mon usage, aux pé- 
cheurs du pays. Je visitai les marchés, qui sont toujours abon- 
damment approvisionnés ; je m'occupai surtout de la nomen- 
clature locale, utile et commode pour obtenir sur les lieux 
telle ou telle espèce de poisson ou de productions marines 
dont on peut avoir besoin, 

Sachant que je faisois chaque jour ce travail, M. Viviani m'évita 


D'HISTOIRE NATURELLE. 367 
beaucoup de peine pour les poissons; il s'étoit occupé lui-même 
avec assiduité et constance, depuis plusieurs années , derecher- 
ches analogues ; et comme la langue génoise lui est aussi fami- 
liére que la langue italienne , je pouvois compter sur l'exactitude 
de sa nomenclature ; j'entendis d’ailleurs plusieurs fois les pê- 
cheurs nommer les poissons d'une manière absolument con- 
forme. Je m'empresse donc de vous envoyer , 1^ la nomencla- 
ture linnéene des poissons de la mer de Génes et de ceux du 
golphe de la Spezzia ; 2.° celle des Italiens , et la nomenclature 
vulgaire du pays, c'est-à-dire, celle des pêcheurs et du 
peuple. J'y aurois joint les noms francais de vos genres et 
de vos espèces, si j'avois eu votre savant Ouvrage avec moi: 
mais vous y suppléérez en recevant ce catalogue, qu'il faut 
considérer plutót comme l'ouvrage de M. Viviani que comme 
le mien. Je n'ai pas manqué d'y placer à part le nom de 
quelques espèces que M. Viviani regarde comme nouvelles, ou 
qui n'ont pas été bien décrites. 

Brunnich publia en latin une Zchthyologie marseillaise , 
irés-bien faite; mais il se contenta de joindre au nom systéma- 
tique le nom Soient 

Nous aurons dans celle des poissons de la mer His le 
nom francais , le nom latin , le nom italien et le nom vul- 
gaire génois. On pourra avoir recours à l'ouvrage de Brun- 
nich, pour le nom provencal. Les voyageurs et les naturalistes 
auront par ce moyen une grande facilité pour obtenir les 
poissons dont ils pourront avoir besoin sur ces différentes par- 
ties d'une mer s fertile en belles espèces. 


* 


368 


ANINA GES. DU MUSEUM 


N OMENCLA TURE | de poissons de la rivière de Gênes 
- et de. la Spezzia. 


“ 


LACÉPÈDE, 


LINNÉ: 


GÉNOIS. ' 


ITALIEN. 


Ophisure serpent. 


Muræna serpens, 


Biscia de må. 


Biscia di mare. 


Murène anguille. Murena anguilla. ^ |Anghilla de må. | Anguilla di mare. 
Murène iayre. a | Murena myrus. Serpénte de må. '——- f Serpe di mare. 
$BMuréne congre. Muræna conger. Grotigó. is m 
Ophidie barbu. Ophidium barbatum. |Signoa. Signora. 
li Xiphias espadon. Xiphiás gladius. Pesce spa. Pesce spada. 
Stromatée fiatole. Stromateus fiatola. Pesce fiasco. Pesce fiasco. 
| Uranoscópe rat, | Uranoscorpos scaber. | Pesce preve. Pesce prete. 
Trachine vive. Trachinus draco. Pesce agno. Pesce ragno. 
Gade merlan. Gadus merlangus. Nasello de fondo, 
Gade Sie: | Gadus mustella. Mostella, 
Gade merlus. Gadus merluchius. Nasello. 
| Morone, 
Specie di mustella, 
B Blennie méditerran. | Gadus mediterraneus. 
Blennie gattorugine. Blennius gattorugine. |Ghiggionin. 
ie pholi | Blennius pholis. Ghiggionin. 
pole serpentiforme. Cepola rubescens, Lamia. 
| | H Gobius aphya. : Rossetto, 
`| Gòbins niger: ' Ghiggion. 
Scomber thymus. ^ |Tonno. ` 
Scomber pelamis. | Paamia. 
ombre maquereau. |Scomber scomber. Laxerto, 
Scombre maquereau. | Scomber colias, Strombo, 


D.HISTOIRE 


NATURELLE. 


369 


Echneis remora. 
Coriphéne hypurus. 
Coriphéne rasoir. 
Scorpéne marseillaise. 
Scorpène rascasse. 
Scorpéne truye. 
Dactiloptère pirapède. 
Trigle lyre. 

Trigle hirondelle. 
Trigle grondin. 
Trigle cavillone. 
Peristédion malarmat. 
WiMulle rouget. 

Labre cappa. 

| Labre girelle. 

Labre canude. 

Labre vert. 

Labre varié. 

Spare dorade. . 
Sparesargue. 

Spare mendole. 

Spare pagel. 

Spare pagre. 

Spare bogue. 


Spare, paupe. 


8. 


Coryphena hippurus. 


Coriphæna novacula. 


Scorpæna porcus. 


Scorpæna scrofa, 


Trigla volitans. 


Trigla lyra. 

Trigla hirundo. 
Trigla cuculus. 
Trigla aspera. 
Trigla cataphracta. 
Mullus barbatus. 
Sciæna cappa. 
Labrus julis. 
Labrus cynedus. - 
Labrus viridis, 


Labrus varius. 


À Sparus aurata; E 


Sparus sargus. . 


4 Sparus maena. 
| Sparus erythrinus. 
| Sparus pagrus.. cor: 


| Sparus boops. 
Sparus salpa. 


Scorpæna massiliensis. 


Leccia bastarda. 


| Pesce peltine. 


Scorpena. 


Pesce capon. 


| Pesce rondine. - 


Pesce organo. 


Caussano. 


Pesce forca. 


Treggia. 
Specie di lucerna. 
Tordo de scheuggio. 


| Specie de tordo. 


Specie de tordo. 
Tórdo d'alga. 


À Oggia. . 


Sagao. 


L 
LACÉPÈDE. LINNÉ. GÉNOIS. ITALIEN. 
"mE 
Caranx trachure. . Scomber trachurus. Sò. 
Caranx glauque. Scomber glaucus, Leccia. ; |y 
Echneis remora, Remoa. Remora. 


Triglia. 


| Tordo di scoglio. - 


ANNALES DU MUSEUM 


LACÉPÈDE. LINNÉ. GÉNOIS. ITALIEN: 
Spare denté. Sparus dentex. Dentexo. Dentice. 
pare morme, Sparus mormyrus. Mormoa. | 
Spare maron. Spa hromis, Castagneua.  Castagnola, 
Sparus viii bloch. ` |Rondanin. 
| Lutjan serran. Perca cabriila. 
Centropome loup Perca labrax. Lovazzo. 
ne umbre. ine umbra, : Pesce corvo. f 
Figao. 
|Holorentre marin. Perca marina. | Pompino ( lorsqu'il est 
i : petit ). Luxerno (lors- 
qu’il est grossi ). 
Perséque umbre. Sciena cirrhosa. Ombrinma, ^^ — 
Zée forgeron. Zeus fiber. Pesce san pé. Pesce S. Pietro. 
Pleuronecte limande. Pleuronectes limanda. | Lingua bastarda. 
Pleuronecte sole. Bus solea. Lingua. 
Nerone carréllet. | Pleuronectesrhumbus. | Rombo. 
| Esoce belone. Esox belone. | |Agon. 
rgentine bonuk. .... | Argentina sphyraena. | Agheu. 
thérine joël | Atherina hepselus. | Paascatta, 
{Muge céphale. Mugil cephalus. Musao. . 
[|Exocet sauteur. —— s Bxocetus exiliens. Pesce rondine, 
Clupée sardine. et] Clupea sprattus. "| Sardeïnna. Sardella. 
| lupée alose, «+. {Clupea alosa. | Salacea. | 
| Clupée anchois Clupea enchrasicolus: | Ancina. Acciuga. 
| 3 rpe argentée, , | $almo gasteropelecus. | Aciua de Barberia, Acciuga di Barbaria. 
Ix rénophis héléne. | Murena helena.  Mueinna, Morena. 


Ls 
DHISTOIRE NATUREL EE 3 Jer 
Je joins ici, sur une colonne séparée, le nom de uelques 
poissons que M. Viviani considère comme des espèces nou- 
velles, ou du moins comme des "rr pes. connues ou naga 
décrites. * 
Trigla pygmea. 
Sciena figaro , appelé par les Génois figab. 
Cyprinus giganteus , en génois pescere. "— très-délicate , rare et non 
décrite. 
Labrus sanguineus. 
Labrus argus. 


Je demanderai ces cinq espèces de poissons, lorsque la 
saison sera plus convenable, pour vous les envoyer ; ce 
vous mettra à portée de vérifier les observations. de M. Viviani 
sur les mémes objets. 

Je partirai dans quelques jours pour Mantôué; et inim 
je serai dans le pays vénitien, je ne manquerai pas d'aller 
à Chiosa pour visiter la riche et préciense collection de 
M. l'abbé Stephano Chereghin , qui s occupe , depuis plus de 
quarante ans , à recueillir les poissons et les autres productions 
de la mer Adria: J'espére que. jaurai le plaisir de vous 
écrire de Chiosa. Recevez les assurances des sentimens qe 
m. vous ài voués pour la vie. 


FAUJ AS. 


A 


* 


972 . A NON ACLUESSSoGDO U MUSEUM 


"DES COQUILLES FOSSILES 
ABS ENVIRONS. DE. ME SEMNGE. 


PAR M. FAUJAS-SAINT- FOND. 


- 
r s e is 


Sb-oupsiol .ecoBeieq sh 61 
Hans le voyage épi de v ienee à- beg inséré 
dansles Annales du Muséum d'Histoirenaturelle , tom. 5, p. 393; 
j ‘annonçaique les collines des environs de Mayence quis'étendent 
le trois lieues de longueur , et occupent prés d'une lieue 
dei AR ,' sur une hauteur moyenne de trois cents pieds en- 
viron; ne sont composées que de coquilles attachées les unes 
aux autres; que plusieurs de ces collines, particulièrement 
les: plus grandes ; ne renferment en général que deux espèces 
de bulimes d'une parfaite conservation : et ces coquilles sont: 
sipetites qu'on peut en faire entrer quatre cents dans une case 
carrée dont les côtés ont quatre lignes de face. s 

Comme mon but n'étoit pas alors d'entrer dans des détails 
sur le genre et l'espèce de ces coquilles, j'annoncai que j'en 
ferois l'objet dun Mémoire particulier. 

Cette inconcevable fécondité de la nature dans la forma- 
tion de certaines espèces de mollusques testacés; le lieu où 
l'on trouve celles-ci réunies en quantité aussi immense; la cause 
qui les a disposées en bancs d'une grande épaisseur et d'une 
étendue considérable ; la force de cohésion qui les a réunies et 


A à - 


e 


D'H.US/GÓXÁREAXNATUREILLE E 27 
liées sans autre intermédiaire qu'un peu de poussiére de ces 
mêmes coquilles dissoute par l'eau; leur délicatesse et leur 
fragilité qui n'auroient jamais permis à des vagues tumultueuses 
de les arracher du sein d'une mer lointaine, pour les déposer 
ici à la. e A quelques grandes catastrophes de la nature; 
présentent autant de faits bien dignes de l'examen et des nié- 
ditations de ceux qui étudient la géologie avec l'exactitude et 
la méthode qu'elle. comporte, depuis que l'on. s'occupe avec 
raison à en former une science exacte. 

Je me contenterai de rechercher ici si ces coquilles: qui 
ont, au premier aspect, une appzrence fluviatile , sont ma- 
rines; et comme elles. n'ont jamais été figurées ni décrites 
Mab Met Sees je remplirai cette lacune par une pee 
gravée avec soin, d’après le dessin le plus exact. 

M. Deluc nous iium; dans ses Leitres physiques et! mo- 
rales sur l Histoire naturelle de la Terre; lettre 103, pag. 367 i 
que rien n’est si étonnant que cetie prodigieuse quantité de 
petits coquillages que son frère remarqua il y a vingt ans. 
La plupart étoient des buccins , dit M. Deluc, qui n'exce- 
doient pas la grosseur d'une téte d'épingle. extrême peti- 
tesse de ces coquillages fit douter d'abord à M. Deluc qu'ils 
fussent marins ; mais comme ce naturaliste trouva de Mor pen 
tites moules mêlées avec eux, et à Opphenheim les mêmes 
petites coquilles, qu'il appelle buccins, pêle-mêle avec des 
vis , il conclut de ces faits et de la disposition des carrières, 
que tout y est marin. « Je ne trouvai dans ces carrières, dit 
» M. Deluc, aucun coquillage qui füt plus décidément ma- 
» rin que los petits buccins et les pue moules. 

» Après avoir passé Weisenau , qui n’est éloigné de Mayence 
» que d'une petite lieue, je trouvai dans les pierres rassem— 


354 | ANNALES DU MUSÉUM 
» blées le long de la chaussée, des blocs qui étoient remplis 
» de cames, coquillage trés-certainement marin. Je montai 
» aux Carrières , et j'y trouvai ces cames par couches de demi- 
» pied d'épaisseur, entre d'autres couches de petits buccins et 
» de petites moules. Les cames étoient sans ordre les unes sur 
» les autres, mélées de petits buccins ;la plupart avoient leurs 
» deux battans : elles ont sept à huit lignes de diamètre. Je trou- 
» vai d'autres couches avec les petites vis d'Oppenheim, et 
» enfin de grandes vis de la méme espéce, de grandes moules 
» nacrées et méme des huitres; ainsi toute équivoque est levée: 
» tous ces coquillages sont marins. ( Lettre 103, pag. 367.) 
= D’après les faits rapportés par M. Deluc, et qui sont 
exacts, tout tend à prouver en effet que ces coquilles accu- 
mulées en aussi grand nombre sont marines, et c'est bien-là 
mon opinion. Mais pour arriver à une démonstration plus 
positive encore , il eùt fallu que ce géologue eùt évité de 
commettre une erreur de nomenclature, que les conchilio- 
logistes ne lui passeront pas, celle d'avoir donné le nom de 
buccins à ces petites coquilles qui ne sont pas de ce genre, et 
celui de cames à des coquilles bivalves qui accompagnent les 
premières, et qui appartiennent au genre vénus. Mais il faut 
être juste et honnête dans ses critiques, lorsqu'on relève sur- 
tout des erreurs qui, à l'époque où M. Deluc publioit ses 
Voyages (1) , avoient échappé aux conchiliologistes qui 
lavoient précédé. Bruguière n'avoit pas publié alors son 
Tableau systématique des vers testacés, dans lequel il forma 


Ph 


()M. Deluc fit paroitre ses Lettres physiques et morales en 1779 ,à La Haye , 
chez Dotune, en 6 vol. in-8, 


c 
D'HISTOIRE, NATURELLE. 375 
le genre bulime, qui a été si avantageusement rectifié depuis 
lors par M. de Lamarek (1j. 

Comme mon but est da nem anahat i ici qu'aux coquilles 
qui forment les principales masses des carrières de Mayence, 
depuis77" eisenau, Monbach , etc. , et qu'onretrouve ensuite au- 
delà du Rhin, dans les environs d Francfort, c'est-à-dire, de 
cette quantité innombrable de trés-petites coquilles univalves 
qui n'ont point encore été figurées, j'ai fait représenter celles- 
ci de grandeur naturelle , afin d'en donner une idée exacte à 
ceux qui n'ont pas été à portée de les observer; j'ai eu at- 
tention de les faire représenter grossies à la loupe, afin qu'on 
puisse mieux en distinguer le caractère. J'en ait fait autant pour 
deux moules dont une est petite, tandis que l'autre, plus grande, 
est nacrée en dedans , de méme que pour une vénus , qui accom- 
pagnent assez souvent les tres-petites coquilles univalves , que je 
considère comme des bulimes: ces dernières recouvrent à leur 
tour les moules et l'espéce de vénus qui se trouvent le plus 
souvent disposées en couches ortae plus ou moins in- 
clinées. 

La figure 1 dela planche jointe au mémoire Ee un des 
petits bulimes de grandeur naturelle, vu en dessus , c'est-à-dire , 
dans la partie opposée à la bouche. Figure 2 est la méme, vue du 
côté de l'ouverture. Fig. 3 est la coquille grossie à la loupe, cor- 


(1) Bruguière publia.son excellent Onvrage sur les vers , dans l'Encyclopédie 
méthodique , en 1789. Lamarck a mis au jour son Syszézie des animaux sans ver- 
tébres , en 1802 , et il a encore augmenté et perfectionné ses genres depuis cette 
époque. Voyez dans les Annales du Muséum d'Histoire naturelle ce qu'il a écrit 
sur les Fossiles des environs de Paris, ainsi que divers Mémoires particuliers qu'il 
a iusérés dans ces mêmes Aunales ,sur divers genres nouveaux qu'il a établis, 


356 ANNALES DU MUSÉUM 

respondante à celle de la fig. 1. On compte cinq tours de 
spire ; celui de la base est très-grand. La fig. 4 est la méme, 
vue du cóté de la bouche; l'avant-dernier tour de la spire 
savance dans l'ouverture, en interrompt la régularité et en 
réirécit inégalement la forme. Les caractères donnés par La- 
marck à son genre bulime conviennent parfaitement à celui- 
ci: Testa subturrita , apertura. integra , oblonga, longitudi- 
nalis: in adultis margine exteriore reflexo : columella leis, 
basi integra , non effusa. ( Annales du Muséum , Mémoire sur 
les Fossiles des environs de Paris, genre 35, pag. 280 du tome 
4.). Quelques recherches que j'aie pu faire concernant ce 
bulime, je ne puis le rapporter à aucune espèce distincte 
que nous connoissions encore. ll a des rapports avec le 
bulinus anatinus de. Poiret; mais l'on y observe des diffé- 
rences : cest pourquoi je lui donne le nöm provisoire de bu- 
line renflé de Mayence : bulimus inflatus mogontianus , 
pour rappeler qu'il se. trouve en immense quantité dans les 
carrières des environs de cette ville. 

Les figures 5 et 6 forment incontestablement une seconde 
espèce du méme genre. Fig. 7'et 8 représentent ce bulime 
grossi à la loupe; il est beaucoup plus allongé que le précé“ 
dent, plus pyramidal, eta un tour de Spire de plus. Son ou- 
yerture est un peu plus oblongue et dans une position plus 
verticale; je lui donne, puisque je n'ai point pu trouver d'a- 
nalogue qui lui convienne, le nom de bulime allongé de 
Mayence : bulimus elongatus mogontianus. * 

Il se présente ici une question embarrassante : M. de La- 
marck considère tous les bulimes comme terrestres , vivant 
hors des eaux, mais dans des lieux frais et ombragés. Ce 
sont les. expressions de ce célèbre zoologiste. Cependant il ‘y 


D'HISTOIRE: NATURELLE. 377 
a lieu de croire que les bulimes des environs de Mayence 
sont marins. Leur nombre immense, les vénus, les moules qui 
les accompagnent, les couches d'huitres qui sont au-dessus, 
semblent exclure toute idée de mollusques testacés terrestres. 

M. de Lamarck lui-même, dans l'énumération des bulimes 
fossiles des environs de Vibes dont il a publié quinze espèces , 
en considéra deux comme pouvant être marines, et par là 
hors du genre ; et il en a placé cinq autres à part et à la suite 
des autres , qu'il appelle bulimes d'un genre douteux. 

Ceci prouve combien dans ces circonstances on auroit be- 
soin de recourir aux animaux vivans pour obtenir des notions 
plus positives ; mais les difficultés de se procurer des mollusques 
testacés marins vivans, où méme conservés dans des liqueurs 
Spiritueuses , sont si grandes, relativement surtout à la quan- 
tité de ceux qui ne sont pas encore connus , particulièrement 
dans les petites espèces; et les naturalistes voyageurs é prouvent 
d'un autre cóté de si grands obstaclesllorsqu'ils sont en mer, 
pour se livrer à ce genre de recherches, qu'il s'écoulera bien 
du temps avant que cette partie des sciences naturelles fasse 
les mémes progrés que les autres. 

Cependant le géologue , en s'appuyant sur de fortes analo- 
gies, plusieurs fois répétées comme dans le cas dont il gagit, 
peut se croire autorisé à considérer comme marines, malgré 
quelques doutes qui tiennent à nos méthodes asish ie des 
coquilles qu'on trouve en grand nombre avec d'autres co- 
quilles non moins nombreuses , sur lesquelles on ne sauroit 
élever le moindre doute relativement à leur état marin; sur- 
tont toutes les fois que les unes et les autres ont été déposées 
dans des bancs calcaires qui sont le résultat de grandes stra- 
tifications qui ne peuvent appartenir qu'à la mer. : 


8. 49 


378 ANNALES DU MUSÉUM 


Je dirai, pour venir à X Fappai de ce que j'avance, ét qui 
s'applique naturellement à nos petits bulimes des environs 
de Mayence , que des coquilles d'une nature absolument sem- 
blable, ont été trouvées non loin de Paris par un natura- 
liste trés-attentif et trés-exercé dans la connoissance des co- 
quilles fossiles. Voici la note que voulut bien me communiquer , 
il y a quelque temps, M. Defrance, dont la belle collection: 
ést si souvent citée par M. de Laura: « On trouve entre 
» Roquéncourt et le Chenay prés Versailles une poriion de 
terrain formé de sable quartzeux, de detritus calcaires, 
» mélés d'un peu de glaise et de terre végétale par-dessus , 
» dans lequel on voit des pierres qui ne sont composées que 
» de petits bulimes absolument semblables à ceux que l'on 
» trouve dans les pierres des environs de Mayence; dont vous 
» avez apporté une si belle collection. Ces petits bulimes des 
» environs de Roquencourt et du Chenay sont accompagnés 
» de coquilles bivalves minces et petites, difficiles à retirer 
» sans les briser de la pierre qui les renferme; ce qui em- 
» pêche de les déterminer d'une manière bien précise. On 
» trouve dans le méme endroit des groupes d'huitres fossiles 
» d'une petite espèce et des huîtres beaucoup plus grandes qui 
» ont paru si remarquables à M. de Lamarck, qu'illes a jugées 
» dignes d'étre dessinées, et detrouver place dans la magnifique 
» collection des vélins du Muséum d'Histoire naturelle. Des cé- 
» rites, et d'autres espéces de coquilles incontestablement 
» marines , se trouvent dans le méme lieu que les petits 
E. bulimes. » 

EU. ne sauroit douter raisonablement , d'après ces faits , 
que des bulimes de Mayence ne soient de véritables. équitics 
marines; et S'il falloit ajouter encore une circonstance qui 


z 


D'HISTOIRE NATURELLE: 3;9 
confirme ce que j'avance, je dirois qu'on voit quelques-unes 
de ces coquilles encore colorées à cóté des autres qui ont 
perdu entiérement leur principe colorant. Les premiéres ont. 
une jolie teinte égale de fauve clair tirant sur le rose. Cette 
couleur agréable et uniforme n'est due à aucune substance 
colorante étrangère aux coquilles : en cet état, on croiroit 
voir une trés-petite coquille qui rappelle en miniature l'idée 
de la coquille appelée faisan , qui se trouve dans les mers de 
la Nouvelle - Hollande, et qui a presque tous les caractères 
extérieurs d'un véritable bulime: ce qui démontre que dans 
la mer il y a des coquilles rapprochées du genre bulime. Aussi 
M. de Lamarck s'est-il cru obligé, depuis peu, de former de 
la coquille du faisan un genre particulier qu'il a appelé 
phasianelle , re E Annales du Muséum, tome 4, 
pag. 295.) 

Il me reste à dire un mot sur les ES moules. La figure 11 
représente la petite, de grandeur naturelle; n° 12,la méme, 
grossie à la loupe ; n^ 13, la seconde moule beaucoup plus 
grande que l'autre, et dessinée telle qu’on la trouve; n° 13, la 
méme, grossie : celle-ci est constamment nacrée et brillante 
dans son intérieur. On ne sauroit les rapporter ni l'une ni 
l'autre à des espèces analogues connues. 

- Les figures 9 et to sont relatives à la coquille bivalve à la- 
quelle M. Deluc a donné improprement le nom de came. Je 
suis parvenu à ouvrir quelques-unes de ces coquilles qui sont 
pétrifiées, et l'on voit, par leur charnière et par les dents, 
qu'elles appartiennent incontestablement au genre vénus. —— 

J'ai fait beaucoup de recherches pour rapporter ces der- 
uières aux espèces de vénus que nous connoissons dans les 

4g * 


380 ANNALES DU MUSEUM 

collections , ou dans les figures publiées par différens auteurs; 
et je n'ai trouvé absolument que la figure D, E, planche 77, 
de Gualtieri, qui puisse sy rapporter: mais cet auteur ne 
cite point. l'Aabitat, et renvoie à Bonani dont il a copié la 
figure. J'ai donc eu recours à celui - ci : jai trouvé la planche 
et la description, classe 2 des bivalves, n.° 33. Bonani dit 
qu'elle se rencontre sur les côtes d’Espagne, Gmelin l'a rap- 
portée mal à propos au genre telline, sous le n? 94, et lui 
a donné le nom de tellina sinuosa : il a puisé chez Gualtieri. 
Bosc a cité Gmelin sans recourir à Bonani; de manière que 
cette coquille, dont plusieurs auteurs ont fait mention, n'a été 
originairement connue que par Bonani. Or, comme je n'ai pu 
voir celle-ci nulle part en original pour la comparer sévérement 
à celle des environs de Mayence, jene puis rien affirmer de po- 
sitif sur l'identité de la coquille de Bonani , avec celle qui nous 
occupe; car l'on sait que les coquilles du genre vénus sont 
irés-nombreuses et trop difficiles à déterminer sur de simples 
figures : le faitle plus important est que ces coquilles sont ma- 
rines, et qu'elles se trouvent en grand nombre avec les deux 
espéces de bulimes qui paroissent avoir la méme origine. 

En adoptant cette opinion pour les coquilles des environs 
de Mayence, je ne prétends pas révoquer en doute qu'il ne. 
puisse exister et qu'il n'y ait en effet quelques coquilles flu- 
vialiles et méme terrestres, pétriliées ou dans l'état fossile ; 
car les divers bouleversemens occasionnés par des déplace- 
mens de mers, dont tout retrace les caractères , en entrainant 
de si loin les restes de tant d'animaux et de végétaux qu'on 
trouve enfouis dans la terre , ont pu y réunir aussi des coquilles 
d'eau. douce et des coquilles terrestres : mais alors ces corps 


: D'HISTOIRE NATURELLE. 38% 
ainsi transportés par des montagnes d'eau qui entrainoient tout 
par leur pesanteur et leur vitesse ; ne peuvent se rencontrer 
que dans des terrains d’alluvions, ou au milieu des débris 
pierreux qui constituent les bréches, les poudingues qui ont 
formé les amoncellemens de sable, de marnes et de tous les 
autres matériaux que des courans aussi rapides ont arrachés de 
toute part du sein des montagnes et de la surface de la terre. 

Mais il ne doit pas en éire de méme relativement à ces au- 
tiques stratificatiüns qui constituent les grandes montagnes cal- 
caires coquillieres , et qui sont le résultat d'une suite de dépôts 
lents et successifs. Alors sans doute tout étoit sous les eaux de 
la mer , et ce n'est pas là où il faut s'attendre à rencontrer des 
coquilles fluviatiles et terrestres; et s’il s'en présentoit méme 
dans ces bancs antiques et sous-marins qui portassent la livrée 
de ces dernières , on s exposeroit à des erreurs qui retarderoient 
les progres de la science, si on les regardoit comme fluviatiles 
d'apresleurs caractères de similitudes , puisés dans les méthodes 
artificielles. 

Et quand méme, je le suppose, l'identité de forme seroit 
parie pour quelques coquilles , s'ensuivroit-il pour cela 
qu'on düt les considérer comme absolument étrangères à la 
mer. On n'a point encore fait attention que puisque tout an- 
nonce que les eaux du grand Océan ont recouvert les plus 
hautes montagnes, non d’une manière passagère, mais d'une 
manière stationnaire, a-t-on suflisamment réfléchi, disons- 
nous, sur l’état dans lequel devoient se trouver ces eaux alors 
si abondantes et pour ainsi dire si neuves ? L'absence presque 
totale du sel marin qu’elles contiennent à présent en si grande 
abondance , ne leur donnoit-elle pas à cette époque des pro- 


382 ANNALES DU MUSÉU M 

priétés qu'elles ont perdues ? et si elles n'étoient point salées dans 
ces temps, ou qu'elles ne le fussent que foiblement, ne devoient- 
elles pas nourrir alors des coquilles analogues à celles de nos lacs, 
de nos riviéres, de nos fleuves, qui n'ont probablement pas eu 
elles-mémes d'autre origine? Ne pourroit-on pas se demander 
encore si ce n'est pas à cette grande diminution des eaux de 
la mer, qui a nécessairement augmenté le rapprochement des 
molécules salines et rendu ce principe salin trop dominant, 
qu'est due la perte de plusieurs mollusques testacés que nous 
ne trouvons plus que dans l'état fossile, et qui ont cessé de 
vivre dans le sein de l'Océan, parce que cet excés de sel étoit 
nuisible à quelques espèces í ? "Cette pensée, jetée au hasard et 
présentée ici d'une manière trés-rapide, peut être susceptible 
dun développement que les faits seroient bien loin de contra- 
rier, et qui paroít digne des méditations de ceux qui sont versés 
: dais les connoissances géologiques. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 383 


EXPLICATION DES PLANCHES 


Relatiees aux coquilles fossiles des environs de Paris. 


ONZIÈME PLANCHE. 


Fig. 1. Turritelle subcarinée. Turritella subcarinata. 

Annales , vol. 4, p. 217; n. 3 : 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme , vue du côté du dos. 

2. Bulle ovulée. Bulla ovulata. 
Annales, vol. 4 , p. 221, n. 1. 
a. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. 

5. Bulle striatelle. Bulla striatella. 
Annales, vol. 4, p. 221, n. 2. ` 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. 

4. Bulle couronnée. Bulla coronata. 
Annales, vol. 4 , p. 222, n. 4. 
a. Coquille , vue du cóté de l'ouverture. 
b. La même , vue du côté du dos. - 

5. Bulle cylindrique. Bulla cylindrica. 
Annales, vol. 4 , p. 222, n. 3. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La même, vue du côté du dos. 

6. Bulime en tarière. Bulimus terebellatus. 
Annales, vol. 4, p. 201, n. 5. 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. 

7. Buline petit-cóne. Bulimus conulus. 


Annales, vol. 4 , p. 295 , n. 7. 


382 ANNÂLES DU MUSEUM 


a. Coquilie , vue du côté de l'ouverture, 
&. La mème, yue du côté du dos. 

8. Bulime sextone. Bu/imus sextonus. 
Annales , vol. 4 , p. 292, n. 6. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture, 
b. La même, vue du côté du dos. 

9. Bulime nain. Bulimus nanus. 
Annales , vol. 4 , p. 295, n. 10. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
8. La méme, vue du côté du dos. 

10. Bulime luisant. Bulimus nitidus, 
Annales, vol. 4, p. d 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture, - à 
b. La méme, vue du côté du dos. 

11. Bulime cyclostome. Bulimus cyclostomus, 
Annales, vol. 4, p. 294. * 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture, 
b. La méme, vue du cóié du dos. 

12. Bulime aciculaire. Bulizmus acicularis, 
Annales, vol. 4, p. 292, n. 4. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
5. La même, vue du côté du dos. 


Ed 
DOUZIEME PLANCH E, 


Fic. 1. Phasianelle turbinoide. Phasianella turbinoides. 
Annales , vol. 4 , p. 296 , n. 1. 
4. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du côté du dos. 
2. Mélanie à petites côtes. Melania costellata. 
à Annales, vol. 4,p-430,n. 1. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
— b.La méme , vue du côté du dos. 
5. Mélanie froncée. Melania corrugata. 
Annales, vol. 4 , p. 451, n. 6. 
_ a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
— b. La méme, vue du côté du dos. 
+ Mélanie bordée. Melania marginata, 
Annales, vol. 4 , p. 430, n. 3. 


E 


DHISTOIRE NATURELLE. 


a. Coquille, vue du côté de l'ouverture, 
b. La méme , vue du côté du dos. 

5. Mélanie lactée. Melania lactea. 
Annales, vol. 4, p. 450, n. 2. 
&. Coquille , vue du cóté de l'ouverture. 
5. La méme, vue du côté du dos. 

6. Mélanie brillante. Melania nitida. 
Annales, vol. 4, p. 452, n.8. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
5. La méme, vue du côté du dos. 

7. Auricule sillonnée. Auricula sulcata. 
Annales , vol. 4, p. 454, n. 1. 

a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
5. La méme , vue du cóté du dos. 

8. Auricule ovale. Auricula ovata. 
Annales , vol. 4, p. 455 , n. 2. 

a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
5. La méme , vue du côté du dos. 

9. Auricule aiguillette. Auricula acicula. 
Annales, vol. 4, p. 456, n. 6. 

a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
" La méme, vue du cóté du dos. 

10, Auricule en tarière. Auricula oala, E: 
Annales , vol. 4, p. 456, n. 7. d i 
a. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 

b. La méme , vue du cóté du dos. 

11. Auricule grimacante. Auricula ringens, 
Annales, vol. 4, p. 435, n. 3. 

a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
2. La méme, vue du côté du dos. 

12. Volvaire bulloide. F’olvaria bulloides. 
Annales, vol. 5, p. 29. 

a. Coquille, vue du côté P l'ouverture. 
b. La méme , vue du côté du dos. 


385 


580 ANNALES DU MUSEUM 


TREIZIEME PLANCHE 


. 1. Ampullaire sigarétine. Ampullaria sigarétina. 


Annales , vol. 5, p. 52 , n. 10. 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La mème, vue du côté du:dos. 
2. Àmpullaire ouverte. Ampullaria patula. 
Annales, vol. 5, p. 32, n. 9. 
&. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
b. La méme, vue du cóté du dos. 
3. Ampullaire déprimée. Æmpullaria depressa, 
Annales, vol. 5, p. 32, n. 7. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La même , vue du côté du dos. 
Vélin, n. 20, fig. 6 et non fig. 7. 
4. Ampullaire acuminée. Ampullaria acuminata. 
Annales, vol 5, p. 5x, m5 
4. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme , vue du côté du dos. 
5. Ampullaire pointue. ÆAmpullaria acuta. 
Annales, vol. 5, p. 91, n. 4. 
a. Coquille, vue du cóté de l'ouverture. 
ó. La méme, vue du côté du dos. 
6. Ampullaire pygmée. Ampullaria pygmæa. 
Annales, vol. 5, p. 50, n. 1. 
a. Coquille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La méme , vue du côté du dos. 
7; Ampullaire à rampe. Æmpullaria spirata. 
Annales , vol. 5, p. 51, n. 6. 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
b. La même, vue du côté du dos. 
8. Ampullaire crassatine. Æmpullaria crassatina. 
Annales , vol. 5, p. 35 , n. 11. 
a. Coquille , vue du côté de l'ouverture. 
4. La méme, vue du côté du dos, 


EJ D'HISTOIRE NATURELLE, 387 


QUATORZIÈME PLANCHE 


Fic. 1. Planorbe subanguleux. P/anorbis subangulata, . 
Annales, vol. 5, p. 55, n..2, 
a. Coquille , vue en dessous. 
b. La méme , vue en dessus. 
2. Planorbe nitidule. Planorbis nitidula. 
Annales, vol. 5, p. 35, n. 1. 
La coquille est vue en dessus. 
5. Planorbe bicariné. Planorbis bicarinata 
Annales, vol. 5, p. 56, n.5. 
La coquille est vue en dessous. 
4. Nérite tricarinée. Nerita tricarinata, 
_ Annales, vol. 5, p. 94, n.2. 
a. Coquille, vue en dessous. 
b. La même, vue en dessus. 
5. Natice cépacée. Natica cepacea. 
Annales, vol. 5, p. 96, n. 3. 
a. ille, vue du côté de l'ouverture. 
b. La même , vue du côté du dos. 
6. Natice épiglottine. Natica epiglottina. zs 
Annales, vol. 5, p. 95, n. 2. E 
7. Discorbite vésiculaire. Discorbites vesicularis. 
Annales, vol. 5, p. 185. 
8. Rotalite trochidiforme. Rotalites trochidiformis. 
Annales , vol. 5 , p. 184, n. 1. 
a. Coquille, vue en dessous. 
b. La même , vue en dessus. 
9. Rotalite discorbule. Horalites discorbula. 
Annales, vol. 5, p. 185,n. 4. 
a. Coquille, vue en dessous. 
b. La méme , vue en dessus. 
10. Nummulite lisse. Numulites levigata. 
Annales, vol. 5, p. 241, n. 1. 
a. Coquille entiere, vue en dessus. 
5. La méme coupée, vue dans son épaisseur. 
11, Lenticulite rotulée. ZLenticulites rotulata. 
Annales , vol. 5, p. 188, n. 5. 


388 ANNALES DU MUSÉUM 
12, Lituolite nautiloïde." Lituolites nautiloides. 


Annales, vol. 5, p. 245, n. i. 
15. Lituolite difforme. Zituolites di ifformis. 
Annales, vol. 5, p. 245, n. 2 
a. Coquille entière. 
5. La même, usée et vue à l'intérieur. 
14. Spirolinite aplatie. Spirolinites depressa. 


Annales, vol. 5, p. 245, n. 1 
15. Spirolinite cylindracée. Spzrolinites cylindracea 


Annales, vol. 5, p. 245, n. 2. 
16. Variété présumée de la méme espèce , à che vag droite, 


gens ibid. 
e; Cle à entière. 
5. La méme, à Ea gs pour montrer Je syphon, 


ee D'HISTOIRE NATUREL LE. 389 


SUITE 


OBSERVATIONS CARPOLOGIQUES. 


PAR M. CORRÉA.DE SERRA. 


VIL SOLANDRA GRANDIFLORA. 


£ 


Tab. IV, fig. 1. (Swartz. Flora dnd. Occ. , t. x, p. 39, t. 9) 


- Favcrvs 


Induyice, Calicis perianthii monophylli, laciniz tres ad quinque, 
magnæ , lanceolatæ, striato-angulatæ , erectæ ; 
exsiccatione et pericarpii incremento ad basim 
usque divise, persistentes. Pedunculus matu- 
ritate incrassatus. 


Pericarpium. Bacca ovalis conica , acuminata, albida quadri- 
locularis. Cortex membranaceus, tenuis, carn: 


390 ANNALES DU MUSEUM 


arcte adnatus. Caro spongiosa, succulenta , glu- 


tinosa, albida. Dissepimenta loculorum:carnoso- 
membranacea , membrana propria tenuissima 
vestita. 

Placentatio. Placentæ quatuor, parietibus baccæ per paria in- 
serta, unumquodque par, commune exortum 
din cum dissepimento intermedio; alia duo 
dissepimenta liberum et solitarium exortum ha- 
bent. Placeniæ fungosæ succulentz, quibus se- 
mina numerosa horizontaliter affixa, funiculis 
umbilicalibus centralibus longis, in ATA sub- 


mersis. 


Dehiscentia. Nulla. 
** SEMEN. 


Forma. Semen reniforme, rostellatum, scrobiculatum , ni- 
; gricans. Hilum in cavitáte renis. 
Integumentum. Duplex, exterius crustaceum nigricans; inte- 
rius cartilagineum, fusco pallidum. 
Perispermum. Semini conforme , carnosum , pallidum. 
Embryo. Dicotyledoneus subperiphericus, incurvus, albus. 


Cotyledones semiteretes; radicula longa , basi 
crassior. 


Exrt. ric. (a) Fructus integer. (b) Idem horizontaliter dis- 
|. sectus. (c) Semen naturali magnitudine. (d) Idem 


= | D'HISTOIREUNATURELLE 391 
" auctum. (e) Jdem verticaliter dissectum cum peri- 
spermo et embryone. 


VIII. INCARVILLEA SINENSIS. 
Tab. IV, fig. 2. (Lamarck, Encycl. t. 3, p. 233.) 


* FaRvcTvus. 


+ z i us 
Jnd. Calicis persistentis, quinq 


Peric. Capsula siliquæformis subcompressa , hexagona , longa, 
acuta, bilocularis, bivalvis. Dissepimentum membrana- 
ceum planum, valvis parallellum , duplici serie cicatricu- 
larum notatum , et conflatum duplici membrana, intus 
substantia spongiosa conferta. 


ibacteati, liauiz frasi] 


ES uv. 


Placent. Chorda pistillaris intra duas membranas dissepi- 
menti ramosa (discapa? ); seminaunicuique dissepimenti 
cicatriculæ affixa, imbricata. 


Dehisc. Longitudinalis ad valvarum limites. 
** SEMEN. 
Forma. Semina obovata foliaceo-compressa , margine mem- 


branaceo albo cincta, in medio rufescentia, iu latere 
interiori sulco longitudinali notata. 


392 ANNALES DU MUSÉUM ra 


Integ. Duplex ; exterius membranaceum tenue , pellucidum , 
in marginem ampliatum ; interius embryoni arcte ad- 
natum fusco viride. 


Perisp. Nullum. 


Emb. Dicotyledoneus semini conformis. Cotyledones ovatæ 
carnose compressa. Radicula supera brevis conica. 


Expr. ric. (a) Fructus integer dehiscens. (b) Dissepimen- 
tum. (c) Semen naturali magnitudine. (d) pare 
naturali magnitudine. (e) Idem auctus. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 393 


IX. SIDEROXYLON SPINOSUM. 
Tab. V, fig. x. ( Lamarck., Encycl., t. 1, p. 246 ). 
* Fraucrus. 


Jnd. Calix persistens , parvus quinquefidus concavus. 


Peric. Drupa baccata supera, ovali oblonga punctis glandulosis 
notata, lutescenti viridis , carne duriuscula , fceta nuce bi 

æ aut tri loculari, vel potius nucibus totidem arcte coali- 
tis monospermis. Putamen osseum crassum glabrum. 

PCR DUI ph pe cs 


Dehisc. Nulla. 


** SEMEN. á 
Forma. Semen ellipticum , utrinque acuminatum complana- 
tum. 


Integ. Simplex tenue, perispermo arcte adhze- 


rens. 
Perisp. Semini conforme, carnosum. 


Embryo. Dicotyledoneus, perispermo paulo minor. Cotyle- 
8. 51 


_ 394. ANNALES DU MUSÉUM 

dones ovato lanceolatz , foliacez, pss. Radicula teres 
brevis. . e 

Ex»r. r16. (a) Fructus integer. (b) Drupa horizontaliter dis- 
secta ut putamen nucis appareat. (b) Eadem nux 
bilocularis , utroque loculo fertili, horizontaliter 
£ 5: dissecta, (c) Nux trilocularis, loculis duobus abor- 
divis. (c) Eadem horizontaliter dissecta. (d) Semen 
nudum. (e) Embryo. 


} 


gk. RHIZOBOLUS SAOUVARL. 


Tab. Y, fig. 2. ( Saouvari glabra, Aublet. Pl. Guian. 
P- 599, t. 240 J. 


* Fnvcrcrvs. 


Induviæ . 


LI . E . . .- LA . \ 
Peric. Nux reniformis rotundata unilocularis > interiore latere 


margine oblongo reculineo rimaque inciso notata. Pu- 

lamen crassissimum , ex duplici substantia conflatum. Ex- 

= 4erior substantia ni obvelans setas innume- 

ras rigidas, pungentes, ex interiori substantia ortas. Inte- 

rior substantia ,lignosa, extus innumeris processibus se- 

taceis $ subulatis echinata. Hi processus in recenti fructu 
ntiæ drupacex oleosæ subditi sunt. 


^ 


- D'HISTOIRE NATURELLE 395 
Placent. Per marginis rimam funiculus transit umbilicalis , 
intus in cárunculam latam spongiosam bilobam, cui se- 

men insidet , dilatatus. 


Dehisc. . € . . 0 . . Li . . M s PT. . 


** SEME N. 


Forma. Semen unicum reniforme, dorso carinatum , utroque 
;in latereinteriore, disco 


apice attenuatum , ferrug 
excavato notatum , quo carunculæ umbilical insidebat. 

Integ. Duplex , utrumque membranaceum. 

Perisp. Nullum. 

Emi. Dicotyledoneus lacteo albus. Cotledines | parvæ ovato 
lanceolatæ foliaceæ. Plumula nulla. Scapus inter cotyle- 
dones atque radiculam medius , longiusculus subulatus. 
anceps. Radicula maxima, totam nuclei substantiam 
amygdaloideam efficiens , sursum adscendens, 


Osservario I. Saouvari genus ab Aubletio conditum nullo nititur 
fundamento, cum flores ipse non viderit, et ejus 
Saouvari villosa Vahlio observante , Caryocar sit 
amygdalinum Linnæi, quod Rhizobolus Pekea 
Gærtneri est. Saouvari glabra nimium incerta 
remanet , et fas est ex analogia credere Aubletium 
in tab. 240, fructum delineasse , in quo nux unica 
fertilis , tres essent abortivæ : nam quas nuces Au- 
bletiussub Saouvari nomine in Europam advexit , 
Srž 


, 


396 ANNALES DU'^MUSÉSUMNM- 
et in Banksiana , et Jussieuana collectionibus 
existunt , procul dubio ad Rhizoboli genus per- 
tinent, nec aliis verbis embryonem Saouvari de- 
signare potut, quam quibus Gertner embryonem 
Rhizoboli Pekeæ dudum descripserat. 


Ossery. II. Genus hoc facile Terebintaceum crederem ni folia 
essent opposita. Per eum fortasse a Terebintaceis 
ad pipa iransitus,  — 


Expr. ric. (a) Nux integra. (b) Eadem ab hilo ad dorsum 
dissecta. (c) Min nudum. (d) Idem excorticatum- 
ut radicula et plumula appareant. (e) Plumula, 
seorsim. 


D'HISTOIRE! NATURELLE. 397 


XI PTERIGIUM COSTATUM. 
Tab. VI, fig. x. ( £x Museo Banksiano. ) 
* FRUCTUS- 


Jnd. Calix persistens globosus , inferus , sublignosus , cupularis 
monophyllus quinque partitus , laciniis foliaceis rigidis 
inæqualibus , basi auriculato revolutis, tribus minoribus 
ovatis, duobus majoribus oppositis multo longioribus , 
omnibustrinerviis reticulato venosis. Ad cupulam, costae 
quinque 'elevatze, laciniis marginis alternæ. 

Peric. Nux coriacea unilocularis evalvis, fundo calicis arcte 
adhærens, elliptico turbinata, in mucronem ( styli ves- 
tigium ) desinens. Basim ejus introrsum in quinque aut 
sex sinus, costæ totidem internæ dividunt, cum costis: 
calicinis alternantes. 

Placent. Chorda pistillaris simplex é nucis base ad stylum 
lateraliter ascendit. Ejus supernæ parti, radiculam em- 
bryonis superam per funiculum umbilicalem brevissi-- 
mum connecti reor.. 

Dehisc. Nulla. 


** SEMEN. * 


2i 
Forma. Semen unicum nucis ske maidine, ex rotun- 
data basi pyramidatum , leviter striatum, ferrugineum.. 


398 ANNALES DU MUÉSUM 


Integ. Simplex membranaceum spongiosum, intus variis plicis 
lamellosis intra nuclei substantiam demersum. 


Perisp. Nullum. 


Embryo. Dicotyledoneus. Cotyledones carnosw- multipliciter 
et irregulariter supra radiculam contortuplicatæ. Radi- 
cula brevis, crassa , teres supera. 


Ossery. Camphoram Sumatranam quz juxta Kæmpferum ex 
Daphnæo sanguine non est ex hac arbore produci 
fertur. Ignotz ejus partes omnes, preter fructum et 
folia; suspicor tamen monoicam aut dioicam esse , et 
ex embryonis structura Fago aut Castaneæ affinem. 


Exec. ric. (a) Fructus integer. (b) Idem ad basim horizon- 
taliter dissectus tam in nuce quam in induvus. (c) 
Nux seorsim. (d) Embryo in basi visus. (e) Idem 
verticaliter dissectus. 


PS. 


BP HISTOIRE NATURELLE. 399 


XII FERREOLA BUXIFOLIA: 
Tab. VI , fig. 2. ( Roxburgh, PL Coroniandel i PA 
*CFüvcTUSs. 


Ind. Calix (perianthium) persistens, inferus, monophyllus, pa- 
telliformis, trilobus. Styli fragmentum persistens. 
Peric. Bacca subglobosa , acuminata, gibba , subexsucca , ma- 

gnitudine pisi majoris, bi vel trilocularis. Cortex exte- 
rior coriaceus; loculamenta monosperma , vestita mem- 
‘ brana propria tenuissima dissepimentis continua. 
P lac. Chorda pistillaris centràlis, cui semina in angulo supe- 
riore loculorum , funiculo brevi affixa. Unum tantum- 
modo perfectum communiter evadit. 


Dehisc. Nulla. 


** ÇEMEN 


Forma. Semen ovale quadrisulcatum , rostellatum , nigres- 
cens ; sulcus interior , latior , profundior. Foveola sub- 
rostello. 

Integ. Triplex; exterius membranaceum , tenue hyalinum ; 
sequens crassum , granulatum , nigrescens, intimum exile 
fusco-ferrugineum, perispermo arcte adhærens. 


, 


Aoo ANIN'AIL E S :D'U MU S É:U M 

Perisp. Semini conforme, cartilagineum , tenax, hyalinum. 

Emb. Dicotyledoneus, foliaceus, inversus. Cotyledones cor- 
datæ. Radicula supera, longa, teres, ad basim incrassata 
_et discolor. 


Osserv. Diospyro et Royenæ affinis. 
Exer. ric. (a) Fructus integer. (b) Bacca horizontaliter dis- 
secta ut loculamenta effata appareant. (c) Semen 


nudum auctum. (d) Idem verticaliter dissectum 
cum perispermo et embryone. 


( La continuation dans la suite de ces Annales ). 


D'HISTOIRE NATURELLE, hor 


SUR DIFFERENTES DENTS 
DU GENRE DES MASTODONTES, 


Mais d'espèces moindres que celles de l’'Onro, 
trouvées en plusieurs lieux des deux continens. 


PAR M CUVIER. 


x 


IN ovs avons vu , dans le chapitre précédent , que la première 
gravure d'une grande molaire de l O/zo est celle que Guettard 
publia en 1752; mais ces dents et l'animal dont elles provenoient 
n'acquirent une véritable célébrité en Europe qu'entre 1760 
et 1770, par les Mémoires de Collinson et de William 
Hunter. 

Long-temps auparavant il existoit des notices de quelques- 
unes de celles dont je vais parler; mais les naturalistes y 
avoient fait peu d'attention, faute d'objets de comparaison; 
et lorsque les dents de l Ohio vinrent à être connues, on con- 
fondit les autres avec elles, de maniere qu'il m'a été réservé 
de montrer les différences spécifiques de celles dont on avoit 
fait mention avant moi, et d'en faire connoitre pour la pre- 
miere fois plusieurs qui étoient iguorées, 

P 52 


4o2 ANNALES DU MUSEUM 

La première a été publiée par Grew en 1681 ( Mus. Soc. 
reg, pl.19, fig. 1) sous le titre de Dent pétrifiée d'un ani- 
mal de mer. Camper cite cette figure ( Nov. Act. petrop., 
IT, 259) comme si elle étoit de l'espèce de F Ohio: 

En. 15 , Réaumur, décrivant les mines de turquoises de 
Simorre , et P voir que ces turquoises n'étoient que des 
os et dis dents de différentes espèces, pétrifiés et imprégnés 
de quelque oxide métallique, fit graver un fragment d'une dent 
semblable à celle de Grew , Yroyant aussi qu 'elle pouvoit venir 
de AREE animal marin. ( Mém. de l Ac. des Me ms in- 

, pag. 268.) 

En 1755 , Dargenville en représenta une entière qu'il ju- 
geoit également d’un poisson inconnu: (Oryctologie, pl. 18, 
fig. 8.) Knorr en donna une autre dans ses Monumens, sup. 
pl. VIIL, c.; et F alch, dansson Commentaire sur ces planches, 
se borna à renvoyer à Dargenville. Ni Fun ni l'autre de ces 
ouvrages n'indiqua l'origine de son morceau. | 

‘On avoit fait venir dans l'intervalle: quelques échantillons 
des dents de Simorre pour le cabinet du roi. Daubenton les 
décrivit, mais sans —— ( Hist. nat. XH, n° 1109, 1110 
et 1111, et y joignit( n.? 1112 jele morceau représenté par 
Réaumur , sous le titre de dents pétrifiées ayant des rapports 
avec celles de T hippopotame , tandis qu'il nommoit celles de 
l'Ohio à six pointes, les seules qu'il conuát alors de cette grande 
espèce, dents fossiles d hippopotame. 

Il distinguoit donc dés lors les unes des autres, jusqu'à um 
| certain point; mais bientôt on les confondit entièrement. : 

Joseph. Baldassari décrivit et représenta en 1767, dans les 
Mémoires de Y Académie de Sienne, tome HI , p. 343, deux. 
portions considérables de mâchoire inférieure, trouvées am 

, Ame 


E 
pz gg 
Mc is 


D'HISTOIRE NATURELLE. 403 
Monte I'ollonico près de Monte Pulciano , et en jugea les 
dents absolument semblables à celle de Guettard. 

Une decesdents, trés-grande, fut trouvée à Trévoux en 1 784, 
et indiquée par M. de Morveau, dans le t. VI de l'Académie 
de Dijon, p. 102, comme si elle eùt été de l'espèce de l Ohio. : 

Camper en parle aussi sous ce nom ( Vos. Act.petrop. ll), 
et Merck en fait autant. ( 2747 lettre , p. 28, note. ) 

On peut donc dire que les naturalistes n'avoient pas donné 
à ces dents toute l'attention qu'elles méritoient , et j'eus lieu 

‘être fort surpris lorsque je m'apercus , par ma correspon- 
dance , qu’elles étoient assez communes en! différens lieux 
de l'Europe et de I Amérique. 

En effet , outre celles de Toscane , i Simorre et de Tré- 
poux, jen ai vu de Sort près de pa dans le cabinet de feu 
M. de Borda. M. Defay men a prêté de Montabusart près 
d'Orléans ; M. de Jussieu m'en a fait connoitre de Saxe ; 
M. G-4. Deluc men a communiqué une des environs 
d Asti en Piémont; M. Fabbroni m'a envoyé des plàátres de 
celle du val d Arno qui sont au cabinet de Florence; M. F'aujas 
m'en a rapporté les dessins de trois, trouvées en différens 
points de la Lombardie. Toutes celles que Dombey et M. de 
Humbold ont rapportées du Pérou, et-celles que ce dernier 
atrouvées au Camp-des- Géans, près de Santa-F'é en T'ierra- 
Firme sont encore semblables. Enfin M. Alonzo de Barce- 
lomme a bien voulu m'envoyer le dessin d'une qui a été prise 
dans la province de Chiquitos au bref wm au 
centre de l'Amérique-Méridionale. 

J'en ai encore eu plusieurs, soit en dessin, soit en nature, 
dont on n'a pu m'indiquer l'origine , mais qui, jointes aux pré- 
cédentes et à celles dont on avoit déjà parlé avant moi, achèvent 
bg * 


xi 


de 


oh | "ANNALES DU MUSÉUM 
de prouver que les animaux qui les ont fournies doivent avoir 
laissé une assez grande quantité de leurs dépouiiles. 

Toutes ces dents sont hérissées, comme celles du grand mas- 
todonte , de pointes coniques plus ou moins nombreuses qui 
s'usent par la mastication ; et comme nous verrons par la suite 
que les formes de quelques os trouvés avec cesdents ressemblent 
aussi à ceux du grand mastodonte, et qu'il y a lieu de croire 
qu'elles étoient accompagnées de défenses On peut en conclure, 
avec assez de probabilité, que les animaux dont elles pro- 
viennent étoient aussi du genre des mastodontes. 

Mais ces dents se distinguent aussi toutes de celles du grand 
mastodonte de l'Ohio par quelques caractères spécifiques. 
Le principal, etle plus général,est que les cónes de leur cou- 
ronne sont sillonnés plus ou moins profondément, et tantót 
terminés par. plusieurs pointes , tantót accompagnés d'autres 
cônes plus petits sur leurs côtés ou dans leurs intervalles : où 
il résulte que la mastication produit d'abord sur cette cou- 
ronne plusieurs petits cercles, et ensuite des trèfles ou figures 
à trois lobes, mais jamais de losanges. 

Ce sont ces trèfles qui ont fait prendre quelquefois ces dents 
pour des dents d'hippopotame. Nous avons vu ci-dessus que 
Daubenton leur trouvoit quelques rapports ; et à l'article de 
Fhippopotame, nous avons aussi rapporté des jugemens sem- 
blables de Pierre Camper et de M. F. aujas : mais il est aisé 
de prévenir lerenouvellement decette erreur. Indépendamment 

de la grandeur, les dents de l'hippopotame n'ont. jamais que 
quatre trèfles, et celles dont nous parlons en ont ordinairement 
six ou dix. Il n'y a que les antérieures, sur lesquelles on pourroit 
hésiter; mais nous verrons à leur article qu'on les distingue 


Ls 
SONA e 
D'HISTOIRE XATURELLE f. 4o5 

I! est plus difficile d'assigner les caractères spécifiques do 
ces diverses dents entre elles; car elles ne se ressemblent pas 
entièrement, Il y a d'abord les différences de position dans la 
mächoire , que l'on peut juger par le nombre des pointes; il 
y a ensuite celles de l'âge, qui se déterminént par le.degré 
de la détrition : mais aprés celles-là il s'en trouve "E ih 
deur , les proportions et les détails de leur configuration, qui 
paroissent devoir les faire rapporter au moins à trois espèces. 

Examinons et comparons successivement ces dents d'apres 
ces rapports. 

Je commence par une dent de Srmorre, pl. I, fig. 4. C'est 
celle que décrit Daubenton, Hist. nat., XH, n° 1109. 

Longue de 0,116, large de 0,06, elle est déjà à moitié usée. 
De ses six paires de pointes,les deux antérieures sont confondues 
en un disque à quatre lobes, a, b; une des mitoyennnes, c , est 
déjà en trèfle, laissant encore un petit disque rond isolé ; 
l'autre,d , est elliptique , bilobée ; les dernières, e, f, n’offrent 
encore que quatre disques, dont un seulement commence à 
se lober. On voit qu'un peu plus usée, cette dent auroit eu 
trois disques à quatre lobes. En arrière, est un talon de deux 
pointes mousses sillonnées , dont l'une, g, est plus haute. 

Cette couronne est moins usée , et par conséquent plus haute, 
du côté des disques non lobés , a, d , e, que nous verrons bientôt 
étre l'externe. Deux grosses racines rompues l'une et l'autre se 
dirigent en arrière; la postérieure, z, est de beaucoup la plus 
grosse : enfin il y a en avant, en À, un aplatissement « qui fait 
juger que cette dent étoit précédée par une autre dans la 
machoire. 

J'ai tróuxé Ja méme dent ehqôre implantée dans le palais, 


dans le cabinet de M. de Borda à Dax. Elles a les mêmes 


406 ANNALES DU MUSLUM 

éminences, avec les mêmes figures et les mémes proportions, 
pl. IH , fig: 2; seulement, elle est un peu plus petite et moins 
usée, les deux disques antérieurs n'étant pas encore confondus. 

Elle y est effectivement précédée d'une dent à deux paires 
de pointes, a, b,et l'on voit en arrière , c, quelle devoit être 
be d autre encore. 

J'ai trouvé une troisième fois la même dent parmi cell 
que Dombey a rapportées du Pérou (pl. I, fig. 7 ) implantée 
dans une portion de palais, et parfaitement semblable à celle 
de Simorre par les contours et les proportions, mais un peu 
plus usée. Les deux disques du milieu sont déjà confondus en 
un disque qu OMM, et les deux postérieurs sont tout prêts 
de l'être. Il n’y a plus de petite dent en avant; son alvéole 
a —- disparu , et le corps de la dent siibsistinmte commencoit 
méme à sentamer vers a. En arrière est encore, vers b, un 
. reste de l'alvéole de la dent qui suivoit celle-ci. 

La dent du Pérou est précisément longue comme celle de 
Simorre, quoiqu'il en manque un peu en avant, et a 0,05 de 
plus dis sa plus grande largeur. - 

Malgré l'éloignement des lieux, il m'est donc impossible de 
ne pas reconnoitre ces deux dents comme de la méme espèce, 

Ces pièces constatent donc déjà, outre la forme de cette 
dent, qu'il y en avoit deux autres à la mâchoire supérieure 
de l'animal, une en ayaót qui n'avoit que quatre pointes ‘et 
ume arrière. 

Elles constatent de plus que ces dents se poussoient d'ar- 
riere &. avant comme dans Féléphaht et lemastodonte, et que 
les antérieures disparoissoient à a une certaine époque. 

Je crois encore qu'on peut en conclure que la dent anté- 
rieüre étoit susceptible de remplacement de haut en bas, 


D HISTOIRE NATURELLE. 407 
conime dans l'Aippopotame dont les dents de remplacement 
ne laissent pas de tomber aussi. Ma raison est que cette petite 
dent de Dax n'est pas encore usée, et. qu'il faut qu'elle soit 
venue après la grande, qui l'est. 

Le morceau de Dax nous fait aussi reconnoitre un Fur 
de Simorre de notre Muséum (pLE, f. 2),à ined et 
présentant une figure à quatre lobes en avant , et deux disques 
ronds en arriere. 

Une dent pareille ( pl. HI, fig. 14) , mais non usée, et n'of- 
frant que ses quatre cónes, est dans le cabinet de M. Hammer 
qui en ignore l'origine : seulement elle aun petit talon qui 
pourroit faire croire que c'est celle dela màchoire opposée, par 
conséquent l'inférieure; car celle de Dax, qui est la supé- 
rieure, n'a point de talon, non plus que celle de .Szmorre. 

L'identité d'espèce des dents de Simorre et de celles qu'avoit 
apportées Dombey une fois bien constatée, nous pouvons 
aller plus loin. 

Parmi les morceaux de Dombey , est un fragment considé- 
rable de mächoire inférieure ( pl. HI, fig. 4, au quart de sa 
grandeur). ll se termine en avant par une espéce de bec A 
comme celui de l'éléphant et du mastodonte. Ainsi notre es- 
pèce actuelle n'avoit, comme ces deux-là , ni incisives ni ca- 
nines en bas. 

Ce. morceau contient deux dents : la postérieure , longue de 
0,175, large de 0,075, avoit cinq paires de pointes dont les 
postér ieures sont plus courtes; les deux premieres. song LR 
réunies en figures quadrilobées; les deux suivantes sontp 

à l'être; les deux dernières et le talon. sont intacts. Telle est 
donc la molaire postérieure inférieure de notre animal. 

Ici c'est le côté externe qui est le plus usé : par conséquent 


408 ANNALES DU MUSÉUM 

c'est l'nterne qui est le plus saillant; et cela devoit être ainsi, 
pour que les denis d'en bas SRE PART à celles d’en haut, 
où l'inverse a lieu. 

Ce sont les pointes externes qui forment des trèfles, et en 
haut ce sent les internes ; encore suite d’une loi générale dans 
les ivores : quand les deux côtés d’une dent ne se ressem- 
blent pas, ils sont placés en sens contraire dans les deux má- 
choires. Ainsi les ruminans ont la convexité des croissans de 
leurs dents supérieures en dedans, et celle des inférieures en 
dehors. 

On voit aisément, par la convexité de cette longue dent en 
arrière, qu'il n'y en avoit point derrière elle. 

Celle qui est en avant est tellement usée et mutilée qu'on 
ne peut distinguer sa figure; mais jai bientôt trouvé moyen 
d'y suppléer. 

Nous avons au Muséum une dent de Simorre à six pointes, 
qui diffère de la première, parce qu’elle n'a pas de talon. 
Voyez pl. III, fig. 3, Daub., XII, n? 1110. H étoit naturel 
_de croire que c'étoit celle qui répondoit à cette première 
dans la mâchoire inférieure. Cela étoit d'autant. plus naturel 
à croire, que les dernières dents inférieures de l'Aippopotame 
different aussi, par l'absence d'un talon, des supérieures qui 
leur correspondent. 

La mâchoire inférieure de Baldassari en donne la certi- 
tude : on y voit cette dent à six pointes en place et sans 
talon, 

Il ne nousreste done à connoitre que la postérieure supérieure 
pour avoir toutes les mâchelières de notre animal. 

Il n'est pas difficile de voir que c'est la dent de Trévoux, 
pl. I, fig. 5. 


D'HISTOIRE NATURELLE. hós 

Ce n’est qu'un germe encore entièrement intact et sans ra- 
cines, long de 0,185, large de 0,08; haut, depuis le collct 
jusqu'au sommet d'une des pointes, de 0,06. Cinq sillons pro- 
fonds le divisent en six rangées d'éminences, chacune sub- 
divisée en deux, excepté la dernière. Les éminences par- 
tielles d'un côté ont en avant une partie saillante qui leur 
auroit nécessairement donné la figure d'un trèfle, si la dent 
étoit usée à demi. Celles du côté opposé seroient restées ellip- 
tiques. Celles-ci sont donc les intérieures. La dernière éini- 
nence, ou le talon, est un gros mammelon impair , entouré 
d'autres plus petits. 

Il y a donc un talon ou un amas impair d'éminences de 
plus quà la dent postérieure inférieure; et c'est encore une 
analogie avec l'Arppopotame et un rapport avec la supérieure 
moyenne. 

_ Toutes ces dents, comparées une à une avec leurs cor- 
respondantes dans le grand mastodonte de l Ohio, offrent un 
caractere trés-sensible dont je me servirai pour dénommer 
cette espèce : c'est qu'elles sont beaucoup plus étroites à pro- 
portion de leur longueur. | 

Une fois ces caracteres obtenus, il nous a été aisé de re- 
connoitre les dents ou portions de dents isolées de cette es- 
péce qui {e sont offertes à nous. 

PL I, fig. 3 du cabinet de M. de Dree , estla moitié anté- 
rieure d'une supérieure postérieure dont toutes les pointes ne 
font que de commencer à s'entamer. Les racines n'y sont pas 
développées. : m 

PL IE, fig. 10 du cabinet de M. Hammer, en est une dont 
la détrition est plus avancée et les racines plus développées. 

PL IV, fig. 1 et 2, est dans le méme état. Elle a été trouvée 

| 53 


410 ANNALES DU MUSÉUM 

à la Rochetta di Tanaro , près d' Asti, et appartient à M. 
Dincisa à Milan. M. Faujas m'en a donné le dessin :elle est 
d'un blanc de cire. | 

PI. E, fig. 6, du Pérou, tapportée par Dombey , en est une 
dont la Mis est déjà brofindé en avant , et, je ne sais par 
quelle raison , pas encore commencée en arriere. 

PL II, fig. 13, du val d Arno , envoyée par M. Fabbroni, 
est la partie postérieure d'une, non encore usée. 

PL IV, fig. 3, du cabinet de l'université de Padoue , est la 
méme parue, plus usée. J'en dois encore le dessin à M. F'aujas. 
Elle est teinte en roux vif, et son émail est trés-luisant. 

PI. I, fig. 1, de Simorre ( Daub. 11x11), est un germe d'in- 
rara TETERE, cassé en avant. 

PL IT, fig. 8, du val d' Arno, est la partie — d'une 
iiodiénté de debris peu usée. 

PL IT, fig. 6, du Camp-des- Géans , rapportée par M. de 
Humbold, est la méme partie, nullement usée; et fig. 4, une 
partie moins considérable qui commencoit à s'user. 

Pl IIT, fig. 1, de Simorre, est la première rangée d'une 
postérieure supérieure non encore sortie ni usée. 

. Quelques morceaux se sont trouvés trop mutilés pour être 
aussi parfaitement déterminés : tel est le dessin envoyé par 
M, Fabbroni, dune dent du val d'Arno, cassée aux deux 
bouts (PL. IL, fig. 9) ; la dent casséelongitudinalement, trouvée 
aux environs d'Zsti par M. G.- A. Deluc (PIII, fig. 7 ) ; celle 
du cabinet du comte d Ario à Padoue , trouvée dans les M 
cénédoises , et cassée en arrière. { Pl. IV, fig. 4. ) 

Tous ces morceaux viennent bien de la méme espèce que 
les autres Pese quoique Ton ne puisse pas assi gtiet leur 
place. 


DHISTOIRE NATURELLE. A11 

Mais j'ai en outre quelques dents bien entières, , bien recon- 
noissables pour appartenir au méme genre que les précé- 
dentes , et qu'il m'est cependant impossible de ranger dang 
la même espèce. 

Telle est la dent de Saxe, envoyée autrefois par le es, 
seur de Gottingue, Hugo, à Bernard de Jussieu, et que Pil- 
lustre neveu de celui-ci a bien voulu me communiquer, PI. 
HIT, fig. 11, entierement semblable en figure et en propor- 
tions. à celle de la fig. 4, pl. I. Elle est exactement d'un tiers 
moindre. 

Je ne connois pas d'espèces sauvages où il y ait des diffé- 
rences de taille aussi fortes ; et il faut bien se souvenir qu’il ne 
s'agit pas ici de l’âge, puisque les dents une fois faites ne 
croissent plus. 

La dent de Montabusard, pl. HI, fig. 6 Miner si TM 
à celle de Saxe pour sa largeur, que je ne doute pas que 
ce ne soit un germe de l'une des _postérieures de la méme 
espèce, cassé en avant. 

Les autres dents sont trop carrées : : elles ont les mêmes 
proportions que celles à six pointes de F Ohio, et pourroient 
être prises pour elles, sans ces figures de trèfles que lon ne 
peut confondre avec les Josanges du mastodonte de L Qs 

J'en ai eu de deux grandeurs. 

Les plus grandes ont les mémes ridge que lire: cor- 
respondantes de I Ohio. M. de Humbold en a. rapporté une 
quil a trouvée près du volcan d /mbaburra , au royaume de 
Quite , à 1200 toises de hauteur, Elle est assez décomposée et 
encore enduite de cendres volcaniques, Son émail. est teint en 
roussátre ; elle est longue de 0,12, et large $e 0,085. Voyez 


LIL Be 


HS a 


jia ANNALES DU MUSÉUM 

Le méme célèbre voyageur en a trouvé un autre échan- 
tillon à la cordilière de Chiquitos, entre Chichas et Tarija, 
pres Santa-Crux de la Sierra, à 15° de latitude australe. 
C'est un fragment trés-mutilé , dont une racine très-grosse 
est encore longue de plus de 6 pouces. La substance osseuse 
est teinte en roux et l'émail est noirátre à sa surface. 

C'est encore à cette espèce que je rapporte la dent de Ja 
méme province de Chiquitos, dont M. Alonzo mwa envoyé 
le dessin. ( PL II, fig. 12.) Comme elle n'est pas entière en 
avant, on ne peut assigner sa place ; mais je juge à son talon 
qu’elle est ou la moyenne ou la postérieure d’en haut. 

Les dents carrées plus petites ont un tiers de moins , et 
sont par conséquent aux précédentes comme la petite dent 
de Saxe est à celle de Simorre. M. de Humbold est encore 
celui qui les a découvertes. Jelui en dois une qu'il a rapportée 
de la Conception du Chili ; elle est fort usée, mais bien con- 
servée , teinte en noir, longue de 0,08, et large de 0,06. Voyez 
pl. IL, fig. 5. 

Ainsi l'on peut regarder comme certain qu'outre le grand 
mastodonte de I Ohio, et celui de moindre taille qui se trouve 
également à Simorre et en plusieurs lieux de l'Europe et de 
l'Amérique , il y en a encore trois autres espèces, savoir : celle 
de Saxe et de Montabusard, semblable à celle de Simorre à 
mais d'un tiers plus petite; et les deux d'Amérique, à dents 
intermédiaires: carrées , dont l'une égale l'espéce de F Ohio, et 
autre est encore d'un tiers moindre. 

Je nommerai donc la grande espéce , 

Mastodonte de Ë Ohio ; M 
— Celle de Simorre et d'ailleurs, - : i 

Mastodonte à dents étroites ; | 


D'HISTOIRE NATURELLE. 413 


Celle des petites dents, 

Petit mastodonte ; 

La grande à dents carrées, 

Mas!'odonte des Cordiliéres ; 

Et la plus petite, 

Mastodonte humboldien. 

Ainsi le genre se trouvera composé de cinq espèces , toutes 
également inconnues aujourd'hui sur la terre. 

Aprés avoir ainsi rapporté toutes les dents des espéces se- 
condaires de mastodontes à leur place et à leurs espèces , il 
s'agiroit de reconnoitre et de décrire les autres os; mais nous 
en avons fort peu, et presque tous PPS ONU à l'espéce 
à dents étroites. 

Nous ne possédons ici du créne que les deux foibles por- 
tions de palais indiquées ci-dessus , et qui étant rompues de 
toute part ne fournissent aucun caractere. 

Le palais du Muséum britannique, représenté par Camper 
(Nov. Act. petr., IL, pl. VIII), appartient à cette espèce, et 
non pas à la grande de l'Ohio, comme le croyoit ce savant 
anatomiste. Un dessin de grandeur naturelle, que je dois à 
M. JF iedemann , montre, dans la molaire postérieure, toutes 
les formes de nos dents étroites, qui ont été rendues presque 
méconnoissables dans la gravure. Or nous apprenons par ce 
morceau que les molaires supérieures du mastodonte à dents 

: «étroites divergent en avant comme celles du mastodonte de 
r Ohio. 

L/analogie rend probable que les quatre espèces dont nous 
parlons aujourd'hui avoient des défenses comme celle de 
l Ohio. Nous avons une probabilité de plus par rapport à celle 
à dents étroites, en ce que Daubenton dit ( Hist. nat. XI, 


hah. ANNALES DU MUSEUM 

n." 1011 ) qu'il a reconnu de l'ivoire parmi les morceaux eu- 
voyés des mines de La Le de Simorre. Cet ivoire venoit 
vraisemblablement des mêmes animaux que les mächelières 
qui donnent les turquoises. 

Mais pour avoir une preuve directe, il faudroit qu'une dé- 
fense ou au moins son alvéole eût été tronvé avec une mâche- 
lière adhérente; et cela n'est point arrivé. 

La mâchoire inférieure est bien celle d'un animal à longues 
défenses. Celle du Pérou, pl. ILE, ig. 4, est fort semblable, 
dans ce que nous en avons, à celle de P Ohio: seulement elle 
est moins haute à proportion ; son bord inférieur est moins 
rectiligne, et sa surface externe plus bombée. Les trous men- 
ionniers sont aussi plus avancés. Sa longueur, depuis l'extré- 
mité de la grande mâchelière jusqu'à l'angle antérieur, est de 
0,35. La méme dimension est de 0,40 dans celle de l'Ohio: 
c est précisément la proportion de leurs grosses dents , longues 
de 0,20 et 0,175. Mais la proportion de la largeur de ces 
dents est bien différente: 0,115 et 0,075. La Frame ee. de 
mastodonte à dents étroites est donc bien justifiée, 

La hauteur de la máchoire du Pérou est de 0,12; celle de 
l'Ohio, de 0,18. Leur épaisseur, vis-à-vis le milieu de la 
grosse dent, 0,14 et 0,15. Ainsi la première est moins haute, 
mais piss bombée à proportion. 

` Je n'ai eu pour tout autre os qu'un tibia Rey du Camp- 
des-Géans par M. de Humbold, et fort mutilé à tous ses 

angles ; ce qui rend ses caractères peu déterminés, 

Il est représenté au quart de sa grandeur, pl. III, fig. 8, 
2 y 10! iet LS TES 

Quoique un peu plus. épais à proportion que rdi de 
93. ne paroît pas s'en éloigner beaucoup par les for mes 


D'H1STO%RET NATURELLE. 415 


Long de 0,40, large en haut de 0,15, on voit aussi qu'il est 
plus court, à proportion des dents ; car celles-ci , ainsi que les 
mâchoirés , ne sont moindres que d'un huitième , et lui l'est 
de plus d'un tiers. Le mastodonte à dents étroites auroit donc. 
été, beaucoup plus bas sar jambes ; ainsi sa trompe auroit été 
plus courte, etc. Mais ilne faut pas se laisser aller aux con- 
jectures sur un seul ossement. 

Si l'on pouvoit sen rapporter à une mauvaise gravure , on 
auroit encore une máchoire de ce genre, celle que Joseph . 
Monti a prise pour une portion de tête de morse. Son petit 
traité à ce sujet est intitulé: De Monumento diluviano nuper 
in agro bononiensi detecto. Bologne , 17 19, in-4.*, 5o pages. 

Nous donnons, pl. IV, fig. 6 et 7, une copie au tiers de la 
grandeur de l'objet dont il sagit. Un coup d'œil jeté sur ces 
deux figures fera juger sans doute à nos lecteurs comme à 
nous qu’elles représentent une mâchoire inférieure, dont on 
voit d'un côté le dessous, et dont les denis percent le côté 
opposé de la pierre. Les deux branches sont rompues en ar- 
rière avec la pierre elle-même, et montrent par leur coupe 
qu'elles sont fort épaisses. Le petit trou qu'on y remarque est 
le canal maxillaire. En avant elles se réunissent en une pointe 
allongée qui pnm n'avoir porté aucune dent. ll n'y a de 
chaque côté qu'une mâchelière longue , étroite , et dont toutes 
les éminences sont usées; de maniere qu'on n'y voit qu'un 
disque allongé de matière osseuse , entouré d'un bord d'émail. 

Si , comme il est probable , la partie antérieure n'avoit point 
de dents, cette mâchoire inférieure ne pourroit appartenir 
qu'au genre mastodonte. Dans tous les cas , elle ne peut venir 
d'aucun animal connu; car il n'y en a aucun qui réunisse tous 
les caracteres que le morceau montre, tels que l'épaisseur et 


416 ANNALES DU MUSÉUM 
la rondeur des branches, la longueur. des dents et la pointe 
anterieure. s 

Ce fossile avoit été trouvé au pied du mont Blancano, à 
10 milles. de Bologne , dans une pierre sableuse bleuátre, mé- 
langée de coquilles de mer. La portion conservée avoit 7 pouces 
de long. Chaque branche en avoit 8 detour, et étoit un peu 
comprimée vers l'insertion de la dent. Celles - ci étoient 
longues de 3 pouces, à peu prés comme les intermédiaires de 
notre petit mastodonte. Il faudroit donc supposer que la partie 
de la máchoire qui contenoit la grosse dent étoit enlevée. Or ; 
en mesurant le contour de notre mächoire du Pérou, à Pen- 
droit de la séparation de ces deux dents, on le trouve de 13 
pouces; ce qui est plus considérable qu'il ne faudroit. Son bec 
antérieur ne paroit pas non plus avoir été à beaucoup près aussi 
long à proportion que celui de la mâchoire fossile de Monti. 

Cet auteur, quoique botaniste assez habile, entendoit peu 
de chose à l'anatomie comparée. Il n'avoit jamais vu de tête de 
morse : mais sachant par ses lectures que cet animal portoit 
deux longues défenses à la máchoire supérieure ; persuadé 
d'ailleurs qu'un fossile trouvé avec des coquilles de mer ne 
pouvoit appartenir qu'à un animal marin , il simagina que les 
deux branches de cette máchoire étoient les racines ou les al- 
véoles de ces défenses, et la pointe formée par leur réunion ; 
une espèce de pédicule qui les attachoit au crâne. 

On voit qu'il étoit difficile d'arriver à une conclusion plus 
absurde; et cependant, sur la seule autorité de Joseph Monti, 
on a rangé Jusqu'à ce jour ce fossile à l'article du morse 
( rosmarus trichecus ), dans les listes des genres de mammi- 


fer 


© ir, 


uvés à l'état fossile. - | ; i 
enpille , Orict., p. 334; Walch, dans son Commen- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 413 
taire sur Knorr., ed. allem., tom. II, 2.° partie, p. 170; Lin- 
ncus, Syst. nat. , ed. XII, tome III, p. 156; Gmelin , edit. Lin. 
IL , 387 , semblent s'étre accordés à copier cette erreur 
bizarre. | 

Il paroit que les mastodontes de moindre taille, et parti- 
culiérement l'espéce à dents étroites , sont plus souvent enfouis 
avec des corps marins, que ne l'est la grande espèce de l Ohio. 

À la vérité, Réaumur n'en parle point dans sa Description 
des minières de turquoises de Simorre ; il dit seulement que 
les dents et les os sont sur une terre blanchátre, recouverts et 
encroütés d'un sable fin, gris, et quelquefois bleuátre, mélé de 
petites pierres, sur lequel est un autre lit de sable semblable 
à celui de rivière. 

Les grosses dents sont accompagnées de dents plus petites, 
trop mal dessinées sur les planches pour qu'on puisse les dé- 
terminer exactement. Cependant les unes m'ont paru les dents 
antérieures à quatre pointes du méme animal , et les autres, 
celles du tapir fossile. 

Je ne sais pourquoi Réaumur, et tous ceux qui ont écrit 
d'après lui, mettent Simorre en bas Languedoc. Cette petite 
ville , aujourd'hui du département du Gers, appartenoit au 
comté d'/starrac en Gascogne; elle est sur la rivière de 
Gimont. On trouve des dents semblables, selon Réaumur , 
un peu plus bas, à Gimont méme, ainsi qu'à Auch sur lari- 
viére de Gers. Je sais qu'on trouve aussi dans ce dernier en- 
droit des dents de tapir gigantesque. 

Il ne reste pas la méme incertitude sur le morceau de M^ 
de Borda. ll avoit été trouvé à Sort non loin de Dax, dépar- 
tement des Landes, dans une couche vraiment marine, avec ^ 
des máchoires d'uneespéce de dauphin dont je parlerai ailleurs, 


418 ANNALES DU MUSÉUM 

des elossopetres, et des máchoires que j'ai reconnues pour venir 
de diodons et de tétrodons , lorsque le propriétaire me les fit 
voir dans son cabinet, 

Baldassari ne dit point de quoi la mâchoire qu'il décrit 
éloit immédiatement accompagnée, mais seulement qu'elle fut 
découverte par l'éboulement d'un monticule, et que le pays 
des environs est plein de corps marins ; quil y a méme de 
grosses vertebres de cétacés au milieu du monte Follonico. 

La dent de Trévoux avoit été prise par un M. Lollière 
dans lintérieur d'un monticule de sable ; on ne dit rien des 
autres fossiles qui pouvoient s’y trouver. 

Les os fossiles de Montabusard appartiennent à beaucoup . 
d'animaux différens, et notamment à des palæotherium. Ils 
sont dans un calcaire argileux rougeátre, à 18 pieds sous la 
surface, et sur de la craie, avec quelques coquilles que M. de 
Fay a jugées des limaçons de mer(1). 

Nous avons vu que la mâchoire inférieure de Joseph Monti 
est incrustée dans de la pierre sableuse coquillière. 

Quant aux os de l'Amérique-Meéridionale, les anciens auteurs 
espagnols en ont fait beaucoup de récits merveilleux. Ce sont 
eux qui ont donné lieu à tout ce qu'on rapporte des géáns qui 
doivent avoir existé autrefois au Pérou, et sur lesquels on peut 
consulter la Gigantologie espagnole de Torrubia, ou mieux 
encore le récit de Pedro Creca, copié par Garcilasso, lib. 
IX , cap. IX. E | 
. On trouve aussi quelque chose sur ces prétendus os de 
géans dans divers voyageurs. Legentil dit en avoir vu des 
restes dans son voyage au Pérou, et méme que ses guides lui 


(Q) Defay. La Nature considérée dans plusieurs de ses opérations ; etc», p. 57- 


* 4 
D'HISTOIRE NATURELLE. {19 
montrèrent les traces de la foudre qui les avoient détruits (1). 

On conserve encore à Lima, soit dans le cabinet public , 
soit chez divers particuliers, de ces dents qui passent pour 
étre de géans (2). 

C'est probablement sur une tradition semblable que l'un des 
. lieux où l'on trouve le plus de ces os, près de Santa-Fé de 
Bogota est nommé le Camp-des- Géans. M. de Humbold dit 
quil en a un amas immense. Ceux quil a rapportés sont 
pénétrés de sel marin. 

On parle beaucoup plus souvent encore des os de géans du 
Mexique : mais comme nous n'avons pas vu de dents venues de 
l'Àmérique-Septentrionale qui appartinssent aux espèces dont 
nous traitons maintenant, nous pensons que les os du Mexi- 
que seront plutót de la grande espéce de l'Ohio, ou méme de 
l'éléphant fossile; car nous savons que l'on trouve l'une et l'autre 
en ce pays-là. 

Ce que les os de l'Amérique-Méridi onale ont de plos par- 
ticulier dans leur gisement, c’est l'extréme hauteur où ils se 
irouvent quelquefois. Le Camp-des- Géans est à 1300 toises 
au-dessus du niveau de la mer ; l'endroit d'aupres de Quito et 
du volcan d'/mbaburra , à 1200. Nous avons vu que les dents 
de mastodonte y sont incrustées dans de la cendre volcanique. 

Dombey n'a point laissé de note sur le lieu des morceaux 
qu'il a rapportés; il.dit seulement qu'ils étoient pénétrés de 
parcelles d'argent natif. Il ne m'a pasété possible d'en retrouver 
les traces ; mais ils étoient incrustés en plusieurs endroits d'un 
sable ferrugineux endurci. Comme au Pérou les paillettes 


v —À À'neÜ—— à 


(1) Nouv. Voy. autour du monde, par M. Legentil , 1738,1, 74 et 75. 
(2) Journ. littér. de Gœttingen, 27 févr. 1806. 


54% 


420 ANNALES DU MUSÉUM 


d'argent se trouvent souvent dans le sable, il est st positio qu'il 
y en ait eu d’attachées. à ces os. 

Don George Juan (1) dit que l'on trouve des filets d'argent 
dans les ossemens des Indiens qui ont péri anciennement dans 
les mines. Peut-étre ces deux faits ont- ils quelque liaison. 

Il est. fácheux que les prétendues turquoises que fournis- 
soient les dents déterrées à Szmorre maient pas acquis dans 
le commerce un prix suffisant pour faire continuer les fouilles: 
nous aurions probablement aujourd'hui un plus grand nombre 
de parties de l'animal à qui elles appartenoient; mais, outre 
que la plupart n'avoient point de consistance et ent 
quand on vouloit les chauffer, celles même qui résistoient à 
l'action du feu y prenoient rarement une couleur bien égale 


x 


et bien vive s: 
RÉSUMÉ SENERIT 


De l'Histoire des ossemens fossiles de pachydermes, des ter- 
rains meubles et d alluvion. 


Les terrains meubles qui remplissent les fonds des vallées 
et qui couvrent la superficie des grandes plaines nous ont 
donc fourni, dans les seuls ordres des pachydermes et des 
‘éléphans , les ossemens d’onze espèces, savoir : un rhinocéros, 
dux hippopotames , deux tapirs, un éléphant et cinq mas- 
todontes. 

Toutes ces onze espèces sont aujourd'hui absolument étran- 
geres aux climats oü l'on trouve leurs os. 


£ 


(1) Voyage au Pérou, trad. fr. in-4. I, 527 . 


x 
D'HISTOIRE NATURELLE. 421 

Les cinq mastodontes seuls peuvent étre considérés comme 
formant un genre à part et inconnu , mais trés-voisin de celui 
de l'éléphant.. < | 

Toutes les is appartiennent à des genres aujourd'hui 
encore existans dans la zone torride. Z 

Trois de ces genres ne se trouvent que re l'ancien conti- 
nent : les rkinocéros , les kippopotames et les éléphans;le qua- 
irieme , celui des tapirs , n'existe que dans le nouveau. 

La méme répariition n'a pas lieu dans les ossemens fossiles. 
C'est dans l'ancien continent que l'on a déterré les os de tapirs ; 
et il s'est trouvé quelques os d'é/éphans dans le nouveau. 

Ces espèces, appartenantes à des genres connus, different 
néanmoins sensiblement des espéces connues, et doivent étre 
considérées comme des igit paree et pan pas comme 
de simples variétés. 

La chose ne peut être ots à aucune contestation pour 
le petit hippopotame et pour le tapir gigantesque. 

Elle est encore bien certaine pour le rhinocéros fossile; 

Un peu moins évidente pour l'éléphant et le tapir fossiles, 


il y a cependant des raisons plus que SAIS pour en con- 


vaincre l'anatomiste exercé. 
- Enfin, le grand hippopotame est le seul de ces onze qua- 
drupèdes fossiles dont on n'ait point assez. de pièces pour 
pouvoir dire positivement sil différoit ou ne Jifiérojs point 
de l hippopotame aujourd'hui vivant. - 
Sur les onze espèces , une seule, le grand mastodonte, avoit 
été reconnue avant moi pour un animal perdu; deux autres , 
le rhinoccros et l'éléphant, avoient bien été déterminées quant 
au genre, mais je suis le premier qui ait montré avec quelque 
exactitude leurs différences spécifiques; -sept , savoir : le petit 


" 


— 


A22 ANNALES DU MUSEUM 
hippopotame, les deux tapirs et les quatre mastodontes de 
moindre taille, étoient entierement inconnues avant mes re- 
cherches; enfin la onzième, le grand hippopotame, reste en- 
core aujourd'hui sujette à quelques doutes. 

Tel est le résultat ostéologique de cette premiere partie de 
notre ouvrage. Tels sont les divers degrés de certitude aux- 
quels nous avons pu amener les différentes propositions dont 
ce résultat se compose. 

Quant au résultat géologique, il consiste pp dement dans 
les remarques suivantes. 

Ces différens ossemens sont enfouis Vrisqus partout dans 
des lits à peu près semblables; ils y sont souvent poene 
avec quelques autres animaux Pme assez semblables à 
ceux d'aujourd'hui. 

Ces lits sont aolen meubles , soit sablonneux , soit 
marneux; et toujours plus ou moins voisins de la "—! 

Il est donc probable que ces 6ssemens ont été enveloppés 
par la dernière ou l'une des dernieres catastrophes du globe. 

Dans un grand nombre d'endroits, ils sont accompagnés 
. de dépouilles d'animaux marins accumulées ; mais dans quel- 
ques lieux moins nombreux , il n'y a aucune de ces dépouilles : 

| quelquefois méme le sable ou la marne qui les recouvrent ne 
‘contiennent que des coquilles d’eau douce, 
Aucune relation bien authentique n'atteste qu'ils soient re- 
. couverts de bancs pierreux réguliers, remplis de coquilles 
marines, et par conséquent que la mer ait fait sur eux un sé- 
dee long et paisible. 

La catastrophe qui les a recouverts étoit donc une granie 
inondation marine , mais passagere. 

Cette inondation nes inside pointa au-dessus des pésites mon- 


L3 


E 

D.H.I.S TIRE. NA TU R-EL,L E. 523. 

iagnes; car on n'y trouve point de terrains analogues.à ceux 

qui recouvent les os, et les os ne s'y rencontrent point non ` 

plus, pas méme dans les hautes vallées, si ce n'est dans quel- 
ques-unes de la partie chaude de l'Amérique. | 

Les os ne sont ni roulés ni rassemblés en squelette , mais 
épars et en partie fracturés. Ils n'ont donc pas été amenés de 
loin par l'inondation, mais trouvés par elle dans les lieux 
où elle les a recouverts, comme ils auroient dù y être ; si les 
animaux dont ils proviennent avoient séjourné dans ces lieux, 
_et y éloient morts successivement, 

Avant cette catastrophe, ces animaux vivoient donc dans les 
climats où l'on déterre aujourd'hui leurs os; c'est cetie catas- 
trophe qui les y a détruits, et comme on ne les retrouve plus 
ailleurs, il faut bien qu'elle en ait anéanti les espèces. 

Les parties septentrionales du globe nourrissoient donc au- 
trefois des espèces appartenant aux genres de Fete phants de 
hippopotame, du rhinocéros et du tapir, ainsi qu'à celui du 
mastodonte , genres dont les quatre premiers n'ont plus 
zujourd'hui d'espéces que dans la zone torride, et dont le 
dernier n'en a nulle part. 

Néanmoins , rien n'autorise à croire que les espéces de la 
zone torride descendent de ces anciens animaux du Nord qui 
se seroient graduellement ou subitement transportés vers l'équa- 
teur. Elles ne sont pas les mêmes ; et nous verrons, par lexa- 
men des plus anciennes momies , qu’ aucun fait constaté n’au- 
torise à croire à des changemens aussi grands que ceux qu'il 
faudroit supposer pour une semblable transformation, sur- 
se ri des animaux sauvages. 
jy a pas non plus de preuve rigoureuse que la tempéra- 
climats du Nord ait changé depuis ceite époque. Les 


* 


iure 


"4 


+ 
4^4 ANNALES DU MUSÉUM 
espéces fossiles ne different pas moins des espéces vivantes , 
que certains animaux du Nord ne diffèrent de leurs congé- 
néres du Midi; l'isatis de Sibérie, par exemple ( canis lago- 
pus), du chacal de l'Inde et de l'Afrique ( canis aureus ). 
Eiles ont donc pu appartenir à des climats beaucoup plus 
froids. 

Ces résultats, déjà en grande partie indiqués dans l'article 
de l'éléphant, me paroissent tous rigoureusement déduits des 
"T exposés dans cette pe p 


T 


Den 1 S TOR È SNA TUNELL E. s 


‘DESCRIPTION ^ 


D'une nouvelle espèce d'arbre à fruit du genre 
Pécher, nommé pécher d'Ispaham (amygdalus 
| persica ispahamensis ). 


P. A À As. TE Ar LI 


Dass l'état actuel de notre agriculture , une pareille acquisi- 
tion est un événement rare dont il convient de fixer l'époque, 
non moins pour l'histoire de l'art du jardinage, que pour les 
progrès de la botanique, C'est parce que les anciens ont négligé 
d'indiquer la patrie des végétaux étrangers employés dans leur 
économie rurale et le moment de leur introduction , qu'il reste 
autant de doute sur l'origine de la plupart d'entre eux et d'in- 
certitude sur le temps où ils ont commencé à être cultivés. 

S'ils avoient eu l'attention de les décrire et de les figurer 
exactement peu de temps après leur arrivée, il seroit facile de 
reconnoitre aujourd'hui les changemens qu'occasionnent ou 
peuvent occasionner la différence de climats; de terrains et de 
culture, et l'on pourroit établir des bases plus certaines sur 
les caractères qui constituent les espèces, et sur les différences 
accidentelles qui ne forment que des variétés. Ce sont ces 


55 


2. : ANNALES DU MUSEUM 
inconvéniens bien sentis qui nous déterminent à présenter ici la 
description de cette nouvelle espèce, dont une figure coloriée 
exactement est déposée dans la collection des peintures sur 
vélin de la bibliothèque du Muséum d'Histoire naturelle. 

L'arbre qui en est l'objet est dà au voyage en Perse de Bru- 
guitre et de M. Olivier, membre de l'Institut national. Ils le 
trouvérent dans les jardins d'Ispaham où il se rencontre fré- 
queniment abandonné à la nature, sans que l'art de la greffe 
ni celui de la taille viennent aider à sa culture et ajouter au 
perfectionnement de ses produits. - 

Les fruits qu'ils mangèrent leur parurent d'une saveur 
agréable; et quoiqu'on fût alors dans le mois de novembre, ils 
n'étoient cependant qu'à leur point de maturité. Ils en ra- 
masserent des noyaux qui formoient un des 738 articles de la 
collection des semences recueillies pendant leur intéressant 
voyage , et dont M. Olivier, qui avoit eu la douleur de voir 
périr son compagnon , enrichit à son retour le Muséum g His- 
toire naturelle, en nivose de l'an 7 ( ou janvier 1800 ). 

Les noyaux de ces fruits, au nombre de cinq, furent semés 
au mois de pluviose suivant, dans un pot de terre à oranger, 
et placés sur une couche tiède à l'exposition du levant. Aucune 
de ces graines ne germa la première année, mais il en leva 
trois au printemps de la seconde ( ou de l'an 1801). Les 
jeunes plants poussérent avec vigueur pendant cette année, 
et s'élevérent jusqu'à la hauteur d'un demi-métre. On les 
rentra pendant lhiver dans l'orangerie pour les garantir des 
plus fortes gelées, et des le premier printemps, avant que les 
gemma se développassent , les jeunes arbres furent tirés du 
-xase qui les contenoit et placés à racines nues en pleine terre. 


. Deux forent plantés dans la pépinière, et le troisième mis en 


D'HISTOIRE NATURELLE. A27 
place dans l'école des arbres fruitiers où, depuis cette époque, 
ils ont poussé vigoureusemeut. 

L'année dernière, un des deux pieds plantés dans la pépi- 
nière produisit, pour la première fois, une grande quantité 
de fleurs, mais une gelée tardive les fit tomber toutes. Quel- 
ques fruits provenus de fleurs qui avoient paru aprés les gelées 
printanniéres, s'étoient noués et paroissoient devoir réussir ; ils 
furent également détruits avant leur maturité par l'effet d'un 
coup de soleil qui fit périr l'arbre entier vers le milieu de 
juillet. 

Mais cette année 1806, l'individu planté dans l'école des 
arbres fruitiers s'est couvert au printemps d'une quantité 
innombrable de fleurs lilas, auxquelles ont succédé plus de 500 
fruits d'un jaune påle, qui sont parvenus en parfaite maturité 
vers la mi-septembre. Tel est l'historique de l'arbre nouvelle- 
ment introduit en France. Nous allons passer actuellement à la 
d ipti différentes parties , en commencant par celle 
de son port : le caractére générique et ceux qui sont communs 
à toutes les espèces du méme genre étant connus, nous ne les 
rapporterons point ici; mais comme les caractères des espèces 
dans les genres naturels, et surtout dans les végétaux amenés à 
l'état de domesticité sont peu saillans, nous serons obligés 
d'entrer dans des détails plus étendus, que sil ne sagissoit 
que de décrire une espèce dans l'état de nature. 


=P gage 


Oa" 


2 ANNALES DU MUSÉUM 


ond 


DESGRIPTION 


. DU PORT. 


Ce pècher forme un sous-arbrisseau qui ne paroit devoir s'élever qu'à la hau- 
teur de 5à 4 mètres. À 2 ou 5 décimètres au-dessus du colet de sa racine , letronc 


se divise en cinq ou six branches droites, dont aucune ne paroit en être la continuité, 
ni devoir le remplacer. Ces branches sont garnies de rameaux très-rapprochés 
les uns des autres, qui donnent naissance à une grande quantité de brindilles à 
fruits. Ces différentes branches forment un buisson arrondi, touffu , dont la cir- 
conférence est de 5 à 6 mètres , et qui est très-évasé et aplati du sommet. 
IL se couvre au printemps d'une immense quantité de fleurs couleur de rose, 
qui en font une sorte de thyrse très-agréable, et à l'automne ses fruits jaunâtres 
tranchent d'une manière pittoresque sur la verdure tendre de son feuillage, 


DES RACINES. 

Les racines de ce pécher, au nombre de trois ou quatre, sortent à peu de 
distance au-dessous du collet, et ont une tendance à s'enfoncer en terre plutót 
qu'a pousser horizontalement à la surface ; elles sont grosses proportionnément 
au volume du tronc qu'elles alimentent ; leur couleur qui , à l'extérieur, est d'un 
rouge orange, est blanche dans l'intérieur et d'une consistance trés-dure. Elles 
se divisent en un petit nombre de remote qui produisent un chevelu rare, 
délié et de couleur rousse. 


DES TIGES ET BRANCHES A FRUIT. 


L'écorce du tronc et des grosses branches dans lesquelles il est partagé à peu 
de distance de la terre, est épaisse,lisse et de couleur cendrée. Les branches se 
divisent elles-mémes en rameaux droits qui donnent naissance à une grande 
quantité de brindilles ou branches à fruit irès-rapprochées les unes des autres, et 
disposées alternativement. Ces rameaux et ces brindilles sont recouverts, la pre- 
mière année de leur naissance, d'une écorce couleur vert pomme, presque en- 
tierement marquée de points globuleux cendrés. Toute la partie de cette écorce, 
qui est cmd au scleil, devient d'un rouge brun dés le mois de juin, et le 
reste des tiges prend cette méme couleur avec plus d'intensité, l'année sui- 
_ Yanie. 


DHISTOIRE NATURELLE. g 
_ DES FEUILLE S. 


Les feuilles, placées alternativement à la distance de om. 027 c.à o m.054 c. ( rà 

2 pouces) sur toute lalongueur des rameaux ou des brindilles, ont depuis om. 027 c. 
à om. 108c. (1 à 4 pouces) de longueur, sur une largeur dans le milieu de 
om. 009 à o m. 054 c. ( 4 à 15 lignes), et elles se rétrécissent insensiblement jusqu'au - 
sommet où elles finissent en pointes aiguës. Leur pédicule qui a de o m.007 c. à 
o m. 011c. ( 5 à 5 lignes) de long, est creusé en gouttière dans toute sa longueur 
supérieure, Ces feuilles sont lisses des deux côtés , d’un vert gai en dessus et d’un 
vert påle en dessous. Elles sont dentelées régulièrement sur leurs bords en ma- 
nière de scie , et paroissent vers la fin du printemps après l'épanouissement de 
la plus grande partie des fleurs. Lorsqu'elles ont éprouvé de foibles gelées, elles 
prennent une couleur rougeàtre , et ne tardent pas à tomber. 


DES GEMM A, 


Dans les aisselles des feuilles des jeunes bourgeons de l'année , se trouvent placés 
un , ou plus souvent, trois gemma ou boutons écailleux de difíérentes formes. Vers 
le bas des rameaux, le bouton. du milieu est ordinairement le plus petit et le 
pe pointu; les deux autres sont plus gros et plus ronds; mais quelquefois aussi 
c'est le contraire, surtout vers l'extrémité de ces mémes bourgeons. Le gemma 
du milieu est destiné à fournir, au printemps suivant, le bourgeon ou la jeune 
branche à fruit qui doit remplacer celle sur. laquelle il est né. Les deux autres 
gemma qui l'accompagnent r renferment les fleurs qui donneront naissance aux 
fruits dans le cours de l'ammée suivante; lorsqu'une fois ces gemma ont rempli 
leur fonction , ils disparoissent entièrement, et le méme rameau n'en produit 
pas d'autres pendant toute la. durée de son existence. 


i 
, DES FLEURS 


Eo fleurs ont de o m.o20c. à om. 029 c. (9à 15 jenes) de diamètre dans leur 
parfait développement; elles sont couleur de rose tendre ou de fleurs de pècher , 
et sont formées de cinq pétales attachées au calice par des onglets très-courts. Ce 

calice porte à la base de ses cinq divisions et à l'entrée de sa gorge, 12 à 15 éta- 
mines. terminées par des anthères globuleuses, et jaunes. Elles accompagnent un 
germe ovoide et velu qui supporte un style de la longueur des étamines , lequel se 
termine par un stigmate arrondi et de couleur E esrin Lep eR de la fleur 
à om.oo5c à 6i1.007 c. (2 à 5 lignes) de long. 


x 


430 ANNALES DU MUSEUM 
* DES FRUITS. 

Les fruits parvenus à leur parfaite maturité sont presque sphériques ; ils sent 
marqués snr l'un de leurs côtés, d'un'sillon profond qui prend à l'endroit du pé- 
doncule, et se continue en diminuant de profondeur jusqu'au point où étoit placé 
le style. Leur grosseur varie depuis 6 m. o81c. ( 3 pouces) jusqu'a om. 101 c- 
( 5 pouces 9 lignes ) de circonférence, dans le sens de leur largeur. et dans celui 
de leur hauteur. Leur couleur est d'abord verte : elle prend ensuite une légère 
teinte de rouge obscur du côté où ils sont frappés par le soleil. A mesure qu'ils 
approchent de leur maturité , cette couleur se change en un jaune påle qui devient 
plus foncé lorsque lenr maturité est arrivée ou lorsqu'elle est passée. Dans les an- 
nées chaudes, c'est ordinairement vers le milieu du mois de sepiembre que ce 
fruit est mùr. La peau adhérente à la chasis est couverte d'un duvet cotonneux 
‘très-serré , court et blanchâtre. T 

La Sa sn est molle blanche, aun peu rougeâtre près du noyau, bondante en 
eau, sucrée , de saveur vineuse et agréable au goût ; elle quitte aisément le noyau. 


DES NOYAUX. 


Celui-ci, placé au milieu du fruit, est presque rond dans sa circonférence , obtus 
par la partie qui communique au pédoncule, et terminé en pointe aigué par son 
extrémité supérieure. Il est marqué longitudinalement , savoir: en dessous d'une 
rainure profonde, et en dessus , à l'opposé, d'une aréte proéminente; l'une et l'autre 
prennent depuis la base du noyau jusqu'à la pointe. Le reste de la surface est 
profondément insculpté de silions irréguliers qui laissent entre eux des éminences 
arrondies. Sa consistance est ligneuse, épaisse et trés-dure. Dans l'intérieur , est une 
cavité dont les parois sont lisses et qui est occupée par une amande ovale et pointue 
par la partie où se trouve le germe, laquelle est recouverte d'une pellicuie mince 
de couleur roussátre. Son intérieur est d'un blanc de lait, et sa saveur amère. 


Telle est la description de la nouvelle espèce de pécher 
introduite au Muséum. Nous allons la comparer aux trois 
variétés connues qui sen rapprochent le plus, et en mar- 
quer les rapports et les différences, afin qu’on ne la con- 
fonde point avec elles. 

PM fruit de l'ayant péche-blanche (1) a quelque ressemblance 


iii SU ou Jo 


A) ste geo. precoci, fructu albo , minori, ( Duhamel, Traité des 
Arbres fruitiers , planche 2.) 


DBISTOLRE N ATURE EL L E; 45 
pour la forme, la grosseur et la couleur avec celui de notre 
pécher; mais ceux de cette nouvelle espèce sont plus gros, 
quittent leurs noyaux, sont d'un jaune plus foncé et mürissent 
deux mois plus tard : d'ailleurs l'avant-péche est un petit arbre 
qui s'élève de 5 m. 847 à 6 m. 497 c. (18 à 20 pieds ) de 
haut , et dont les feuilles sont quatre fois plus grandes que celles 
du gor que nous décrivons. 

Le pécher-cerise (1) a aussi quelques affinités pour la gros 
seur et l'époque de la maturité de: ses fruits avec ceux de la 
nouvelle espèce. Les fruits de l'un et de l'autre se détachent 
aisément de leur noyau et mürissent en septembre; mais 
ceux du second , au lieu d’être lisses et de couleur. de cerise, 
sont jaunes et couverts d'un duvet cotonneux. De plus, les 
deux arbres n'ont aucune ressemblance dans leur port; le 
premier s'élève de 6 m. 497 c. à 8 m. 121 c. (20 à 25 pieds ), 
et ses feuilles ont de o m. 108 c. à o m. 162 c. (4 à 6 pouces ) 
de long ; tandis que le second ne paroit pas devoir s'élever au- 
dessus de 4 m. 872 c. à 5 m. 197 c. ( 15 à 16 pieds), et que ses 
plus grandes feuilles ont à peine la longueur de om. 108 c. 
(4 pouces ). ase 

Enfin le pêcher nain (2) pourroit avoir quelque rapport 
pour la taille avec l'cspéce dont il est question. C'est comme 
lui un sous-arbrisseau, mais beancoup plus petit , puisqu'il ne 

s'élève guère au-dessus de 1 m. 299c. à 1 m. 624 c. (4 à 5 pieds) 
de haut. H est plus touffu ; ses fruits sont du double plus volu- 
mineux, etils n'arrivent à leur parfaite maturité que vers la 


(1) oi flore parvo, pem glabro , æstivo , carne alba , cortice partim albo, 
partim dilute rubente. (Duhamel , Traité des Arbres fruitiers , planche XXL. ) 

(2) Persica nana , frugifera, flore magno simplici. ( Duh., Trait. des Arb. fruit. , 
pl. XXXI 


3 AIN N ALES 


lÀ 


DU MUSEUM 


mi-octobre. Toutes ces différences suffisent pour faire distin- 
guer notre nouvelle espèce de pêcher de celles auxquelles nous 
l'avons comparé. Mais il est un autre caractère qui suffit seul 


s 


pour la faire reconnoitre : ce sont sès feuilles infiniment plus 


petites que celles des autres espèces ; elles ont les mêmes di- 
mensions que celles del'amandier nain auquel elles ressemblent 
beaucoup (1), tant pour la forme et la couleur , que ME la 


dentelure. 


D’après ajb des caractères de cette nouvelle espèce, il 
est facile de la ranger dans la section du genre à laquelle elle 
appartient. Duhamel en a établi deux principales qu'il a distri- 
buées chacune en deux sous-divisions de la maniére suivante: 


I.'* Divisiox. 


Fruits velus. 


GENRE DU PÉCHER 


II.* Division. 


Fruits lisses. 


1° Sous-division. 

Chair quittant le } Péches proprement dites, 
noyau et la peau. 

2.* Sous-division. 


Chair adhérente 
aunoyau et à la 
peau. " E 


Pavies. 


5. Sous-division. 
Chair fondante, Violettes. 
quittant le noyau. 


4.° Sous-division. 
hd », n . 
Chair adhérente Brugnons 


au noyau. 


ES! ESS SC Se nana. H. R. P. ( Duh., Trait. des Arb. fruit. n° vni) ou 


amygdalus 4 nana, Lin. Sp. pl. 


D'HISTOIRE NATURELLE. 433 
Ainsi notre pêcher, ayant le fruit velu et même cotonneux, 
appartient à la première division de ce genre; et comme sa - 
chair quitte aisément le noyau, il entre dans la première sous- 
division, et fait partie de la série des péches proprement 
dites. Sa place naturelle est à cóté de l'espéce nommée avant- 
pêche blanche, qu'il doit précéder dans l'ordre de l'affinité des 
rapports. 

Nous le caractériserons par la phrase suivante : 

Persica ( ispahamensis) fruticosa , foliis minoribus equam. 
liter serratis , fructu. parvo , flavo, tenero et saccharato , ou 
pêcher ( d'Ispaham.) en arbrisseau , à trois petites feuilles 
dentées également, à petit fruit jaune , mou et sucré. 

On avoit présumé d'abord que le pécher d'Ispaham pou- 
voit étre le type ou le.pécher naturel qui, originairement 
rapporté de Perse , a donné à l'Europe cette multitude de 
variétés dont Duhamel a décrit quarante-trois des plus sail- 
lantes par la beauté et la suavité de leurs fruits; mais cet ar- 
brisseau n'ayant pas été trouvé dans les campagnes de la Perse, 
et seulement dans les jardins, on doit suspendre son opinion 
à ce sujet, jusquà ce qu'une plus longue culture, chez nous, 
ait mis à portée d'observer ses variations. Il y en a déjà une: 
fort remarquable dans l'époque de la maturité des fruits. Ceux: 
qui ont produit les noyaux dont sont nés les arbrisseaux du 
Muséum, ont été recueillis en Perse dans le commencement 
de novembre , et ils arrivoient à peine à leur parfaite matu- 
rité, tandis que ceux venus dans notre climat étoient mûrs 
complétement , puisqu'ils tomboient de l'arbre sans effort, dés 

le 12 septembre dernier ; ce qui donne plus de quarante jours 
de différence entre les deux époques. Mais d'oü vient cette 
singularité? Est-ce au sol, à la culture, à la différence de 

LR 56 


434 ANNALES DU M USÉUM | 
situation, à l'élévation du terrein au-dessus du niveau de la 
mer qu'il faut l’atiribuer ? ou bien toutes ces causes contri- 
buent-elles à retarder en Perse la maturité de ces fruits 

.. Quoi qu'il en soit, les fruits de ce nouveau pêcher, qui sont 
en trés-grand nombre et qui lèvent aisément, peuvent être 
employés à fournir des sujets francs pour greffer les espèces 
de ce genre. Ils donneront des individus plus vivaces et peut- 
être plus rustiques que ceux qu'on obtient par la greffe sur 
le prunier, l'abricotier, amandier et sur le pêcher domes- 
tique, seuls sujets sur lesquels on est dans l'usage de les écus- 
sonner. Peut-être aussi que le pêcher d'Ispaham , étant d'une 
petite stature, pourra réduire à l'état d'arbres nains les es- 
pèces qu'on transportera sur lui. Il seroit dans son genre ce 
que le pommier de paradis est dans le sien , et fourniroit de 
nouvelles ressources au jardinage pour former des espaliers, 
ou garnir les bordures des carrés. Mais en attendant que les 
expériences que nous nous proposons dé tenter à ce sujet aient 
donné quelques résultats , nous eroyons devoir recommander 
la culture de cet arbrisseau. ll peut figurer avec un égal avan” 
tage dans les jardins d'agrément par la multitude. de fleurs 
éclatantes dont il se couvre au printemps, et dans les vergers 
par le grand nombre de fruits d'assez bon goùt qu'il produit, 
et dont il est probable qu'on obtiendra une liqueur fermentée 
fort agréable. 


- _ D'HISTOIRE NATURELLE. 435 


EXTRAIT 


D'un Mémoire de M. V: auquelin sur l'analyse 
de quelques mines de fer limoneuses de la 
Bourgogne et de la Franche-Comté, à la- 
quelle il a joint l'examen des fontes des fers 
et des scories qui en proviennent. 


PAR M VAUQUELIN. 


UE LÀ | 


Ex parcourant, l'année dernière, différentes parties de 1a 
Bourgogne, M: Vauquelin a visité quelques forges à fer, a 
recueilli des échantillons des mines qui y sont exploitées, des 
fontes et des fers qui en proviennent, ainsi que des fondans 
qu'on y emploie et des crasses ou scories d'affinage. 
En ramassant ces différens objets, il avoit l'intention de les 
soumettre séparément à l'analyse chimique, pour connoitre, 
s'il lui étoit pestiliie; ce qui se passe dans les opérations dad 
lon fait subir à la mine de fer , et les différences qui existent 
entre la mine, la fonte, les sbbri et le fer. j 
- Il lui a semblé qu'en procédant de cette manière, il devoit 
x 


436 ^OANNALES DU MUSEUM 

arriver à la connoissance des variétés nombreuses que pré- 
sentent les fers dans leurs qualités; et le résultat de son tra- 
vail fera voir qu'il ne s'étoit pas entièrement trompé dans son 
raisonnement. 

Il se persuade méme que si l'on examine , sur le méme plan, 
les diverses especes de mines de fer qui sont exploitées en 
France, ainsi que les états par où elles passent avant d'ar- 
river à celui de fer ductile, et les matières qui s'en séparent 
pendant le travail, il en Filière des connoissances précieuses 
pour l'art du maître de forge qui, connoissant mieux alors la 
nature de ses mines et les effets qui ont lieu dans ses opéra- 
tions, arrivera indubitablement au maximum du perfection- 
nement possible dans la purification du fer. 


S. IL Examen des castines qui servent de fondans aux 
mines de Drambon , département de la Cóte-d Or , et de 
Pesme , département de la Haute-Saône. 


Pour connoitre les effets que les castines peuvent produire 
sur les mines de fer pendant la fonte, et en méme temps pour 
s'éclairer sur la nature des produits de cette fonte , il étoit né- 
cessaire de commencer par faire l'analyse de ces matières. 


Castine de Drambon. 


Cette pierre, dit M. Vauquelin, est d'un blanc jaunátre, er 
petits morceaux assez durs; se dissout avec effervescence dans 
l'acide nitrique; laisse un résidu jaunâtre qui fait environ la 
cinquième partie de son poids, et qui est principalement com- 
posé de sable fin , d'un atome d'alumine et de fer. La dissolu- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 437 
tion, qui est sans couleur, a donné, par l'ammoniaque, un 
léger précipité blanc-jaunátre , floconneux et demi-transpa- 
rent, dans lequel il a reconnu la présence du fer, d'un peu 
d'alumine et de phosphate de chaux. 


* Castine employée à la forge de Pesme. 


Cette castine est en roche compacte , d'une couleur blanche- 
grisâtre , d'un tissu assez serré, au milieu duquel on voit des 
veines de carbonate de chaux transparent. Elle a laissé, aprés 
sa dissolution dans l'acide nitrique , environ la vingtième partie 
de son poids d'un résidu composé de sable et d'un peu de 
fer oxidé; peut-être contenoit-il aussi un peu d'alumine. 

La dissolution de cette pierre a fourni, par 'ammoniaque, 
un précipité moins coloré que celui de la castine de Drambon , 
et qui étoit formé de fer, d'un atome d'alumine et de chaux 
phosphatée. ; eda 

L'on voit par ces deux analyses, dont M. Vauquelin a sup- 
primé les détails, que les castines employées dans les forges 
de Drambon et de Pesme sont presque entièrement formées 
dè carbonate calcaire; que cependant celle de Pesme est beau- 
coup plus pure, puisqu'elle ne contient qu'un vingtième de 
matière étrangère, tandis que celle de Drambon en recèle un 
cinquième. Ces analyses font voir en même temps que les 
pierres qui en font le sujet renferment aussi une petite quan- 
tité de phosphate de chaux, qui ne s'élève certainement pas 
à un cinq centième. : 


338 ANNALES DU MUSÉUM d 


S. HL Analyse des Moriss où crasses d'affinage de la 
forge de Drambon. 


Il paroitroit naturel de commencer par l'examen des mines 
d’où proviennent ces crasses; mais tel a été l'ordre que M. Vau- 
quelin a suivi sans aucun motif déterminé: l'on va voir cepen- 
dant qu'il lui a été utile pour découvrir plus facilement les 
différentes substances qui existent dans les mines, parce que 
ces scories renferment dans une plus petite masse les matières 
étrangères des mines qui se trouvent réunies dans la fonte. 

Ces crasses ont une couleur noire, brillante à peu près 
comme certaines espèces d'oxide de manganèse: leur poids con- 
sidérable indique qu'il y reste beaucoup de parties métalliques. 
Elles sont remplies dans quelques endroits de soufflures de dif- 
férentes grandeurs ; dans d'autres , elles présentent une ma- 
tiere compacte dont la cassure est cristallisée en aiguilles ou 
en lames. | : 

en PREMIERE EXPÉRIENCE, 


Cinq grammes de ceite scorie , fondus deux fois successive- 
ment avec un poids égal de potasse caustique, ont communi- 
qué à cet alcali une couleur verte très-foncée lorsqu'on a lavé - 
la masse fotidue avec de l'eau. 
"Cette couleur verte est, comme ont sait, une preuve non 
équivoque de la présence du manganèse; et alcali est le meil- 
leur moyen que l'on puisse employer pour découvrir la plus 
légére trace de ce métal dans une substance quelconque. 

Tous les lavages de ces scories ainsi traitées furent réunis 
et soumis à l'ébullition pour en séparer le manganèse. A me- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 439 
sure que cet effet avoit lieu, la liqueur perdoit sa couleur 
verte; le manganèse ainsi séparé, lavé et séché, pesoit 2 déci- 
grammes :'ĉe qui fait 4 pour 100. 

La liqueur alcaline, débarrassée ‘du ds et filtrée , 
conservoit encore une couleur jaune-orangée qui y fit Soupe 
conner l'existence du chrôme. 

Pour vérifier ce soupçon , il falloit, pour plus de facilité 
dans la suite des operations propres à démontrer le chróme, 
séparer l'alumine et la silice qui devoient se trouver dans la 
lessive alcaline; et pour éviter la présence de l'acide muria- 
tique qui auroit été contraire an but que l'auteur se proposoit, 
il employa le nitrate d'ammoniaque trés-pur, au lieu du mu- 
riate dont leschimistes font ordinairement usage pour cet objet ! 
il obtint en effet par ce moyen 2 vdd co d'un mélange 
de silice et d'alumine. 

Tl satura ensuite la liqueur par Tacide nitriquetrès-pur dont 
il mit un léger excès, et la fit bouillir pendant un quart d heuré 
afin d'en dissiper entiérement l'acide carbonique. : 

Dans l'intention d'éprouver cette liqueur : ainsi préparée ; 
il en méla une portion avec quelques gouttes de nitrate de 
mercure au minimum; mais au lieu de voir paroitre une cou- 
leur rouge, comme c'est l'ordinaire avec le chróme , ce fut uu 
précipité blanc qu'il prit d'abord pour du muriate de mer- 
eure , mais qui n'étoit, ainsi quil le reconnut pena RO que 
du phosphate de mercure. — ` 

Ayant acquis cette connoissance, il mit dans le restant de 
la liqueur de l'eau de chaux qui, lorsque l'acide. fat saturé, y 


forma un précipité floconneux. Ce précipité avoit une légère 


nuance de jaune qui passa au vert par la dessiccátion ; effet 


- 


hho ANNALES DU MUSÉUM 
qui lui annonçoit quelque chose d’étranger dans le phosphate 
de chaux, 

Pour connoître la cause de cette couleur, il fit rougir le 
précipité dans un creuset d'argent; mais la nuance verte ne 
disparut pas; elle prit au contraire plus d'intensité. Il en fit 
fondre un peu au chalumeau avec du borax, et la belle cou- 
leur verte d'émeraude que ce sel prit confirma sou premier 
soupçon sur existence du chróme dans les scories d'affinage. 

Le restant du précipité dont on vient de parler, traité 
avec l'acide nitrique ne fut pas dissous en totalité; il resta 
une petite quantite de matière d'un vert très-foncé qui n'étoit 
que de l'oxide de chróme, mêlé d'un peu de silice, dont les 
parties rapprochées et durcies par la chaleur avoient perdu 
la faculté de se dissoudre. L'acide n'avoit point pris de cou- 
leur ; l'oxalate d'ammoniaque en sépara 2 décigrammes d'oxa- 
late de chaux. La liqueur d’où la chaux avoit été séparée, 
comme on vient de le dire, évaporée à siccité et le résidu 
.calciné , fournit un acide qui avoit toutes les propriétés de ľa- 
cide phosphorique, 

La première liqueur dans laquelle il avoit mis de l'eau de 
chaux pour précipiter l'acide phosphorique , mélé avec du 
nitrate de mercure récemment préparé, forma un précipité 
d'un jaune-brun qui prit une teinte verte par la dessiccation 
à l'air. Ce précipité , fondu avec le borax, lui a communiqué 
une couleur verte trés-belle; ce qui prouve que c'étoit un 
' chromate de mercure avec excès d'oxide. 

Voilà donc la présence du chróme et del'acide phosphori- 
tique démontrée dans les crasses d’aflinage. Ces matières, ainsi 


AS 


que celles dont il sera parlé plus bas , existoient dans la fonte 


D'HISTOIRE NATURELLE, h4s 
et préalablement dans les mines de fer; car, pendant le tra- 
vail , on. n'ajoute rien qui puisse les y porter. 


S. IV. Examen de la scorie traitée successivement plu- 
sieurs fois par la potasse , ainsi quil a été dit au com- 
mencement de ce paragraphe. 


Aprés avoir séparé de cette matière le chróme, l'acide 
phosphorique, le manganèse et une portion de silice et d'alu- 
mine, l'auteur a dissous dans l'acide muriatique la partie fer- 
rugineuse , qui avoit alors une couleur rouge-jaunátre. Quoique 
l'aleali eût enlevé à cette substance beaucoup d'oxide de man- 
ganèse , il s'est encore produit nne quantité notable d'acide mu- 
riatique oxigéné, à mesure que la dissolution a eu lieu. 

Il est resté au fond de la liqueur. une poudre blanche qui, 
lavée et séchée , pesoit 88 centiémes de gramme, ou prés d'un 
cinquiéme du poids de la scorie. Par l'évaporation poussée à 
siccité, il s'est encore précipité une portion dela méme subs- 
tance, qui a été débarrassée, au moyen de l'acide muriatique, 
d'un peu de fer qui s'étoit précipité ayec elle. Cette derniere 
contenoit quelques traces de chróme, car elle communiquoit 
au borax une couleur verte trés-sensible : c'étoit. de la silice. 


acéteux , le mélange évaporé à siccité , et le résidu, repris 

par l'eau. Il reconnut, par différens moyens, dans la liqueur 

claire et sans couleur, la présence de oxide de manganese , 

de l'alumine, qui avoient échappé à l'action de l'alcali dans la 
9. 57. 


ho ANNALES D 6: MOU SE U M 


première opération , et d'une assez grande quantité de chaux 
que l'alcali volatil avoit précipité à la faveur de l'oxide de fer. 

D'aprés ces expériences et les résultats qu'elles ont fournis, 
il est évident que les erasses ou Pr d'affinage qui en ont 
fait le süjet, , sont formées : 1? d'une grande quantité de fer 
oxidé au minimum; 2.° de manganèse oxidé; 3. d'acide phos- 
phorique; 4.° de chrôitié probablement à l'état d'oxide; 5.° de 
silice ; 6.° d'altimine; 7: de chaux, dont une partie est peut- 
être édnbihée à à l'acide phosphorique. 

‘On ne peut guère dóuter que toutes ces matières ne fussent 
contenues , att moins en! partie’, dans la fonte qui a fourni les 
scories : le charbon pourroit tout au plus leur avoir commu- 
niqué de là chaux, de la silice et du manganèse ; mais lana- 
lyse des mines et a la fonte elle-même Teas bientót ce 


dus l'on doit ^uem à cet sain 


s. v. Exánen TI mines de fer limoneuses de la Bour- 
EGRE 

bà seules mines de T sur lesquelles on ait fait jusqu'ici ces 
expériences : sont celles qui se trouvent à quatre lieués de Dijon, 
et qui servent à alimenter le haut-fourneau de Drambon, 
celles de Champfort et de Grosbois qui sont fondues au haut- 
fourneau de Pesme, dans le département de la Haute-Saône; 
enfin, rs d | Chatillon s sur Jide , département de la Cóte- 
d Or: 

A la dinge a de Drambön, on fait usage de deux espèces de 


LUS Tune ; située au Abd de cet endroit, est exploitée par 


shes et est facile à à fondre; on l'appelle à cause de cela 
ouce ; Y'autre, au bts, Poma par me^ et 


D'HISTOIRE NATURELLE. - A43 
est réfractaire; on les méle ensemble dans des proporuons 
convenables pour obtenir une fusibilité moyenne. Ces deux 
mines ont à peu prés la méme couleur brune; elles sont for- 
mées de grains sphériques dont la.grosseur est très-variée, On 
y remarque, surtout dans celle de la partie nord, des frag- 
mens irréguliers et comme roulés de pierre calcaire. 

Les mines de Champfort et de Grosbois ressemblent à celles 
de Drambon. par la couleur et la forme; et l'analyse prouvera 
qu'elles sont aussi de la même nature : celle de Grosbois est 
mélée d'une assez grande quantité de fragmens de matière cal- 
caire, ce qui permet de la fondre sans intermède. Enfin la 
mine de Chàiillon-sur-Seine a une couleur jaune d'ocre , est 
en grains aussi petits que du millet; on n'y voit point de terre 
calcaire, mais elle renferme une assez. grande quantité d’ ar- 
gie... bes oh 1066 Set do denr serie Rabb cioe 

L'auteur a suivi pour l'analyse de ces mines. à' peu prés la 
méme marche que pour celle des crasses d'affinage , avec quel- 
ques légères modifications que la réflexion et l'expérience ont 
pu lui suggérer et qu'on fera connoitre en temps et lieu. . 

L'exposé de l'analyse d'une de ces mines pourra servir pour 
toutes les autres, parce qu'elles contiennent les mémes prin- 
cipes : seulement ces derniers s'y trouvent dans des rapports 
différens. Cependant l'auteur avertit que les proportions indi- 
quées entre les matières qui composent ces mines ne doivent 
être regardées que comme approximatives, par la raison que 
leur nombre trés-complexe et leur petite quantité. rendent 
cette détermination trés-difficile, et que la plupart des prin- 
cipes n'y étant que, mélangés, il doit y avoir des différences 
dans chaque espèce de mine. . 

m j ga 


A44 ANNALES DU MUSEUM 
Mines de Drambon. 


1.0 Dix grammes de cette mine, séparée mécaniquement 
de la matière calcaire et chauffée avec une quantité égale de 
potasse caustique ét un peu d'eau pour faciliter le mélange, 
prirent ensemble une couleur verte trés-intense qui se com- 
imuniqua à l'eau dont on se servit ppur laver la masse. La 
Min, soumise ùne seconde fois à la méme opération , produisit 
un pareil effet, seulement moins marqué; mais ces traite- 
mens ne PU pas poussés plus loin : aprés avoit réuni les . 
liqueurs , òn les fit bouillir pendant le temps nécessaire pour 
précipiter le manganèse. Ce Wirt se présenta, comme c'est 
Tórdinaire, sous la forme d'une poudre brune : il y én avoit 
trois de ames; mais en le dissolvant dans l'acide muria- 
tique, on "is Apéteut quil contenoit de la silice et un atome 
- RE 

2° La liqueur, d’où le manganèse venoit d’être précipité, 
Remb une légère coulear jaune comme celle de la lessive 
alcaline des scories d'affinage; et comme il paroissoit naturel 
de penser que cette couleur étoit produite par le méme corps, 
elle fut saturée avèc de l'acide nitrique et mêlée à une dissolu- 
tion de nitrate de mercure fait à froid ; la liqueur se décolora, 
et on n'obtint qu'un précipité blanc, grenu, qui ne coloroit 
pôiit le bórax par la fusion. 

Comme la liqueur contenoit un excès d'acide trés-sensible, 
Tauteur soupconna que le chromate de mercure qui avoit pu 
"se former étoit retenu en dissolution; en conséquence, il versa 
avec précaution quelques gouttes de potasse pure : il se forma 


D H1STOITE NATURELLE 445 
par ce moyen un précipité rouge brun qui, fondu avec le 
borax , lui donna une beile couleur verte d'émeraude. I paroit 
d’après cela que ce précipité étoit du chromate de mercure 
avec un excès de ce dernier : il se pourroit qu'il contint un 
peu de phosphate de mercure. 

Qaoiqu'on n'eàt obtenu delaliqueur dont on vient de parler 
qu'un précipité de chromate de mercure, au moyen de la po- 
tasse , cependant elle étoit encore acide et retenoit du mer- 
cure en dissolution. Présumant qu'elle contenoit uné certaine 
quantité de chróme, on y introduisit quelques gouttes de ni- 
trate d'argent, dans l'espérance d'obtenir un précipité rouge 
de carmin ; mais on eut un précipité assez abondant de cou- 
leur jaune orangée. 

Ce précipité ne colora point le borax en vert et lui com- 
muniqua seulement une nuance grise laiteuse, comme font les 
sels d'argent. On reconnut ensuite que c'étoit de véritable phos- 
phate d'argent, que l'on sait en effet avoir une belle couleur 
jaune orangée. 

L'auteur croyoit qu'alors il n'y avoit est de chróme dans la 
liqueur ; mais l'expérience suivante lui fit voir quil étoit dans 
lerreur. En ajoutant de nouveau de la potasse à cette méme 
liqueur, elle fournit un précipité jaune citron , en flocons très- 
volumineux qui prirent une belle couleur verte en desséchant, 
et donnèrent par leur fusion avec le borax une nuance grise 
de perle laiteuse, parce qu'ils contenoient de l'argent; c'était 
encore du chromate de mercure, contenant de l'argent et une 
petite quantité d'alumine et de silice. 

Pour séparer le mercure et l'argent du précipité dont on 
vient de parler, on le traita à une chaleur douce, au moyen 
de l'acide muriatique étendu de deux parties d'eau , pour qu'il 


446 ANNALES DU MUSÉUM 

ne püt dissoudre le muriate d'argent : tout à coup le précipité 
devint blanc et l'acide prit une couleur verte. La liqueur , éva- 
porée à siccité, laissa une matière noirâtre qui donna au borax 
une trés-belle couleur verte. 

Voilà douc évidemment trois des substances annoncées dans 
les Scories d'affinage qui se retrouvent dans les mines de Dram- 
' bon, savoir :l'oxide de manganèse, l'acide phosphorique et l'a- 

dde chrome Ces premiers résultats qui présentent quel- 
que analógie a avec ceux que donne l'analyse des aérolites, firent 
penser à l'auteur que ces corps pourroient peut-étre tirer leur 
origine des mines de fer, et l'engagérent à rechercher dans 
ces dernieres la présence de la magnésie et du nikel, les seules 
substances qui manquent. pour avoir une alinda parfaite, 
au moins relativement à la nature des élémens. En consé- 
quence, il traita avec l'acide sulfurique affoiblila mine qui avoit 
été fondue deux fois avec la potasse, et qui avoit été dépouillée 
par ce moyen du manganése, de l'acide phosphorique et du 
chróme. Lorsque l'acide sulfurique eût séjourné pendant vingt- 
quatre heures sur la. mine, il filtra la liqueur , et la fit évaporer 
à siccité; sur la fin de l'opération , elle se prit en gelée à cause 
de la silice qui y étoit restée en combinaison avec de la po- 
tasse. Il calcina ensuite la masse pour en séparer le fer quis’étoit 
uni à l'acide sulfurique ; il lava avec de l'eau bouillante , fit éva- 
porer de nouveau et calcina comme la première fois. Pen dant l'é- 
vaporation , il se sépara du sulfate de chaux et de l'oxide de fer; 
enfin il obtint, par le lessivage, une liqueur claire comme de 
l'eau , qui n'avoit plus de saveur atramantaire et ne contenoit 
qu'une très-pelite quantité de chaux, Il méla à cette liqueur 
de l'eau de chaux , qui y forma un précipité floconneux, demi- 


transparent et qui prit une nuance jaune légère en desséchant ; 


D'HISTOIRE NATURELLE. 447 
il pesoit quinze centigrammes; ce qui fait un et demi pour cent. 
Cette substance se dissolvit avec facilité dans l'acide sulfu- 
rique; elle ne laissa qu'un atome de poudre brune, qui étoit de 
loxide de manganèse; sa dissolution , évaporée spontanément 
dans une capsule de verre , donna de petits cristaux qui, par 
la forme et la saveur , ressembloient parfaitement au sulfate 
de magnésie. 

Il ne reste donc aucun doute sur la présence de la magné- 

sie dans cette espèce de mine de fer, et c'est encore un point 
par où elle se rapproche des aérolites ; mais les recherches 
faites jusqu'ici pour y découvrir le nikel n'ont pas eu le même 
succès . i ied pou E eta | 
` Malgré que M. Vauquelin ait trouvé cette terre dans les 
cinq espèces de mines de fer limoneuses qui ont fait le sujet 
de ses recherches, il n'ose assurer qu'elle existe ‘dans toutes 
les mines de ce genre , quoique cela soit présumabie. Il a beau- 
coup plus de raisons de croire quele chróme et l'acide phospho- 
rique surtout s'y trouvent constamment. On verra, par la suite 
de ce Mémoire, sur quoi il se fonde à cet égard. . 


Analyse du fer sublimé dans les che nées des fourneaux 
rg d'affinage. — x 


Ce fer est sous la forme de stalactites, de dimensions plus 
‘ou moins étendues, formées de grains agglutinés, bruns en des- 
sus, rouges. en dedans, laissant des intervalles très-spacieux 
‘entre eux, et leur masse n'ayant qu'une foible action sur le 
barreau aimanté, enfin possédant tous les caracteres du fer 
pyrocéte de M. Haüy. 
Dix grammes de ce fer réduit en poudre fine ont été cal- 


4498 ANNALES DU MUSÉUM 

cinés avec autant de potasse caustique dans un creuset d'ar- 
gent : le mélange a pris une couleur verte jaunâtre ; l'eau avec 
laquelle on a lavé la masse, a pris une couleur verte trés-in- 
tense ; chauffée, cette lessive a déposé une pondre brune qui 
étoit de l'oxide de manganèse , et n'a conservé qu'une couleur 
jaune assez marquée ; saturée par l'acide nitrique en excès et 
mélée avec quelques gouttes de dissolution de nitrate de 
mercure, elle a fourni un précipité citrin. Filtrée et mélée 
avec. une nouvelle quantité de nitrate de mercure, elle a donné 
un précipité jaune grenu; tirant au rouge; enfin, filtrée pour 
la troisième fois et mêlée avec quelques gouttes de potasse, 
elle a fourni un précipité jaune pâle floconneux encore très- 
abondant. 

L'examen des trois précipités formés successivement par la 
lessive alcaline ci-dessus mêlée avec le nitrate de mercure, 
comme il a été dit , a fait connoitre qu'ils étoient formés, sa- 
voir : le premier , dà chromate et de phosphate de mercure; 
car ce précipité, décomposé par une lessive de potasse, noircit 
sur-le-champ , et la liqueur qui en résulte est précipitée en 
blanc par l'eau de chaux, et ensuite en rouge orangé par le 
nitrate de mercure; le second n'a paru formé que de chro- 
mate de mercure : aussi avoit-il une couleur rouge beaucoup 
plus décidée que le premier, et, à proportion égale, don- 
noit-il au borax une couleur verte plus intense. 

Le troisièmeétoit également du chromate de mercure con- 
ienant un excés d'oxide de mercure et en méme temps de la 
silice, et peut-être un peu alumine. Il y a donc, comme on 
voit, dans le fer sublimé dans les cheminées du se d'affinerie, 
de l'oxide de manganèse , dela silice, de l'acide phosphoriqne, 
et surtout beaucoup de chróme. Ces matières sont donc yola- 


"PP NATURELLE. ë 

tilisées par la force de la chaleur, soit en se dissolvant dans ce 
fluide, soit en cédant à Bandi du courant d'air; mais, 
dans fé et l'autre cas, elles sortent au moins de la — 
pendant son aflinage. 

Le fer que l'on trouve attaché aux parois exit cheminées des 
fourneaux d'affinagesousla forme destalactites qui ont quelque- 
fois plus d'un pied de long sur trois ou quatre pouc 
ne s'arrête pas en totalité dans ces cheminées, 
les substances qui l'accompagnent : il est trés-vraisemblable 
. qu'une portion sort de ces cheminées et se disperse dans l'air, 
et une fois arrivé là, nous ignorons ce qu'i il devient: Donne- 
roit-il naissance aux aérolites? C'est ce que n'ose affirmer l'au- 
teur, mais c'est ce qui [lai paroît pas “eu 4 p 


est "s qu il y Sasat dans-d’ nigros mines , et ii par 
compte donner à ce travail apprendra: si sa binti sur 
l'origine des aérolites peut recevoir — UNE de Mie 
tuj. Il uy a pes: pe la m 


la silice et de Ote qui ne paroissent psu pe volatiles 
que la magnésie. | 
Il résulte en général des expériences rapportées gtis haut, 

que les mines de fer limoneuses de Drambon, de Châtillon 
sur - Seine, département de là Cóte- d'Or, ar: Champfort 
.et de' Grosbois prés Pesme, département: ded Haute-Saóne, 
ainsi que le fer sublimé dans les cheminées du fourneau d'affi- 
nage sont composés 1." du manganèse, 2.° de l'acide phospho- 
| g 58 


^ 450 ANNALES DU MUSÉUM - 
rique , 3^ de chróme, 4° de magnésie, 5? de silice, 65 d'alu- 
mine, 7.^ enfin de chaux. E 

Qu'une portion de chacune de ces substances reste dans la 
fonte, surtout le phosphore et le chrôme, puisqu'on les re- 
trouve en quantité notable dans les scories qui en séparent 
pendant l'affinage, de sorte que la fonte provenant des mines 
limoneuses ne diffère pas seulement du fer forgé par la pré-- 
l'oxigene et d'une plus grande quantité de charbon, 
mais aussi par celle du chróme, du phosphore, et méme d'une 
portion assez considérable de laitier.  - 

Que les cinq espèces de mines examinées ici contiennent du 
chrôme , de l'acide phosphorique et de la magnésie en outre 
des a o pre qu'on y avoit reconnues depuis long- 


temps ; que les élémens de ces mines sont les mémes que ceux 
des aérolites , moins le nikel que peut-être par la suite on y 
découvrira. |. . 


— ]l résulte encore de ces expériences que c'est principale- 

ment de l'opération de l'affinage plus ou moins bien conduite , 
que dépendent les bonnes ou mauvaises qualités du fer ; que 
conséquemment elle. beaucoup d'attention de la part 
des maitres de forges. TE 


$. VL Examen des fontes provenant des mines limoneuses 
ES de la Bourgogne, forge de Drambog. 


ia FR 
Ayant trouvé de loxide de manganèse, du chróme , de 
‘acide phosphorique et des terres dans les scories d'affinage , 

turellement penser quil retrouveroit ces 


mémes substances dans la fonte, puisque cest elle qui en 


f 


"TT SET + - 


/ 


D'HISTOIRE NATURELLE, 451 


s’affinant fournit ces crasses, au moins pour la plus grande 
partie: c'est en effet ce que l'analyse a pleinement confirmé. 
Voici comment il a procédé dans ces expériences. H a dis- 
sous dans l'acide sulfarique, étendu de six parties d'eau, dix 
grammes de fonte grise de Drambon , réduite en limaille. Il 
recueilit le gaz hydrogéne produit pendant cette dissolution ; 
il avoit une odeur extrémement fétide et très-analogue à celle 
du gaz hydrogéne phosphoré: cependant el ! avoit quelque 
chose de piquant que n’offré point ce dernier. On reviendra 
plus bas sur la nature de ce gaz. Passons maintenant à l'exa- 
men du résidu laissé par la fonte dissoute. - 2 
Ce résidu étoit d'un noir trés-foncé , répandoit une odeur de 
phosphore extrémement forte; il pesoit cinquante-cinq centig. 
ou un peu plus d'un vingtième de la masse de "om oyée. 
S'étant aperçu que la : partie supérieure de la bouteille où 
| Sétoit opérée la dissolution, ainsi que le tube par où l'hydro- 
gène avoit passé, s'étoient graissées de manière que l'eau ne 
sy attachoit pas, M. Vauquelin soupconna qu'il s'étoit formé 
de l'huile ainsi que M. Proust l'a annoncé le premier , il y a 
quelques années, dans un cas parmi E ainsi qu'il avoit déjà 
remarqué lors dé la dissolution di “certaines espèces d'étain. 
Pour savoir sil ne restoit pas de Cette huile dans le résidu 
- moir de la fonte dissoute dans l'acide sulfurique, il la fit bouillir 
avec de lalcool trés-déflegmé, et il filtra la liqueur toute 
^.chaude. H vit que cet alcool devenoit laiteux par l'addition de 
l'eau, et qu'exposé à une douce chaleur, il s'en séparoit des 
gouttelettes d'huile à mesure que l'alcool se dissipoit. Cette 
huile est claire et transparente; elle a une légére couleur ci- 
trine, une saveur ácre un peu piquante. Elle paroit tenir le 
milieu entre les huiles grasses et les huiles volatiles. ~ 
| 58 * 


452 ANNALES DU MUSEUM 

Après avoir séparé, comme on vient de le dire, du résidu 
dela fonte l'huile qu'il contenoit , il le fit brùler dans un creuset 
d'argent avec un peu de nitrate de potasse tres-pur. Il lava la 
matière avec de l'eau suis, et il obtint une liqueur, d'un 
jaune léger. Il méla à cette liqueur une dissolution de nitrate 
d'ammoniaque pour précipiter la silice et l'alumine qu'il pré- 
sumoit y être contenues; ce qui eut effectivement lieu. L'eau 
de chaux, jo tée ensuite dans la liqueur filtrée, y forma 
un précipité abondant auquel il reconnut tous les caractères 
du phosphate de chaux. f 

Pour s'assurer sil y avoit du chróme dans cette mie li- 
queur, il la fit bouillir pour en volatiliser l'animoniaque , et 

y 3 quelques gnis de nitrate de mercure qui fut précipité 

un-jaunátre à cause d'un peu#de chaux qui y restoit : 
ce Mie ap donnoit une couleur verte au borax; ce 
qui prouve qu'il contenoit du chróme. 

La lessive provenant du résidu de la dissolution, calcinée 
avec le nitrate de potasse , contient donc de l'acide phospho- 
rique, du chróme et de la silice mélée d'un peu peer 
il y-avoit aussi un atome des manganese. 

ité et Lessivé étoit sous la forme d'une 
poudre rougeátre, qui fu “dissoute pour la plus grande partie 
par l'acide muriatique ; il resta cependant une petite quan- 
„tité de matière grisâtre qui étoit de la silice mélée de chrôme : 
^ar elle donnoit au borax une couleur verte très-marquée. 

La dissolution muriatique contenoit beaucoup de fer: elle se 
prit en gelée par l'évaporation; ce qui démontre qu'elle con- 
tenoit de la silice : il est probable qu'elle recéloit aussi un Ee 
‘de chróme et de: manganèse. 

ni de omme on voit , dans cette "— barbare 


€ 
B 


DHISTOÓIRE NATURELLE 453 
de fer, du phosphure de fer, du manganèse, du chrôme, 
de la silice et de l'alumine : après le fer et le charbon, il a paru 
à M. Vauquelin que c'étoit le phosphore qui étoit le plus abon- 
dant.,C'est donc plutôt dans les résidus de la dissolution des 
fontes"et des fers qu'il faudra rechercher désormais le phos- 


shore, que dans les dissolutions mêmes , comme on la fait jus- 
P sq ; Co J 


qu'ici: C'est peut-être faute.d'avoir examiné avec assez d'at- 
tention ces résidus, que nous sommes encore shignorans sur 


-Jes causes des mauvaises qualités des fers. M 


- L'auteur avoue cependant qul y a aussi une petite quan- 
tité de phosphore de cliangée en acide , et qui se dissout dans 
la liqueur, probablement à l'état de phosphate de fer, à la 
faveur de l'acide sulfurique. ll lui a paru que lorsque l'acide 
sulfurique est moins étendu d’eau , il se dissout une plus 
grande quantité" de phosphore dans la liqueur. séparer 
ce phosphate de fer, il étend la disselution de sept à huit 
parties d'eau, et y mêle du carbomate de potasse jusqu'à ce 
que la presque totalité, de l'acide soit saturée : il se forme 
un précipité blanc plus ou moins abondant, suivant l'espéce 
de fer employé, qui devient jaunátre au bout de quelques 
jours. H traite ce précipité lavé et séch é avec de la potasse 
à une chaleur douce, dans un creuset d'argent ; il lessive 
ensuite la matière avec de l'eau, et après avoir saturé la li- 


* 


queur au moyen de l'acide nitrique, et l'avoir fait bouillir pour 


en chasser l'acide carbonique, il met de l'eau de chaux , qui y 
forme ordinairement un précipité blanc ; floconneux et demi- 
transparent quand il y a de l'acide phosphorique. 

Il a trouvé encore une grande quantité de chróme dans ce 
précipité opéré par le carbonate de potasse dans la dissolu- 
tion de fonte par l'acide sulfurique. Ainsi il y a du chrôme 


Sae 


E 


ee 454 ANNALES DU MUSÉUM 
aussi bien que du phosphore qui s'oxigene et se dissout dans 
l'acide sulfurique. 

Il est bon d'éprouver la liqueur alcaline par le nitrate d'am- 
moniaque , avant de la saturer , pour savoir si elle ne contient 
pas de la silice et de l'alumine en dissolution. Alors , par l'ad- 
dition d'une suffisante quantité de ce sel, il faut précipiter 
ces terres et les séparer par la filtration; car,sans cette pré- 
caution, elles seroient précipitées par la chaux et l'on pour- 
roit les pren adre pour du phosphate de chaux. Ila trouvé des... 

traces trés-sensibles de ce sel ( phosphate de fer ) dans la fonte 
de la forge de Drambon, quoiqu'il eût employé pour Ja dis- 


soudre de l'acide sulfurique étendu de six parties d'eau; ce- 
P: ant il y en a beaucoup moins qu'il n'en reste dans le ré- 

' de la. dissolution. Il n'a jusqu'ici essayé que cette espèce 
de fonte ; ais il est vraisemblable que toutes celles qui pro- 
viennent de mines limoneuses contiennent les mêmes corps 
iS Sd: F + 


$. VIL Analyse du fer forgé onraahe de la fonte des 
mines de i Conte dp de la Bourgogne et de Pesme 
en F ranche m département de la Haute-Saône, 


* 


Il a fait dissoudre cinq grammes de fer doux de la mine de 
Drambon dans l'acide sulfurique affoibli de cinq parties d'eau. 
Il a recueilli le gaz hydrogène qui s'est développé pendant cette 
dissolution: ce gaz avoit une odeur parfaitement semblable à 
cepe du am fourni n la fonte ; seulement elle étoit moins 


aes Sdn laissé - par les cinq grammes de fer étoit beau- 
coup moins abondant que celui de la fonte; il a paru aussi 


D'HISTOIRE NATURELLE. . A55 
avoir une couleur noire moins intense ; pendant qu'il étoit hu. 
mide, il exhaloit une odeur fétide trés-forte, analogue à celle 
du gaz hydrogène phosphoré; il pesoit quinze centigrammes, ce 
qui fait 3 pour 100. La dissolution du fer avoit également la 
méme odeur, qui ne s'est. dissipée que par l'évaporation, 

Quelques atomes de ce résidu mis sur les charbons ardens 
répandoit une fumée blanche et une odeur semblable à celle 
de larsenic où du phosphore. Rougi dans un creuset d'ar- 
gent , il s'est enflammé et a laissé une poudre jaunátre , à la- 
quelle on a mêlé un peu de potasse caustique que l'on a fait 
calciner avec. On a ensuite délayé la matière dans l'eau, 
filtré la liqueur, et après l'avoir saturée par l'acide nitrique, et 
soumise pendant quelques minutes à la chaleur, on y ag élé 
del'eau de chaux qui y a formé un précipité blanc floconneux , 
dont la plus grande partie-étoit du phosphate de chaux con- 
tenant un atome de silice et alumine. — | 

Il est certain , d’après ces expériences répétées, que le fer 
dela forge de Drambon, qui passe pour étre d'assez bonne 
qualité, recèle encore des traces trés-sensibles de phosphore ; 
on en a retrouvé aussi quelques légers vestiges dans sa disso- 
lution par l'acide sulfurique. AE | 


T Fer de la forge de Pesme. 
L'auteur a fait les mêmes expériences sur le fer de la forge 
de Pesme et il a obtenu les mêmes résultats. L'odeur du gaz 
de la dissolution et du résidu charbonneux étoit absolument 
conforme à ce qu’on a dit de ceux fournis par lefer de Drambon ; 
mais le résidu étoit moins abondant : il ne formoit qu'un cen- 


| gième et demi de la masse du fer. Il a présenté un phénomene 


E 456 ANNALES DU MUSÉUM 


que n'a point offert le premier : en le chauffant au chalumeau, 
il a exhalé d'abord une fumée blanche et une odeur de phos- 
phore trés-forte; en continuant, il s'est fondu en un globule 
noir d’où lar des bulles dé gaz qui senflammoient et 
peser toujours l'odeur du phosphore. 

La raison pour laquelle ce résidu s'est fondu au chalumeau, 
tandis” que celui du fer de Drambon s'y est refusé, c'est qu'il 
contient moins de parties terreuses , et qu'une fois i charbon 
brûlé, le  phosphure de fer se TER à l'état de pureté. — 

Après avoir calciné le résidu du fer de Pesme, il a donné , 
au moyen de la potasse , des marques non. équivoques de la 
présence de l'acide phosphorique. 


E le fer de la forge de Pesme, qui est regardé comme 
e 


s meilleurs de la F ranche-Comté, et qui est en effet 
trés-nerveux, doux et pliant, contient cependant encore du 
phosphore ; mais il a paru qu'il ne retenoit pas sensiblement 


du laitier ; et c'est peut-étre è à cause de cela qu'il est supérieur ~ 


à celui de Denbo. L'auteur croit aussi qui "il contient un peu 


moins de phosphore; ce qui prouve que l'affinage est fait avec 
plus de soin, — 


d des on A l'acide d x de la fonte et du fer des 

. mines limoneuses de la Bourgogne et de Pesme en 
* Franche-Comté, | 

| B soumettant ĉe gaz hydrogène aux expériences qu on và 

décrire, M. Vauquelin a eu intention de découvrir la cause 


| r fétide qu'il répand, et dont il a parlé plus haut : 
dl croit y être : parvenu, 


— 


D'HISTOIRE NATURELLE: 457 

Comme il soupconnoit qu’elle pouvoit être due à du phos- 
phore et à de l'huile dont il avoit retrouvé une portion dans 
les résidus des fontes et des fers, il a fait passer ce gaz hy- 
drogène à travers de l'acide muriatique oxigéné, moyenne- 


ment concentré; il a d'abord remarqué qu'au moment où 


chaque bulle de gaz arrivoit au-dessus de l'acide muriatique 
óxigéné, il se formoit une fumée assez abondante qui se pro- 
pageoit jusques dans la cloche où le gaz se rassembloit ; que 
lacide muriatique se décoloroit très-promptement, et que le 
gaz hydrogene en emportoit beaucoup avec lui: ce qu'on re- 
connoissoit facilement à son odeur. Aprés avoir fait ainsi passer 
le gaz hydrogene , provenant de trente grammes de fonte grise, 
à travers l'acide muriatique oxigéné , ill'a lavé en le passaut 
plusieurs fois d'une cloche dans lautre pour le débarrasser 
des vapeurs acides; ce qui a parfaitement réussi. Alors ce gaz 
n'avoit plus aucune odeur : il ne brüloit plus en bleu comme 
auparavant, mais en blanc-rougeátre; cependant il contenoit 
encore du charbon ;car en recueillant le produit de sa com- 


. bustion dans une cloche dont l'intérieur étoit mouillé avec de 


Feau de chaux, celle-ci s'est troublée trés-promptement. - 
Cette expérience prouve évidemment que l'acide muria- 
tique oxigéué a détruit les substances-qui commüniquoient 
au gaz hydrogène l'odeur fétide qu'on lui connoit toutes les 
fois qu'il est extrait au moyen du fer. Mais que deviennent ces 
substances? Elles doivent se trouver dans l'acide muriatique 
et dans l'eau dela cuve où le gaz a été recu. L'acide muria- 
tique avoit, comme on l'a dit plus haut , entièrement perdu 
sa couleur et une partie de son odeur; sa saveur étoit alors 
acide et non astringente comme auparavant : il rougissoit, sans 
la détruire, la teinture de tournesol. En mélant à cet acide de 
ü 


59 


458 ANNALES:DU MUSEUM 

l'eau. de chaux, et. en.saturant ensuite l'acide au moyen de 
l'ammoniaque ; il a obtenu un précipité blanc floconneux , qui 
a été facilement reconnu pour du phosphate de chaux tenant 
un atome, de fer; mais il étoit en trés-petite quantité. 

* On. ne pent plus douter que la cause de l'odeur du gaz hy- 
drogène , retiré des fontes et des fers , n'ait pour cause la pré- 
sence du phosphore ; mais M. Vauquelin pense que ce corps 
nest pas l'unique cause qui produit cet effet : il est convaincu 
que Fhuile qui se forme pendant la dissolution des fers, 
surtout, de: la fonte noire, et. dont M. Proust a parlé, y con- 
tribue aussi; mais ceite substance est converlie en eau et 
en acide carbonique , et ce dernier étant entrainé jusque dans 
la cuve pneumatochimique, il est difficile de le retrouver dans 
une aussi grande masse. ll croit cependant que si on opéroit 
sur de grandes. quantités de matieres, et que si, aprés avoir 
fait passerle gaz hydrogène par l'acide muriatique oxigéné , 
on. placoit sur sa route une dissolution de potasse ou de ba- 
ryte, on en reconnoitroit l'existence: c'est ce qu'il se propose 
d'exécuter. 

Ce quile porte à penser ainsi, c'est que Bodo "n gaz 
hydrogène a plus de ressemblance avec une dissolution de 
phosphore dans l'huile grasse, qu'avec celle du gaz hydro- 
gene.phosphoré. Il paroît que c'est cette huile qui dans ce cas 
donne.an gaz hydrogène la brepritté 4 de brüler en bleu; elle 
dein aussi diminuer diccns 


- 


D'HISTOIRE NATURELLE. 459 


S. IX. Résumé et conclusions des expériences rapportées 
dans les san pam drone 

Il Képoh des panels: rapportées dum le Mémoire de 
M. Vauquélin, 1? que les cinq espèces de mines de fer limo- 
neuses dont il a fait l'analyse , sont composées des mêmes prin- 
cipes , lesquels sont la silice, l'alumine, la chaux; le manganèse 
oxidé, l'acide phosphorique, la magnésie et l'acide chromique; 
2.» que ces cinq espèces de mines ayant été prises au hasard et 
dans des lieux éloignés les uns des autres , il est vraisemblable 
que toutes les mines du même genre contiennent les mêmes 
substances; 3. quil ne manque à ces mines que du nikel 
pour ressembler par la composition aux pierres de l'atmos- 
phére; 4^ qu'une partie de toutes ces substances reste dans 
les fontes, et probablement en plus grande quantité dans les 
fontes blanches; ce qui peut-étre est la cause de leur plus 
grande durete et fragilité; 5^ que la plus grande partie de 
ces matières se séparent pendant l'aflinage de la fonte, quand 
cette opération est bien faite, puisqu'on les retrouve dans les 
crasses et dans le fer sublimé dans les cheminées du feu d'af- 
fineries; 6? que cependant on en retrouve encore des traces 
dans les fers méme de bonne qualité, et que probablement 
le chrôme , le phosphore et le manganèse sont les causes 
principales qui donnent au fer la propriété de casser à chaud 
et à froid; 7.° que l'opération de l'affinage mérite la plus grande 
attention de la part des maitres de forges ; car il paroit que 
cest de son exécutiou bien entendue que dépendent les bonnes 
qualités des fers; 8^ que ce n'est pas seulement dans la disso- 


59? 


: ANNALES DU MUSEUM 

lution des fontes et des fers qu'on doit rechercher la présence 
du. phosphore et du chróme, mais aussi dansle résidu de leur 
dissolution; 9.* qu'il se forme par l'union de l'hydrogène et du 
carbone, lors de la dissolution du fer et surtout de la fonte 
grise, une huile qui, conjointement avec une petite quantité 
de phosphore, communiquent une odeur fétide au gaz hy- 
drogène qui les dissout ; 10.° que c'est à la dissolution de ces 
deux substances que le gaz hydrogène doit la propriété de 
brûler en bleu et d’être plus pesant; 11. enfin, que l'huile et le 
phosphore sont séparés du. gaz hydrogène par l'acide muria- 
tique oxigéné qui les détruit. | | 


D'HISTOIRE NATURELLE. A61 


SUITE DES MÉMOIRES 


-Sur les fossiles des environs de Paris. 


PAR M LAMARCK 


CUGRNERE LXXYTFE 


Lime. Lima. 
CHARACT. GEN. 


- Testa bivaleis , longitudinalis , subæquivalyis , auriculata ; 
natibus cavitate separatis. Cardo edentulus ; foveolá 
cardinali partim interná, partim externá ligamentum 
recipiente. 


OBSERYATIONS 


Les limes ont de si grands rapports avec les peignes, que la 
plupart des auteurs les ont confondus dans le méme genre , et 
que Linnæus les rangeoit, ainsi que les peignes, parmi ses 
ostrea. Mais la coquille presque équivalve des limes , et surtout 
son ligament en grande partie extérieur , distinguent fortement 
les limes de tous les peignes connus. 


462 ANNALES DU MUSEUM 

C'est avec la houlette que les limes ont les rapports les plus 
prochains; car elles n'en différent qu'en ce qu'elles n'ont pas 
une échancrure particulière à l'une de leurs valves. 

Considérées à l'extérieur, les limes ressemblent äux peignes, 
1. en ce qu'elles ont à leur base deux oreillettes courtes, mais 
distinctes; 2." en ce qu'elles ont des côtes ou des stries lon- 
gitudinales un peu rayonnantes. Ces côtes ou stries sont ordi- 
nairement hérissées de petites écailles qui rendent la coquille 
un peu rude au toucher; ce qui la fait comparer à une lime. 
Entin, dans toutes les espèces, la coquille est un peu báillante 
sur les côtés, mais plus fortement d’un côté que de l'autre; 
en sorte qu'il y a apparence que l'animal des limes s'attache 
par un byssus à différens corps marins. 

Les limes sont des coquilles marines, régulières, longitudi- 
nales et la plupart inéquilatérales. Leurs crochets ( nates, Lin.) 
sont séparés par un écartement qui permet au ligament des 
valves et à la fossette qui le recoit , de se prolonger en grande 
partie à l'extérieur. Ce prolongement des fossettes cardinales 
se termine en dehors par une fissure analogue à celle que l'on 
observe dans la houlette et dans les spondyles, mais qui est 
fort petite. 

La charnière n’offre aucune dent , et l'impression du muscle 
qui attache l'animal à sa coquille est tellement superficielle, 
qu'il est difficile de l'apercevoir. 

| Toutes les limes sont blanches et dépourvues de couleurs 
particulières ; on n'en connoit qu'un petit nombre mentes , 
savoir: 
de do squamosa. n. Eee lima. Lin. 1 
2, Lima asperula. n. Chemn, Conch. 7, t. 68, f. 652. | 


D'HISTOIRE NATURE L LE. 463 
3. Lima mitis. n. Chemn. Conch: 7, t. 68, £ 653... 
4. Lima inflata. n. Chemn. Conch. 7, t. 68, f. 649. a. 
5. Lima maxima.n. Chemn. Conch. 7, t. 68, f. 654. 
6. Lima bullata. n. Ostrea bullata. Born. Mus. t. 6, f. 4. 
7. Lima fragilis. n. Chemn. Conch. 7,t. 68 , 650. 


ESPÈCES FOSSILE S 


1. Lime spatulée. Felin , n° 59 , £. 4. 
Lima ( spathulata) oblongo-oeata , subdopressa y radiis squamulosis carding 
recto: labiis auriculæ anterioris incrassatis hiantibus. n. 

L. n. Grignon. Cette lime se rapproche par son aspect et presque par sa forme 
de l’ostrea bullata de Born ; mais elle est moins ren(lée, et ses, côtes sont 
plus écailleuses. C'est une coquille oblongue, ovale-spatulée , ayant vingi- 
quatre à vingt-six côtes longitudinales assez élevées, imbriquées d'écailles 

52 millimètres (environ un pouce 2 


à 


très-courtes. Sa longueur est de 5o à 
lignes). La ligne de sa charnière est droite, comme dans le Zima bullata 
et le Jima asperula, et sous l'oreillette antéricure on aperçoit un bàillement 
formé par l'écartement des deux bords de la coquille épaissis en cct endroit. 
Le bord supérieur interne des valves est plissé par les intervalles saillans 
des côtes extérieures. Cette coquille est un peu inéquilatérale. 

Mon cabinet et celui de M. Defrance. 

2. Lime bulloide. Vélin, n° 39, f. 9. 

Lima ( bulloides ) oblongo-ovata, ia, cs de auriculas clausa » pellucida; 
radiis dorsalibus eminentioribus. 

L. n. Grignon. Cette petite lime n'a que 7 à 8 millimètres de longueur, et 
malgré sa petitesse , ses rapports avec la lime bullée sont si nombreux, 
qu'on peut soupçonner qu'elle en est lanalegue ou au moins une variéié 
particulière. Elle est oblongue-ovale , très-renflée , a valves minces et transpa- 
- rentes , à oreillettes fort petites et presque égales, enfin à ligne cardinale à 

peu prés droite. Ce qui la rend remarquable et qui paroit la distinguer de 

EN lima bullata, c'est que ses stries longitudinales ne sont éminentes que 

© sur le dos ou le milieu des valves, tandis que sur les côtés elles dispa- 
roissent presque entièrement. Ces stries dorsales ont des aspérités extréme- 
ment petites. La coquille est presque équilaterale , et le bord supérieur in- 

-éme de ses valves est finement plissé. L'une de ses valves, vue rt 
ment , ressemble à une au ca sans fissure. 


~ Cabinet de M. Defrance. 


464 ANNALES DU MUSÉUM 
5. Lime oblique. Vélin, n. 39, f. 8. 

Lima (obliqua ) inæquilateralis, tenuis , pellucida; striis tenuibus , postico 
latere remotioribus. n. 

L. n. Grignon. Cette lime n'est pas beaucoup plus grande que celle qui précède ; 
mais , en petit, elle ressemble tellement à notre iima inflata, qui est 
l'oszrea hians de Gmelin, qu'on peut penser qu'elle en est l'analogue fos- 
sile trés-jeune. Elle est ovale, oblique, enflée, à côté postérieur bombé , 
très-inéquilatérale et à ligne cardinale pareillement oblique. Sa longueur est 
d'environ 8 millimètres. Ses stries longitudinales sont très-fines, serrées sur 
le dos et sur le côté antérieur des valves, mais plus écartées ou plus lâches 
vers le cóté postérieur : il y en a plus de 5o. Les valves sont minces, fra- 
giles et transparentes. Leur bord supérieur interne est un peu plissé. 

Cabinet de M. Defrance. 

4. Lime dilatée. Félin, n.» 39 , f. 7. 
— Lima ( dilatata) inæquilateralis, obliqua, depressa ; striis Du gthültialibor 
laxis tenuissimis. n, 

L. n. Grignon. Celle-ci est fort différente de toutes celles que l'on connoit, 
et constitue une espèce nouvelle et très-distincte. C'est une coquille presque 
aplatie , en partie orbiculaire , oblique, très-inéquilatérale , dilatée et à peine 
plus longue que large. Elle a environ 11 millimètres de longueur sur une 
largeur à peu près égale. Ses stries sont fines, lâches ou écartées les unes 
des autres, et disparoissent vers la base de la coquille, en sorte que les 
valves sont lisses dans le voisinage des crochets. Chaque valve est mince, 
transparente, et ressemble à une écaille ou à un ongle oblique et irrégulier. 
Les deux oreillettes sont petites et inégales, 

Cabinet de M. Defrance. 

5, Lime fragile. 

Lima (fragilis) oblonga, planiuseula, SR cardine obliquo; 
auriculis inæqualibus. n. 

L.n. Grignon. Je possede une lime recueillie dans l'état frais ou vivant, par 
M. de Labillardière , dans les mers voisines de la Nouvelle-Hollande , et qui 
me paroit ressembler entièrement au peeten fragilis de Chemnitz. ( Conch. 
vol. 7, p. 549. ) La lime fossile dont il s'agit ici, et que j'ai trouvée à Gri- 
gnon, esten tout semblable à celle que j'ai reçue de M. de Labillardière , 
mais elle est beaucoup. plus petite. Ainsi voilà parmi les fossiles de Grignon 

` encore l'analogue. d'une espèce qui vit actuellement dans la mer des Indes 
et près de la Nouvelle-Hollande.. 

Cette coquille fossile est oblongue, inéquilatérale , à valves très-peu conyexes, 


D'HISTOIRE NATURELLE. : «465 
minces, fragiles et transparentes. Les stries longitudinales , au nombre de 
vingt-cinq à vingt-huit, sont làches et très-fines. La ligne de la charnière 
est oblique; les deux oreillettes sont inégales. La longueur de cette lime fos- 
sile est de 16 millimètres; celle de la coquille de M. de Labillardière est 
de 5o. millimètres ou 5 centimètres. 

Mon cabinet. 

OssEny. Je possède une lime „fossile rapportée d'Italie par M. Faujas, et qui 
me paroit différente de toutes les espèces qui me sont connues. En attendant 
l'occasion de la décrire, je l'ai nommée 
E. (mutica ) ovata , obliqua , inæquilateralis, utrinque hians ; striis longi- 

tudinalibus muticis: transversis tenuissimis. n. 


GENRE CARE 


Coreuze. Corbula. 
CHARACT: GEN. | 
Testa bivalvis , incequivalvis , incequilatera , subtransversa : 

. natibus prominulis, incurvatis. Dens cardinalis unicus, 
conicus , recurvatus , teste opposite insertus. Lieamen- 

tum internum. Impressiones musculares dua laterales. 


OBSERVATION S. 

Le genre des corbules paroit jusqu'à présent trés-isolé dans 
l'ordre des rapports; ce qui nous fait présumer quil nous 
manque différens genres qui l'avoisinent, et qui sont encore à 
découvrir. IH comprend des coquilles bivalves libres , régulières, 
inéquilatérales et plus ou moins transversales. Elles ont les cro- 
chets renflés, fortement recourbés en. dedans, et un de leurs 
côtés est. plus allongé et surtont plus aminciou moins arrondi 
que l'autre. Leur forme extérieure semble les rapprocher des 
donaces, des rupellaires et des pétricoles; mais leurs valves 
inégales les en écartent considérablement. 1.49) 


8. Go 


: 466 ANNALES DU MUSEUM 


La charnière des corbules se fait remarquer par une seule 
dent saillante sur l'une et l’autre valve, et placée à côté d'une 
cavité. Cette dent est ordinairement conique, quelquefois 
aplatie, courbée, relevée vers le erochet , et s'articule en s'in- 


sérant dans la cavité de la valve RE eruta Le li gament des valves 


paroit intérieur et fixé entre les deux dents qui annartiennént 
à l'une et à l'autre valve, Lés impr essions musculaires sout 
au nombre: de deux et latérales. 


Les corbules sont des coquilles marines encore très-peu 


connues et rares dans les collections. Bruguière en a figuré 
| plusieurs espèces dans la planche 230 de Encyclopédie; mais 


parmi ces espèces quelques-unes sont fossiles , et il m'y en a 


qu'un petit nombre qui nous soient connues. Les coquilles 


figurées dans la Conchyliologie de Chemnitz , vol. 10,1. 172 , 
fig. 1668 7 à i167 1, paroissent appartenir à ce genre. 


ESPÈCES FOSSILES. 
1. Corbule gauloise. F'élin , n. 40, f. 5. 


Corbula ( gallica ) ovato-transversa , levis; sich superiore obsolete cos- 
tatà; dentibus cardinalibus: eariis, ni- = 

Bátyel. tab. 230; kS? 

L. n. Grignon. Cette dodale est la plus grande de toutes celles, que. l'on con- 
noit : ellea 55 et méme jusquà 4o millimètres (environ un pouce et demi) 
de largeur. C'est une coquille transverse , ovale , trigone, ventrue ou bombée: 
et très-singulière , en ce que sa valve inférieure est lisse, taudis que la su- 
périeure présente. quelques cótes longitudinales peu éminentes et écartées. 
entre elles. Comme on ne trouve ordinairement que des valves sépatdos, on 
est tenté de regarder cette valve supérieure comme appartenant à un autre 
espèce. Les deux valves portent chacune une dent cardinale; mais celle de 
la valve lisse nait au-dessous du bord et se courbe:vers le crochet, au lieu 

: que | celle de la valve supérieure nait sur le bord méme, est comprimée et se 

T trouve. perpendiculaire au plan de la valve. Cette pos est assez com- 
mune à Grig 
Mon cabinet et celui de M: Defrance. : i5 4E aUi 


D'HISTOIRE NATURELLE. 467" 


a. "Corbule ridée. Pélin, n? 4o, f. 9 

Corbula ( rugosa) ovato-ventricosa , subgibbosa , paier rostrata ; sulcis 
transversis grossiusculis. n. 

An solen ficus. Brander , Foss. Hant., n° 105? 

8. Eadem sublævigata; sulcis obsoletis vel nullis. 

y. Eadem minima. 


L. n.Grignon. Cette espèce est beaucoup plus petite que la précédente, et 
s'en distingue particulièrement par sa forme presque globuleuse, gibbeuse 
ou renflée. Elle est à peine un peu plus grosse qu'un gros pois, et son 
côté postérieur ne forme qu'un prolongement médiocre en bec fort court. 
Les crochets sont fortement bombés et recourbés en dedans. La surface ex- 
térieure des valves est sillonnée transversalement par des rides assez gros- 
sières , qu'on retrouve jusque sur les crochets, quoique plus fines et plus 
serrées. Dans certains individus, ces rides manquent dans la moitié supé- 
rieure des valves, comme si une partie de l'épaisseur mr la coquille en étoit 
détachée. 

En comparant cette coquille avec le corbula sulcata ( Encycl. t. 230, f.i ) que 
je possede, je n'y trouve presque aucune autre does que celle d'une 
moindre, grandeur dans la coquille fossile. - 

La corbule ridée se trouve plus ou moins complétement lisse; ce qui eons- 
titue la variété 8, qui alors semble être une espèce aléiuicis. 

La variété y paroit appartenir à la méme espèce ; mais elle est beaucoup plus 
petite :elle est tantôt sillonnée , et tantót lisse. 

Mon cabinet et celui de M. Deírance. EN 

5. Corbule nda. Kelin, n^ 4o, f. 7. à 

Corbula ( striata) ovato-transversa , subrostrata ; striis transversis tenuis- 
simis. n. 

8. Baden 0767, es e Vélin; n. 4o, f. 8. 

y. Eadem ca/vis cerasstoribus , externé subplicata. ; 

L. n. Grignon et-Courtagnom Cette: eorbule est allongée: transversalement , et 
beaucoup moins renflée ow gilibeuse que la précédente. Sa largeur ou lon- 
gueur transversale. est. d'environ 15: millimètres! Son côté antérieur est plus 

court „arrondi , et le postérieur, plus allongé, forme un bec un peu anguleux, 
La surface ex'érieure des valvesest finement et élégamment strice en travers ; 
mais les crochets sont lisses: Une particularité assez remarquable, c'est que 
dans la plupart des individus les impressions musculaires sont élevées. sur 
une petite saillie ou une callosité dans l'intérieur. des`valves. Dans la variété 
y; ce caraétère estencoré pred 


Go: * 


168 AN N AjDE S -D U : MU, S. E UM 


M, Defrance a trouvé la variété 8 à Longjumeau ; elle est un peu plus grande, 
presque elliptique, à stries transverses moins fines. : 
La variété y est assez commune dans les environs de Bordeaux. Ses stries trans- 
versales sont épaisses, et font paroiire la coquille plissée en dehors. 
Mon cabinet et celui de M. Defrance. 
4. Corbule anguleuse. Jelin, n° 4o , f. 9. 
.Corbula ( angulata ) transversim. elongata 5 latere postico rostrato angulato ; 


. sértis transversalibus obsoletzs. n. 

L. n. Crepy. Cette espèce est un peu plus petite que rate qui précède, et a 
son côté postérieur éminemment anguleux et plus allongé en bec. Elle n'a 
que 8 à à 9. millimètres de largeur. Ses stries transversales sont fines, peu 
marquées , et paroissent provenir des accroissemens successifs de la coquille. : 
Le côté antérieur de cette coquille est arrondi et fort court. 

Cabinet de M. Defrance. 

. 5. Corbule en bec. Vélin, n° 4o, f. 12. Mala. 

Corbula ( rostrata ) tenuissima , pellucida; latere postico elongato, rostrato B 
subangulato. 2. ab rus 

Cabinet de M. Dee. 

L. n. Grignon. Cette corbule est une coquille très-mince, eaa, fra- 
„gile, et dont le côté postérieur est éminemment allongé en bec un peu an- 
guleux et tronqué, Ses stries transversales ne sont presque point apparens. 
. La largeur de cette coquille est d'un centimètre ou environ. A la charnière, 
on observe une dent fort petite et comprimée. 

Cabinet de M. Defrance. ena 

6. Corbule anatine. elin, n° 4o , f. 6. 

Corbula & anatina ) ovato-elliptica,, t transverse Strata 3 rostro ses subiu- 
calo. 

Encycl. a LT Re M 

L. n. Grignon. C’est une assez belle espèce, plus grande que les quatre qui pré- 
cedent , et facile à distinguer de toutes celles qui sont connues. Elle est 
transversale ,"ovale-élliptique , élégamment striée en travers, et son côté 

-- "^ postérieur forme un bec un peu large, obtus et comme tronqué. La largeur 
de cette coquille est de 2 centimètres, tandis que sa longueur n’en a qu'un 
seul ou environ. Ses valves n'ont qu'une médiocre épaisseur , et sont con- 
vexes en dehors. Chacune d'elles a une dent cardinale relevée, de. taille 

: moyenne , et placée à côté de la cavité qui reçoit la dent de lautre valve. 

Mon cabinet et celui de M. Defrance. vb 

T Corbule argentée. 77élin , n° 52, f. 4. | 

Corbula ( argentea) subtriangularis , fragilis | transversé plicata , intus ar- 

- gentea; latere postico tricarinato. D, 


D'HISTOIRE NATURELLE. å 469 


L. n. Parnes. Cette corbule est petite ; mais elle constitue une espèce-très-dis- 
tincle, curieuse et fort remarquable par ses caractères. Elle est presque 
triangulaire, et a ses valves convexes ou un peu bombées, minces, très- 
Íragiles, plissées ou ridées transversalement en dehors, brillantes et ar- 
gentées on nacrées intérieurement. Le côté postérieur de chaque valve est 
anguleux, et offre trois carenes longitudinales. La dent cardinale de chaque 

' valve est petite, relevée et comprimée. Les plus grands individus de cette 
espèce n'ont que 8 ou 9 millimètres de largeur. 

Cabinet de M Defrance. 


8. Corbule treillissée. Jelin, n.° 52 , f. 11. 


Corbula( cancellata) fragilis , rostrata; striis minimis et obliquis decussatim 
cancellata ; rostro attenuato. n. 

8. Eadem pellucida , sublævigata; rostro longiore. Vélin, n°. 4o, f. 5. 

L. n. Grignon. Cette espèce , plus petite encore que la précédente , n'est pas 
moins remarquable ni moins distincte. C'est une coquille mince, fragile , 
allongée transversalement d'un côté, tandis que le côté opposé est court et 
arrondi. Elle n'a que 4 ou cinq millimètres de largeur. Ses valves sont un 
peu bombées et ont leur surface extérieure treillissée par des stries obliques 
et extrémement fines qui se croisent. 

La variété 8 est très-mince, transparente, paroit presque lisse; mais à l'origine 
du bec que forme son cóté postérieur , on apergoit ror HR stries longitudi- 
nales qui se croisent avec des stries transverses à peine perceptibles. Comme 
elles n’a point de stries obliques, il faudra peut-être la distinguer comme 
une espèce particulière. 

Cabinet de M. Defrance. - 


476 ANNALES DU MUÉSU M 


CORRESPONDANCE. 


Lrrrnr de M. Rampasse, ci-devant officier 
d'infanterie légère corse, œ M. Faur45-Dr- 
SAINT-FO ND. 


Bastia, 8 Janvier: 1806. 


J E réponds , Monsieur, au désir que vous m'avez témoigné à mon départ 
de Paris d'avoir des détails sur mes recherches minéralogiques en Corse, et 
notamment sur le granit orbiculaire de cette ile dont on n’a reconnu jusqu'à 
présent qu'un seul bloc isolé, je vais avoir l'honneur de vous entreienir de mon 
voyage, entr'autres de l'excursion qui m'a occasioné le plus de fatigue. 

D'après les renseignemens que j'avois déjà sur diverses localités intéressantes 
de la Corse et sur celle du granit en question, à la recherche duquel vous m'aviez 
tant encouragé en me remettant vos notes indicatives , je fis mon plan de 
voyage en conséquence. 

Il s'agissoit dans ce plan d'aller visiter l'intérieur de la Pieve d'Orezza, j allai 
d'abord reconnoitre la haute montagne dite Sazto-Pietro-de-Rostino , d'ou 
provenoient les masses énormes de quartz, mêlé de diallage verte, dont le lit du 
ruisseau du village de Szazzoza est encombré. Je n'entrerai point dans ce mo- 
ment dans les détails sur les raisons qui doivent faire rejeter la dénomination 
impropre de verde antico di arezza , qu'on avoit d'abord donnée à cette pierre. 
Après cette visite, je voulois me diriger sur le Liamone par la Pieve de Caccia, 
mais la température excessivement chaude qui régnoit alors m'en empécha : 
ce ne fut que vers la fin du mois d'août suivant, que j'entrepris ce grand voyage. 

Avant de vous donner des détails sur mon excursion dans le Liamone, que 
je fis ensuite, permettez-moi de vous parler d'une nouvelle roche que j'ai décou- 


D'HISTOTRE NATUREL L E. 471 


verte dans le Niolo : elle est d'une composition et d'une gontexture particulière; 
| ne l’avois encore vue nulle part. Voici la marche que j'ai i tenuepour arriver 

à l'endroit où j'ai trouvé cette belle roche. 

Me dirigeant sur la ligne que je m'étois tracée en partant de Basziz, j'ai none 
seulement suivi meer chaines de montagnes du nord-ouest au sud , et de l’est 
à l'ouest, mais encore j'ai traversé plusieurs vallons et tourné des golfes consi- 
dérables qui les séparent en sens divers. Lorsque je fus dans la Preve Z'Osrri- 
coni, ou commence la chaîne qui partage lile dans sa longueur jusque vers 
son extrémité au sud, je parcourus les montagnes les plus élevées qui se prés 
sentoient à moi, entr'autres celle du N7o/o, nommée dans le pays Monte+Per- 
tusato ( parce qu'elle est percée à son sommet ). Sa base me parut intéressante 
par des masses détachées et d'autres qu'on retrouve en place, de jaspes et de 
porphyres de plusieurs variétés. Je suivis le vallon qui conduit au lieu dit Santa- 
Maria-la-Stella. Entre ces deux points, sud-ouest du premier, et sud du ses- 
cond , à distance égale de l'un 
asséz considérable , sur le flanc de laquelle je découvris , du côté du couchant, 
un bloc de pierre, presque carré; d'environ quatre pieds et demi sur trois de: 
largeur, enfoncé dans la terre , laissant voir sur une de ses faces des corps glo- 
buleux, remarquables par leur disposition et leur couleur, et engagés dans la: 
masse pierreuse ; les uns avoient environ un pouce de diamètre, les autres étoient 
plus ou moins grands; tous offroient dans leur ensemble un caractère particulier 
que je n'avois. encore remarqué dans aucune pierre. Ce bloc ne présentoit dans 
sa partie découverte qu'environ six pouces de surface ; et pour connoitre ses 
dimensions , j'enlevai la terre qui le couvroit : je reconnus. alors qu'il avoit 


deux. pieds et quelques pouces d'épaisseur ; j'observai aussi que ses angles étoient | 


droits et tranchans ; ce qui me fit croire qu'il n'avoit jamais été déplacé depuis: 
qu'il étoit là, d'autant que la partie du talus de la montagne où il étoit est à 
nu, et que parmi les blocs et les masses de nature différente qui l'avoisinent ,. 
“il est le seul environné et presque couvert par de la terre végétale ; je ne pus 
en détacher qu'une massé d'environ quatre-yingt livres : le reste étoit trop vo- 
lumineux et trop lourd.. 

Lorsque cette pierre fut détachée et vue au grand jour, elle me parut si 
belle , si extraordinaire ; elle me parut si digne de faire le pendant du magni- 
fique granit orbiculaire de Corse , dont la célébrité est si connue yet elle diffé 
roit en méme temps si fort de ce granit, que je crus ee morceau digne d’être 


offert comme une merveille de la Corse, à celui qui, né en Corse, est devenu: 


la merveille du monde. 
Vous croiriez, monsieur, qu'il y a de l'exagération dans ce que je vous dis, 


à l'autre, est une montagne couverte de bois et - 


52 ANNALES DU M U S-É U M 
si.je ne vous faisois pas connoitre cette pierre : en voici la description ille cod 
je puis la faire sur les lieux. 

« Cette roche , dont Ie fond paroit porphyroide , a sa pâte composée d'élémens 
5* piérreux ; de nature pétro-siliceuse , irrégulitrement disposés en petits grains, 
» en poinis , en linéamens plus ou moins contournés , se liant les uns aux autres, 
» et variés de couleur, en raison des divers degrés d'aliération qu'a éprouvés le 
» principe ferrugineux très-abondant dans cette roche ; néanmoins son aspect 
» général, vu à une certaine distance, est le aegerongel re mêié de taches 
s blanches lavées de rose. 

» Cest au milieu d'une telle páte qu’ on observe des corps ebérojdga régu- 
» liers d'un à trois pouces de diamètre, épars cà et là à des distances inégales , 
» et implantés dans la masse; le systeme de formation de ces espèces de boules 
» ne peut être considéré que comme le résultat d'une cristallisation globuleuse 
# qui. auroit, eu lieu rapidement, et non comme des géodes qui se seroient for- 
» mées à part ei qui auroient été enveloppées postérieurement dans une subs- 
» tauce porphyritique. 

» Le mode de cristallisation dont il s'agit a ceci de remarquable, c'est qu'on 
# ne sauroit s'en former une idée exacte , qu'en se représentant un cercle dans 
» lequel une multitude de petits corps pierreux., oblongs et comprimés , de na- 
» ture pétro-siliceuse, très-rapprochés les uns des autres, se serotent dirigés en 
» rayons, et comme bout à bout depuis la circonférence vers le centre du 
» cercle; ce qui leur donne l'apparence de rayons divergens ; et il en est résulié 
» un solide globuleux qu'on pourroit faire partir à coups de niarteau de la place 
» qu'il occupe où il laisseroit alors un vide et comme un nid. La tendance à 
» la cristallisation étoit telle, qu'on voit autour des corps sphériques dont il 
» est question, dans la pâte de la pierre et auiour des sphères, la matière de 
» la pâte méme qui, d’après la tendance qu'elle avoit à se rapprocher d'elle , a 
» formé une espèce d'auréole ou de zones qui entourent plusieurs des globes; 
» ce qui est plus facile à observer qu'à décrire. Aussi seroit-il nécessaire de 
» voir cette rare et magnifique roche peer. s'en former une idée juste et eee. » 

Voici les dimensions du morceau que j'apporterai. 

Il a dix-sept pouces de largeur sur douze pouces de hauteur; sept pouces 
d'épaisseur dans sa base: le còig que je ferai scier et polir présentera quinze à 
seize globules, parmi lesquels on en remarquera plusieurs qui sont liés, unis 
et euchássés les uns dans les autres, 

Cette découverte, qui étoit bien faite pour bénie un naturaliste , auroit sans 
doute mérité que je me fixasse pour long-temps dans les environs; mais comme 
la saison propice pour parcourir les montagnes étoit trop ayancée, je profitai 


D'HISTOIRE NATURELLE. 473 


du temps qui me restoit encore pour me rendre dans le Lramone, au sao 
de V alinco. 

Je suis donc arrivé au golfe de FValince , par le village de Olmetto , ainsi 
que l'indiquoit la tote que vous aviez eu la complaisance de me remetire pour 
la recherche du granit orbiculaire ; il s'agissoit ensuite d'aller à Taravo. Avant 
de m'y rendre , je reconnus le gisement des masses qui recouvroient les localités 
dans divers vallons à moyenne hauteur et par un chemin à mi-cóte au sud-ouest, 
je me rendis à la Szazzona ( qui est le point dans la. plaine de Taravo où la 
petite masse isolée de granit orbiculaire fut trouvée en 1782 par le général 
Sionyille). Je fouillai les z24kis qui recouvrent une partie du monticule où est 
située la Szazzona , et j'en parcourus toute l'étendue dans les plus petits détails 
Je sondai le petit Zac qui en est un peu éloigné ; je visitai aussi le bord de da 
mer : je sondai également la rivière , et la fis visiter par des nageurs sur diffé- 
rens points; je la suivis méme sur les deux rives à plus d'une lieue et demie, 
et ne trouvant rien par ces moyens, je pris le parti de parcourir quarante-ciuq 
milles de surface au dehors de la Stazzona. 

Je cherchai à m'assurer de la composition des granits qui gisoient sur les hau- 
teurs qui forment le grand vallon de Z'aravo; jattaquai:les roches qui se pré- 
sentoient à moi ;ce moyen me parut de quelque sucoós, puisque je trouvai des 
échantillons dont la composition avoit quelque rapport avec le granit en question. 

Après avoir poursuivi encore mes recherches , je rentrai dans le lit du Z'aravo 
et j'en parcourus les deux rives à plus de deux lieues : au moment où je redou- 
blois encore d'efforts peur achever en entier cet examen, je fus obligé de dé- 
semparer la place par l'effet des neiges et des pluies qui se succédèrent ( étant 
alors au mois de décembre )- 

Je réunis les divers échantillons de roches que je m'étois procurés au 7" aliaco., 
*t aprés en avoir fait un examen comparatif avec le granit orbiculaire , j'a: re- 
connu que, dans quelques-uns de ces échantillons > l'horn-blende et le fcld-spath 
s'y irouven: , ma's ron daos le mème ordre ni dans le mème arrangement; néan- 
moins je erois qu'on peut inférer de ces échanüllonsqu'en achevant la visite que 
javois déjà commencée sur les deux rives du torrent, on parviendroit peut- 
être à découvrir les masses primordiales du beau granit orbiculaire dont on n'a 
pu voir jusqu'ici qu'une petite masse partielle, dont les angles étoient abattus, 
et qui avoit été trouvée isolée sur le sable de la plage de Z'aravo, à une demi- 
lieue de la mer , dans le golfe de 7’alinco. 

D'après les renseignemens que je me suis atiné dans cette occasion , je crois 
avoir acquis la certitude que la petite masse de ce granit, déjà cunnue , n'est 
provenue d'autre part que de Corse; car vous savez bien, monsieur, que plu- 
sieurs naturalistes avoient formé diverses conjectures à ce sujet. 

I 


h74 ANNALES DU MUSÉUM 


< Dans le cours de ce voyage pénible, j'ai eu occasion de faire aussi la décou- 
verte d'une mine de fer dont le filon a une demi -lieue de longueur, et qui 
n'étoit pas connue. Voici quedes détails à ce sujet. 

Après avoir passé la rivière de la Sposata , pour arriver à Calvy par la ire 
du sud, dans une ‘plaine au-dessus du village de Calenzana , et à l'est de Gal- 
Zeria, je trouvai un filon de mine de fer, placé horizontalement dans une terre 
jaune qui se perd et qui se retrouve à différentes distances dans sa longueur, et 
dont le*minerai se présente sous trois aspecis différens. D'abord il paroit avec le 
caractère de fer /moneux , disposé par couches minces, mélé à une terre ocracée 
jaunátre; ensuite il se montre en fer zoirátre pesant, compact et presque en- 
tièrement dégagé de toute substance hétérogène : et sous un troisième aspect, 
enfin, de sphéroïdes allongés , de quatre à cinq pouces de diamètre, s'exfoliant 
à sa surface, comprimé d’ailleurs de deux côtés; ce qui lui donne des angles 
par intervalles, et dont la composition et le caractère sablonneux qui le constituent, 
. me feroient lui donner la dénomination de fer arénacé; et je me procurai les 
échantillons nécessaires pour fournir aux essais que j'avois intention de faire. 

Ayant reconnu dans mes essais qu'on pourroit tirer un grand avantage de 
cette mine , j'envoyai à MM. les administrateurs du conseil des mines plusieurs 
échantillons provenant de ce filon pen les priant de me faire connoitre les résultats 
de leurs opérations. 

Souffrez , monsieur , que je vous entretienne présentement de quelques réflexions 
auxquelles mon voyage a donné lieu. ; 

Cest dans l'étendue de plus de cent lieues de pays que je viens de parcourir 
dans les montagnes , dans les vallons, dans les plaines et dans les environs 
des golfes, que je me suis convaincu que la Corse nu'étoit que très-peu connue. 
sous les rapports minéralogiques, et je vais en déduire les raisons. 

^ Parce queles naturalistes qui ont vu ce pays, qui est extraordinairement 
Sicile à parcourir, d’abord par le grand éloignement où se trouvent les habi- 
tations l’une de l'autre dans l'intérieur, et par l'accès très-pénible de ses mon- 
tagnes, n'avoient pas eu, je crois, comme moi, la patience de marcher à pied 
aussi ee que je lé fis dans ce dernier et long voyage ( car c'est le qua- 
^tiéme que j'ai effectué dans l'ile ), et n'avoient pu aussi facilement que nioi at- 
teindre des lieux non frayés, ne connoissant point le langage ni les usages de 
nos ve tenaci ; avantage bien grand que j'avois sur eux. 

° Que pour parcourir en détail un pays tel que la Corse, il est des priva- 
re premiere nécessité auxquelles il faut se soumettre, parce que les habita- 
tions de l'intérieur dés montagnes sont en général dépourvues des et de la 
“vie dans Je Heu aussi MAC 


D'HISTOIRE NATURELLE. 475 
5.o Et enfin l'on sait fort bien d'ailleurs que pour examiner les choses dans 
les plus petits détails , il faudroit faire des stations fréquentes et souvent plus 
longues que l'on ne penseroit : telle en est la preuve que fournit la roche por- 
Phys nouvelle et la mine que j'ai découverte; et je dois vous avouer que 
j'ai découvert l’une et l’autre dans des lieux où des semajon fort éclairés 
avoient passé, mais où ils n'avoient pu séjourner, à cause qu'il n’y a point 
d'habitations dans cette partie. i 
Je ne vous parlerai pas, monsieur, dans ce moment , de quelques roches que 
je possède, et que je wai vues encore nulle part ; elles feront un sujet particulier 
dans le tableau minéralogique que je me propose de publier un jour, lorsque la 
Corse me sera plus connue encore. J'y joindrai des réflexions sur les causes qui 
m'ont toujours porté à croire que la nature a semblé vouloir donner une sorte 
de préférence à la Corse, en l'enrichissant de ses plus beaux dons. 


J'ai l'honneur d'être , etc. 


RAMPASSE, 


61 * 


A76 . ANNALES DU MUSEUM 


EXTRAIT 


D'une lettre de M. DELILE , membre de l’Ins- 
titut d' Égypte, à M. DELEUZE. 


New-Yorck, 22 septemhre 1806. 


J 'Arl'honneur de vous envoyer , monsieur et cher ami , le catalogue du jardin de 
botanique établi à Elgin, à une lieue de New-Yorck. M. le docteur Hosack en 
a commencé la plantation en 1801 , et bientôt il lui sera facile de faire des envois 
considérables. Vous remarquerez que, dans l'introduction placée à la téte du ca- 
talogue, il adresse ses remercimens à MM. Thouinet Desfontaines pour les graines. 
quil a recues du Muséum. 

Indépendamment des plantes exotiques, M. le docteur Hosack a déjà rassemblé 
dans son jardin la plupart des plantes et surtout les arbres qui croissent à de 
grandes distances sur le territoire des Etats-Unis. Le cyprés de Caroline ( cu- 
pressus disticha. L.), le gordonia lasianthus , les magnolia, les chénes, les 
noyers, etc., y sont multipliés en proportion de leur utilité, ; 

Comme il seroit très-facile de naturaliser en France les arbres de l'Amérique- 
Septentrionale , je veux vous dire un mot de ceux qui seroient les plus utiles. 

Parmi plus de vingt espèces de chênes, le chêne blanc ordinaire, le chêne 
blauc des marais, lé chéne vert de Virginie , le chéne quercitron, sont ceux 
qu'il fandroit choisir. Ce dernier est précieux pour les arts par la belle couleur 
verte qu'on tire de son écorce. Les autres chénes pourroient étre employés à la 
décoration des pares; et s'ils y croissoient lentement , la qualité de leur bois 
s'amélioreroit peut-être, 

Nous devons au célèbre voyageur André Michaux une histoire complète des 
chénes d'Amérique, et nous pouvons distinguer parfaitement les espèces. Il n'en 
est pas de même des noyers, aussi nombreux que les chênes. Il existe beau- 

t 


p HISTOIRE NATURE L LE. 473 - 


coup de confusion dans les espèces décrites. M. Michaux fils, auteur du Z'oyage 
dans l'ouest des Etats-Unis , et présentement à New-York où il s'occupe d'envois 
pour l'administration des forêts, se propose de donner une monographie de ve 
genre. Il a bien voulu me faire part de ses observations. Les mêmes goüts nous 
unissent, et nous nous rencontrons souvent dans la belle bibliothèque de M. Hosack, 
qui nous communique ses livres et ses- Collections avec la méme libéralité que 
le faisoient à Paris MM. Desfontaines et de Jussieu. 

M. Michaux m'a fait voir parmi les noyers confondus sous la dénomination 
de juglans alba, Liv. , et appelés en Amérique hickory, six espèces qui, par 
Yexeellente qualité de leur bois et l'élévation de leur tronc, méritent d’être eul- 
tivées en France. Le bois de toutes ces espèces est fort dur, et il n’en est pas 
de meilleur pour le chauffage. Les jeunes pieds fournissent des cerceaux préfé- 
rables à ceux de chêne, de charme, de bouleau, de chátaiguier, de chin- 
capin , aussi fort employés. Les noix de plusieurs sont assez bonnes. Le noyer 
pacanier, originaire du pays des Illinois, et dont la noix est préférable à celle 
d'Europe ; le noyer noir et le noyer à fruit visqueux , qui sont indigènes aux en- 
virons de New-Yorck , devroient être multipliés en France où ils sont déjà bien 
connus. 

Le sol et l'exposition que préfèrent les arbres de l'Amérique-Septentrionale 
doit encore les faire rechercher. Aux Etats-Unis , des chénes, des noyers, des 
frénes croissent dans des marais semblables à ceux où il ne croit communément 
en France que des aulnes et des peupliers. 

Un terrain frais conviendroit eu ‘général aux arbres d'Amérique. J'ai remarqué 
qu'ils réussissent dans un sol différent , selon la latitude. En Caroline, le cyprès , 
cupressus disticha, ne croit absolument que dans les terrains inondés : à New- 
Yorck où Ja température est plus fraiche, il vient dans les jardins. Le liqui- 
dambar, le tulipier croissent ici comme en France dans des lieux beaucoup 
moins humides que ceux où on les trouve en Caroline. On ne doit poist se 
lasser de faire des essais. Aux environs de Philadelphie et de New-Yorck, 
certains arbres d'Europe réussissent mieux que d'autres. Le-noyer commun, jz- 
glans regia, par exemple, s'élève autant quen France, tandis que le mar- 
ronier sculus hippocastanum est toujours médiocre. ILest donc des arbres qui 
Jaccomimodent d'ùn climat beaucoup plus froid l'hiver et plus chaud l'été, aussi 
bien et peut-être mieux que de celui de France, où la température est plus modérée 
ét plus régulière. 2 

Je désire que ces réflexions puissent vous intéresser, etc. 


418 ANNALES DU MUSEUM 


NOTE 


Adressée à M. Tuoviw par M. pe Bovcarsviute, membre 
de lInstitut, sur une canne à sucre qu'il a- cultivée 


dans son jardin à Suynes , entre Guigne et Brie. 


J g reçus du jardin des Plantes, il y a quatre ans , l'espèce de canne à sucre que 
javois rapportée de mes voyages à Taity. Je la plaçai dans une orangerie où 
Jai fait pratiquer un poêle qu'on allume pendant les fortes gelées. 

La première année elle se multiplia de manière que mon jardinier, nommé 
Cochet , homme intelligent et passionné pour la botanique, crut devoir en risquer 
deux pieds en pleine terre. Ils furent plantés en face de ma serre dans le po- 
tager du jardin, tout prés d'un puits dont les eaux sont à quatre pieds du sol. 

La terre est noirâtre et de bonne qualité. C'est une terre franche qu'on a mêlée 
avec du fumier et un peu de sable pour la rendre plus légère. —— 

Deux ans se passèrent sans que la plante parüt avoir souffert : elle prospéra 
et se multiplia sans autres soins que ceux qu'on donne aux cardons, aux arti- 
chaux et aux figuiers. 

Mais mon jardinier m'ayant quitté pour s'établir marchand pépiniériste , ila 
été remplacé par un autre moins instruit et moins curieux. Celui-ci, prenant la 
canne à sucre pour un simple roseau, a négligé dela couper et de la couvrir, 
et il a planté à côté diverses plantes d'ornement qui l'ont étouffée. 

Je vous en envoie un fragment pour que vous puissiez vous assurer que c'est 

bien la méme espèce que j'ai rapportée de Taity. 
Cette canne à sucre ayant résisté pendant deux hivers à la rigueur du froid, 
je pense qu'on devyroit faire de nouveaux essais ; et qu'en prenant , pour la ga- 
rantir de la gelée, les mèmes précautions qu'on prend à Argenteuil pour conserver 


D'HISTOIRE NATURELLE. 479 


les figuiers , on pourroit obtenir quelques résultats avantageux pour la botanique 
et méme pour le commerce (t). 


(1) La canne à sucre de Taity fut portée à VIle -de-France par M. de Bougainville , au retour 
de son voyage daus la mer du sud ; elle s'y multiplia, et M. Martin la transporta à Cayenne 
d’où elle a passé dans les Antilles. i EU 

e Cossigny -eù apporta plusieurs pieds de l'Ile-de-France au Muséum. 

Cette espéce donne son produit en onze mois, tandis que l'spéce anciennement cultivée 
ne le donne qu’au bout de quatorze, quinze ou seize mois. Elle paroit aussi plus riche en 
sucre; mais ce qui est plus avantageux , et qui semble prouvé par Pexpérience dont M. de 
Bougainville nous fait part, c'est qu'elle est moins sensible au froid. 1l n'est cependant pas pro- 
bable qu'elle püt passer plusieurs hivers en pleine terre sous le climat de Paris. Il faudroit 
trop de soins pour la conserver, et quand on y réussiroit, il est à présumer qu'elle ne don = 
neroit pas autant de sucre que dans les pays chauds. Mais il seroit intéressant d'en essayer la 
culture dans les départemens du midi. Il est des cantons abrités où il seroit facile de la pré- 
server du froid, et où la chaleur, qui continue pendant plusieurs mois, pourroit lui faire 
acquérir une parfaite maturité. 


480 ANNALES DU MUSÉUM 


————— 


SUR UNE NOUVELLE ESPÉCE 


DE 
BELLE-DE-NUIT, 
( Mirabilis ; law. JVyctago , Juss. ) 


JTóaAGROM. LEPELETIER 


O. cultive depeis long-temps pour l'ornement des jardins la belle-de-nuit du 
Pérou ( mirabilis jalapa , L.) et la belle-de-nuit à longues fleurs ( mirabilis lon- 
&iflora , L. ) La première est recherchée pour l'élégance de son port et pour ses 
fleurs nombreuses et de couleurs diverses; la seconde , à cause de l'odeur suave 
qu'elle répand dans les soirées d'été. Le hasard vient de produire une troisième 
espèce qui , réunissant le- port de la premiere au parfum de la seconde , est une 
acquisition précieuse pour les jardins. 

M. Fabus, d'Attichy sur Aisne près Compiègne, trouva un seul individu de 
cette plante en 1802 dans un semis qu'il avoit fait de la belle-de-nuit à longues 
fleurs; il m'en céda une racine: elle a fleuri et donné des graines chez moi pen- 
dant quatre ans. Je l'ai multipliée et j'en ai obtenu plusieurs variétés de cou- 
leur; mais elle a conservé son caractère spécifique. 

Cette espèce paroit être une hybride produite par des graines cu^illies sur une _ 
belle-de-nuit à longues fleurs qui avoit été fécondée par la belle-de-nuit du 
Pérou. 

Pour la faire mieux distinguer , je vais la comparer aux deux autres. 

MIRABILIS JALAPA. 

Floribus congestis, terminalibus : foliis subovatis, glabris ; caule erecto, levi, 

Fleurs inodores, longues d'un pouce à un pouce et demi, réunies en co- 
. rymbes au sommet des rameaux ; feuilles peeps ovales ; tiges droites. Toute la 
plante esi em 


D'HISTOIRE NATURELLE. 481 


MIRARILIS HYBRIDA. 

Floribus congestis , terminalibus: ono cordatis, pubescentibus 5 caule erecto, 

subresinoso. 

Fleurs odorantes, longues de deux à trois pouces, ayant le tube pubescent, 

mais non visqueux. Feuilles en cœur, ior per velues. Tiges droites , légèrement 
enduites d'un suc résineux. 

MIRABILIS LONGIFLORA. 

Floribus congestis terminalibus , longissimis : foliis cordatis , pubescentibus : 

caule decumbente , resinoso. | 
. Fleurs odorantes, longues de cinq à six pouces, réunies et sessiles au sommet 
des rameaux. Feuilles en cœur ; tiges foibles et tombantes. Toute la plante est 
velue et enduite d'une viscosité résineuse. 

On voit que la belle-de-nuit hybride participe des deux autres : elle a les fleurs 
de moitié plus longues que la première dont elle a le port, et de moitié moins. 
que la seconde dont elle a les feuilles : moins lisse que l'une, elle est moins 
velue et moins visqueuse que l'autre. 

IF est une quatrième espèce que Linnæus a décrite sous le nom de M, édoraus, 
dans les Amænitates Academiæ, et qu'on a depuis nommée M. dichotoma. 
Quoique ses fleurs soient odorantes , elle ne peut être confondue avec notre 
hybride, puisqu'elle ne diffère du M. jalapa que par ses fleurs plus petites, 
axillaires et ordinairement solitaires. 

Les fleurs de notre belle-de-nuit hybride varient en couleur comme celles. de 
la belle-de-nuit commune. Le premier individu étoit d'un violet tirant sur l'ou- 
tremer. J'en ai obtenu de presque blanches, de rouge-aurore, etc. Toutes ont 
le centre de la fleur violet comme le longiflora. 

Cette nouvelle espèce n'existe encore que dans mon jardin : à Berzy pres Soissons, 
J'en ai donné des graines au Muséum d'histoire najurelle, et je me ferai un plaisir 
de la communiquer aux amateurs, 


TAB. E 
DES 
MÉMOIRES ET NOTIGCES 


Contenus dans ce huitième volume. 


M. FAUJAS-SAIN T-FOND. 


V oxacE GÉOLOGIQUE au volcan éteint de Beaulieu, dépar- 
tement des Bouches-du-Rhône, où lon trouve “de 
grandes quantités de laves compactes et de laves 

 poreuses au milieu des dépôts calcaires, et dans le 
centre des pierres de cette nature. 206—219 

Notice sur le gisement des poissons fossiles et sur les 
empreintes de plantes d'une des carrières à plátre ` 
des environs d'Aix, département des Bouches-du- 
Rhône. 220—220 

Voyage géologique sur le monte Ramazzo dans les Apen- 
nins de la Ligurie. — Description de cette montagne. 
— Découverte de la véritable variolite en place; de 
son gisement; du calcaire, de l'arragonite, des py- 
rites martiales , magnétiques, cuivreuses et arséni- 
cales dans la roche stéatitique. Fabrique de sul- 


fate de magnésie. 313—333 
Lettre à M. de Lacépède sur les poissons du golfe de la 
Spezzia et de la mer de Gênes. |. 865—371 


Des coquilles fossiles des environs de Mayence. 372—382 


Li 


ET WO TIUCE S. 483 
M. VAUQUELIN. 


Essais analytiques des racines d'ellébore d'hiver ( helleborus 
hiemalis ) et de brione. 80—92 
Recherches chimiques sur la couleur verte que prennent 
certains bois enfouis dans la terre ou plongés dans 


l'eau. 167—169 
Note relative à un article inséré dans le F^ volume des 
Annales. 248 


Extrait d'un Mémoire de M. Vauquelin sur l'analyse de 
quelques mines de fer limoneuses de la Bourgogne et 
de la Franche-Comté, à laquelle il a joint l'examen 
des fontes des fers et des scories qui en proviennent. 

435—460 


s 


M. DE JUSSIEU. 


Sixième Mémoire sur les caractères généraux des familles 
tirés des graines, et confirmés ou rectifiés par les 
Observations de Gertner. 170—186 


M. THOUIN. 


Description d'une nouvelle espèce d'arbre à fruit du genre 
pécher, nommé pécher d'Ispaham. 425—434 


M. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE. 
Mémoire sur le genre et les espèces de vespertilion , l'un des 


genres de la famille des chauve-souris. 187—205 
Ga- T 


48% TABLE:DES MÉMOIRES 
M LAMARCK. 


Suite des Mémoires sur les coquilles fossiles des environs de 


Paris. 156—166, 345-355, 461—469 
Explication des planches relatives aux coquilles fossiles 
des environs de Paris. 77—79, 383—388 


` M. CUVIER. 


Mémoire sur les éléphans vivans et fossiles. 1—58, 93—155, 
| 305-62 

Sur le grand mastodonte , animal trés-voisin de T éléphant. 
mais à nd une hérissées de gros tubercules , dont 
on trouve les os en divers endroits des deux continens, 
et surtout prés des bords de l'Ohio dans Ë Amérique- 
p Septentrionale , improprement nommé mammouth par 
les Anglais et par les habitans des États-Unis. 
370-312 
Sur di rentes dents du genre des mastodontes , mais 
d'espèces moindres que ' celles de l Chio. Lo co 
Résumé général de l'histoire des ossemens fossiles de 
v Pltcbrdermes , "e terrains. meubles et d'alluvion. 


420—424 
MDEREUZE 


Recherches sur les plantes d'ornement et sur leur intro- 
duction dans nos jardins. Première partie. 327—247 


ER SALES 485 
M GORRÉA DE SERRA 


Observations carpologiques , servant d introduction à la des- 


criplion de plusieurs fruits. 59—68 
Observationum carpologicarum, etc., ou Description anato- 
tomique de plusieurs fruits. edm 6, 389—400 


MR geteeauxpvors 


Sur les champignons en général, et particulièrement sur 
quelques espèces peu et mal connues. — 334—346 


CORRESPONDANGCE. 


Notice sur les îles Rissnndes , et EC cuercinent sur l’île 
Saint-Georges, par M.-F.- A. Michaux. 356—364 
Lettre de M. Rampasse à M. Faujas-Saint-Fond sur la 
minéralog oie de l'ile de Corse et sur la découverte d'une 
roche panier analogue au granit orbiculaire. - 
470—475 
Lettre de M. Delille, de I Institut d Égypte , sur le Jardin 
du docteur Hoincti New-Yorck, et sur les arbres 
de l Amérique-Septentrionale. 476—477 
Note adressée à M. Thouin par M. de Bougainville, membre 
de l'Institut, sur une canne à sucre qu'il a cultivée 
dans son em à Suynes > entre Guigne et Brie. 
| | 478—479 
Sur une nouvelle espèce de belle-de-nuit. 480—481 


IxpicaArion des gravures du huitième volume. 


Planche XXXII, XXXIII et XXXIV. Carpologie, ou fi- 
gure et anatomie de divers fruits, savoir: 

Dryandra vernicia, Carissa carandas , Averrhoa 

bilimbi et A. carambola, Broussonetia papyri- 

fera, Palma maripa. page 79 

XXXV, XXXVI, XXXVII. Coquilles fossiles des 
environs de Paris. ; 77 
XXXVIII, XXXIX, XL, XLI, XLII, XLIII, XLIV, 

XLV. Ostéologie des éléphans vivans et fos- 


siles. . 155 

XLVI, XLVII, XLVIII. Fespertilions. 187 

XLIX, L, LI, LIT, LIL, LIV , LY, LVI. Dents etos- 

° - semens fossiles du grand mastodonte. | 312 
LVII. Agaricus radiciformis, et agaricus cryptarum. 

337 


LVIII. Coquilles fossiles des environs de Mayence. 
LIX,LX,LXI,LXIL Coquilles fossiles des envi- 
rons de Paris. 383 
LXIII, LXIV , LXV. Carpologie, ou figure et ana- 
tomie de divers fruits, savoir : Solandra gran- 
diflora, Incarvillea sinensis, Sideroxylum spi- 
nosum , Rhizobolus Saouvari , Pterygium costa- 
tum, Ferreola buxifolia. 389 
LXVLLXVII,LXVIII, LXIX. Dents fossiles des 


petits mastodontes, 420 


TABLE ALPHABÉTIQUE. 


DES ARTICLES 


Contenus dans ce huitième volume. 


A. 


AS RADICIFORMIS et Ægaricus 
cryptarum. Histoire de ces deux 
champignons, considérés dans 
tous les degrés de leur dévelop- 
pement , 556- et suiv. Voyez 
Champignons. 

Analyse. Beth, des racines de 

t d'ellébore d'hiver, 80 

b». ; ; du bois mort qui a pris 
une couleur verte dans la terre 
ou dans l'eau, 167 et s.; de quel- 
ques mines de fer limoneuses, 
ainsi que des fers, des fontes et 
des scories qui en proviennent, 
435 ét suiv. 

Anatomie comparée. Voy. Éléphans. 

Anatomie végétale. Voy. Carpologie. 

Animaux perdus, dont les ossemens se 
trouvent dans les terrains d'allu- 
vion, Résumé de leur histoire, 
265 et suiv.; 420 et suiv. Il y 
en a onze espèces , dont les 
unes appartiennent à des genres 
inconnus, et les autres, à des 
genres qui n 'existent plus dans 
les mêmes climats, 74. Énuméra- 
tion de ces onze espèces, :6. Dans 


M 


quels lieux et en quel état se 
trouvent leurs os, 422. Ces ani- 
maux vivoient autrefois dans les 

a "pays où l'on déterre leurs 0s; 

quelle catastrophe lesa détruits, 

425. Leurs espèces sont diffé- 

rentes des espèces vivantes , z/. 

Voy. Éliphans, Mastodontes , 

Pachydermes , Ossemens fos- 

siles. 

Ambrosia (Y). Doit former avec le 
xanthium une famille particu- 
lière, 182. Quelle est sa place 
dans l’ordre naturel, 184 

Ampullaire. Figure de huit espèces 
fossiles de ce genre de coquilles, 

586 

Arbres de -an ne un 

qu'il seroit le plus ag 


naturaliser.en France, "s 6 
Averrhoa bilimbi et A. Carambola. 
Description de leur fruit, 71 ,75 
Auricule. Figure de cinq espèces fos- 
siles de ce genre de coquilles, 

385 

B. 

Belle-de-nuit hybride. Description de 
cette nouvelle espèce qui paroit 


488 
* 
avoir été produite par la belle- 
de-nuit à longues fleurs, fécon- 

dée par la belle-de-nuit com- 
mune, 480 

Bois. Recherches chimiques sur la 
couleur verte que prennent cer- 

tains bois enfouis dans la terre 

ou plongés dans l'eau, 167 et s. 
Botanique. Articles relatifs à la bota- 
nique , insérés dans ce volume, 


"Voy. Belle-de-nuit , Bermudes, ! 


Canne à sucre, Carpologie , 
Champignons , Graines , Pé- 


cher, Plantes d'ornement. ri 


Brione ( Analyse chimique‘ de la ras 
cine de }, 83 et suiv, 
Broussonetia papyrifera. Description 
i de son fruit, 

Balme: Figure de sept espèces de co- 
quilles fossiles de ce genre, 585 
Bulimes d'une extrême petitesse qu'on 

. trouve fossiles aux environs de 

May: 372etsuiv. 

Bulle. Figure de quatre espèces fossiles 
de ce genre de coquilles, 383 


C. 


Cadran. Figure de sept espèces fossiles 


de ce genre de coquilles, 77- 
Came ( chama ). Observations sur ce. 


genre de coquilles, et descrip- 
tion de deux espèces fossiles, 
; 547 et suiv. 

Canne à sucre de Tay. A passé deux 
hivers en pleine terre, dans le 
jardin de M. Bougainville, 478. 
Avantages de cette espèce dont 


r 


TOK BLUE AL PHIAB É TOUS 


on ponrroit essayer la culture 
dans le midi de la France, 479 
Carissa carandas. Description de son 
fruit, 71 
Carpologie. Observations carpologi- 
ques, 59 et s. Plan que l'auteur 
_a suivi dans la dissection et la 
R perigo des fruits, z5. On 
doit considérer dans.les fruits 
huit objets de description au lieu 
de six qu'avoit considérés Gært- 
ner , 61. Nom et caractère de ces 
huit objeis, 54. et suiv. Applica- 
tion des principes de l’auteur à 
la description de douze espèces 
de fruits de différens genres, 69 
: et s. ; 589 et suiv. 
Castines. Examen de celles qui servent 
de fondant à certaines mines de 
fer, = 
CRSPRrERNEE ( Observations sur les) 
en général, sur leur germination, 
leur développement et lesformes 
diverses qu'ils ont dans leurs 
divers áges, et description de 
quelques espèces peu et mal con- 
nues, 534 et suiv. On a souvent 
pris pour des genres distincts la | 
méme espèce observée à diffé- 
rentes époques, 75. 
Chauve-souris. Voy. Vespertilion. 
Chimie. Voyez Analyse chimique. 
UE fossiles des enyirons de 
Mayence, 572 et suiv. Ces Co- 
quilles sont des bulimes d'une 
extréme petitesse , des vénus et 


des moules. Examen de la quese 


DES 
tion si. elles sont fluviatiles ou 
marines , £6. 

Coguilles fossiles des environs de Pa- 
ris, décrites ou figurées dans ce 
volume. Voy. Ampullaire, Au- 
ricule, Bulime, Bulle, Gadran, 
Came , Corbule , Cyclostome à 
Dauphinule , Huitre, Lenticu- 
lite , Lime , Lituolite, Mélanie, 
Natice,, Nérite., Numinulite , 
Peigne, Phasianelle, Planorbe, 

Mealazre , ópondyle , Spiroli- 
nite, Turritelle , V olvaire. 

Corymbifères. Observations sur les 
genres de cette millgde plantes. 
Voyez Graines. | 

Corbule. Observations sur ce genre de 
eoquilles et description de: huit 

fossiles, . 465 et suiv. 

Corse, j 'uvertes minéralogiques, 

faites dans cette ile. V. Granit, 

Roche, Mine de fer, Minéra- 


logie. 
Couronnes. De l'usage des couronnes 
chez les anciens, 229 


Cyclostome. Figure de deux espèces fos- 
siles de ce genre de coquilles, 78 
v4 me 

z- Ah 
` Dauphinule. Figure de huit espèces fos- 
silesde ce genre de qiie ; z 


Dents.R 


sur leur at ets , leur Senis. 
sement, leurs maladies, etc., 116 
ets.; — sur lesdents et les défen- 
ses deséléphans. Voy. ÉJéphazs. 
Sur différentes dents du genre 


des mastodontes , 4or , 420. Les 
* 


8. 


ARTICLES: 


489 
dents de mastodonte déterrées à 
Simorre ressemblent à des tur- 
quoises , 414, 420. V. Masto- 
donte. | 

Driandra vernicia. Déléci iption de son 
fruit, 


E. 


Éléphans (Mémoire sur les) vivans et 
fossiles, 1,,58,95, 155. A quelle 
époque les premiers éléphans 
-furent amenés en Europe, 5. Sous 

de. «1108 premiers empereurs; ils fu- 
: E rent très-nombreux ? à Rome ; ils 
y propageoient , et ceux qu'on 
dressoit pour les jeux étoient 
nés dans la ville, 7. Sur les må- 
chelières des éléphans , sur leur 
structure, leur accroissement , 
leur succession et leurs différen- 
ces d’après l’âge et la position, 
-993%115. Sur les défenses des 
‘éléphans, la structure ;l'accrois- 
. Sement, les caracteres distinctifs 
de l'ivoire et sur ses maladies, 
115 et suiv. Comparaison de l'é- 
léphant des Indes et de élé- 
phaut d'Afrique, et caractère 
distinctif de ces deux espèces , 
120, 195, 252,265. Comparaison 
des éléphans vivans et fossiles, 

ib. V. Os fossiles d’ éléphant. 

Ellébore d hiver( Analyse chimique de 
la racine d”), 8o et s, 


F. 


Familles des plantes. Voy. Graines. 
Fer. Voy. Mines de fer. 


63 


400 
Ferreola buxifolia. Description de son 
fruit, | 899 
Fleurs. De la.cultüre. des: fleurs chez 
les anciens, 5:99 »et caet 
Fonte, .N oy. Mines. de. fer) s: 
Fossiles. Notice sur le gisement dx 


poissons fossiles d'une carrière à 


plâtre des environs d'Aix, 220 
et suiv. Végétal dont on trouve 
ides — dans li méme 
carrière kie 535 
Fossiles. Voy. !coguittés fossiles , Os 
fossiles, Végétaux fossil 
Fruits. Voy. Carpologie. “€ 


G. 
Gabi. RUNE faits dans la mé- 
thode de cet auteur pour la des- 
cription des fruits. Voy. Carpo- 
Logie. 


Gaz hys 


sulfurique de la fornite et du fer 
de certaines mines limoneuses, 
et recherches sur la cause de 
son odeur fétide, 
Géans. On a pris souvent les os d’élé- 
phans pour des os humains, et 
c'est l'origine des fables qu'on a 
racontées sur les géans, 4 et s. 
Histoire du géant Teutobochus , 
15. Les prétendus os de géant 
de l'Amérique Méridionale sont 
des os de mastodonte ; on en 
trouve à 1500 toises au-dessus du 
_ niveau de lamer, 419 
Géologie. Voyage an olean 6 éteint de 


rogéne (Examen du) produit 
la dissolution dans l'acide . 


TA BL EAJDL EB A REITI QUE 


l Beanlieu, département des Bou- 
ches-du-Rhóne et description des 


-n t Javes calcaires et pereuses. des 


fossiles et dés minéraux qu'on 

‘y trouye au milieu des dépôts 

. ^5 ecaleaires et des pierres de cette 
nature, 206 et suiv. Voyagesurle 


-1 monte Ramazze dans les Apen- 


nins.. Découverte de læ vario- 
ite: en place j de. son gisement; 
‘de Farragonite et des pyrites. 
Articles relatifs à la géologie 

- renfermés dans ce volume. Voy. 
Animaux perdus, Fossiles, Os. 

fossiles ; et dans la table pré- 
cédente les Mémoires de! M. Cu- 

: hap ! vier etde M. Faujas-Saint-Fond. 
Graines. Sixième Mémoire sur les ca- 
ractères généraux ides familles , 

e tirés des graines , et eonfirmés 
ou. rectifiés par les observations 

de Gartner , 170,186. Examen 

des corymbiferes qui ont le ré- 
ceptacle nu, la graine non ai= 
grettée et les fléurs radices, 170 

"et suiv. Examen de celles qui 

ent le réceptacle paléacé , les 

— graines couronnées de dents ou 
de paillettes, et dont les fleurs 

Sont radiées ou plus rarement à 
fleurons , 177 et suiv. Examen 

de celles qui ont le réceptaele 
paléacé, les graines aigrettées et 

les fleurs radiées,. 179 et suiv. 
Examen des corymbifères à an- 
theres rapprochées non réunies 

et à calice commun monoique, 


- 381. Enfin des corymbiferes ano- 


DE ÈS 
males, à anihéres non réunies , 
et à calices dioiques, 182. Ob- 


servations sur’ quelques genres 

de composées nouvellement éta- 

 blis et qui se rapportent aux 
sections examinées dans les Mé- 
moires précédens, 185 
Granit orbiculaire. Récit d'un sóik 
fait en Corse pour trouver celte 
pierre, 470 et suiv. V. Roche. 


H. 


Huitre(Ostrea ). Observations sur ce 
. genre de coquillages, sur leur 
 aceroissement et leur maniere 
~ de vivre , 156 et suiv. Descrip- 

tion de dix-huit espèces de co- 
uilles d'huitres fossiles , 159 


Huítre épineuse. Voy. Spondyle. 
Hy brides (Plantes.) Voy. Bel/e-de-nuiz, 
á E 
p f sinensis. Description de 
son fruit, 591 
Induyiæ. Partie nouvellement distin- 
guée dans la description des 
fruits, 61. Voy. Carpologie. 
Iridium. M. Descotils a découvert ce 
'- nouveau métal en méme temps 
que MM. Fourcroy et Vauque- 
lin 248 
Ivoire. Voy. Éléphans. 


J. 


Jardin de botanique , fondé par le doc- 


k NTIGL'IES:S 


suif. ' 


49t 
teur Hosack , à Elgin , à une lieue 
de New-Yorck , 416 


L. 


Laves. Voy. Géologie. 
Æehsiculite. Figure d’une espèce de ce 
genre de coquilles fossiles, 387 
Lime. Observations sur ce genre de 
coquilles, et description de cinq 
espèces fossiles, 
Lithologie. Voy. Géologie. 
Lituolite. Figure de deux espèces de ce 
. genre de coquilles fossiles, 588 


461 et suiv. 


M. 


Masnésie. De la mine de magnésie du 


š monte Ramazzo en Ligurie; de 


* son exploitation et de la fabrique 
de sulfate de magnésie établie 
dans le même lieu, Ua 

Mammoni ou Mammouth. Les pré- 
tendues eórnes de cet animal 
fabuleux sont des défenses fos- 
siles d'éléphant, 45. Voy. Grand 

. Mast te. 

Mammouth. Voy. Mammont. " 

Mastodonte (Mémoire sur le grand $, 
Animal perdu‘, voisin de 'élé- 
phant , dont on trouve les os en 
divers endroits des deux conti- 
nens et surtout prés des bords 
de l'Ohio , improprement nom- 
mé Mammouth par Tés Anglais 
et par les habitans des États- 
Unis, »570, 512. Cet animal est - 
différent du mammouth de Si- 


63 * 


4gà TABLE 
bérie, 871. Histoire des décou- 
vertes, des discussions. et des 
fables relatives à cet animal, 16, 
et suiv. Description de ses dents 
et de ses ossemens, et. compa- 
raison deson squelette avec celui 
de l'éléphant , .288 
Mastodontes, Examen et comparaison - 
des dents qui ont appartenu à 
différentes espèces de. ce genre 
aujourd’hui ineonnu sur la terre, 
et indication des lieux où on les 
trouve dans les deux continens, 
401 et suiv. Distinction de € 
espéces de mastodontes et des- 
cription de quelques-uns de leurs 
os, 412 et suiv. Le camp des 
géans, situé à 1500 toises au-des- 
sus du niveau de la mer près de 
Santa-Fé de Bogotta , a tiré son 
nom de l'amas. immense de ces 


os, 419. Les cing espèces de mas- " 


todontes forment un genre à part 


absolument inconnu..En quel 


lieu et avec quels animaux vi- 

voient les mastodontes, et quelle 
révolution les a détruits, 420 et 

suiv. 

Méldnie. Figure de cinq PREN fos- 
siles de ce genre de coquilles , 

i it i 582 
Mine de fer, découverte en Corse , 474. 
Mines de fer limoneuses de la Bour- 
_gogne et de la Franche-Comté, 
Analyse de ces mines , de la cas- 

s des fers et des scories qui 
en proviennent , gi » 460, Ana 


ALPHABÉTIQUE 


limé dans les che- 
rneaux d'aífinage , 


lyse du fer 
minées des 1 
447 ct suiv: Une portion de ce fer 
sori et se disperse dans l'air, 
- 449. Résumé et. conclusion des 
expériences rapporiées dans le 
. Mémoire, 45 
Minéralogie. Celle de Corse est peu 
connue, et pourquoi , 474. Voy. 
7 Granit orüiculaire , Roche. 
Mirabilis hybrida. Voy. Belle-de-nuit. 
Moules. Coquilles fossiles de ce genre 
qu'on trouve aux environs de 
Mayence, ^. ' —:575 et suiv. 
Mürier à papier. Voyez Broussonetia 
papyfifera. x 


2 


n pt p 
Natice. Figure de deux >- A fossiles 
587 


Naturalisation des végétaux. Peut-ou 


Ma 


de ce genre de coquilles, 


réussir à acclimater dans nos 
jardins les plantes ue pays 


chauds ? 245 
Mérite. Figure de trois espèces fossiles, 
de ce genre de coquilles, 20] 


Nummulite. Figure de trois espèces 
fossiles de ce EN coquilles, 
387 

O. 


Océan (Diminution des eaux del’) , et 
cause de cette diminution, 219 
Ossemens fossiles d'éléphans. Ques- 
tion à résoudre pour expliquer 
comment on les trouve en grande 


dans tous les climats, 


DE À GAARETUE CL RS s 1 p X 


p. 1. Des différentes ostéologies 
d'éléphant liées | jusqu'ici, 
2 et suiv. Exposé géographique 
des lieux cü l'on a trouvé des 
ossemens de l'éléphaut fossile , 
4 et suiv. Ces ossemens ont été 
pris pour des os de géans, 77. 
Examen des diverses. relations 
données à ce sujet, et partica- 
lièrement au sujet du prétendu 
squelette de Teutobochus, 14et 
suiv. Les défenses d’éléphant 
communes dans la Russie asia- 
tique ont été prises par les habi- 
tans pour les cornes d'un ani- 
mal fabuleux e a manière 
des taupes , et auque on a donné 

' le nom de mammont ou 

á. On a trouvé en Si- 


suxquels - étoit encore attaché 


de la chair, 48. Description des 


dents, des défenses et des os 
de l'éléphant fossile, et comparai- 
son de tontes ces parties avec 
leurs analogues dans les espèces 


vivantes, 95, 155, 249, 265. - 


Résultats généraux de l'histoire 
des éléphans fossiles , 265 et s. 


Quelle révolution les a détruits, 
quels lieux ils habitoient , et . 


quels autres ugs perdus vi- 
voient avec eux 
Ossemens fossiles de vum ial del'Ohio 


et autres du mème genre, Voy. 


Mastodontes. 
Ostrea, Voy. Huitre. 


493 


P. 


Pachydermes. Résumé de l'histoire de 
leurs ossmens fossiles, 421 et s. 
Y oy. animaux perdus. 
Palma maripa: Description de son 
fruit , 75 
Pécher d'Ispahan. Deseri ption de cette 
fruit, 
425etsuir. 
Peigne ( pectén). Observations sur ce 


* 


rouvelle espèce d'arbre à 


| genre de coquilles, et descripticn 
.. de trois especes fossiles, 552 et s. 

ruens ell e. ] Figure d'une espèce fos- 
sile de ce genre de coquilles , 582 
Pierre calcaire. Son gisement à cóté 
des serpentines sur le monte Ra- 
mazzo en Ligurie, 520 et Suiv. 
Description du four à chaux qui 

sert à la calciner, 74. ::: 


Planorbe. Figure de trois espèces fos= 


+ -siles de ce genre de coquilles, 
58 


À Peg FT: 7 
Plantes d'ornement. Recherches sur les 


plantes d'orsement et sur leur 
introduction dans nos jardins, 


227 et suiv. De la culture de. 


ces plantes chez les divers peu- 


ples de l'antiquité et de l'usage . 


auquel ils. les employoient, 74. 
Comment et à quelle, époque le 
goüt des plantes d'ornement s'est 
introduit en Europe , 240 et suiv. 
Division de ces plantes en plu- 


sieurs classes, d'après le point 


de vue sous lequel on les consi- 


dère, 242 et suiv. “dus de ce, 
244 


Mémoire , 


494 
Plantes hybrides. Voy. Belle-de-nuit. 
Poissons. Nomenclature de ceux de la 

mer de Gênes et du golfe de la 


Spezzia , 565 et suiv. 
Poissous fossiles. Voyez Fossiles. 
Da. As LI P is x x: "TA Le | 31 
"4 uis cd T 5 

fruit , | 397 

n. - 


Ramazzo ( Voyage géologique sur le 
monte) en Ligurie , et déscrip- 
tion des minéraux et des fabri- 


ques qui s'y trouvent, 515 et s. 
Révolutions du globe. Voy. nifi 


erdus. 
Rhizobolus Saouvari. Description de 
son fruit , 594 


Roche. Description d'une nouvelle es- 
pèce de roche porphyritique 
trouvée en Corse , et qui est aussi 

" belle. que le granit orbiculaire 
avec lequel elle a beaucoup de 
rapport, 470 et suiv. 


bg S. 

Scalaire.Figure de trois espèces fossiles 
de ce genre de coquilles) — 79 

Scories. Voy. Mines de fer. 
Serpentine. Notice sur les serpentines 
_ et sur les autres pierres du tòr- 
rent de la Charavagna au pied 
du monte Ramazzo en Ligurie , 
315 et suiv. 
Tul: Aa 


. Pridie. Voy. Dents. 


TA'BI'/E Ax PA É TT OUE 


Spirolinite. Figure de deux espèces de 
ce genre de coquilles fossiles, 


Spondyle: Observations sur ce genre 
de coquilles , et description d'une 
espèce fossile, 849 et suiv. 

Sulfate de magnésie. V. Magnésie. 

Stéatites pyriteuses du monte Ramazzo 
en Ligurie. Leur description et 
leur usage pour la fabrication du 
sulfate de magnésie, 530 et suiv. 


NE 


Turritelle, Figure de quatre espèces fos- 


siles de ce zenre de coquilles , 79 


et 585 


#1 


X. 


F'ariolite. Découverte de la variolite 
en place et de son gisement 
dans la roche serpentine oà elle 
a pris naissance sur le monte 
Ramazzo en Ligurie. Sa descrip- 
tion , 524 et suiv. Passage de la 
variolite à la serpentine, 527 et 

u^ 

Fégétaux. La chimie y découvre cha- 
que jour de nouveaux principes 
immédiats, et forme de toutes 
pièces des matières semblables, 

80 et suiv. 

F'égétaux fossiles, Empreintes d'un 
végétal dans la pierre à plâtre, 
225. Voy. Fossiles. 

Vénus, Coquilles fossiles de ce genre, 


Pd 


+ 


BAS LATICLES ^ 495 


qu'on ae environs de 
Mayence, 572 et suiv. 
Vespertilion. Observationssur ce genre, 
l’un de ceux de la famille des 
chauve-souris, 187 et suiv. Des- 
cription de dix-huit espèces, 

191 et suiv. 


Volcan éteint de Beaulieu j départe- 


ment des Bouches - du - Rhóne. 


Voy. Géologie. 


V'elvaire. Figure d'une espèce fossile 
de ce genre de coquilles, 585 
Pd oyages géologiques et minéralogi- 
' ques. Voy. Géologie et miné- 
raiogie. ar 
M * 


— Xanthium(le) doit former avec l’am- 


brosia une famille particulière, 
182. Quelle est sa place dans 
l'ordre naturel , 184 


Di 


ve sv ead 


ki ZR. cort > 
Ey ELE UG n 


CARPOLOGIE PL .I. 


Fig. Dryandra Fernicta . Fig.2 Carissa Grandas. 


RSS 


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PSS 


CARPOLOGIE PL.11. 


: Fig. Averrhoa Bimbi. Æig.2 Averrhoa @rambolz . 


DR À. TW Pasz. 


+ 


| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 


Quemos so. 


CARPOLOGIE PL. HI. 


Fui Broussonetia Pagnyrifera. 4 Žig. 2 Palma. Marpa.» 


e 


fossiles a environs de Paris. Pt. Ff. 


fug. 2 

zn 
Fig. 3 
Fig.. é Se 6 
e 
fu. e. 
A 

Coquilles fossiles dv environs de Paris. PL. IX. 


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